I. - lo «mette eat-elle une maladie
Je me trouvais, il n’y a pas fort longtemps, en conférence avec de scientifiques confrères; la consultation finie les moyens thérapeutiques une fois proposés, discutés et acceptés, on vint à parler de la suette et des dégâts qu’elle causait dans plusieurs de nos départements.
Que voulez-vous, s’écria l’un des docteurs présents, il y A des gens qui aiment à se laisser mourir pour augmenter les listes mortuaires et figurer comme spécimen sur l’histoire déjà trop étendue des maladies qui tombent sur notre pauvre humanité.
— Mais enfin, mon cher, la suette est une maladie
véritable !
— Pas plus que les vapeurs et que l’hypocondrie.
— Cependant il y a là des symptômes caractéristi-
Mon très-cher, faites-moi le plaisir de me dire si
la peur n’a pas ses symptômes aussi, si la bôtise n’a pas ses traits caractéristiques, et si l’absurdité ne se distingue point de l'intelligence?
Nous ne pouvions prolonger cette discussion fort longtemps. Je saluai en signe d’assentiment, et nous sortîmes.
Pour moi, qui m’occupais alors d’une façon spéciale de la suette et de ses ravages, j’avoue que le scepticisme de mon très-honoré confrère me fit une profonde impression. Je me demandai si je ne me trompais pas avec tant de médecins, avec tant d’observateurs. La suette une lubie! un mal imaginaire ! la suette réduite au creuset de l’expérience, au titre d’impossibilité, d’absurdité et de zéro !
Mais tous les auteurs s’étaient donc trompés ! Mais le registre lugubre des fastes funéraires était donc induit en erreur chaque fois qu’il mentionnait une prétendue victime de la suette? Mais alors pourquoi s’émouvoir? pourquoi faire partir de Paris des hommes de science avec prières d’aller combattre un mal, prétendu funeste, et qui n’est véritablement que chimérique?
A quoi bon écrire des renseignements sur la suette, puisque cette maladie n’en est pas une? Ne suffirait-il point de faire proclamer dans toute la France que la suette est une facétie, une aberration, un ridicule canard! Qu’il est aussi défendu de se dire atteint de la suette que d’inventer et de répandre de fausses nouvelles, et que tous ceux qui seront reconnus coupables de cette prétendue maladie seront arrêtés, incarcérés, jugés et traités comme des faussaires 1
Franchement ce serait un moyen médical bien commode et bien puissant !
— Vous vous dites malade. Monsieur! Vous en imposez ! vous trompez tout votre entourage 1
Mais je n’en puis plus? Je suis tellement abattu et
si franchement terrassé, qu’il me semble avoir reçu des coups terribles sur l’estomac et sur la tête.
DE LA SÜEÏTE. 13’'
Tant pis, vraiment 1 Vous allez venir vous soigner
; à la geôle et vous rassurer à la prison.
vous certifie que je suis bien mal à mon aise I
Encore une fois, tant pis ! Les médecins ont déclaré que votre prétendue maladie n’était qu’un leurre;
I et, comme vos plaintes et os souffrances sont aussi dan- I gereuses qu’une émeute, aussi envabissantes qu un com- I plot au nom de la tranquillité publique, nous sommes contraints de vous arrêter.