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Malcolm Fraser et John Nairn amenèrent avec eux un certain nombre de montagnards de leur régiment et leur concédèrent des terres, chacun dans sa seigneurie respective. Il y eut ainsi, à la Malbaie, dès 1762, une colonie anglaise plus nombreuse que la colonie originaire elle-même. Eh bien ! il ne s'était pas écoulé un demi-siècle que les descendants des Highlanders étaient complètement francisés ; ils étaient devenus aussi habitants que les plus purs canadiens, et aujourd’hui l'étranger voit avec étonnement des gens qui portent les noms de Blackburn, de MeNeil, de Harvey, de Warren, de MacPherson et autres, et qui ne savent pas un mot d'anglais. Leurs pères ont cédé à la propriété absorbante de notre race que rien r’entame et qui s’assimile aisément les éléments étrangers. Le même fait s’est reproduit partout où l’on à voulu implanter dans la campagne bas-canadienne une colonisation britannique pour la faire prévaloir et dominer sur la nôtre.
En ouvrant le Correspondant (1) du mois d'avril dernier, on trouve, sous la signature J. Guérard, un article fort étudié sur la Confédération canadienne, dans le-
(1) Le Correspondant est une Revue de premier ordre publiée à Paris.
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quel l’auteur, résumant les phases périlleuses par lesquelles a passé le Canada français, et aussi étonné que ravi de la force presque mystérieuse qui, nonseulement l’a maintenu, mais l’a encore fait croître et s'étendre alors que l’engloutissement semblait être sa destinée inévitable, signale, entre autres exemples de cette merveilleuse conservation, celui des Cantons de l'Est où l’on a voulu établir définitivement la race saxonne et lui donner la prépondérance :
‘Dans une région montagneuse, dit-il, au sud du Saint-Laurent, est un pays limitrophe des Etats-Unis, qui fut presque inhabité jusqu’à la fin du siècle dernier. Les gouverneurs anglais le colonisèreut dans l'espoir d’enserrer la population française et de la dissoudre à force d’infiltrations britanniques. Or, le fait inverse s’est produit. Non-seulement ces colonies anglaises n’ont rien gagné sur la zône franco-canadienne, mais elles ont été envahies et pénétrées ellesmêmes par l'élément qu’elles devaient détruire. Le recensement de 1871 a donné, pour les onze comtés dont elle se compose, les résultats suivants : Anglais, 60,011 âmes ; Français, 88,717. ‘Par la comparaison de ces chiffres, on voit la merveilleuse fécondité de la race française. Ses rejetons, ses enfants perdus ont formé dans les comtés anglais une masse imposante, supérieure en 10mbre à toute l’émigration britannique. Cette contrée fertile et pittoresque est devenue, grâce à leur affluence, une des plus riches de tout le Canada. Partout des fermes à l’aspect riant, des vil-
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lages populeux, tous les signes d'une colonisation active et prospère.” $
Ce que l’histoire nous montre dans la province bascanadienne, elle le fait voir en France même et partout où l’élément celte a été en butte à la conquête. Cet élément renferme en lui une force d'expansion indéfinie en même temps qu’une puissance de cohésion ir:attaquable. Il résisté à toutes-les atteintes, pendant que lui-même perce et s’infiltre au dehors. L’effacement de la race celto-latine a été maintes fois annoncé et l’on attend encore qu’il s’accomplisse. Cette race représente dans le monde une idée indispensable, et elle constitue ainsi une sorte de muraille morale que les invasions et la conquête ne pourront jamais entamer, Toujours, quand il n’a pas été refoulé au dehors, l’envahisseur à été absorbé par ses victoires, dissous au dedans, assimilé par l’éléinent celte dont la vitalité est prodigieuse. Ce qui lui donne cette vitalité, c'est le génie qui lui est propre ; il fait du sol son point d'appui, et grâce à la langue qui est l'instrument de son génie, à cette langue unique dont la précision et la clarté sont nécessaires aux sciences et aux relations eutre tous les peuples, il reste indestructible.
La possession du sol est ce qui assurera l’avenir de / la race française en Amérique. Les nations qui se fu- / sionnent ou qui disparaissent sont celles qui n’ont pas de point d'appui ; tandis que les maîtres du sol absorbent tout autour d'eux. Les conquêtes durables,
depuis les premiers temps de l’histoire, n’ont jamais eu d'autre base. Or, nous pouvons être sans inquiétude à cet égard, puisqu'il semble jusqu’à présent établi que notre race est la seule qui puisse coloniser un pays comme le nôtre et s’y maintenir.
Mais il ne convient pas de pousser trop loin une dissertation de cette nature-dans un petit volume où il est convenu que l’auteur ne peut et ne doit qu’amuser; j'en demande pardon au lecteur surpris, en faveur de mon effasion patriotique, et je retourne en hâte à nos ‘‘ Places d’eau ” avant que toute la saison ne s'écoule dans mes digressions prolongées.