‹ Petites chroniques pour 1877 [microforme]Chapitre 5 sur 25 · SAGE À CURE · texte numérisé non relu

SAGE À CURE

Force fut donc au Yankee d’aller se pourvoir ailleurs, après avoir témoigné de son admiration pour la hau- . teur de nos sentiments et ajouté quelques remarques saugrenues sur la difficulté pour un peuple comme le nôtre de vivre ailleurs que dans les astres.

Je ne tirerai pas de morale de ce fait; je m'en garderais bien. Il est plus difficile de faire une observation juste à un canadien du pays que de passer par le trou d’une aiguille, et Dieu sait que ce n’est pas chose facile que de passer par le trou d’une aiguille ! Depuis dix-huit cent soixante-dix-sept ans, tous les. riches de la terre y essaient et n’y arrivent pas. Il n'y a que les pauvres qui ne puissent se payer cette fantaisie ; la pauvreté rend si timide !

Notre ombrageuse susceptibilité, piquée au vif par le moindre mot, ne nous permet pas de supporter la plus légitime critique. Dites à un hôtelier que son bœuf est trop cuit ou que son waiter est un lambin, il vous répondra aigrement que si vous n'êtes pas content, vous n'avez qu'à essayer d’un autre hôtel. Dites à un tailleur que votre habit vous empêche de remuer, il vous répondra que vous êtes un capricieux et que vous ne savez pas ce que c’est que de vous habiller élégamment. Dites à

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une servante que votre chambre est faite comme si un tremblement de terre venait d’y mettre tout sans dessus dessous, elle ne se gênera pas de vous répondre que vous êtes un homme du commun et que les gens comme il faut ne se plaignent jamais. Dites à un épicier que son sucre a quelque peu les qualités de la chaux vive, il vous rétorquera avec une superbe homérique qu’il satisfait tout son monde et que les autres nue se plaignent jamais de lui.

Les autres! voilà le grand mot lâché. Quand on a dit Les autres au Canada, on a répondu à tont. Que voulez-vous répliquer à cela? Vous êtes seul contre un nombre formidable et invisible d'individus qui, tous, vous donnent tort ; alors, vous êtes cloué. Les autres! Pensez y; les autres! Il arrive que, de par ce mot, une très-grande contrainte et un respect hu-

main assujétissant se répandent dans toutes les

classes de la société .... mais bah! qu'est-ce que cela fait ? Qui n’y est pas habitué ? Passons.

Le gouvernement local s’est enfin décidé à faire démolir le vieux collége des Jésuites. Quand je dis « s'est décidé,” j'emploie une hardiesse de style voisine de l’injure pour le pasteur en chef qui dirige nos destinées. Le gouvernement s’est décidé, parce que le collége lui-même était décidé à dégringoler sur la

tête de tout le monde au premier moment. C’est au point qu'il n°} a pas encore un seul démolisseur qui ose s’aventurer sur le toit et attaquer les cheminées et les bardeaux. Voyez-vous un pauvre diable à cheval sur une toiture qui s'effondre tout à coup et le précipite d’une hauteur de cinquante pieds sur un amalgame confus de vieux rats en putréfaction, de fonds de chaudières, de semelles de bottes, de détritus ‘provenant de toutes les catégories d'êtres animés ?... ce n’est pas absolument invitant. Il y a des gens qui se font prier pour tenter une pareille aventure, et il sera absolument impossible d’en vouloir à qui que ce soit, fors au gouvernement local, si la démolition du collége des Jésuites procède avec une lenteur aussi rassurante pour nos nez qu'agréable aux yeux dn Nouveau-Monde. RE °

Un des événements du jour, tout à fait du domaine de la chronique, est le voyage du général Grant en Europe. Il y a quelque chose de vraiment inattendu dans l’engouement dont est l’objet cet ancien commandant d’une armée que l'Angleterre ofliciellé et aristocratique eût donné beaucoup pour voir mettre en charpie. C’est Grantici, c’est Grant là. La reine, les princes, ses fils, les plus grands dignitaires, les plus huppés des purs ‘* vieille roche ” rivalisent, à qui

mieux mieux, pour lui faire les honneurs de réceptions qui s’'engendrent les unes les autres et qui ne laissent pas à l’ex-président un seul jour où il puisse dire : “ Ce jour est à moi seul ; aujourd’hui, je suis libre.” Il faut qu’il dîne partout, chez tous les ministres et, sans doute, on a chaque fois l'attention délicate de lui faire manger du bœuf américain, produit dont l’exportation a pris depuis deux ans des proportions incroyables, atteignant, le mois dernier, jusqu'à trois millions de dollars. Et nuis, que de ‘‘ turtle soups,” que de ‘“plum puddings ” il a déjà vu s’étaler devant lui avec cette majesté volumineuse que les Anglais donnent à leurs plats! Et ce n’est pas tout: Quelle quantité de cigares il va lui falloir brûler ! Car il n’est pas plus permis de voir Grant sans un cigare aux lèvres, que Thiers sans ses lunettes ou Napoléon III saus sa moustache effilée, Il avalera encore toutes les adresses, toutes les allocutions, tous les discours possibles ; l'Angleterre va se mettre à contribution, de cent manières différentes, pour célébrer l’homme qui a eu l’insigne bonheur de mettre fin à une guerre fratricide, de vaincre nou pas un ennemi étranger, victoires qui restent toujours sans résultat, mais de ramener à la patrie commune des millions de ses enfants égarés.

C’estun fait bien remarquable, oui, bien remarquable que ces démonstrations empressées d'une Angleterre nouvelle envers un homme qui acombattu pour la liberté démocratique contre un reste d'institutions féodales,

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contre une oligarchie qui était l’image en Amérique des governing classes de la Grande-Bretagne, Il y a donc depuis quelques années un large envahissement, une expansion souveraine des classes populaires dans cette même Albion où, tout récemment encore, la plus grande partie du peuple appelé libre n'avait pas même droit de vote. Le général Grant, vainqueur de l’oligarchie sudiste, fât-il allé en Angleterre il y a dix ans, n’eût guère trouvé pour l’acc'" ner que les classes populaires, unies d’instincts, de sympathies et d’aspirations avec les hommes du nord ; mais l’Angleterre officielle fût restée dans les strictes limites de la courtoisie obligée, et l'Angleterre de la nobility et de la gentry fût restée coie, absolument étrangère à ce guerrier républicain.

A propos de la Grande-Bretagne, savez-vous bien que voilà un empire qui ne compte pas moins de 235, 000,000 d'âmes ; là-dessus, il n’y a qu’un sixième de chrétiens ; c’est pour cela qne la reine Victoria porte le titre de Majesté très-chrétienne. Mais én ramenant la statistique au Royaume-Uni seulement, on découvre avec stupeur que, sur une population de trente millions d’âmes, il n’y a que cent soixante huit mille propriétaires !! Dès lors, on s'explique aisément pourquoi les classes gouvernantes ont fait, jusqu’à ces années dernières, la pluie et le soleil dans ce pays où le peuple libre était partout l’esclave du sol.

C’est égal : ces Anglais sont une nation quisa l'œil ouvert*t qui ne laisse rien perdre. Il ont déjà acca-

paré l'Egypte d'une manière à eux, sans que personne eût rien à y voir. Savez-vous bien que presque tous les grands fonctionnaires et employés publics du Khédive sont des sujets de notre gracieuse souveraine, encore plus graciense depuis qu’elle est impéatrice des Indes? Le Maître des Postes de l'Egypte est un anglais qui reçoit pour traitement 10,000 dollars ; il a, sous ses ordres, un assistant qui touche $5,000 et un deuxième assistant qui palpe $4,000 ; histoire de se traiter aux oignons d’Egypte. On n’estime pas à moins de 8500,000 le montant des salaires payés aux fonctionnaires anglais du Khédive, et son gouvernement en demande ence”e d’autres, et il n'arrive guère à Alexandrie de paquebot qui n’amène des ingénieurs, des architectes, des officiers de terre et de mer et des organisateurs de toutes les branches du service publie, mandés expressément d'Angleterre par le vice-roi, vassal de la Turquie. Il paraît que les Egyptiens ne sont ni assez honnêtes, ni assez intelligents, ni assez industrieux pour qu’on les emploie À des fonctions supérieures, de sorte que le Khédive, environné d'anglais qui administrent son pays et de capitalistes anglais qui l’enlacent d'hypothèques, est encore plus un vassal de la Grande- Bretagne que de la Turquie, et ne peut guère se considérer que comme un de ces princes indiens auxquels l'Angleterre laisse une souveraineté apparente, mais qu’elle n’en tient pas moins par tous les bouts à la fois.

Québec, 27 mai.

J'arrive tout frais, ou toût chaud, si vous l’aimez mieux, d’une charmante petite réunion qui a eu lieu mercredi soir chez le Lieutenant-Gouverneur. C'était la deuxième, parait-il, d’une série de réceptions intimes que Son Excellence veut donner en l’honneur des gens......de lettres; et, comme les gens qui sont de lettres, ou qui essaient de l'être, ne manquent pas à Québec, patrie commure des poëtes et des prosateurs canadiens, le gouverneur a compris qu’il ne pouvait les réunir tous à la fois, qu'il fallait les diviser par catégories, tout en conservant à chaque réunion une diversité d'éléments assez grande pour qu: tous les genres fûssent représentés. C’est là une inspiration qui avait échappé, je crois, aux deux précédents gouverneurs de la province. Chez

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M. Letellier de St. Just, felle a été toute spontanée, elle est venue la première en quelque sorte, comme pour indiquer d’un trait quelle est la nature de l’homme qui est aujourd’hui à la tête de son pays.

Pourquoi notre gouverneur a-t-il songé avant tout, j'oserai dire, aux gens de lettres? C'est qu’il est luimême friand de littérature, c'est que la lecture est une passion pour lui, c’est que les choses de l'esprit ont la première place dans ses préférences, c’est qu’en portant quelque attention aux gens de lettres, il agit par sympathie naturelle, il cède au tempérament. M. Letellier de St. Just à beaucoup lu et sa merveilleuse mémoire est restée intacte, malgré trente années de luttes politiques formidables qui eûssent suffi à ébranler les facultés les plus solides. Or, on sait ce que sont les luttes politiques chez nous. S'il y à quelque chose au monde qui puisse anéantir dans un homme le goût des arts, le sentiment de ce qui se rattache au beau, sous une forme quelconque, c’est bien la pratique de ces abominables joûtes où l’on trouve souvent devant soi les plus indignes adversaires, où il faut faire face aux hommes les plus ignorants, les plus grossiers et les plus malhonrêtes, et combattre toute espèce de moyens, d'autant mieux mis en jeu qu’ils sont plus déloyaux et plus odieux.

Si le Dante vivait aujourd’hui, il placerait à coup sûr une campagne électorale du Canada dans un des cercles de son enfer, et les plus laids comme les plus tourmentés des condamnés seraient bien certainement les candidats. Quelle atmosphère que celle de la

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politique provinciale ! Sortir de ce grouillement hideux de toutes les mauvaises passions, après trente années de batailles presque incessantes, et en sortir avec un goût des léttres et des arts qui n’a été ni flétri ni diminué, c'est un peu remarquable, Je crains énormément que vous ne me croyiez trop aisément étonné ; eh bien! non, ce que je vous écris là, je l’écris posé. ment, mûrement, en réfléchissant et en me rendant compte. Nous avons dans notre pays tant de sujets d’être vite digoûtés des muses, de renoncer à toute culture intelkctuelle, et la politique est un éteignoi si puissant, qe je me demande comment on peut en faire pendant trente années et se rappeler encore après cela qu’il y ades livres et des gens qui les écrivent !

Pauvres diables de littérateurs québecquois ! Il est tombé sur eux un regard de Spencer Wood, les voilà presqu’en fermentation! Ce regard, comme le rayon de soleil tardif, va faire éclore peut-être bien des strophes inédites, bien des préfaces à peine ébauchées,. Jeunes aspirants au Parnasse, sortez vos dithyrambes, faites pleuvoir les stances, sonnez, odes et cantates, coulez, touchantes idylles; jamais muse n'eut de pins ravissante retraite que Spencer Wood pour y recevoir ses adorateurs. Oh! Spencer Wood, quel délicieux séjour, quel adorable petit coin de paradis! Et dire

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qu’il y à des Québecquois qui ne te connaissent pas, Eden des gouverneurs! Ah! si jamais un sort cruel --....oui, c’est là que je voudrais finir mes jours. Lord Elgin disait qu’il n'avait jamais labité un endroit qui lui fût plus agréable ; c’est à donner envie d’être gouverneur quand même, et je Cemande comment on peut se résoucre à ne plus l’êfre quand on a habité Spencer Wood pendant cinq as ! (1)

Cependant, quelques grandes âmes, quelques caractères héroïques, comme Sir Narcisse Fcrtunat Belleau, ont pu résister à ce malheur ; d’autres y ont succombé. Pour notre gouverneur actuel, je n’ai aucune crainte ; il va nous faire passer de si délicieuses heures sans accompagnement d’habits à queue ni de cravates blanches, il va nous rendre si heureux sous son règne, que le souvenir qu’il en conservera suffira à le rendre heureux lui-même, jusque dans la retraite.

Vous croyez peut-être que j'en ai fini à propos de Son Excellence. Erreur. J'ajoute ceci, et ça en vaut la peine. M. Letellier de St. Just veut fonder à Spencer Wood une petite bibliothèque essentiellement canadienne, qui fera partie intégrante du château et que

(1) Terme pendant lequel un lieutenant-gouverneur exerce ses fonctions.

ses successeurs auront le droit d'augmenter et d’embellir si le cœur leur en dit. Nous avons done tous été invité: par lui, nous les hommes de lettres, bien entendu, 63 princes de la pensée, à présenter nos œuvres ou celles de nos amis, ou tout ouvrage relatif au Canada fait par un compatriote. Outre que cela nous chatouille agréablement, nous y trouvons un gage d'immortalité, et nous sommes certains que si des barbarés modernes s'emparaient du pays et y brûlaient les bibliothèques publiques, ils épargneraient à coup sûr les ouvrages canadiens. Ainsi, les rayons de la bibliothèque de Spencer Wood vont nous mener droit aux dernières générations qui fouleront notre sol. Quelle longue vengeance nous tirerons. alors de nos dédaigneux contemporains !

Maintenant, quittons les bosquets touffus, les pelouses ondoyantes et verdoyantes, les ombrages caressants de Spencer Wood. Il faut en partir quand même, quoiqu'il soit à peine minuit; mais il y à espoir de retour, Le gouverneur nous laisse aller à regret ; ah ! quel aimable et facile compagnon ! Combien nous avons été à l'aise pendant près de quatre heures et combien cette courtoisie tonte amicale, cette affabilité familière font de bien, aux jeunés surtout qui ont toutes les timidités du génie inconscient ! Allons! partons sous Ja voûte sombre du feuillage qui secoue la rosée sur nos têtes et fait frissonner tout un peuple de petites ombres qui s’agitent, se trémoussent et luttent avec les souffles de la nuit; rendons-nous à la

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ville où il n’y a que les ombres des murs et où la brise n’agite dans l’air que des flots de poussière ; abordous les sujets généralement quelcoiques et délayons la chronique dans des alinéas divers.

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Québec, 7 juin.

Je ne sais pas si vous êtes facile à agacer, vous, mon cher éditeur ; mais pour moi, je le suis, et, entre autres, beaucoup par les dépêches télégraphiques. Je ne conpais pas de meilleur instrument pour répandre, nonseulement des nouvelles fausses, mas encore des idées fausses. Joignez à cela l'extrême facilité, l'espèce d'enthousiasme avec lesquels les hommes se portent au préjugé, tandis qu'il est si difficile de leur faire entrer une idée juste dans la tête, Qu’une opinion, quelque mal fondée qu’elle soit, se répande, qu’elle gagne du terrain, il faudra faire dix fois autant de chemin pour la détruire qu’elle en à fait pour se produire. Ainsi, par exemple, il est à peu près convenu que les Turcs persécutent les chrétiens à outrance, qu'ils ne léur laissent pas un instant de paix, qu'ils les empalent avec émulation, et que les russes sont les sauveurs de tous les malheureux. Eh bien! voilà le correspondant même du Journal des

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Débats qui, s'étant rendu en Orient pour voir de ses propres yeux les massacres de Bulgarie et s'étant arrêté quelque temps à Smyrne, dans l’Asie Mineure, est resté tout stupéfuit de la tranquillité dans laquelle vit la population bigarrée de cette ville, et des excellentes relations qui y existent entre musulmans et chrétiens.

Ce n’est pas de 14 domination turque, paraît-il, que se plaignent les chrétiens, pas plus que les ottomuans ; mais c’est de l’épouvantable, de laruinense administration de cet empire par des pachas cupides qui tirent d’abord à eux tout ce qu’ils peuvent et gaspillent un des plus riches pays du monde. Il n’y a guère que les gamins, et quelquefois les femmes, sexe partout méchant, qui regardent d'un mauvais œil les giaours. Il serait bon de se rappeler un peu comment les Russes traitent les Polonais, avant de les prendre pour des libérateurs. A Smyrne, les Sœurs de la Charité sont appelées braves femmes par les Turcs, et les religieuses de tous les ordres peuvent s’y promener eu toute sécurité. Quand une procession de religieuses passe par les rues, les soldats turcs présentent les armes ;, je connais plus d’un pays chrétien où ces mêmes processions sont interdites. Et que dire du Saint-Sépulcre où ce sont précisément les fils de l'Islam qui empêchent les chrétiens de se mettre en pièces pour l'amour de Dieu !

J'aurais voulu faire un peu de diplomatie en parlant de l'intervention de l'Angleterre dans la guerre d’O-

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rient ; mais comme l’Angleterre, vu la faiblesse de son armée, ne peut intervenir dans les affaires du continent que lorsqu'elle est sûre de deux ou trois bonnes alliances, je me contenterai de vous citer une fable qui vient de paraître et qui résoud la question. Voici :

L'Angleterre ayant chanté, Tout l’été, Se trouva fort dépourvue Quand la guerre fut venue ; Pas le moindre troupier A mettre sur pied.

Elle alla crier famine Chez la France, sa voisine, La priant de lui prêter Ses soldats pour les porter Sur les côtes de Dardanelle :

‘ Je vous paierai, lui dit-elle, Ce service amical En papier oriental.” La France n’est plus belliqueuse, Elle a l’esprit trop prudent.

‘__M'avez-vous aidée à Sédan ? ” Dit-elle à son emprunteuse, ‘__Je dormais, ne vous en déplaise.”?

“__Ah! vous dormiez, j'en suis bien aise, #__Eh bien ! ronflez maintenant.”

Nous sommes décidément dans l’ère des centepaires. On parle à Paris ni plus ni moins que de célé-

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brer l’année prochaine celui de la mort de Voltaire ; voici à ce propos un fait assez curieux.

Les fenêtres de l'appartement où Voltaire expira le 90 mai 1778, sur le quai qui porte aujourd’hui son nom, n’ont jamais été ouvertes depuis ce jour, en vertu d’une clause du testament de la marquise de Villette, et elles ne doivent être ouvertes qu’au centième anniversaire de sa mort, c’est-à-dire l’an prochain. On se demande ce qui x pu motiver une clause semblable : dans tous les cas, les Parisiens n'auront qu’à se bien tenir le 30 mai 1878, car le diable en personne va s’échapper ce jour-là des fenêtres si longtemps condamnées, ce qui ne sera pas bien rassurant pour les hommes de l’ordre moral qui ont promis à la France une longue vie de bonheur et de paix, grâce aux coups d'état, aux destitutions, aux persécutions, aux incarcérations et à la suppression de toutes les libertés dont la France commençait à faire l’essai intelligent et modéré.

Pour faire contraste avec la célébration de ce centenaire, on fêtera à Orléans, presque à la même époque, le 449e ‘nniversaire de la délivrance de cette ville par Jeanne d'Arc. A chaque anniversaire de cette délivrance mémorable, le beffroi sonne depuis midi de quart d'heure en quart d'heure ; des drapeaux sont ‘ arborés aux portes de la ville et sur les principaux monuments, et, le soir, a ligu l’illumination et la cérémonie de la remise de l’étendard de Jeanne d'Arc. Cette auguste héroïne est peut-être la plus touchante

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"figure de l'histoire, et,le penple qui sit on vénérer le souvenir à droit de ne pas se trouver amoiudri par les revers ; il à droit d'espérer en d’autres revanches prochaines, comme en. sa délivrance des prétendants, les pires fléaux de tous les peuples,

Je v’essaierai pas d’être original en vous disant que les hommes sônt bien les êtres les plus incompréhensibles qu’il y ait au monde, abstraction faite de la femme, bien entendu, de la femme qui est le mystère sous toutes les formes. Vous vous rappelez sans doute le temps où Franklin, délégué des colonies anglaises, se faisait présenter à la cour de France en bas de laine. Aujourd'hui les Américains, qui ont passé quelque temps en Europe, sont précisément les hommes qui se font remarquer par les prétentions aristocratiques les plus mortifiantes pour les égalitaires dont la manie est de regarder les Yankees comme des modèles. Voici M. Pierreponts, ministre des Etats-Unis à Londres, qui vient de demander au comte Manvers, chef des Pierrepont d’Angleterre, la permission de faire peindre sur sa voiture les armoiries du noble lord. Ce dernier y a gracieusement consenti, disent les journaux. Il y a beaucoup de dédain dans ce gracieusement consenti, si, comme je le crois, le comte Manvers est un homme

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