VII. — Obstacles mécaniques
J’ai dit qu’en traitant la constipation, je la considérais uniquement comme une indisposition, comme une petite misère, et que mon intention n’était point de me perdre dans l’étude, hélas! trop effrayante, de toutes les maladies qui peuvent apporter obstacle aux évacuations des détritus digestifs. Je ne mentionnerai donc qu’en passant les hernies, les tumeurs et les épouvantables cancers; mais il est un obstacle mécanique aux gardes-robes régulières que je crois nécessaire de signaler, non pour le traiter en détail, je l’ai fait dans un autre volume intitulé : La santé des femmes, et je me contenterai d’y renvoyer.
La partie inférieure du tube digestif est fermée par un anneau musculaire que l’on appelle sphincter, lequel anneau, sous une influence inflammatoire, ou par l’irritation constante de certaines fissures, s’exaspère, se contracte, et ferme si bien la porte qu’il empêche tous les détritus de passer.
La constipation qui résulte de ces circonstances’ est bien facile à combattre. Guérissez la maladie qui produit cette constipation mécanique, et tout en affranchissant les patients des douleurs les plus cuisantes, \ous rendrez î\ ces intestins la possibilité de remplir ces fonctions.
LA CONSTIPATION DÉTRUITE
VIII. — Irritation indirecte : pas.^ion, tristense, frinia»y vio «édentairo.
Il est d’usage dans toute discussion d’aller du simple au composé, de s’élancer du petit au grand, il aurait donc paru plus naturel à bien des lecteurs, peut-être, de me voir commencer, mon analyse des causes de la constipation, par les causes simplement locales, les irritations simplement directes. Mais désireux d’être utile au plus grand nombre possible, j’ai tenu à commencer par les causes les plus communes de l’indisposition dont nous nous occupons.
Il me paraît incontestable que neuf fois sur dix la constipation, produite par le trop plein vital qui constitue l’irritation, est l’effet d’un malaise général et, par conséquent, le résultat d’une cause indirecte.
Qui ne sait combien les passions retentissent sur le tube digestif. Tantôt c’est la colère qui, déterminant une fièvre factice, produit sur la section intestinale une irritation incontestable ; tantôt c’est l’ardeur des plaisirs charnels, qui semblent allumer dans tout le corps un véritable incendie , et apporte nécessairement des obstacles aux fonctions ordinaires de l’intestin; d’autres fois, c’est le découragement, la mélancolie, le désespoir. Tout le monde sait combien ces affections de l’âme ont d’iniluence sur le tube intestinal tout entier. D’autres fois, c est 1 ambition ; quel est l’homme un peu actif qui n’est point ambitieux aujourd’hui I ou bien c’est l’envie ; que d’envieux on trouve à chaque pas I Or,
1 envie et 1 ambition retentissent si énergiquement sur 1 «q)p<ireil digestif, que 1 on attribue à ces deux malheureuses passions les maux si fréquents de l’estomac, les engoi genicnts du loie et de la rate, et toutes ces tumeurs
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envahissantes qui naissent spontanément dans la cavité abdominale.
Ainsi, toutes les exaspérations intellectuelles, tous les refroidissements de la pensée, les passions chaudes, les passions brûlantes comme les passions réfrigérantes peuvent déterminer la petite misère de la constipation.
De même que le froid moral détermine souvent de la paresse dans les intestins, le froid physique, les frimas de riîiver, les abaissements de la température atmosphérique, peuvent occasionner la constipation.
Par quel mécanisme? Par le mécanisme des fièvres rhumatismales et des fluxions de poitrine.
Je vous ai dit que les habitudes de constipation rendaient l’intérieur des intestins d’une susceptibilité considérable. Or, quand une commotion générale se produit sur une organisation vivante, cette commotion fait sentir ces effets bien davantage, en d’autres termes retentit spécialement, sur les organes les plus impressionnables de l’individu.
Quand un sujet à poitrine faible, quand un vieillard catarrheux s’exposent à des courants d’air, ou mettent imprudemment les pieds sur un carreau réfrigérant^ non-seulement ils grelottent, se refroidissent de tous les côtés, mais dans cette secousse générale , la poitrine faible se trouve si vite ébranlée qu’elle peut être prise d’une subite inflammation. Le catarrhe pulmonaire est tellement exaspéré qu’il détermine souvent une sinistre fluxion de poitrine.
De même, quand un homme aux entrailles susceptibles s’expose à des refroidissements dangereux, ces refroidissements déterminent sur les entrailles une irritation qui motive la constipation.
Quant û la constipation produite parla vie sédentaire, elle est parfaitement explicable. La vie a besoin d’exer-
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cices et de mouvements , ractivité est nécessaire a chacun de nos organes. De même que l’œil a besoin de voir, l’oreille d’entendre, le cœur de battre et l’estomac de digérer, nos muscles et toute notre charpente osseuse ont besoin d’agir et de se mouvoir, et cela est si' vrai, (lu'une jointure forcément laissée immobile pendant plusieurs jours, à la suite de blessures qui réclament cette immobilité, semble se rouiller et menace de se souder; cela est si vrai , que les muscles se flétrissent et paraissent se fondre quand, par une raison ou une autie, le corps humain est totalement privé d’exercice. Qui ne sait par expérience combien une promenade au grand air, ou des exercices gymnastiques, pris modérément, donnent au coi’ps tout entier de 1 ardeur, du bienêtre et de l’activité. Mais qui ne sait aussi combien l’existence végétative de certains casaniers les rend impotents et souffreteux.
La vie sédentaire rompt à chaque instant l’équilibre si nécessaire à la bonne santé. La circulation sanguine devient paresseuse , il se fait çà et là des stagnations de forces, des concentrations vitales, qui souvent déterminent de désolantes maladies. Or, bien souvent, ces stagnations sanguines, ces concentrations de forces, s’opèrent sur les sections si impressionnables du tube digestif, que l’on appelle communément les intestins; il en résulte une chaleur abdominale, une irritation intestinale, qui produit forcément la misère si commune de la constipation.
IX. — Hrritationii illrcctos t faiitCN «lanix lo rôfçlino nlinicn- — Kxplicutioii <Ic cc (|u’oii uppcllu coiuuiuuciiieiit 6cliuM(Tcni?nt.
Il est certains aliments, certains breuvages, que l’on
appelle toniques et excitants. Comme il serait fastidieux d’en faire la nomenclature, comme nous perdrions un temps précieux à les vouloir tous passer en revue, nous allons choisir trois exemples, en étudier l’action et constater tous les phénomènes qu’ils produisent. De cette façon, nous ferons comprendre combien l’excès de ces substances alimentaires peut être pernicieux à la santé, c’est-à-dire par quel mécanisme ils arrivent à causer de l’irritation intestinale, laquelle irritation détermine tout d’abord une constipation délétère, laquelle constipation produit des dispositions maladives et des malaises généraux.
Je suppose un liquide bouillant, ou plutôt exagérément chaud.
Je suppose un aliment très-épicé.
Je suppose une boisson alcoolique, un grand verre de vin généreux.
Si ce liquide, exagérément chaud, se trouve ingurgité sans précaution, stimulant, par sa chaleur, toute la muqueuse du tube digestif, il y appelle un afflux sanguin et il en accélère les sécrétions. C’est un excitant tout physique, je l’admets; mais, enfin, c’est un excitant. Et, notez, que cet excitant n’agit pas seulement sur les surfaces qu’il parvient à toucher. Les liquides chauds contiennent une si grande quantité de calorique, que la chaleur qui s’en exhale, après avoir excité les surfaces digestives, stimule la circulation sanguine et l’active, émeut et agace les deux systèmes nerveux.
C’est, pour cette raison , qu’un homme, après avoir avalé une tasse de bouillon exagérément chaud , nonseulement sent toute la partie supérieure de son canal alimentaire fortifiée , stimulée d’une façon bienfaisante, mais, immédiatement, éprouve un surcroît de chaleur générale; la circulation sanguine est chez
LA CONSTIPATION DÉTRUITE
lui tollpment accélérée, que- toute la surface de son
c.oros mveloppe humaine, l’organe cutané, entre en transpiration. Cette transpiration est si flagrante, qu e le Te dînonce sur le visage, et que la plupart du temps après avoir avalé un potage bien chaud, on sent les TinmeTes de la face se couvrir d’une rougeur inaccoutumée on sent perler à son front des gouttelettes de sueur Quant à la surexcitation nerveuse, produite dans c^e c?rconstance, je l’ai trop longuement expliquée
dans un autre ouvrage intitulé Avts au Cierge, pour
nue ie croie nécessaire d y revenir. ^ ^ * i, j
Mais au lieu d’avaler un liquide exagérément ehaud , je suppose que vous avez mis dans votre bouehe une portiL raisonnable d’un aliment fort ep.ee, d un aliment qui contient une quantité considérable de poivre et de sel, une dose trop forte de tous ces condiments, inventés pour réveiller l’appétit des manpurs repus. Immédiatement , les glandes salivaires , pincees outremesure, activent leur travail, et versent tout ce qu elles peuvent produire de leurs digestives sécrétions. On sent dans toute la bouche une émotion brûlante , une conamotion intempestive, qui n’est autre chose que les résultats d’une irritation artificielle.
Or, ce qui se produit dans la cavité buccale se produit Lussi dans le pharynx et dans l’œsophage; se produit surtout dans ce grand centre digestif, que l’on appelle estomac. Accélérée par tous ces stimulants, la digestion est beaucoup plus rapide, mais il en résulte deux choses ; la première, c’est que le chyme, premier résultat de la transformation alimentaire , se trouve comme imprégné des qualités surexcitantes produites dans l’estomac par l’ingestion des aliments épicés Le chyle en prend aussi sa bonne part, et les premiers matériaux du liquide essentiellement réparateur, que
encyclopédie de la santé.
..O .. ouicvciieiu, us nrment, et quelquefois ils l’en-
flamment.
De cette irritation naissent les phénomènes de la
constipation, par un mécanisme que nous expliquerons tout à l’heure.
Buvons, en attendant, notre petit verre de vin. Hum! sentez-vous le parfum I appréciez-vous la qualité ! N’estil pas vrai que ce petit chatouillement est agréable. Mais, ce qui est plus agréable encore, c’est bien certainement cette chaleur vivifiante, qui, après s’êtrc fait sentir jusqu’au fond de l’estomac, se répercute sur le cerveau. Eh bien ! récapitulons et tirons de nos observations des conséquences toutes pratiques.
^ Le vin, comme le liquide exagérément chaud, comme l’aliment très-épicé, stimule incontestablement la muqueuse qui tapisse tout l’intérieur du tube alimentaire. De plus, il agit presque immédiatement sur les centres nerveux. Tout le monde sait que les boissons alcooliques agissent si bien sur le cerveau, qu’elles vont jus- (ju’à produire les phénomènes paralytiques de l’ivresse. Or, l’ivresse, ne nous y trompons pas, est le résultat dune surexcitation exagéree, et je la comparerais volontiers à 1 éblouissemént de l’œil frappé d’une trop forte lumière, et à l’assourdissement du tympan, obligé de subir un trop grand bruit.
Mais, de la première et douce stimulation exécutée par une boisson alcoolique sur la muqueuse intestinale, jusqu’à l’ivresse nauséabonde qui jette l’homme sous la
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table et lui fait perdre la raison, il y a bien des phénomènes intermédiaires, bien des sensations qui orment milieu. Ainsi tout le monde a pu l’éprouver : une dose raisonnable d’une boisson alcoolique agit, non-seulement sur le tube alimentaire, mais sur la grande circulation. Les battements du cœur se trouvent accélérés, et partant la chaleur générale se trouve augmentée. Bref, la boisson tonique, quand elle n’est prise qu’à dose excitante, détermine à peu près les mêmes phénomènes que l’ingestion d’un aliment très-épicé.
J’ai dit que ces différentes substances alimentaires produisaient bien souvent, sur les intestins, toujours si susceptibles, une irritation directe, qui déterminait les petits accidents de la constipation.
On ne dit jamais , dans le langage ordinaire, qu’un aliment est constipant. On dit tout simplement qu’il est échauffant, et réchauffement, aux yeux du vulgaire , est complètement identique à la misère, que nous appelons constipation.
Voici comment, sous l’empire de tous ces échauffants, la constipation se produit.
Aux premières stimulations produites par les détritus sortis des aliments sure.xcitants , la muqueuse intestinale, loin de s’en plaindre semble s’en réjouir, et accélère gaîment son habituel travail. Mais la stimulation, venant à se prolonger, prend bientôt les caractères de l’irritation. Au lieu de s’humecter convenablement de toutes les mucosités qui lui sont spéciales l’intérieur de 1 intestin se seche, devient chaud, et quelquefois brûlant.
Notez, en effet, que tout en subissant la stimulation locale, exercée par les détritus d’aliments trop excitants, l’intestin reçoit, d’un autre coté par contre coup, la stimulation produite par la circulation du sang qui vient
d être accéléré, et par l’influence nerveuse qui se trouve momentanément exagéré.
Comme il y a irritation, par conséquent chaleur, par conséquent sécheresse , d’une part, les détritus ne trouvant point les mucosités nécessaires à leur marche, indispensables à leur évacuation, s’arrêtent et stagnent longtemps à la même place ; de l’autre, sous l’influence de la chaleur vitale qui se trouve alors exagérée , les détritus se durcissent, semblent se cuire, et deviennent fort difficiles à mettre à la porte.
X. — Faibicflso générale ; les enfants; les sujets lymphatiques; les vieillards.
Après avoir regardé à droite, examinons à gauche; après avoir constaté les effets d’une excitation exagérée, étudions les résultats de la langueur et de la faiblesse.
Au début de l’existence comme au déclin de la vie , nous trouvons bien souvent des organisations incomplètes, des constitutions mal équilibrées. Aux premières années, le développement de tous les organes n’étant point encore effectué, l’alimentation se trouvant exposée à des excès forts pardonnables ou à des insuffisances souvent nécessaires, nous ne devons point nous étonner de remarquer de la faiblesse et de constater dans certains organes une paresse qui tourne à leur détriment. C’est la raison qui, chez certains enfants, détermine ces constipations passagères qu’il est urgent de combattre.
De même , quand arrive la vieillesse , les organes qui ont subi tant d’épreuves , qui forcément se sont usés et quelquefois détériorés , ne peuvent plus agir que lentement, et voilà comment la constipation est si fréquente
LA CONSTIPATION DETRUITE
chez les hommes d’un certain âge. Les fonctions intestinales deviennent chez eux tout aussi difficiles, tout aussi lentes que l’exercice musculaire qui constitue la locomotion , que l’exercice intellectuel d’où s’élance les désirs ardents et les vivaces pensées.
Xl« — Faiblesae locale* — Abu* des adjuvants.
Partons d’un grand principe : c’est que, plus on vient en aide à un organe dans l’exercice de ses fonctions, plus cet organe devient paresseux. Pourquoi les gens qui portent lunettes sont-ils obligés d’en augmenter sans cesse le numéro? Parce que leurs yeux, gâtés par l’adjuvant qu’on veut bien leur donner, deviennent de plus en plus languissants.
Pourquoi les gens frileux sont-ils contraints, pour ne pas trembler de froid, d’augmenter sans cesse la température de l’appartement qu’ils habitent? Parce que la chaleur vitale produite par ces individus diminue au fur et à mesure qu’ils recherchent une chaleur artificielle plus considérable.
Il en est de même pour l’intestin. Plus vous cherchez à l’aider dans ses fonctions évacuantes par des moyens médicamenteux, plus il semble s’alFaiblir et augmenter de paresse. Je reviendrai sur cette importante question en détaillant le traitement.