‹ Petites chroniques pour 1877 [microforme]Chapitre 11 sur 25 · LA MALBAIE · texte numérisé non relu

LA MALBAIE

Août: 10.

Nos places d'eau! Il est bien temps d'en parler vraiment ; voilà la,saison finie! Depuis bientot quinze jours, le Nord-Est, ce Borée du Canada, soufile avec fureur sur toute la surface du fleuve; ses rafales se précipitent, mugissent, tourbillonnent et viennent s’abattre sur les campagnes qui rendent mille gémisse-

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ments, Avant la mi-août, les gros pardessus sont sortis des valises tutélaires qui les gardaient dans le camphre comme des saumpns marinés ; les pelisses de fourrure recouvrent des épaules frissonnantes qui, hier encore, se découvraient paresseusement aux baisers du soleil; on a vu du feu dans les maisons, horribile dictu ! pendant que les brouillards vomis par le golfe, et se succédant sans relâche, remplissaieut Pair

d’une crudité gléeiale qui passait à travers les plus solides étoffes.

Quel climat que le nôtre, grand Dieu ! Est-on jamais sûr ici d’un lendemain d'été ? Quel jour peut servir de gage à un autre, et comment #roire aux promesses d’un ciel plein de caprices furieux? Vous quittez la ville haletant, surfoqué, réduit par la transpiration, le manque d’appétit et le manque de sommeil, les membranes intérieures tapissées d’une poussière brûlante ; vous êtes exténué, accablé, vous vous traînez languissamment dans des rues presque désertes; vos amis, tous ceux du moins qui Pont pu, ont fui; à l'heure où vous pensez à eux le gosier desséché, la sueur coulant de votre front comme une chaude averse, ils aspirent les senteurs du varech et les fraîches, les vivifiantes émanations des marées qui, deux fois par jour, font gronder les rivages. ...vous n’y tenez plus : ‘ De l’air, de l'air,” il vous faut de l’air : vous rassemblez ce qu'il vous reste de forces, vous vous donnez huit ou quinze jours, plus ou moins, de vacances, que vous arrachez aux jalouses affaires, et vous voilà parti. Oui, parti, mais le lendemain, mais le soir même? Ah! le len-

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äemain ! le lendemain....c’est le frisson, c’est le grelottement, c'est le fleuve caressé dans vos rêves qui arrive en mugissant avec des bouffées de brouillards, comme si une immense bouche de froid emplissait de son soufle toute la vallée du St. Laurent.

Et cela dure une semaine, deux semaines. Cette année, nous voici arrivés au douzième jour, et ça n’est pas encore fini. Remarquez que vous avez quitté la ville léger et court vêtu, que vous #avez pu prévoir le mois d'octobre au mois d'août, que vous avez eu confiance dans le soleil, ce père de la nature, que vous v’avez mis en fait d’extras, dans votre bagage, qu’un caleçon de baïn, ce qui est une garantie précaire contre le nord-est, que vous avez laissé flanelles, molletons, chaussettes de laine et camisoles dédaigneusement empilés dans les tiroirs, et que vous êtes là, maintenant, à deux pas de cette plage retentissante, enfermé misérablement dans une maison crue, mal bâtie, mal jointe, où le rhumatisme, compagnon inséparable du nord-est, vous attend comme une proie assurée.

Eù bien! Le croiriez-vous ? Non, vous ne le croirez pas. Je vais le dire tout de même. Si parfois, au milieu des rages du vent qui pousse devant lui les brouillards, il se fait une petite accalmie, si le ciel, fatigué d’orages, se repose un instant et, qu’à travers le voile humide qui l’enveloppe, le soleil hasarde une pointe de rayon qui meurt à peine apparu : ‘“ Ah ! que de temps est pesant,” dira à côté de vous nn canadien des campagnes ; ‘çà n’est pas drôle, allez, monsieur, qu’une sécheresse pareille ! Tout rôtit dans les champs ;

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