IV. — Rôle de la graisse
La graisse, en doublant la peau, non-seulement releve et fait ressortir toute l’admirable architecture du corps humain, parce qu’elle en arrondit et en harmonise tous les contours, mais elle semble placée là tout exprès pour amortir les chocs et émousser toute sensation douloureuse. En effet, c’est à la peau que se trouve la sensibilité par excellence; c’est sous la peau que rampent le plus grand nombre de filets nei’veux. Le tissu cellulaire les entoure, les pare, les préserve.
Saluez, saluez, pauvres incrédules 1 inclinez-vous devant la merveilleuse prévoyance du grand artiste qui vous a construits. Vous n’êtes point assez logiques, assez strictement réfléchis pour admirer les grands phénomènes de la digestion, de l’inervation, de la sanguification. Regardez votre main, votre bras, votre visage, touchez, sentez le tissu cellulaire sous-jacent, et si vous en comprenez tous les bienfaits, vous ôterez votre chapeau.
Remarquons à ce sujet que partout où la surface du
corps se trouve exposée à plus de chocs, la graisse qui sert de doublure à la peau s’y trouve en plus grande abondance ; ainsi elle est en quantité considérable au cou, à la poitrine, et surtout à la plante des pieds. En second lieu, la graisse semble destinée à nourrir nos organes , dès que les matériaux fournis par la digestion et la circulation ne sont pas suffisants. C’est la graisse qui nous aide à supporter la diète ; c’est la graisse qui permet aux malades de vivre fort longtemps sans presque rien manger. Le tissu cellulaire et l’onctueuse sécrétion qui le remplit forment donc une sorte de réserve, un vrai grenier d’abondance capable de parer aux temps de privation et de disette.
En troisième lieu, le tissu cellulaire et son produit semblent contenir en germe chacun des organes qu’ils environnent. Dès qu’il y a blessure, perte de substance, — l’illustre Bichat, dans son beau Traité d'anatomie, l’a parfaitement démontré, — le tissu cellulaire se met en travail, il se boursoufle, il se transforme ; bref, il répare l’organe endommagé.
Enfin, la graisse a un rôle tout mécanique; elle permet à chaque organe du corps humain de se mouvoir, de se crisper, de se contracter sans offenser l’organe voisin ; c’est comme l’huile indispensable aux mouvements des mécaniques.
— liC« inconvénienfs d’une graisse trop abondante.
Si la graisse et le tissu cellulaire, quand leurs proportions sont convenables, rendent de véritables services au ^ corps vivant, la graisse exagérée a des inconvénients que tout le monde peut comprendre ; comme le tissu cellulaire entoure chacun de nos organes, il les presse, il les comprime dès qu’il devient trop abondant. Mettez une
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paire de gants bien souple, bien douce, bien mince, elle ne vous empêchera pas de remuer les doigts ; mais entourez votre main et vos doigts de bourrelets épais, d’un bandage bien doux , mais très-serré , vous ne pourrez plus rien saisir.
Le tissu cellulaire, pressant contre les artères et enlaçant le cœur lui-même, entrave la circulation.
Le tissu cellulaire s’agglomère dans la poitrine, et rétrécissant la cavité qui contient les poumons-^ met obstacle h la dilatation pulmonaire , et par conséquent entrave la respiration. Le tissu cellulaire pressant sur les muscles les empêche de se contracter autant qu’il est nécessaire, par conséquent il entrave tous les mouvements du corps, etc.
De là des spasmes, des lourdeurs, des névralgies; de là tous les inconvénients d’une circulation paresseuse et de la stagnation du sang, dartres, douleurs de tête; de là des oppressions, des obstructions et bien d’autres in convéments de santé.
A ces inconvénients nous devons chercher le remède, nous devons enseigner les moyens les plus raisonnables, et surtout les moyens simples et sans danger, qui pourront empêcher l’exagération du tissu graisseux, et qui parviendront à le diminuer s’il a dépassé les limites du nécessaire.
C’est donc un travail qui n’est autre chose qu’une consultation, et comme toutes nos consultations, nous les diviserons en trois parties : Faits, Remarques, Conseils.