‹ Petites chroniques pour 1877 [microforme]Chapitre 22 sur 25 · RIMOUSKI · texte numérisé non relu

RIMOUSKI

Le Bic est, après Cacouna, la place d’eau la plus rapprochée, en suivant toujours la rive sud. Il faut faire dix-sept lieues pour y arriver et l’on se trouve à cent-soixante dix milles de Québec, en face d’un fleuve sans cesse s’élargissant et qui prend déjà une allure océanique. Maisiné'nous y arrêtons pas encore ; abordons vite le grand centre du bas St. Laurent, trois lieues plus loin, Rimouski, chef-lieu d’une immense région, du plus grand district judiciaire et du. plus grand diocèse du Dominion.

Rimouski n’est pas seulement une campagne, c’est une petite ville, et une petite ville qui mérite admirablement ce nom. Figurez-vous que vous êtes sur le bord du fleuve, mais absolument sur le bord, là où sa largeur atteint une douzaine de lieues et d’où le regard aperçoit vaguement la rive nord conforfdne avec l'horizon, ou baignée dans les flots qu’elle teint d’une longue frange bleue qui semble flotter, se soulever ou s’abattre comme une crinière ondulée. Vous êtes au fond d’uve baie de peu de profondeur, qui s’évase largement, et que deux pointes de terre inégales protégent de chaque côté contre la violence des vents du nord-est ou du sud-ouest ; le chemin, un, chemin plus beau, plus régulier que les chemins macadamisés les mieux entretenus, passe presque sur la grève, entre deux haies de maisons qui se suivent dru sur une longueur de vingt .arpens et qui constituent le cœur même de la ville ; derrière, un côteau dominé par de grands édifices tels que le palais de justice, le collége et le couvent, et recouvert ça et là de villas élégantes que “es jardins naïssants et d’ingénieuses plantations dérobent plus ou moius au regard. A l'extrémité de gauche, une rivière extrêmement pittoresque, variant de deux à cinq cents pieds en largeur, se fraye sournoisement un chemin dans l’intérieur du pays et va se perdre près de la frontière avec ses truites, ses saumous et ses anguilles qui ont escaladé cascades, écluses et barrages. A l'extrémité de droite,.c'est la pointe apparente que fait la baie en se refermant, et qui n'offre aucun relief, mais dont le contour régulier, au

dessin ferme et pur, s’harmouise agréablement avec l’ensemble du paysage. En face, à une lieue au large, s'étend la gracieuse, l’élégante île de St. Barnabé, île protectrice qui défeud Rimouski des vents du nord qui reçoit sans distinction rêveurs et pique- niqueurs, également hospitalière à tous, qui ne demande pas mieux que de se faire tondre par les nombreux visiteurs à court de bois, et qui n’a véritablement pas de défauts, malgré ce qu'en disent les baigneurs qui vont se jeter à l’eau sur son rivage, s’y gèlent en une seconde et se plaignent en uite de ce que l’île ne les réchauffe pas.

Dans Rimouski il y a plusieurs genres de beautés ; la beauté ample, à découvert, sans obstacle devant la vue, beauté libre et souveraine que le majestueux St. Laurent déploie dans son cours. Il y à la beauté pittoresque et gracieuse, nourrie d’inattendus, abondante en détails, pleine de capricieux désordres, de promesses interrompues, de séductions, de détours et de fallacies savamment ménagées pour le plaisir de l’âme et des yeux; c’est la beauté qu'offrent dans son cours furtif la rivière Rimouski et ses rives tantôt dérobées, tantôt étalées en plein soleil sous la chaude averse des rayons d'été ; ça gt là bordées d’épaisses touffes d’arbrisseaux qui jettéht une ombre silencieuse

sur des eaux profondes et claires comme le cristal, ou à e

se fidèn

« bien recevant la dervière ondulation de longues collines qui s’abaissent lentement sous une toison de verdure ; ici, cascade bondissant à travers les rochers, courant éparse dans trois ou quatre directions, prenant un lit, quittant l’autre, changeant de rive, allant et revenant affolée, jusqu’à ce qu’elle disparaisse tout à coup comme engouffrée au sein de la terre ; là, nappe profonde, calme avec majesté, insouciante des vents qui font frissonner la rive, réflétant sans une ride Pazur sombre;du ciel, dormant ainsi depuis des siècles dans une immobilité pleine de sourdes tempêtes, comme si elle attendait l’heure fatale pour les faire éclater ; plus loin, cours ‘icile, sans ambages et sans heurts, se prêtant aux moindres souffles qui tremblent dans l’air et brisant en mille paillettes lumineuses les rayons du soleil dispersés sur son dos. Il y a enfin la beauté simple et harmonieuse du paysage qu’on embrasse en un coup-d’œil, dont tous les détails se révèlent simultanément et se complètent l’un l’autre pour former un ensemble auquel rien ne manque. Ce dernier genre de beauté est surtout propre à Rimouski. Difficilement, en effet, on trouverait ailleurs un endroit qui renferme autant d'harmonie dans la disposition de ses parties, qui ait une assiette plus unie et qui soit d’un dessin plus sobre, plus régulier et plus pur.

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Rimouski est l’endroit par excellence au point de vue des tempéraments ; il convient à tous les varactères et à tous les états, à toutes les conditions de l'esprit et du corps. Grâce au cadre qui l’entoure, il combine un air remarquablement doux et tempéfé avec l'air âcre et vigoureux de la mer, en sorte que les poitrines robustes et les poitrines délicates s’en accoramodent également. Il convient aux gens de la ville qui ont besoin de mouvement, qui veulent sentir la vie autour d'eux, parce que, de toutes les petites villes du Canada, il n’y en a pas une où il y ait autant d'animation et de va-et-vient qu'à Rimouski. Là, tout le monde est sur pied, allant et venant an dehors, foulant à toute heure un magnifique trottoir de cinq pieds de largeur et de deux milles et demi de longueur en ligne droite, trottoir unique, qu’on parcourt sans fatigue et avec reconnaissance pour le maire actuel de l’endroit, M. Louis Gauvreau, homme fort intelligent, homme de progrès, qui connaît le monde et qui n’a accepté sa charge qu’à la condition qu’on le laissât compléter sans délai tout ce qui manquait encore pour faire de Rimouski une véritable ] etite ville moderne, propre au citadin aussi bien qu'au touriste.

On ne saurait s’imaginer combien il est ravissant de se promener par un beau clair de lune, et à marée haute, sur ce long trottoir qui suit le cours du fleuve et

en reçoit les émanations pénétrantes mêlées à la brise parfumée du soir. Tout le monde vient aspirer avec délices cette atinosphère pleine de mâles et vivifiantes caresses. Celui qui a travaillé tout le jour ou qui a calculé pour l’avenir, qui a médité, pensé de longues heures et pleuré peut-être, vient y livrer son front soucieux et chargé de regrets; la nature, cette grande consolatrice, le calme, le réconforte et lui apporte de nouvelles espérances. Le jeune homme rêveur, qui à encore l'illusion, cette touchante bêtise du cœur où l’on puise une foi sans limite en ce qu’on aime, y vient chercher des inspirations et les secrets merveilleux qui le conduiront à l’âme dont la sienne est éprise. Les jeunes filles, essaim bruyant, peu songeur, volant d’amourettes en amourettes comme l'oiseau de branche en branche, sans se poser nulle part, et pour qui le ‘ doux esclavage ” est une métaphore imaginée à leur profit, les jeunes filles aussi y viennent en troupe nombreuse, en troupe redoutable, essayer de discrètes séductions sous le regard bienveillant de la lune et la complicité sereine des étoiles. Les grandes ombres de l'île St. Barnabé qui sommeille au large, celles des pointes, qui se projettent de chaque côté de la ville assoupie, et des collines qui étagent au loin leurs crêtes boisées, se rassemblent comme pour jeter une teinte mélancolique sur le ciel scintillant. On croit les voir s'approcher et vous envelopper, et cependant elles gardent, immobiles, leur forme indécise, vaguement flottante, comme les voiles étendues d’un grand navire qui attend les premiers souffles du vent.

Tout ce qui vit, dans Rimouski, tout ce qui sent, hommes, femmes, vieillards, jeunes gens, fillettes et garçons, quitte au soleil couché les travaux et les soucis, abandonne les maisons et se répand comme un flot pendant deux heures sur le trottoir retentissant. La plage red mille écl:os qui répondent à la cadence des pas, aux chuchotements des conversations intimes, et les soupirs de la vague se mêlent à ceux des poitrines dilatées par de longs et tendres aveux.

C’est l'heure des jeunes surtout, de ceux qui ont la vie devant eux, et quelle foule ils sont! 11 n’y a pas d’endroit, certes, Cans toute la province, où l’on puisse trouver‘une aussi brillante génération des deux sexes, aussi nombreuse, aussi cultivée, aussi indépendante d'esprit et,en même temps, qui ait des manières plus aimables et plus courtoises. On peut dire que Rimouski est l'endroit par excellence de la politesse aisée et de l’urbanité cordiale qui s'étend à toutes les relations et les facilite en les protégeant contre la familiarité vulgaire. C’est que tous les citoyens s'y fréquentent, entretiennent entre eux des rapports constants et que les manières, se communiquant ainsi des uns aux-autres, se généralisent. A Rimouski, ce qu’on appelle l’échelle sociale est une chose fort indéterminée ; on n’y connaît pas d’inférieurs et un niveau

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presque uniforme se répand sur toutes les têtes, parce que la plupart des gens, de toute catégorie et de tout état, ont une culture à peu près égale, des façons et un Inngage qui rendent les distinctions bien diff- [ciles à établir.

A Rimouski, il n’y a personne, sachant lire, qui ne reçoive un ou plusieurs journaux, chose absolument unique da”s toute la province. Le nombre des lettres, reçues et expédiées à son bureau de poste, est plus considérable que celui de toutes les paroisses réunies de la rive sud, sur une longueur de cinquante lieues, si l’on en excepte Lévis et Fraserville. Mais les abonnements se bornent un peu trop exclusivement aux journaux de Québec. On est si loin de Montréal ! et l'intérêt que peut inspirer un journal de la métropole canadienne semble diminuer en raison directe du carré des distances, ce qui ne lui en laisse guère à son arrivée à Rimouski. ï

Pour être vivant, animé, Rimouski n’a pas besoin d'étréngers ; il se suffit à lui-même. Sa population condensée, active, est très sorteuse ; tout le monde est dehors, ce qui porteranit aisément l'étranger à se tromper sur le nombre réel des gitoyens. Comme à la Rivière-du-Loup, il y a beaucoup de passants, de gens qui sont obligés pour ainsi dire d'arrêter quelques

heures, parce que Rimouski est un chef-lieu d’une nature exceptionnelle, le centre d’ypprovisionnement d’une immense région qui s'étend jusqu’à la Baie des Chaleurs et à la frontière du Nouveau-Brunswick. C’est là aussi qu'’arrêtent, tant que dure la navigation, les paquebots de la ligne Alian et qu'ils prennent la malle de toutes les provinces à destination de l'Europe, en même temps que les passagers venus pour traverser l'Océan. C’est là encore qu’ils stationnenut à leur retour pour être visités par l’officier de douane et pour déposer la malle européenne ; ils y laissent aussi les passagers d'outre-mer qui veulent prendre l’Intercolonial et se rendre, soit dans les provinces maritimes, soit äans les provinces supérieures.

A cet effet, il a été construit un petit embrinchement de deux milles qui, partant de la ligne de l’Intercolonial, aboutit à l’extrémité du quai de Rimouski, quai prodigieux qui a douze arpents de longueur sur trente pieds à peine de largeur, et qui s’avance dans le fleuve comme une véritable batture. Malgré cette longueur, ilétait à peu près inutile et il n'aurait jamais servi qu’à immortaliser l’incomparable et l'honorable feu M. François Baby, si le gouvernement fédéral ne lui eût fait ajouter au printemps dernier une aile qui garde à l'abri de tous les vents le petit fender dont la fonction est de porter à bord du paquebot, mouillé au large, la malle et les passagers que lui trausmet le chemin de fer.

Or, cette fonction se réduit à deux petites courses

par semaine, l’une vers le steamer qui part et l’autre vers le steamer qui arrive. Tout le reste du temps, le tender est inactif et son équipage baille sur le quai. Pour cela, le gouvernement paie environ trois cents dollars par mois. On se demande s’il ne serait pas infiniment préférable, tout en étant praticable, que le gouvernement employât un bateau plus grand, dont l’objet serait surtout de relier avec Rimouski les établissements isolés de la rive nord, depuis Tadoussac jusqu’à Manicouagan, une distance d'environ trentecinq lieues, d’y faire le transport des provisions et effets, et d’en rapporter les produits de la pêche et les fourrures qui sont les seuls articles vendus au dehors par la population de ces établissements. Mais cela dérangerait, paraît-il, le service régulier et précis de la malle ; il peut arriver que le tender soit retardé dans l’une de ses courses par des brouillards ou par up-accident quelconque, et alors le steamer océanique serait contraint d'attendre son arrivée. Tous les avantages que l’on retire de l'expédition de la malle jusqu'à Rimouskis par l’Intercolonial, seraient en conséquence perdus et l’on pourrait accuser le gouvernemeat de subordonner la chose publique à un intérêt local.

Cependant, il semble facile de concilier les deux. Le fleuve, devant Rimouski, a douze lieues de largeur ; qu’on donne au {ender les trois premiers jours de la semaine pour visiter, l’un après l’autre, les quatre ou cinq établissements du nord et revenir aussitôt après avoir chargé et déchargé sa cargaison, ce pour quoi il

aurait amplement le temps nécessaire. S'il lui arrivait d’être enveloppé de brouillards persistants, il ne serait pas plus retardé que le steamer lui-même, obligé par le même contretemps de rester immobile ; et si le service de la malle en éprouvait quelque inconvénient, cette circonstance serait si rare et si exceptionnelle que l’on aurait sérieusement tort de lui sacrifier un grand avantage positf, assuré à une vaste partie du pays qui manque de moyens de communication. Aussi, les citoyens les plus influents de Rimouski ontils pétitionné le gouvernement, il y a quelques mois, pour qu’il leur envoyât un tender capable de porter autre chose que des sacs de lettres et quelques passagers. Ils attendent encore une réponse, ce qui ne veut pas dire que le gouvernement ne s’occupera pas de la chose au premier moment opportun ;il a tout à y gagner du reste, car le commerce de Rimouski avec les chantiers du nord et la circulation des voyageurs le rembourseraient presque des frais auxquels l’oblige l’entretien d’un tender qui reste oisif pendant six jours de la semaine.

Si le tender est forcément oisif, en revanche son équipage ne demande qu’à agir et son capitaine, M. Lavoie, homme aussi affable et complaisant que marin habile, se désole d’une inaction qui ne va guère à un loup de mer et regarde avec amertune la fumée des steamers qui passent à l'horizon, pendant qu’il est obligé de garder dans la soûte du sien tout son combustible inutile, inutile même pour faire cuire des

beafsteaks et rutiler l’omelette au lard. Il attend, * Rimouski attend, le gouvernement attend.

‘ Savoir attendre” est une grande force, dit le proverbe ; mais c’est une force qui finit par agacer et par rendre maussade.

Rimouski est un des anciens endroits de la province. La première concession qui en fut faite, par le gouverneur de Brisay au sieur de la Cardonnière, remonte à l’année 1688. Huit ans plus tard, M. de la Cardonnière cédait sa seigneurie à René Lepage de Ste Claire qui, le premier, vint s’y fixer. Il y a donc aujourd'hui près de deux siècles que la première maison de Rimouski fut élevée par son premier habitant, qui était en même temps le seigneur de la place.

Ce n’était pas tout d’avoir une maison et de posséder un domaine de deux lieux de front sur deux lieux de profondeur. Il fallait attirer des censitañes su: ce domaine et y amener des colons qui paieraient un sou de rente par arpent défriché, comme cela se faisait parmi les anciens canadiens. Mais il n’y avait pas d'agence d’émigration à cette époque-là ; nos pères comptaient bien.plus sur eux-mêmes que sur les autres ; aussi le sieur René Lepage de Ste Claire se hâta-t’il de donner l’exemple sans retard. Il ne fit

ni une ni deux; il avait pour épouse une de ces

canadiennes du bon vieux temps qui ne marchandaient pas la progéniture ; elle lui avait déjà donné six enfants ; il lui en demanda encore, et la digne femme lui en apporta dix de plus. ù

C'était commencer d’un bon train. Mais il en fut malheureusement de la colonie de Rimouski comme de toutes celles d'alors ; l'établissement en fut ardu, pénible, et partant lent. Aussi, plus de soixante ans plus tard, à l’époque de la conquête, n’y avait-il encore à Rimouski qu’une vingtaine de maisons disséminées sur un espace de quatre lieues carrées, et une population ne dépassant pas trois cents âmes.

Si l’on consulte les régistres des mariages et naissances qui ont eu lieu dans Rimouski pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles, on voit que la progression est loin d’être régulière. Les écarts sont considérables ; le chiffre des mariages surtout varie, tandis que celui des naissances se sputient avec une certaine allure mathématique qui fait voir que les enfants ne s’empressaient pas de mourir, à peine venus à la lumière, comme ils en ont pris l’habitude depuis bien des années déjà. Ainsi, les mariages se maintiennent pendant près d’un siècle et demi, avec une moyenne extrêmement changeante et languissante

à la fois, jusqu’à ce que tout à coup, en 1838, les habitants de Rimouski deviennent furieux ; quarante-cinq d’entre eux se marient cette année-là et il y a deux cent douze naissances. Il fallut trente-quatre ans pour qu’ils pussent se remettre d’une pareille émotion, et ce n’est qu’en 1830 qu’on voit le chiffre des mariages s'élever à quarante-huit, après être descendu dans l'intervalle jusqu'au chiffre absolument méprisable de dix.

On remarquera aussi, en consultant les régistres de la paroisse, que le nombre des décès n'était pas du tout en rapport avec celui des naissances. On mouruit peu au siècle dernier ; on meurt peu encore aujourd’hui, proportion gardée ; Rimouski est décitément un endroit où les gens ont la vie dure, autant qu'ils ont le cœur tendre ; c’est pourquoi lon y comptait en 1870 jusqu'à seize individus mariés depuis plus de cinquante ans et qui étaient encore loin d’être blasés,. Une année seulement, en 1830, le nombre des sépultures atteignit un chiffre inouï, effrayant. Cent-sept personnes furent enterrées. C'était probablement en prévision du grand choléra qui devait éclater deux ans plus tard : les gens mouraient d'avance afin d'être sûrs d’y échapper,

Rimouski, nous l’avons remarqué plus haut, a une existence assez ancienne, comparée à celle des autres.

établissements canadiens. Il à été chanté dans des vers immortels qu’on trouve cités dès au début d’un petit volume intitulé ‘ Chronique de Rimouski,’ lequel volume a paru il ÿ a quatre ans. On ne peut s'empêcher Ce reproduire ces vers dans la présente chronique, et on ne pourra s’en empêcher non plus dans toutes les autres chroniques qui suivront sur le même sujet. Les voici dans leur fraîcheur bucolique :

‘“ Aux parages lointains où le fleuve est imense.” Immense n’est pas une cheville.

“ Non loin des grandes eaux où l'océan commence,” L'océan commence aux grandes eaux! !...C’est rare.

‘ Sur un banc de récifs, et dans l’ombre du soir, ‘“ L'Ile St. Barnabé dessine un long trait noir.”

Ceci n’est pas d'accord avec la peinture qui en est faite par M. J. Charles Taché, et que cite également l’auteur dès la page suivante. Ainsi M. Taché appelle l'Ile St. Barnabé une délicieuse corbeille de verdure vive, au sein des eaux du grand fleuve. T1 serait difficile de faire dessiner un long trait noir à une corbeille de verdure vive, maïs quand on est poëte, on voit aisément, dans ses moments d'inspiration, la nature entière se livrer aux beaux-arts. Dans ces moments-là, la spécialité des Iles, c’est de dessiner. Sachons gré à M. Taché de ne pas faire de vers et de se contenter de trouver

le fleuve grand en prose; poëte, il eût été condamné à le trouver immense tout d’un coup. Mais continuons ia lecture de notre ode.

“ Il faut jusqu'au détour (quel détour?) en suivré le rivage, Par derrière s'élève, au midi, sur la plage ”......

Ah! nous y sommes. C'est le détour du derrière,

‘ Le bourg de Rimouski, déjà tant orgueilleux De l'honneur infini d'être l’un des chefs-lieux. ”?

Tout est grand dans cette poésie lyrique. Le fleuve est immense, l'honneur est infini ; infini! pourquoi ? Parce que Rimouski est un chef-lieu ! Il est vrai qu’il est tant orgueilleux, et que, lorsqu'on est tant orgueilleux, et qu’on à un honneur avec cela, cet honneur ne peut être autre qu'infini. Voilà comment les choses s'expliquent,

En veine de faire des citations, l’auteur de la ‘“Chronique” reproduit, quelques lignes plus loin, une description de Rimouski par M. J. M. Lemoine, cet incomparable écrivain qui écrit dans les deux langues, française et anglaise, c’est-à-dire qu’il a trouvé le moyen d'écrire l'anglais avec des mots français, et le français avec des mots anglais. C’est ce tour de force qui fait que le lecteur est toujours dérouté, mais toujours

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