XI. — nioyon d’arrêter le» vomiMcnicnta
J’ai lu, étudié, médité un tout récent travail, sur le choléra, d’un médecin du Havre, M. le docteur Beauregard, et j’avoue bien ingénument qu’il m’a paru fort remarquable; je ne veux ni reproduire, ni discuter, ni admettre complètement la définition et la medicamentation de mon très-honorable confrère; mais j’ai trouvé dans son opuscule une idée primordiale qui m’a paru pleine de bon sens, et que je m’en vais vous expliquera ma manière.
Quand le choléra frappe sur un individu, il porte les premiers coups sur le système nerveux spécialement chargé de présider aux fonctions animales , à la diges-
Dü CHOLERA.
lion à la circulation et à la respiration. Des premiers coups portés par le choléra résultent des symptômes manifestes d’une indigestion maladive, vomissements, évacuations, courbature générale. Peu à peu ces vomissements et ces évacuations s’exagèrent, le centre digestif entre dans une exaspération considérable, plus l estomac vomit, plus il veut vomir; plusl’intesün est évacué, plus il tend à multiplier ses évacuations. Bientôt de haut et de bas ne sortent plus que des liquides anormaux, qui se forment au détriment de tous les liquides nourriciers , empêchent la réparation alimentaire , diminuent les forces et déterminent une faiblesse qui, réagissant sur la circulation sanguine , produit le refroidissement général , et mène tout doucement vers l’asphyxie.
Or! s’il est un moyen d’arrêter les vomissements à leur début, de modérer les évacuations dès leur commencement, il est évident que ce moyen arrêtera la plupart des accidents cholériques.
L’opuscule dont nous parlions tout à l’heure annonce que ce moyen est trouvé, qu’il était depuis longtemps employé dans les Indes, et que, soumis tout récemment à de nombreuses expériences , il s’est montré toujours efficace. Laissons parler l’auteur lui-même ; voici ce qu’il a écrit ;
« Toutes les fois qu’il m’a fallu soigner un malade atteint de crampes, de selles séreuses, de vomissements, de froid cholérique et de cyanose plus ou moins complète , je lui ai donné la potion anticholérique des Indiens. (Nous en fournirons la formule à notre chapitre pharmaceutique.) Je la lui ai fait prendre par cuillerées à bouche , deux coup sur coup ; puis les quatre autres , de quart d’heure en quart d’heure , les quatre autres suivantes de demi-heure en demi-heure , et enfin , d’heure en heure. »
« L’effet de ce médicament, — c’est constamment et toujours, dès la deuxième, troisième ou quatrième cuillerée, d’arrêter presque spontanément les vomissements et les selles séreuses, de suspendre les crampes et les douleurs de bas-ventre. — La continuation de ce médicament, aidé de tous les moyens connus, ramène promptement la chaleur au tronc, puis aux membres.— Enfin, la cyanose disparaît, pour faire place à la réaction, qui , le plus ordinairement, se fait d’une manière franchement et modérément inflammatoire. »
On a toujours pour ses travaux l’amour exagéré d’un père pour ses enfants, le pardonnable aveuglement d’un littérateur pour ses ouvrages , et je ne suis point étonné que mon confrère du Havre s’imagine avoir trouvé un moyen d’arrêter tous les cas de choléra. Je suis obligé de proclamer ici que j’en doute; mais enfin son moyen m’a paru logique , sa potion m’a semblé fort rationnelle , son travail est inspiré par une idée grosse d’avenir, et c’est pourquoi j’ai cru utile de vous en parler.
M. Récamier arrêtait les vomissements cholériques :
En plaçant une ventouse sur le creux de l’estomac;
En faisant avaler au malade des morceaux de glace pilés , préalablement saupoudrés de sucre ;
En faisant boire de grandes gorgées d’eau de Seltz.
A propos de l’eau de Seltz , je relaterai dans les formules qui doivent suivre une potion fort efficace dont chacun comprendra très-facilement les résultats.
Vous savez, grâce aux annonces de la quatrième page des journaux, qu’on vend aujourd’hui pour 5 centimes des paquets de poudre capables de préparer instantanément une bouteille d’eau de Seltz ou un flacon de champagne mousseux. Cette fameuse poudre se compose de deux paquets ; un paquet de bicarbonate de soude et un pa-
DU CHOLERA
quel d’acide tartvique ou citrique. On commence par délayer l’un de ces paquets dans la bouteille que 1 on veut faire mousser, le liquide reste d’un calme plat; mais dès qu’on y projette le second paquet, l’action chimique s’engage, l’effervescence se détermine , et on la voit quelquefois portée jusqu’à l’ébullition. Or, a l’aide de la potion dite de Rivière, potion elle aussi partagée en deux flacons, l’effervescence gazeuze éclate au fond de l’estomac, et cette effervescence arrête les vomissements beaucoup plus vite que les simples picotements produits par l’eau de Seltz sur la muqueuse digestive.
Récamier, dans les dernières années de sa vie , a trouvé contre les vomissements cholériques un remède dont je lui ai vu faire la première application. Nous étions tous les deux au lit d’un malade atteint de choléra et dont les vomissements semblaient intarissables; c est en vain que Récamier employa, pour combattre ces malheureux symptômes, et la ventouse, et la glace , et l’eau de Seltz, et plusieurs poudres pharmaceutiques, telles que le magistère de bismuth, le charbon en poudre et la racine de colombo. Les vomissements, un moment arrêtés, reparaissaient bientôt avec une sorte de fureur. Irrité devant une pareille ténacité, Récamier allait et venait comme une âme en peine. Tout d’un coup il aperçoit sur une commode une tasse pleine d’amidon préparé pour confectionner des quarts de lavements , une idée lui vint, qu’il ne formula pas, mais qui dut être celle-ci ; Les lavements fortement amidonnés arrêtent les évacuations alvines; pourquoi un breuvage fortement chargé d’amidon n’arrêterait-il pas les évacuations stomacales. Alors Récamier demande de l’eau et une cuiller, il remplit la cuiller d’eau, il y verso une quantité considérable d’amidon, et prépare ainsi une espèce de
bouillie qu’il fait avaler au cholérique. Cette bouillie une fois avalée, les vomissements diminuèrent ; il en fit prendre une seconde, et les vomissements cessèrent tout H fait ; aussi Récamier n’a-t-il pas manqué de recommander la bouillie d’amidon pour arrêter les vomissements cholériques.
]KII. — Moyen d’arrCtcr les évaenationa.
Nous l’avons fait entrevoir dans l’article précédent. Il faut, par des quarts de lavement fortement amidonnés, introduire à l’intérieur de l’intestin une espèce de cataplasme capable d’adoucir son exaspération.
Si l’eau et l’amidon ne suffisent pas , il faut ajouter trois, quatre ou cinq gouttes de laudanum de Sydenham. Si ces moyens ne suffisent point encore, il faut, au lieu d’eau simple, prendre de la décoction de grande consoude, ou mêler à l’amidon un peu de cachou ou de ratanhia.
XIII» — Moyen (l’ndoiicir les crampes»
Pourquoi les cholériques éprouvent-ils dans les membres inférieurs ces atroces douleurs musculaires que l’on a désignées sous le nom de crampes? C’est que la circulation sanguine s’apauvrit et s’exécute mal. Un homme qui ne trouve pour respirer qu’un air méphitique se sent mal à l’aise d’abord et finit par tomber en syncope. Un membre vivant, accoutumé à se nourrir d’un sang rutilant et nourricier, se crispe et entre en spasme quand il ne trouve plus à son service qu’un sang mauvai et peu abondant.
Les crampes sont donc toutes mécaniques.
En accumulant le sang dans les jambes, c’est-à-dire
Dü CHOLERA.
en portaiH au-dessus du mollet une ligature fortement serrée, exécutée avec un mouchoir plié en cravate, souvent on brise les crampes comme on briserait un verre en le frappant du pied.
En remettant en place avec force et autorité les muscles auxquels il prend fantaisie de se contracter, on rompt la crampe comme on romprait une fiçelle mal
tissée en l’étendant avec énergie.
Enfin, comme la crampe dépend le plus souvent d’une paresse circulaire d’où résulte une exagération de sensibilité nerveuse, on détruit l’effet en remédiant à la
CâUS6 •
Par des frictions sèches faites tout simplement avec
les mains nues ;
— Par des frictions faites avec des brosses, de grosses serviettes de coton, ou avec des bouchons de flanelle;
Par des frictions faites sur les mollets, avec de
l’huile d’olive contenant un quart de laudanum de Sydenham ;
Par des frictions faites avec de l’huile camphrée
laudanisée ou avec de l’cau-de-vie camphrée, seule ou également mélangée de laudanum.
Dans l’épidémie de 18W, comme l’éther et le chloroforme venaient d’être découverts, on en a fait aux tortures des crampes cholériques une ingénieuse application. Seulement, au lieu de frictionner les jambes avec cet éther et ce chloroforme , on en a obtenu de plus efficaces résultats en frictionnant avec de la laine imprégnée de ces substances toute cette région dorsale que les gens du monde connaissent sous le nom ^'épine du dos.
• ~ *• quelquefois remonter les forces par un peu d’alimentation.
Il arrive parfois, dit Récamier, que, la chaleur vitale rétablie aux membres , la grande circulation ne se relève pas et que son extinction menace la vie; alors il est urgent d’examiner les effets du bouillon de bœuf, pas trop fade, mais modérément salé cependant. On le donne d’abord par cuillerées à café, puis par cuillerées à soupe, et si par son usage le malade se ravive, si la langue s’humecte, si le pouls évanoui redevient sensible, il faut continuer et ne désespérer de rien.
Souvent on se trouve bien, avant de faire prendre ce bouillon, de le verser préalablement sur une croûte de pain grillé.
Souvent , quand cet aliment liquide est rejeté par les vomissements, on le fait mieux rester dans l’estomac en mélangeant des substances féculentes , telles que le tapioca, l’arrow-root ou la crème de riz.
XV. — liCst autres moyens ne peuvent fitre appliqués que par un homme do l’urt.
La stratégie médicale que je viens de décrire est à la portée de toutes les intelligences, et peut être facilement employée par tout le monde ; mais il est d’autres armes que le médecin seul peut manier ; telles sont les saignées , les ablutions d’eau froide et l’administration d’une foule de remèdes pharmaceutiques.
Oh ! loin de moi la pensée de représenter le médecin comme inutile. Le choléra est un rude jouteur; pour le vaincre tout à fait, il faut toute la présence d’esprit, toute l’expérience d’un habile ferraillem’, d’un homme capable de comprendre ses feintes et de bien parer tous ses coups.