‹ Petites et grandes misèresChapitre 6 sur 63 · XX.!!» — ConcluHion · texte numérisé non relu

XX.!!» — ConcluHion

Je ne puis finir sans venger la médecine de toutes les sottises dont on l’accable à propos de la maladie dont nous venons de nous occuper.

J’étais un jour en visite chez un de nos gros financiers. L’heure de la Bourse était passée; les opérations du jour étaient terminées; toutes les affaires étaient closes, et paternellement assis au milieu de sa faniillo, M. *** se reposait de toutes les fatigues du jour. J’arrivais pour voir un enfant atteint de coqueluche.

J’arrivais donc sans préoccupation et sans chagiin, car il n’est rien de plus commode à soigner que les maladies de cette nature. Je dis commode parce que les résultatx n’en sont jamais dangereux ; mais , de bon

DE LA RAGE

compte, je me suis impatienté plus d’une fois contre leur entêtement et leur ténacité.

— Eh bien 1 docteur, me dit le financier, avez-vous lu dans le journal les détails sur ce médecin mort enragé?

— Hélas! oui, répondis-je. M. Vanel est mort en brave, aussi courageusement qu’un chevalier sans peur comme sans reproche.

— Savez-vous que c’est affreux de se sentir finir, de se voir irrévocablement perdu? C’est, comme le dit un romantique, le couteau de la guillotine qui met six semaines à tomber.

— Ma foi ! dit un jeune homme à prétention, un boursicotier, qui relevait sa moustache avec fanfaronnade,

J avoue que cette aventure ne m’a fait aucune impression^ Je vais plus loin, je suis enchanté qu’elle soit ombee sur un des membres du grand corps médical.

Je me .tournai vers le monsieur en lui jetant une exclamation.

— Serais-je indiscret, lui dis-je, en vous en demandant la raison?

ofZ [monsieur le docteur, que les médecins vos confières n entendent rien à la médecine. — Ne vous

P • Mais enfin v^oilà des gens chargés de H

“5'an? missioïï: coi!

l-Éwl Pour

cTnfled ï" gouverncmcut leur

confère des privilèges, le monde les comble d’hommagos

d honoraires et de vénér ifinni Tnc •

, vcncration I Ces messieurs roulent

.. portent habit noir et cravate blanche et fina

Le X V " X ce qui se guérit tout scub

mill ^ les cancers, tout cela fait

mdle ravages devant ces messieurs, qui ’s’en lavmut

mains. Moi, je ne suis pas fâché que quelques-uns d’entre eux soient pris de ces maladies qu’ils appellent incurables.

"N'ous comprenez si j’étais à mon aise en entendant un pareil jargon. Je serrai la bride à mon impatience, et me dressant au milieu du salon, je fis à peu près la réponse que voici :

— En vérité, mon cher monsieur, vous parlez de la médecine avec une telle irrévérence que je ne devraiiS pas discuter avec vous.

— Docteur, docteur, vous avez un mauvais caractère.

— Permettez! je ne viens pas vous parler, moi, des tripots de la Bourse; je ne vous jette pas en pleine figure l’histuire de tous ces jeux d’argent qui ruinent tant de familles, je vous demande seulement de me permettre une petite comparaison. Vous êtes père de famille, je suppose; vous habitez un hôtel magnifique situé entre cour et jardin. Au beau milieu de la nuit, le feu prend à votre hôtel; grande clameur, grande épouvante. Vous fuyez les flammes, et vous avez raison ; l’incendie menace de dévorer tout l’hôtel. Les pompiers sont accourus avec leurs moyens de sauvetage et leur magnifique dévouement. Tout à coup, vous vous rappelez que l’un de vos enfants, couché dans une chambre séparée, est resté dans l’hôtel embrasé. Vous criez, vous implorez secours, vous demandez assistance. Un des pompiers présents prend une échelle , il l’applique sui l’une des murailles incendiées, il y monte et pénètre par une fenêtre d’oü s’échappent des torrents de flamme et de fumée. Au risque d’y perdre la vie, cet homme va chercher votre enfant, il revient brûlé, blessé, et ne tenant plus qu’un cadavre.

Croyez-vous que cet homme ait dépensé moins d’héroïsme parce qu’il n’est point arrivé à temps? Aurez-

LA RAGE

VOUS jamais l’idée de îni reprocher le trépas de l’innocente victime? Est-ce qu’il était possible à ce brave d’empêcher l’asphyxie et d’éteindre le feu d’un seul coup? Pour sauver votre enfant il a failli périr lui-même. Il a fait tout ce qu’il était humainement possible de tenter; son insuccès était dans la volonté de Dieu.

Réflcchissez-y bien, Monsieur I le médecin se trouve souvent dans une position analogue. Il brave tout, fatigues, déboire, ingratitude. Il se heurte à cette affreuse barrière sur laquelle est écrit en caractère ineffaçable : — « Tu n’iras pas plus loin. » Dès qu’une maladie est contagieuse , cet homme joue son existence en la soignant. Ces cancers, ces typhus et toutes les maladies incurables auxquelles vous faisiez allusion sont autant d’incendies terribles dans lesquels il peut se brûler luimême. Qu’il se pique en pansant une plaie, et toute son existence est en jeu I

Croyez-moi , faites de grandes affaires à la Bourse ; combinez la hausse et la baisse. Tâchez de ne pas ruiner vos clients; mais ne vous mêlez pas d’attaquer la médecine, et ne vous imaginez pas surtout qu’un médecin est bien récompensé par le diplôme qu’il achète, par la fatigue qu’on lui impose, et par quelques pièces de cinq francs, qu’on ne lui donne pas toujours de bon cœur.

APPENBICE.

Page 1