REMÈDE DE GRAKD-SELVE
En 1827, un chien enragé parcourut la banlieue de Toulouse, où i mordit plusieurs chiens, au nombre desquels se trouvait un chien qui m’appartenait. Là ne se bornèrent pas les ravages causés par cet animal, car, en traversant un des faubourgs de la ville, il se jeta sur un jeune homme de vingt ans, qu’il mordit également. Un mois après, cet infortuné expirait dans l’Hôtcl-Dieu avec tous les symptômes de l’hydrophobic.
Au moment de l’accident arrivé à ma chienne, j’étais absent de mon domicile. A mon retour, j’étais fermement résolu à la faire abattre, lorsque j’en fus dissuadé par un ancien moine de l’antique et célèbre abbaye de Grand-Selve.
Les moines de cette abbaye, située dans une grande forêt, ainsi que l’indique son nom, avaient un remède infaillible contre la rage, et c’est ce remède dont le vieux
DE U HAGE.
moine me donna la recette; car, alors, son couvent, détruit depuis la Révolution, n’avait plus de concurrence à craindre pour la vente de son spécifique, qui attirait chaque année un grand nombre de malades auxquels ils l’administraient.
En voici la composition ;
Il faut prendre environ tiO grammes de racines fraîches d’iris germanique; après les avoir bien lavées et épluchées, on les coupe en petits morceaux de la grosseur d’un dé, et on les fait frire soit dans du saindoux, soit dans du beurre frais.
Lorsque cette racine est ramollie, on la mêle avec deux ou trois œufs, et l’on fait du tout une omelette sans sel, qu’on fait manger à la personne ou à l’animal mordu.
On réitère pendant trois jours la même confection, et 1 on peut être sûr que l’hydrophobie ne se manifestera pas. Le moine m’assura même qu’il avait vu des personnes, mordues depuis longtemps, et chez lesquelles la maladie avait fait son apparition, guéries radicalement par ce remède.
Sur ces indications, je fis immédiatement mon omelette ; un de mes voisins en fit autant pour son chien mordu en même temps que ma chienne, et l’un et l’au- Ire furent préservés. II n’en fut pas de même pour les autres chiens du quartier, qui. Ions, donnèrent peu de jours après des signes non équivoques d’hydrophobie ; la police les fit abattre, et, comme j’ai eu l’honneur de \ous le dire plus haut, le jeune infortuné qui avait été mordu quelques minutes après ma chienne mourut à l’Hùtel-Dieu.
En présence de ce résultat, je fis plus tard de nombreuses expériences, qui, toutes, furent couronnées d’uu plein succès. J’indiquai ma recette à un vénérable curé
ENGïGLOI^EDIE de l.A SANTÉ.
des environs de Toulouse, qui, lui-même, a guéri cinq ou six de ses paroissiens.
Tout récemment encore, un savant professeur de notre Faculté des sciences, docteur en médecine, ayant eu son enfant mordu par un chien, que l’école vétérinaire reconnut à l’autopsie atteint de la rage, n’a pas craint, la science n ayant pas encore indiqué de remède souverain, de donner à son enfant l’omelette d’iris, et trois mois se sont écoulés sans qu’aucun accident ait fait douter de l’efficacité de cet antitoxique.
Voilà, Messieurs, le résultat de vingt-cinq années d’expérience.
Jusqu à ce jour j’avais évité la publicité, craignant d’être confondu avec des individus qui ont des panacées universelles; mais en présence des malheurs réitérés qui nous sont tous les jours signalés par la presse, j’ai dû vaincre mon hésitation intempestive en vous priant de donner, si vous le jugez convenable, une place dans votre journal à ma longue lettre.
Veuillez agréer, etc. Goudet,
Archiviste , chef de division à la mairie de Toulouse.