LE LION, L'ANE ET LE EENABD
Le lion est un roi, n'est-ce pas ? et le renard un courtisan. Vous avez vu le renard avec le corbeau. Quel flatteur I voyez ses yeux: comme ils sont brillants I Oh I il est intelligent, rusé ; mais prenez garde, il n'est pas honnête, c'est un fripon. Un renard et un lion, quelle société pour le pauvre âne I N'est-il pas bête de fréquenter le roi et le courtisan ? — Très-bête : il est stupide. — Oui, c'est un âne : il ne voit pas plus loin que son nez.
Ecoutez son aventure.
^ Le Lion, l'Âne et le Renard ont formé une société pour la chasse. Ils partent ensemble, bons amis ec joyeux.yLe Lion marche majestueusement comme un roi, l'Âne dresse ses longues .oreilles et brait de tout son cœur, et le Renard fait mille sauts autour do Sa Majeaté.^iSaint Hubert favorise les trois oha»-
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seurs. Us prennent beaucoup de gibiei, des ceife, des biches, des lièvres et des lapins.^*' Fais le partage, dit le Lion à l'Ane." L' Ane est simple, honnête et juste./. Il fait trois part^égales et dit au roi et au Renard : j*' Choisissez I " Le Lion irrîtîS tue ne-Jt^' Fais le partage," dit-il au Renard. Celuici réunit tout le gibier, fait sa révéï^nce au prince : ** Voilà votre paît, sire," dit-ilrj^Le Lion admire ce partage : *^ Mon cher ami, s'écrie-t-il, qui t'a appris à si bien partager ? — C'est l'aventure de l'Ane," répond le rusé personnage. X
Quelle est la morale de cette fable, mes amis? — L'Ane ne doit pas faire société avec le Lion. — 3 'est vrai, Henri: le Lion est trop fort pour l'Ane, et il ne respecte pas la justice. Les rois abusent si facilement de la puissance I
Ne trouves-tu pas un autre enseignement dans la :able, George ? — Si : il faut imiter le Renard et donner tout au Lion. — Voilà une triste leçon, mes amis, une leçon de prudence. Mais cette prudence n'estelle pas méprisable ? — Si. — L'Ane avait-il mal partagé? N'y avait-il pas une association entre les trois animaux? N'étaient-ils pas partis ensemble pour chasser ? A qui appartient le gibier ? L'Ane ue devait-il pas donner un tiers du butin au Lion et un tiers au Renard ? N'avait-il pas le droit de garder un tiers pour lui-même ? Ne fut-il pas scrupuleusement juste quand il offrit à ses associés de prendre leur part les premiers ?
Le Li4 n est-il touché du bon procédé de l'Ane 7
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Pourquoi est-il irrité ? Respecte-t-il la justice ? La Renard ne sait-il pas que le Lion est injuste ? Proteste-t-il contre l'injustice? Venge-t-ii la mort de Bon associé? Pourquoi pas? Que fait-il? Est-ce un héros? Y a-t-il beaucoup de héros parmi les renards ? Et parmi les hommes ?
Oh I les hommes sont comme les animaux de la fable. Les uns sont forts, tout-puissants et injustes : ils prennent la part dii misérable; d'autres sont faibles, simplement honnêtes et vertueux r ils sont sacrifiés, comme TÂne, dans la lutte* des intérêts ; et d'autres courbent la tête devant la puissance, sont armés de prudence et d'habileté, flattent et servent pour vivre. — Le Renard n'est pas assez fort, monsieur, pour combattre le Lion. — Non ; mais il ne doit pas le servir, ni lui faire sa révérence : ne peut-il pas protester ? ne peut-il pas lui crier qu'il est injuste et barbare? ne peut-il pas appeler tous ses compagnons et tous les frères de l'Âne, et avec eux marcher contre l'assassin? — Voilà une révolution, monsieur, dans le royaume du Lion. — Oui, mes amis, une révolution, extrémité déplorable, mais moins révoltante que le rogne paisible de l'iniquité et l'abaissement de toute la race des animaux. Du reste sous le despote, il n'y a plus de sécurité dans le royaume. Ecoutez une hiptoire.
^Le roi Lion estji.u moment de faire un voyage au loin, n sera absent une année,^ Les animaux sont convoqués pour choisir un vice-roi du royaume./ À l'unaùimité ils nomment le ^oiy^ Le voilà sur ce
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tableau . Votes-tu pour lui, Charles ? — Non, certes : o'est une bête cruelle, qui est sans respect pour les faibles. — Tu le juges bien, mon ami : mais les animaux l'ont choisi pour roi. "Il est fort et brave, dit le Lion, mais ne mangera-t-il pas mon peuple ?>^Vien8 ici, seigneur Loup, continue le monarque: lève les deux pattes de dévoue et jure que tu ne mangeras aucun animal." Le Loup jure et le Lion pai:^. . ,.
Sera-t-U fidèle à son serment, mes amis ? — Oui : U a juré. — Hélas I oui : mais c'est un loup ; je doute qu'il garde son serment. Écoutez.
Le vice^roi est bien assis sur le trône. Son autorité est grande. H estj^yide de manger de la chair. Il s'adresse^ une pauvre petite Chevrette • . . Voilà la chèvre sa mère, et le bouc son père . . . " Aî-je une bonne haleine, dit le Loup ? — Tu as une hUeine mauvaise, répond l'innocente." Quelle imprudence, i>'est-ce pas ?^ C'est vrai, monsieur. — Oui, amie, mais le Loup n'aime pas la vérité. Il convoque les animaux : " La Chevrette a insulté la majesté royale, dit-il. — Qu'elle périsse, s'écrient tous les animaux." Le vice-roi est plein de joie, tue la Chevrette et la mange avec les barons.
Le lendemain, le Loup désire encore manger de la chair ; il appelle la Biche : " Mon ^aleine est-elle mauvaise?" lui demande~t-il.—" C'est le plus doux des parfums," répond-elle. — Ohl elle ment, monsieur. — Oui, elle ment pour vivre, et elle ne vivra pas, parce que le despote a faim de chair. H convoque encore les animaux. " La Biche n'a pas dit la nénté au roi, s'écrle-t-il. N'est-ce pas un crime ? '
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^ *^ Si, répondent tous les animaux. Q u'elle périsse t " Et le vice-roi mangea la Biche.^j^
Voyez-vous, mes amis, qu'il n'y a pas de sécurité BOUS les despotes, sous les méchants. N'aimez-vous pas mieux votre république que le gouvernement du roi Lion ou celui du vice-roi Loup ? — Si, monsieur : le Président ne mange pas les citoyens. — Non, certes : et il n'est pas despote. Il est sous la loi, n'est-ce pas?
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