‹ Petites chroniques pour 1877 [microforme]Chapitre 6 sur 25 · PARLE · texte numérisé non relu

PARLE

intelligent : ‘ Les titres nobiliaires perdent de plus en plüs de leur valeur en Europe, se dit-il; laissons les porter aux Yankees.” Et voilà comment un noble anglais se venge des fiers démocrates d'Amérique, Il s'empresse de les parer d'un prestige qui n’a presque plus de prix pour lui.

Maintenant, vous allez me permettre d’aligner des chiffres. Cela fait bien de temps à autre dans la chronique ; le lecteur s’habitue ainsi sans s’en douter au caleul et à la réflexion, et, avant d'arriver au bout de mes paragraphes, il est presque un statisticien. Je commence par la ville de Londres, cette énorme capitale qui est un monde en elle-même, un petit univers, ‘ un microcosme, comme cela s'appelle. Allons-y.

Londres à 90 milles de tour—celui qui les a mesurés a dû être bien étourdi, sa besogne faite —et quatre millions d'habitants. Elle renferme plus de catholiques que Rome même, plus de juifs que toute la Palestine, plus d'irlandais que Dublin, plus d’écossais qu'Edinbourg, inais bien moins de canadiens que St. Lambert, 1] y naît une créature humaine toutes les cinq minutes et il en meurt une toutes les huit minutes ; calculez combien, au bout de la journée, cela fait de naissances excédant les décès, et vous en saurez long. La grande cité anglaise a sept mille milles de rues, dans

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lesquelles il arrive en moyenne septaccidents par jour. Vous direz qu’il faut avoir du courage pour calculer jusqu’au nombre des accidents qui peuvent arriver dans une ville, mais cela fait faire tant de progrès à la science ! Vingt-huit milles de nouvelles rues sont ajoutés tous les ans à la brumeuse Babylone et neuf mille maisons de plus s'y dressent au sein des brouillards et de la fumée.

Londres s'accroît de 124 habitants et voit arriver dans son port chaque jour mille bâtiments montés par neuf mille matelots. Elle possède assez de tavernes pour couvrir un espace de soixante-treize milles de long, histoire de se rafraîchir chemin faisant, et 38,000 pochards qui sont amenés annuellement devant le juge de police. Cela est hors de toute proportion avec le reste. Il devrait y avoir à Londres au moins cent mille pochards bien avérés ; mais ce qui peut nous consoler de ce manque d'équilibre dans la statistique, c’est que la grande cité compte, sur ses quatre millions d’âmes, 117,000 malfaiteurs qu’on loge au violon dans le cours de l’année ; voilà, du moins, qui en vaut la peine.

Termirons par le compte fait des gens qui ne suivent aucun culte religieux ; vous ne sauriez vous en faire d’idée; on reste stupéfait en l’apprenant. Figurez-vous que le nombre s’en élève à un million d’âmes, le quart de toute la population de la ville! Il paraît que ce million, au lieu d’aller dans les églises, le dimanche, se précipite dans les beer-shops, qui restent ouverts à Londres, contrairement à l’exemple que donnent les villes canadienues.

Il y à 129 villes américaines, oui, 129 exactement, qui sont dans de jolis draps. A elles seules elles doivent sept cent quarante-cinq millions de dollars. En supposant, ce qui doit être bien au-dessous du chiffre réel, que les autres villes doivent ensemble deux cent cinquante millions, on arrive au total d’un milliard pour la dette municipale de toute l'Union. C’est gentil.

L'augmentation de la dette municipale n’a été que de 176 pour cent depuis 1870 ; à cette dernière date, en effet, elle ne s'élevait pas à plus de 270 millions de dollars. Voilà ce qui s'appelle du go ahead. Ce petit milliard tout mignon représente soixante millions de taxes par année; et si vous ajoutez à cela le coût du gouvernement général, les taxes de comté, celles d’etat et les taxes fédérales, vous arrivez à la somme de six cent cinquante millions pour le paiement desquels le peuple américain s'impose annuellement.

Un journal des Etats-Unis prétend que la taxe municipale augmente régulièrement de deux dollars par tête tous les trois cent soixante-cinq jours ; il y aurait moyen de se contenter à moins. Le commerce, dans des conditions pareilles, aurait beau fleurir, se répandre, et la population s’accroître avec enthousiasme, ce qu'elle a cessé de faire depuis deux ou trois ans, grâce au ralentissement de l’émigration, on conçoit qu’il ne

peut y avoir de prospérité sérieuse sous le poids d’un

fardeau aussi énorme. Dieu me garde de parler de ces choses avec l'intention de combattre les tendances aunexionnistes ; oh non! j'aimerais mieux me faire couper la main, d'autant plus que, sous le rapport des dettes, nous courons vite où sont déjà arrivés les Etats- Unis, pour peu que nous donnions suite au magnifique projet de la construction du chemin de fer du Pacifique. Or, il paraît qu'il n’y à pas moyen d'empêcher cette grande entreprise qui nous apportera au bas mot cent cinquante millions de plus à payer, sans compter les ponts de la Colombie qui, à eux seuls, exigeront une dépense de trente à quarante millions ; c’est là ce qui résuite des rapports officiels. Une jolie perspective ! Mais que voulez-vous ? Une confédération de mille lieues de longueur, dort les cinq-sixièmes sont üéserts, est une chose si mirifique qu’un peuple, pour en être digne, doit ne pas compter et savoir courir à sa ruine avec grandeur. Nous y arriverons, mais ensuite ? Oh ! ensuite,.... nous entreprendrons un tunnel sous le Pacifique pour compléter la ligne, et, de la sorte, nous serons sûrs d'enlever aux Américains le commerce avec l'Asie. Voilà où mènent les glorieuses rivalités.

Vous savez que la question des pêcheries demandera deux solutions ; l’une, qui règlera l’indemnité que les Etats-Unis doivent nous payer pour avoir le droit de pêcher dans nos eaux ; l’autre, qui détermi-

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