XX. — Petits moyens spécia'.ix
Il est une foule de petits moyens, qui varient suivant les individus , qui sont plus ou moins efficaces suivant les différents tempéraments, mais auxquels je recommande d’avoir recours avant d’aborder les médicaments proprement dits.
Tantôt il suffit d’avaler, le matin, au réveil, un grand verre d’eau froide, pour obtenir, quelques minutes après, des évacuations faciles et bienfaisantes.
Tantôt il suffit de placer résolûment ses deux pieds nus sur des surfaces froides et humides. Chez les uns, une tasse de café au lait, produit immanquablement le débarras des entrailles ; chez les autres, les légumes herbacés, comme la laitue cuite ou les épinards, ont absolument les mêmes résultats.
Qui ne connaît les effets du miel chez certains individus?
Les effets de la pomme cuite pour certaines constitutions.
Les effets du bouillon aux herbes.
Les effets des pruneaux cuits.
Les effets du pain de seigle.
Les effets du pain fait avec de la farine non blutee, etc., etc., etc,
LA CONSTIPATION DÉTRUITE-
Chacun doit faire, de ces petits moyens, une étude intelligente et une application judicieuse.
XlLIa — Poudre de belladonoa
A la tête des médicaments avantageusement employés pour combattre la constipation, je dois mentionner la poudre de belladone; mais je la conseille à si petites doses qu’elle ne saurait avoir aucun inconvénient.
Un centigramme, deux tout au plus, enveloppé dans du pain à chanter, et puis le soir trois ou quatre heures après le dernier repas, quelques instants avant de se mettre au lit... Bien souvent, il n’en faut pas davantage pour déterminer, le lendemain matin, des gardes-robes suffisantes, et vaincre des constipations rebelles à des moyens plus énergiques.
XHLII, — ijCti purgatifs b petites doses»
Quand une voiture est embourbée , quand, malgré le tirage des plus forts chevaux, les roues, empêtrées dans les ornières, y restent avec ténacité, le charretier, pour sortir de cette difficulté, est contraint d’avoir recours à des moyens vigoureux, il va chercher du monde, du renfort, des aides de bonne volonté. On empleie des cales, des leviers improvisés, et quelquefois on est obligé d’avoir recours à la puissance du cric.
Quelquefois aussi pour vaincre une opiniâtre constipation, pour tirer la voiture vitale des ornières qui l’empêchent de rouler convenablement, il faut avoir recours aux grands moyens, à l’ingestion de ces poisons à petites doses, qui déterminent la purgation.
Sauf des cas exceptionnels, j’invite tous les gens cons-
tipés à ne prendre ces purgatifs qu’à petites doses. En efl'et, il n’est personne qui ne se soit trouvé dans l’obligation d’en faire l’expérience : tous les purgatifs, ordonnés et sagement employés au début do certaines affections bilieuses, et dans l’embarras souvent délétère des parties inférieures du canal alimentaire, sont nécessairement irritants, et, s’ils déterminent, après leur ingestion, des gardes-robes abondantes, ils occasionnent à la suite deux ou trois jours de constipation.
C’est pourquoi je conseille aux gens, atteints de la petite misère dont nous nous entretenons , de n’avoir recours aux purgatifs qu’à des doses minimes.
Ainsi , au lieu de prendre un beau matin, à jeun, une grosse bouteille d’eau de Sedlitz ou de Pulna; au lieu d’avaler deux ou trois cuillerées de ces élixirs, que les pharmaciens appellent drastiques, c’est-à-dire exagérément purgateurs; au lieu d’ingui-giter, le soir ou le matin, une, deux, trois et jusqu’à quatre pilules aloétiques, je leur recommande de ne prendre qu’un seul verre d’eau de Sedlitz, le matin, au réveil; et je leur permets, pour consolation, de renouveler cette cérémonie pendant deux ou trois jours de suite. Je permets une cuillerée à café des élixirs ; je permets une demi-pilule purgative, une tout au plus, également, à la condition qu’on en renouvellera l’usage plusieurs jours de suite ; à la condition aussi qu’on ne répétera pas trop souvent ces opérations évacuantes. Encore une fois, il s’agit de sortir d’une ornière; mais une fois la voiture en marche, conduisez les chevaux de manière à la faire avancer , et de façon à n’avoir pas besoin, de distance en distance, du crie et des leviers, en un mot, des secousses communiquées par tous les purgatifs quels qu’ils soient.
LA CONSTIPATION DETRUITE
XXlii. — l.’nbiis «Ic« (MirgnlSona*
Je sais très-bien que je vais mettre en colère un bon nombre de lecteurs, un plus grand nombre encore de négociants. On a voulu faire, des moyens purgatifs, la base de tout un système médical : on les a représentés comme guérissant de toutes les maladies possibles. Cette erreur peut devenir si funeste, qu’il est de mon devoir de la combattre.
Les partisans des purgatifs, pris à outrance, les vantent à grands coups d’exemples et avec renfort de points d’exclamation. Ils vous expliquent, ils analysent, ils discutent et pour vous convaincre ils mettent en avant tout le système des humeurs. Si vous êtes malade, c’est que vous avez des humeurs; mettez vos humeurs à la porte, et vous rétablirez votre santé 1 II n’y a rien de plus facile à faire, rien de plus simple à comprendre.
Hélas ! toute cette théorie d’humeur est tombée devant l’examen des lésions laissées sur les malades tués par quelques maladies graves. Qu’appellent humeur, en général, les personnes qui n’entendenl rien à la médecine? C est un liquide quelconque, dégénéré, par exemple, le sang passé à l’état de suppuration. Est-ce que vous croyez que vous avez de la suppuration dans les grands canaux de la circulation, quand on vous dit : Vous avez de mauvaises humeurs; mais une goutte, une .seule goutte de pus dans le sang l’empoisonne et tue presque instantanément; car c’est déjà la mort que cet affreux frisson qui annonce la sinistre catastrophe que les médecins appellent résorption purulente.
Oui, vous avez des humeurs, nous en avons tous, et ^ nous n’en avions pas, nous péririons immédiatement. N appelons pas le sang humeur, si vous le voulez ; mais
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ENCYCl.OPEDIE DE LA SANTÉ.
les mucosités fournies et sans cesse sécrétées par cette peau intérieure ([u’on appelle muqueuse, mais la sérosité qui sort de toutes les membranes séreuses, mais la lymphe, la synovie, jusqu’à nos larmes, tout cela n’est-il pas humeur ?
Savez-vous comment agissent les purgatifs le plus généralement? Comme dérivatifs. Ils excitent l’intestin et tout le tube digestif. Or, comme ce tube digestif a plusieurs fois la longueur de votre corps , il y a place pour la stimulation et la dérivation. Si un bain de pied, un sinapisme appliqué aux jambes empêchent une concentration des forces vitales, conjurent l’explosion d’une maladie, un purgatif pinçant, stimulant tout le tube digestif, doit être encore plus efficace, d’autant que les effets, c’est-à-dire les sérosités produites par la stimulation, sont mis immédiatement à la ])orte.
Très-bien ! mais supposez une inflammation générale, une indisposition maladive qui n’est point encore fixée; donnez un purgatif, et, dès le lendemain, vous trouverez l’inflammation appelée par la secousse purgative fixée irrévocablement sur l’une des parties du tube digestif, et alors des maladies d’estomac, des maladies de foie, des maladies intestinales.
Einvcmcnts; Io«r« bienfaits; lonrs dangers;
InTCiucnts forcés.
Je ne puis clore tout ce petit travail sur la constipation sans dire quelques mots de ces lavages intérieurs exécutés au moyen de certains instruments , et que par dignité médicale, les graves praticiens appellent des douches ascendantes.
Ne vous attendez pas cependant à me voir faire l’histoire tout entière de ce pittoresque médicament. On
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dit qu’il a été inventé parles autruches; et bien, ces animaux ont prouvé qu’ils n’étaient pas si bétes qu’on veut bien le dire.
Les lavements , tant pis si l’expression choque certaines oreilles, rendent en médecine des services si considérables, que franchement j’en veux à Molière d’en avoir tant plaisanté.
Mais, tout en signalant leurs services, je suis trop impartial pour n’en point dire les inconvénients. J’ai pris la peine d’expliquer, un peu plus haut, comment les moyens adjuvants rendaient d’ordinaire exagérément paresseux le travail fonctionnel des organes auxquels ils viennent en aide. Or, la douche ascendante, puisque douche ascendante il y a, est un moyen adjuvant s’il en fut jamais. Elle agit non-seulement en délayant les détritus digestifs et par conséquent en en rendant l’évacuation plus facile, mais elle agit aussi en stimulant mécaniquement tout le gros intestin. Il en résulte que ce gros organe, enchanté de trouver la besogne si facile, au lieu de comprimer les détritus digestifs et de les forcer à passer leur chemin, devient aussi paresseux qu’un petit commerçant atteint de 25,000 livres de rentes. 11 ne fait plus rien, et par là même devient incapable de rien faire.
Qui a bu, boira, dit le proverbe. Qui a pris l’habitude des lavements, semble condamné aux lavements à perpétuité. C’est donc un inconvénient qu’il faut craindre, un danger qu’il faut éviter, un fossé qu’il faut franchir.
Si malheureusement on est tombé dans le fossé, voici la manière d’en sortir.
Et d’abord , il ne faut jamais rompre brusquement avec une habitude. Vous prenez des lavo«nents tous les jours, vous les prenez à une température excitante,
c’cst-à-dire notablement chauds. Commencez par les prendre un peu plus frais, puis vous mettrez, entre chaque cérémonie, quarante-huit heures d’intervalle, puis trois jours, puis une semaine, et finalement vous n’y aurez plus recours que dans les grandes occasions.
Ce n’est pas tout :
L’abus des lavements a rendu le gros intestin paresseux ; il faut par des lavements d’une certaine nature, réveiller son activité et le rappeler à ses habituelles fonctions.
J’ai expliqué dans mon Cours d’hygiène , en étudiant l’organe de la digestion; non-seulement j’ai expliqué, mais j’ai fait représenter la section d’intestin que l’on nomme côlon; j’ai montré le côlon ascendant, le côlon transverse et le côlon descendant. J’ai même décrit la terminaison intestinale que l’on a si maladroitement appelée rectum.
Eh bien ! dans le rectum et dans les différentes sections du côlon, un litre de liquide peut souvent passer inaperçu. Or, le litre dépasse déjà la dose du lavement ordinaire. Mais, si au lieu d’un litre vous en introduisez deux, si non contents d’exercer par le liquide injecté une action toute mécanique, toute naturelle, vous produisez une commotion , une action qui devient efficace par sa brutalité, vous obtenez des résultats que vous allez comprendre.
Le gros intestin s’est endormi et est devenu d’une paresse désolante, parce qu’une certaine dose d’eau tiède, venant délayer chaque jour les détritus qu’il renfermait, a rendu le travail, ou si vous l’aimez mieux, les contractions intestinales, à peu près inutiles. Mais, si au lieu d’introduire dans l’intérieur du côlon, la dose de liquide habituelle, vous la doublez, vous la triplez; oh ! alors, vous forcez le gros intestin à se distendre plus
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que de coutume, et, sous rintluence de cette distention, il se ranime, il se réveille, et sans se plaindre, c’est-àdire sans manifester la moindre colère, la moindre inflammation, il recommencera ses compressions, ses exudations et tout son travail ordinaire.
DE LA MIGRAINE