‹ Petites chroniques pour 1877 [microforme]Chapitre 8 sur 25 · MATE · texte numérisé non relu

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Canadiens-Français ne reconnaîtront jamais d’autre fête nationale que la St. Jean-Baptiste. Ils admettent parfaitement l’autorité de l’Angleterre, ils lui sont très-soumis, ils obéissent volontiers aux lois qu’elle sanctionne pour ses provinces d'Amérique, mais à ce caractère exclusif se bornent leurs relations avec elle ; en dehors du lien politique, il n’y a plus de rapprochement, encore moins d’affinité. En outre, le canadien-français ne comprend pas qu’on puisse lui imposer une autre fête nationale que celle qu’il a établie lui-même, que celle qu’il a choisie ; il se regarde avec raison comme le véritable habitant du Canada ; lui seul y a des traditions ; c’est là qu’est son histoire, ce sont ses pères qui ont fondé et peuplé ce pays maintenant soumis à un pouvoir étranger ; c'est lui seul qui s'appelle canadien tout court, et il est uniquement et essentiellement ce qu’on le nomme, pendant que les habitants des autres races ne veulent être absolument que des anglais, que des écossais ou des irlandais. Il n’a pas seulement un caractère qui lui est propre; il n’habite pas le Canada au même titre que les races étrangères qui l’entourent, il y est de par tous les titres réunis qui constituent une nationalité et la rattachent au sol ; appartenant à cette nationalité qui, seule, est réelle, qui, seule, est constituée par l’histoire et les’ traditions dans l'Amérique anglaise, il n’est donc pas prêt à admettre pour le Canada une autre fête nationale que celle qui est sienne, et, en bonne justice, on ne saurait l’exiger de lui.

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Le Dominion Day reste donc, pour la province de Québec, une fête essentiellement anglaise ; c’est une célébration politique et non pas nationale, et on le voit clairement à chaque pas qu’on fait dans les rues de nos villes ; les banques sont fermées, il est vrai, de même que les bureaux publics dont le caractère est officiel, parce que le Dominion Day est un jour légal ; les magasins anglais sont fermés aussi, mais les magasins canadiens ne le sont pas, si ce n’est par exception. Voiciun exemple extrêmement piquantde ce fait ; je l’ai remarqué tout à coup en passant par la grande allée St. Louis où se construisent côte à côte deux grands édifices ; l’un est élevé par un entrepreneur canadien, l’autre par un entrepreneur anglais : au premier, les ouvriers travaillaient absolument comme d'habitude; au second il y avait silence de tombe, absence complète, pas une figure humaine.

Tout le Dominion Day était là.

On tient notre Province, ou, tout au moins, notre gouvernement local en fort haute estime auprès de certains gouvernements étrangers, comme vous allez le voir.

L'hiver dernier, deux de nos ministres, la session locale étant évanouie, conjurèrent de s’enfuir vers des

cieux moins sévères, de se sauver de nos frimas pour dire juste, et laissèrent sans vergogne le vaisseau de l’état abandonné de son pilote et de son second, quoique le capitaine, homme peu vagrant de sa nature, restât toujours au timon. Le capitaine, ou, si l’on veut, le chef de cabinet, est un homme qui prend au sérieux la qualité de local propre à son gouvernement, et ÿ trouve que c’est localiser fort peu un gouvernement que de le faire voyager de Québec aux Antilles, même durant les durs mois de janvier, de février et de mars. Mais qu'importe ! nos deux ministres avaient pris, un beau jour, le train de New-York et, de là, le paquebot qui devait les conduire à la Havane, en ayant eu soin au préalable de se munir de lettres de présentation fort aimables que leur avait données le consul d’Espagne à Québec.

Arrivés à Cuba, après avoir fait connaître leurs qualités et remettre les lettres qui allaient faire ouvrir toutes les portes devant eux, quelle ne fut pas leur extrême surprise de voir le capitaine-général de Cuba venir leur faire visite lui-même à leur hôtel, mettre ses voitures à leur disposition et les inviter à dîner avant même qu’ils eussent eu le loisir de lui rendre sa visite ! Il alla en outre jusqu'à passer-une revue en leur honneur et se comporta envers eux absolument comme s'ils étaient les premiers personnages d’une grande puissance. Remarquons que le capitaine-général de Cuba est le représentant direct du souverain d'Espagne et qu’il a des pouvoirs joliment

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plus étendus encore que ceux que possède le gouverxeur de toute la Confédération canadienne. Nos ministres, certainement, ne pouvaient s’attendreà des témoignages aussi magnifiques de sa part, puisqu'ils ne représentaient rien absolument, qu'ils w’allaient pas à Cuba en mission ou en qualité officielle, qu'ils n'étaient pas les ministres d’un état reconnu par les autres et que, par conséquent, ils ne pouvaient espérer qu’on fît les moindres frais officiels en leur honneur. Toutes les politesses qu'ils reçurent du capitaine-général de Cuba étaient doncà titre de simple courtoisie et tout-àfait indépendantes des usages diplomatiques ; ce qui n’en était que plus flatteur, tellement flatteur que les deux personnages canadiens en étaient littéralement embarrassés et confus.

Ces hommages spontanés, offerts à deux dé nos ministres provinciaux par le chef militaire et civil de la plus belle colonie espagnole, sont pour nous un légitime sujet d'orgueil et nous avons droit d’en être Bers, mais ils portent aussi une leçon dont il faut aue nous tirions profit. L'année dernière, à un banquet offert par la ville de Québec à Lord Dufferin, les consuls de France et d’Espagne, au lieu c'être placés à la table d'honneur, avaient été mis, sans aucun égard à leur qualité officielle, parmi les souscripteurs ordinaires du banquet ; ils protestèrent dès le lendemain contre un procédé qui n'avait ni raison ni excuse ; on ve leur fit pas justice, et, depuis lors, ils se trouvent dans la position de ne pouvoir plus assister à aucune démonstration ou célébration officielle quelconque.

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Cependant, les consuls de France et d'Espagne sont les représentants de deux grandes nations, et nous ne leur accordons aucuns égards comme tels, pendant qu’un capitaine-général de Cuba rend à de simples ministres de province, à des hommes qui ne peuvent être reconnus diplomatiquement, des hommages presque royaux. Si nos ministres locaux n’ont qu’à se présenter pour qu’on se précipite devant eux, et que, de notre côté, nous ne fassions rien pour reconnaître, même par pure politesse, la position et la qualité de représentants de grandes puissances, il faut croire que la province de Québec est tellement au-dessus de tous les pays du monde, même les plus élevés, qu'il n’y à plus de lois pour elle et qu’elle ne doit rien à personne, tandis que tout lui est dû de la part des autres, Il ne serait pas bon cependant de trop s’enfoncer dans cette idée-là,.

Il y a quelques semaines, les journaux allemands reprochaient aux journaux anglais de porter presque tout leur intérêt sur les affaires de France et de ne guère s'occuper de l’Allemagne, de la grande Allemagne, pays des casques à pointe. Le Times, cependant, au nom de ses confrères, reconnut leur crime, s’en excusa longuement et termina en cherchant à l’atténuer

par ce coup de massue : ‘Ce n’est pas trop notre faute

cependant, si nous nous occupons moins de vous que de la France ; vous manquez de pittoresque.”

Si les blonds allemands manquent de pittoresque à l'état habituel, ils ont par fois des cris de désespoir qui en ont du pittoresque, et du plus piquant. Deux bons bourgeois de Berlin s’entretenuient ensemble : Ainsi, disait l’un d’eux, nous allons encore avoir la guerre avec la France, paraît-il.—Prions Dieu pour qu’elle nous donne une bonne volée cette fois, répondit l’autre, afin qu’elle devienne aussi pauvre que nous.”

Jamais philantrope n’a rien dit qui vaille ce mot là On pense instinctivement à la Turquie qui, à chaque râclée qu’elle donnait aux Serbes dans la dernière guerre, était obligée de leur faire quelque nouvelle concession.

Les Américains non plus ne sont pas un peuple remarquable par le pittoresque, et cependant ils ne cessent de nous donner les spectacles les plus bizarres, les plus inattendus. Ainsi, que pensez-vous d’une nation de qüarante millions d’âmes, qui possède trois mille milles de côtes sur deux océans et qui n’a pas un seul vaisseau de guerre capable de se défendre contre un cuirassé ? Que pensez-vous d’une nation qui, pendant une guerre terrible de cing ans, à mis sur pied plus d’un million d'hommes, et qui n’en a pas deux mille à opposer aux incursions des tribus indiennes de l’ouest qui semblent s'être donné un mot d’ordre suprême pour chasser les blancs ou pour mourir en-

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semble ? Eh bien ! cela est pourtant. Et qu’on ne pense pas que toutes les tribus réunies soient un ennemi à dédaigner. La guerre sera générale et se prolongera parce que les Indiens la préparent depuis longtemps. La tribu des Alènes peut fournir cinq cents guerriers, celles des Spokones, douze cents, des Colvilles, quinze cents, des Yakinas, dix-huit cents, des Sources Chaudes, huit cents, des Nez Percés, mille, des Têtes Plates avec leurs alliés, douze cents ; réunissez tous ces guerriers là ensemble, faites-les commander par des chefs déterminés et rusés, et vous verrez qu’il y aura pour les Etats-Unis quelque chose de plus à faire que de distribuer des armes pour se défendre aux colons épars dans les immenses territoires du Montana et de l’Idaho,

Québec, 12 juillet.

& Qu'il fait chaud ! Oh !'Qu’il fait chaud ! Mon Dieu, qu’il fait chaud !”?—Allons donc! Il me semble que c’est à peu près la saison. Voudriez-vous par hasard geler au mois de juillet? Merci; on gèle assez en décembre, janvier, février et mars. Que l’on fonde pendant deux mois de l’année, il n’y a là qu’une réaction légitime ; le corps d’un canadien est fait pour la dilatation on la contraction indétinies ; il s’allonge ou se ramène autant que cela se peut sans avoir l'air d’un boudin ou sans éclater. Je crois que pour délier des membres engourdis par sept mois de froid, il faut des chaleurs torrides pendant trois mois au moins, et encore nous nous plaignons, comme si ce n’était pas un bonheur inestimable pour nous que d’être embrasés par la canicule !

Vous n’y résistez pas? Vous étouffez, vous haletez, ous fondez ?....Le remède est bien simple. Prenez e matin, à 7 heures, un des bateaux de la compagnie u St. Laurent, et faites le tour du Saguenay ; ou bien, rrêtez-vous à T'adoussac, où l’eau est glaciale sous un iel de feu, où vous tend les bras et sa note un hôtel e premier ordre, où le gouverneur-général abrite sa crandeur, où il y a de la chasse et de la pêche à fatiguer les” plus intrépides sportsmen, où viennent tous les ans des américaines, oh! mais des :méricaines. qui mont pas froid aux yeux et qui allument les vôtres. Si vous en avez peur, si votre tempérament redoute d'aussi terribles attraits, arrêtez-vous à la Malbaïe, la plus pittoresque et la plus poétique des places d’eau, l'Eden du Canada, le rêve du poëte.

Oh ! Malbaie, Malbaie ! séjour de tous les contentements bucoliques! Peut-on réster à la ville, sous quatre-vingt-dix degrés de chaleur, quand tu existes ? Tout ce que la nature canadienne offre de splendeurs et de charmes divers se trouve rassemuwlé en toi comme à dessein ; le grand et le pittoresque, les contours gracieux, les lointains bleuâtres, aux lignes à la fois douces et hardies, les collines qui £’étagent sans confusion, les côteaux qui suspendent la vue sans la borner, les bouquets d'arbres qui se groupent en cent endroits sans se gâner les uns les autres, les montagnes

qui s'élèvent avec une majesté discrète, et à l’arrière plan, comme pour ne pas heurter le regard et le laisser errer librement sur l’ensemble merveilleux qui s'offre à lui, tout, daus ce lieu ravissant, témoigne de ’har-

monie savante de la nature qui sait réunir tant de beautés diverses en laissant à chacune d'elles son aspect et son effet distincts.

Le Canada, ‘un des plus beaux pays du monde,” disent les géographes modernes, renferme une foule de sites plus séduisants les uns que les autres ; mais leur beauté est d’un caractère trop souvent exclusif; elle se borne à certains aspects, elle adopte un genre au détriment des autres, elle ne convient qu’à certains goûts, tandis que la Malbaie semble avoir rassemblé en elle, par un privilége unique, ce qui peut flatter tous les regards, charmer toutes les imaginations.

Aussi, il faut voir combien grossit chaque année le flot des voyageurs aui avaient choisi la Malbaie au début de sa vogue ! Ceux-là reviennent tous; ils ne peuvent s'en lasser. “Pour eux, aller en villégiature ailleurs serait un exil; on aime Ja Malbaie après l’avoir admirée, on s’y attache, on lui est reconnaissant des heures de jouissance intime qu’on y a goûtées et l'on ne peut se passer de la revoir.

Eh '*grand Dieu ! comment en serait-il autrement ? Comment se priver de faire le plus attrayant petit voyage qu’on p'isse désirer, lorsque, pour cela, les facilités s'offrent en foule ? Tous les matins, à sept heures, un bateau de la compagnie du St. Laurent laisse le port de Québec et arrive à la Malbaie six heures après, en longeant l’île d'Orléans, puis la côte nord, cette partie de la côte superbe et sauvage où les Laurentides atteignent leur plus grand développe-

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