‹ Petites et grandes misèresChapitre 59 sur 63 · I. — Scs îneonTénicntSÿ scs désagréments^ ses tortnresa · texte numérisé non relu

I. — Scs îneonTénicntSÿ scs désagréments^ ses tortnresa

— Oh! mon Dieu! qu’a donc M. X...? lui si bon, si serviable d’ordinaire, m’a l’eçu comme un chien dans un jeu de quilles. Je lui demandais le service d’un simple renseignement, il m’a aussi mal accueilli qu’un ministre à qui l’on demande une préfecture, ou qu’un garçon de bureau à qui l’on n’a pas donné d’étrennes suflQsantesl — Que voulez- vous, mon cher Monsieur, Monsieur X... a sa migraine.

— Madame une telle, s’il vous plaît? — Madame ne reçoit point, elle est malade. — Comment malade! mais j’ai eu l’honneur de la rencontrer ce matin; une maladie n’arrive pas comme un coup de foudre. — Je vous demande bien pardon , Madame n’avait rien ce matin, mais ce soir elle a sa migraine.

— Eh bien ! mon très-cher, qu’a dit votre avocat ? — Des sottises, des excentricités, pas un raisonnement plausible, pas un seul texte péremptoire. — On dit pourtant que c’est un homme rempli d’érudition et un orateur

(1 une (itonriciiitc cnpacitc. — Il ii’cn a pas fait prGuv6 clans notre conversation , je vous assure. Il est vrai que son secrétaire in avait annoncé cjue je ne serais pas trop bien reçu, que je ferais peut-être bien de remettre à plus tard ma consultation , attendu que maître subissait depuis ce matin la plus atroce des migraines.

Madame A..., après avoir invité une foule de personnes à lui faire l’honneur de passer la soirée chez elle, envole tout à coup un contre-ordre, en annonçant l’invasion subite de ses migraines habituelles.

Monsieur et Madame B..., qui reçoivent toujours le troisième jour de la semaine, font inopinément fermer leur porte à tous les visiteurs, et le concierge interrogé, répond que l’un ou l’autre a la migraine.

Pourquoi mademoiselle C..., si aimable et si gracieuse ordinairement, porte-t-elle un visage si mélancolique, montre-t-elle des yeux si remplis de tristesse; a-t-elle éprouvé quelque mécompte, quelque désillusion? Non, Mademoiselle C... a la migraine.

Et pourc{uoi donc ce charmant monsieur D..., si élégant, si entraînant, si causeur la plupart du temps, a-t-il aujourd’hui le sérieux ,• la majesté et la tristesse extérieui’e d’un employé des pompes funèbres dans l’exercice de ses fonctions? C’est que notre gracieux dandy est comme paralysé , comme transformé, par un accès de migraine épouvantable.

C’est donc une bien terrible maladie que la migraine? Ce n’est point une maladie, c’est une indisposition; ce n’est point un fléau, c’est une misère, mais une pénible et torturante misère, je suis obligé d’en convenir.

Je ne parle pas seulement des tortures causées par l’indisposition dont il s’agit, de ces atroces souffrances qui sont comparées par les patients à des coups de hache sur la tête et aux pernicieux effets de coins mal aiguisés

DE LA MIGRAINE

enfoncés dans le crâne à grands coups de marteau. Je ne parle pas même de l’exaspération que cause habituellement chez les personnes affectées de migraines, les incessantes douleurs de ces petites maladies.

Ce que je veux dénoncer, en première ligne, c’est la révolution opérée dans tout l’organisme par cette misère, dont plaisantent habituellement les gens qui n’en ont jamais été atteints.

Vous venez de le comprendre par les quelques exemples dont j’ai donné en commençant de pittoresques échantillons. Un homme atteint de migraine semble complètement transformé; il était gai, il devient triste; il était bienveillant, il devient méchant; il était gracieux, il devient ours.

Mais, secondement, je tiens à faire remarquer le? l’cactions désolantes de la migraine sur la plupart de nos fonctions organiques. Un homme intelligent atteint d’une migraine, ne peut plus ni réfléchir, ni juger ; c’est tout au plus s’il peut penser. Un homme doué généralement d’un bon appétit, dès qu’il est atteint de migraine, est incapable de rien manger.

Sous l’influence de la migraine, les yeux s’éblouissent, les oreilles bourdonnent, le goût et l’odorat se pervertissent.

Alors , pourquoi ne pas avoir placé la migraine dans les fléaux?

— Parce que la migraine , toute cruelle qu’elle est , n’est jamais grave, jamais dangereuse, jamais mortelle.

— Inanité de certaines proinosses*

A chaque instant l’on voit annoncer dans les journaux des remèdes infaillibles contre la, migraine, re~

lïièdes uniques et soi-disant efficaces contre toutes les migraines possibles.

De temps en temps on rencontre des brochures, — je l’avoue, c’est plus souvent chez les bouquinistes que chez les libraires, — qui ont la prétention de renseigner sur les moyens à prendre pour combattre toutes les migraines possibles.

Franchement, ces annonces et ces brochures me mettent de mauvaise humeur, et très-probablement c’est à cause de ces petites colères que j’ai voulu consacrer un article à la migraine dans le volume que vous avez entre les mains.

Est-ce que la migraine ne varie pas suivant les tempéraments, suivant les saisons, suivant surtout les causes qui la déterminent? Est-ce qu’il n’est pas insensé, par conséquent, d’y vouloir opposer toujours les mêmes moyens , les mêmes remèdes , les mêmes médicaments ?

III» — Grand débat scientifique»

On ferait une comédie des plus amusantes si l’on voulait, avec un peu de malice, analyser tout ce qui a été dit sur la migraine.

Que de controverses! que de prétentions opposées! que d’étranges batailles ! C’est bien le cas de crier ce terrible axiome ; Hippocrate dit oui et Galien dit non.

Il y a eu la bataille des physiologistes et des anatomistes, la bataille des solidistes et des humoristes, la bataille des systématiques et des éclectiques , la bataille des pathologistes et des thérapeutistes, la bataille des organicistes et des vitalistes, la bataille des concentrateurs et des généralisateurs ; bref, des batailles de toutes grandeurs, de toutes couleurs, de toutes largeurs, comme les boîtes de carton que l’on crie dans les rues de Paris.

DK LA MIGRAINE. 291

Déterminé à dire quelques mots do la migraine dans V Encyclopédie de la Santé, je me suis condamne à lire d un bout à l’autre les dissertations scientifiques et le.s élucubrations souvent indigestes de tous les auteurs qui ont écrit sur la migraine. J’en ai trouvé un qui mérite un prix, une couronne, une extraordinaire mention, car il a eu le courage d’agglomérer et d’aligner dans son opuscule tout ce qui a été dit sur la maladie dont nous nous occupons. Son ouvrage foisonne de dates, de textes et de noms propres. Des lambeaux de phrases grecques s’enchevêtrent dans des échantillons de phrases latines. Le tout est recouvert d’un langage scientifico -français, c’est-à-dire à peu près inintelligible. J’avoue que j’ai regretté une chose , c’est de n’avoir pas trouvé là des citations chinoises, des textes hébreux et des phrases en sanscrit ; 1 ouvrage présenté à MM. les membres de l’Académie de Médecine eût été capable de les rendre malades de plaisir. Malheureusement, ni Monthyon, ni Corvisart, ni M. Nadau n’ont songé à proposer un prix sur le meilleur ouvrage traitant de la migraine ; l’opuscule savant dont je parle aurait nécessairement remporté la couronne.

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