‹ Petites et grandes misèresChapitre 5 sur 63 · X. - Il faut prcsaci- la plaie avec énci gic · texte numérisé non relu

X. - Il faut prcsaci- la plaie avec énci gic

Quand un homme vient d’être mordu, il porte une plaie qui saigne, et quand cette plaie est soupçonnée de lenfcrmer un venin , il faut nécessairement la faire saifirL possible. Ce premier conseil sera compris f oar le sang, en sortant de la plaie

L bLléer P--

encyclopédie de la santé.

Il faut presser la plaie dans tous les sens, de façon à la faire saigner et dégorger le plus possible. La pression exercee à l’entour d’une morsure suspecte a du reste ce premier avantage, de mettre l’organisme humain en alarme , de faire accourir vers la blessure un afflux sanguin, une sorte de force vitale toute prête à faire résistance à l’ennemi dont la présence est annoncée.

Donc, premier précepte h suivre ; Quand on vient d’être mordu par un chien suspect, il faut presser autour de la morsure et chercher à la faire saigner le plus possible.

5D. — ICéccsHité iS’unc ligature.

En second lieu, il faut placer une ligature circulaire au-dessus de la morsure.

Quand on va saigner un homme, c’est-à-dire quand il est question de lui tirer du sang par la lancette, on place au bras une ligature qui, en entravant la circulation sanguine, gonfle les veines, et force en quelque sorte le sang H sortir de l’ouverture pratiquée. Quand un enfant se coupe avec son couteau, quand une couturière se pique avec son aiguille, quand un chirurgien se blesse avec son instrument, tous, en pressant au-dessus de la blessure, de la piqûre, de la coupure, doivent chercher à faire sortir une certaine dose de sang. Or, dans la ligature que je conseille d’appliquer au-dessus de la morsure faite par un chien enragé, je vois un tout autre avantage, un service bien plus important encore.

J’ai dit que le venin avait besoin de germer et n’était pas immédiatement absorbable. Mais enfin il pourrait se faire que les petits vaissaux lymphatiques qui rampent sous la peau, ces petits canaux filiformes qui pompent si facilement tout ce qui les entoure, prissent une por-

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tien du germe de la rage , bien que ce germe ne soit point encore à maturité. Or. en serrant fortement la peau avec une ligature, on écrase ou plutôt on entrave la circulation des vaisseaux lymphatiques, lesquels sont pour la plupart situés immédiatement au-dessous de la peau, et l’on prévient toute succion dangereuse.

Par conséquent, second précepte de la plus haute importance, dès qu un homme est mordu par un chien enragé, il faut, au-dessus de la morsure, à l’aide d’un mouchoir plié en cravate, à l’aide d’une corde ou d’un lien quelconque, placer une constriction circulaire, assez serrée pour faire rougir, bleuir même un peu, les parties qui se trouvent au-dessous.

■“ ïDiporlonco dos lttTages«

Ce n’est point assez de presser, de ligaturer, il est urgent de laver la blessure à grande eau et le plus énergiquement possible.

Évidemment, le meilleur de tous les liquides, en pareille circonstance, serait de l’eau suffisamment chaude pour accélérer l’hémorrhagie. Chacun sait qu’après les piqûres de sangsues, on augmente l’écoulement sanguin en trempant les piqûres dans l’eau chaude. L’eau chaude al avantage de délayer le sang et d’en faciliter la sortie. De plus, 1 eau chaude, par la chaleur qu’elle communique, développe dans les parties qu’elle touche une certaine turgescence qui vient en aide aux deux moyens dont nous venons de parler : la constriction au-dessus de la blessure et la pression de cette blessure.

a heureusement on n’a pas toujours de l’eau chaude sous la main, mais on a plus facilement de l’eau fraîcha u^ez lavez, faites couler ce liquide à grands flots sur la malheureuse morsure, car avec l’eau froide le sang

se trouvera presque immédiatement arrêté ; mais l’eau i coulant en assez grande quantité sur la plaie pourrai rendre plus de service encore que le sang bavant et' s’écoulant avec lenteur.

Souvent on ne peut avoir d’eau, mais on peut avoir* du lait. Le lait, le lait chaud, sortant du pis de la vache, surtout, peut très-bien servir aux lotions que je réclame. Il n’est point jusqu’à l’urine qui ne puisse servir (je demande bien pardon d’entrer dans de semblables détails, mais en pareille circonstance il ne s’agit point de faire des cérémonies); l’urine même a été préconisée comme un excellent moyen pour détruire le poison imprégnant , les morsures; je ne puis admettre cette réputation ; mais . j’en parle que comme moyen de lavage, je la recommande comme dernière ressource, quand on n’a à sa disposition ni eau chaude, ni eau froide, ni lait, ni même de vin.

XIII. — Il fuiit Mgl'aiitlir la plaie à l’aide il’nn InNtriinicnt tranchant.

Les chiens, les loups, les chats, en un mot tous les animaux susceptibles de transmettre la rage parles morsures, sont malheureusement armés de dents tellement aiguës, tellement longues, que ces dents percent comme (les alênes, déchirent, mais coupent fort mal. Il en résulte des blessures pleines d’anfractuosités, des plaies remplies de bas-fonds, de petits pertuis redoutables. On comprend en effet que le virus de la rage peut très-bien s’infiltrer et se cacher jusqu’au fond des plus petits trous. Souvent même ces malheureux trous ne saignent pas, et .sont tellement capillaires qu’aucun liquide ne peut pénétrer jusqu’au fond, en sorte que le venin, traîtreusement blotti au fond de ces piaùrcs. s’y

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trouve à l’abri des moyens ordinairement employés pour le mettre à la porte.

En pareille circonstance, il faut avoir le courage, à l’aide d’un canif, d’un rasoir, d’un instrument tranchant quel qu’il soit, d’agrandir les plaies , de relier par une coupure unique toutes ces piqûres, toutes les anfractuosités : c’est une petite douleur à subir, mais on y gagnera une plaie simple, c’est-à-dire une plaie saignante, unique, et jusqu’au fond de laquelle pourront pénétrer toutes les lotions.

Ou trouvera bien cruel de dire à un homme ; Vous êtes mordu, meurtri, blessé, il faut vous blesser encore d’une autre manière! Mais si on a devant les yeux la catastrophe qu’il s’agit d’éviter, on verra que la recommandation n’a rien de brutal.

Peu de personnes peut-être auront l’énergie d’opérer elles-mêmes, c’est-à-dire d’agrandir de leurs propres mains la morsure qu’elles ont reçues; mais. Dieu merci, la France n est point une Thébaïde ; il est rare qu’un homme n’en puisse trouver un autre pour le secourir, et pour couper un peu de peau avec des ciseaux, avec un canif, il n’est besoin d’avoir fait aucune étude anatomique, aucune opération chirurgicale. Votre main tremblera peut-être, tant pis. Vous ferez plus de mal qu’un chirurgien, c’est bien possible; mais agissez, coupez, le temps presse : cette unique opération, en facilitant la sortie du venin, peut conjurer la maladie redoutée.

®«nger de Is Miiccion faite avec la boachc*

On a vu des hommes dévoués jusqu’à l’héroïsme, des m les s immolant jusqu’à la plus sublime imprudence, sucer des morsures faites par des animaux suspectés de rage. Sans proscrire le moyen par lui-même, je suis

obligé d en dénoncer tout le péril. Le virus de la rage peut très-bien être absorbé par cette peau humide qui tapisse la bouche et qu’on appelle muqueuse, d’autant mieux que bien rarement cette peau se trouve parfaitement intacte. Les gencives qui saignent, les lèvres qui se pèlent, la langue qui se fendille, etc., sont autant de blessures à travers lesquelles le virus de la rage pourrait être très-promptement absorbé.

D’ailleurs, c’est précisément à la bouche et à l’arrièregorge que le venin de la rage se porte de préférence; c’est là qu’il monte et se développe, même quand il a été introduit par une plaie faite aux jambes, aux bras, ou à toute autre surface du corps. — Un jour môme, il y a quelque trente ans, le corps médical d’abord, et le monde entier après lui, retentit d’un bruit plein d’espérance.

Les journaux annoncèrent une découverte qui changeait toutes les idées admises sur la rage , et fEiisait espérer que cette sinistre maladie n’aurait plus rien de terrible. Un médecin de Saint-Pétersbourg prétendait que les habitants du district de Gadici guérissaient toujours les hommes ou les animaux atteints d’hydrophobie. — « Ces gens, disait-il, ont rcmar- (|Lié que, dans le voisinage du frein de la langue d’un homme ou d’un animal devenu enragé, il se forme quelques pustules blanchâtres qui s’ouvrent spontanément à l’époque où se manifestent les premiers symptémes de la rage. En conséquence, le moyen qu’ils emploient pour empêcher les accidents de la rage confirmée eonsiste à ouvrir les pustules dès qu’elles apparaissenl, en ayant soin de faire rejeter parles malades richorqui s’écoule, et de les faire gargariser plusieurs fois avec de l’eau salée. » On conçoit le retentissement et le succès que dut avoir cette nouvelle. Lu rage devenait une mu-

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ladie toute simple, le traitement à employer des plus faciles. Les habitants de Gadici, et M. Antoine Marie Salvatori, qui les avaient observés, méritaient la reconnaissance de toutes les nations.

Hélas, il en fut de cette découverte comme de tant d’autres! comme du télescope qui devait laisser voir dans la lune, comme des ballons dirigeables, comme du patriotisme de certains démocrates ; après avoir brillé comme un radieux météore, elle s’évanouit comme une bulle de savon. Aucun expérimentateur n’a pu retrouver les fameuses pustules !

Quoi qu il en soit, il est bien certain que le virus de la rage réside et se développe sinon dans la bouche, au moins tout à côté, dans la gorge où dans les voles aériennes, peu importe; et l’on doit comprendre combien la succion est dangereuse, c’est-à-dire combien il est imprudent de mettre en contact avec la bouche, la

gorge, etc., un virus qui n’a déjà pour elles que trop d’affinité.

— BienfaitM des veiitoaaefl»

Mais si je proscris la succion faite avec la bouche , si je la dénonce comme téméraire et dangereuse, je recommande, et je recommande de toutes mes forces la succion mécanique, autrement dit l’aspiration produite par une ventouse adroitement appliquée sur la morsure.

Savez- vous bien ce que c’est qu’une ventouse, chers lecteurs? Pourriez-vous tous exécuter convenablement la petite opération (jue ce nom désigne? Pas très-exactement, n est-ce pas? et c’est une des mille raisons qui m ont fait écrire, qui me font écrire sans cesse ;

chacun dans ce monde ait quelques notions de médecine et de chirurgie.

Vous, Messieurs, vous comprenez tant bien que mal la langue de Cicéron et de Virgile; vous traduisez encore assez couramment V Enéide elles Catilinaires; vous avez retenu assez de grec pour épeler les mots que jettent çà et là nos savants dans leurs discussions, et pour comprendre une étymologie sans recourir au dictionnaire. A quoi cela sert-il à la plupart d’entre vous?

Vous, Mesdames, vous brodez dans la perfection, vous pianotez avec aisance, vous pratiquez l’art si parfaitement ■ inutile de la tapisserie et du crochet, quels avantages réels en retirez-vous? Croyez-vous qu’il ne serait pas cent fois plus utile à tous et à toutes de connaître, par exemple, les différentes parties du tube digestif, l’admirable mécanisme de la digestion, l’hygiène de la digestion surtout?

Croyez-vous que, dans bien des cas, il ne vous serait pas cent fois préférable de savoir :

Arrêter une hémorrhagie.

Neutraliser un poison.

Appliquer des sinapismes?

Ou poser une ventouse.

Revenons aux morsures faites par un chien enragé, et j’espère vous convaincre tout à fait de la justesse de mes réflexions et de la sagesse de mes vœux.

La blessure est faite; c’est vous ou l’un des vôtres qui en êtes atteint : quel effroi, quel trouble, que d’appréhensions légitimes 1

— Un médecin! vite, un médecin!

Précisément il n’y en pas; ou il est absent, ou il faut aller le chercher à une distance considérable. Alors vous ôtes entouré de personnes pleines de bonne volonté, pleines de charité, mais entachées de préjugés ou arrêtées par l’ignorance ; l’une vous parle d’un remède infaillible, vendu et approuvé par je ne sais qui; l’autre

DE LA RAGE

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met en avant des idées pleines de superstition et de dangers ; la peur vous prend, votre tête se perd, votre sang entre en ébullition. Hélas! hélas! quel sera le dénoùment !

Au contraire , je vous suppose quelques notions médicales, vous en savez assez pour agir avec logique, pour opérer sinon avec adresse du moins avec intelligence , vous rassurerez tout le monde et vous saurez vous rassurer vous-même ; vous prendrez toutes les précautions que nous examinons maintenant une à une, après avoir pressé, lavé, agrandi la plaie au besoin, vous aurez recours à une ventouse énergique pour activer la sortie du sang et pomper en quelque sorte le venin {voir ce que nous avons dit des ventouses et de leur application dans notre volume sur /’Art de soigner les malades). — Voyons, n ai-je pas grandement raison de souhaiter que tout le monde ait quelques notions de médecine.

— Cautérisation par le fer rouse.

Le conseil de salubrité de Paris , après avoir déclaré qu’il n’existe aucun remède certain contre la rage, après avoir recommandé de presser, de laver les morsures faites par des chiens suspects, ajoute en matière de conclusion ;

« On doit, avec un morceau de fer chauffé à blanc, brûler profondément les surfaces mordues. »

Messieurs de la salubrité ont parfaitement raison; mais, avec toute la déférence que je leur dois, ils me permettront de faire remarquer que le conseil est un peu aconique, et que la cautérisation par le fer rouge n’est peut-être pas le meilleur de tous les moyens.

Et ^l’abord il n’aurait pas été inutile d’indiquer la forme préférable pour le morceau de fer à mettre en

3« KNGVCLüPÈDIP: de la SAiNTK.

action; car, si 1 on prenait une bari’e de fer trop épaisse, un morceau de métal obtus ou arrondi, on tomberait dans un grave inconvénient ; le fer incandescent brûlerait tous les bords de la plaie sans pénétrer dans les profondeurs. Or, je l’ai dit, la dent du chien enragé perce souvent comme une vrille; l’instrument tranchant employé pour agrandir et simplifier la plaie ne laisse qu’un sillon linéaire , et c’est tout au fond de la blessure, dans ses dernières anfractuosités, que s’enfonce et se cache le venin redouté. Si le feu destiné à détruire le virus ne pénètre pas absolument partout, on laisse le blessé sous le coup du mal épouvantable qu’il s’agit de conjure’-

Il était donc important de recommander au choix des opérateurs un morceau de fer tranchant et pointu ; par exemple : un clou, un couteau de fer, ou tout simplement un coin de pelle à feu.

!KV18< — Pourquoi le fer doit-il être aussi chaud que possible»

On a mis en grosses lettres les mots chauffé a BLANC. On a bien fait; mais je crois nécessaire d’expliquer l’expression et le conseil.

Un morceau de fer chauffé à blanc est un fer aussi chauffé qu’il est possible. Pour l’amener à cette dernière limite, à cet extrême degré, il faut le laisser un certain temps dans un foyer de chaleur intense et compacte en quelque sorte; ainsi, un feu de braise, un feu de copeaux ou de fagots ne serait pas capable de rougir un morceau de fer jusqu’au blanc.

11 est bon encore de prévenir les craintifs que plus un fer est chauffé, plus il brûle vite, et moins la douleur qu’il produit est intense; elle est eu quelque sorte escamotée.

DE L\ RAGEJ

SI

XVlIl. — Précaution h prcndroi

Comme il est urgent de brûler jusqu’au fond de la plaie, il est nécessaire de la rendre béante en appuyant, en tiraillant de chaque côté de cette plaie, et, avec précaution, avec dextérité, à l’aide du fer pointu ou tranchant, il faut commencer par brûler au plus profond de la blessure. En effet, la peau, la graisse, les muscles, en un mot la chair du corps humain, en brûlant, se dénature, se boursoufle, de sorte que si l’on cautérisait les deux bords d’une plaie longitudinale avant de pénétrer jusqu’au fond, le boursouflement pourrait empêcher le caustique de pénétrer dans les dernières anfractuosités de la plaie.

Autre observation.

C’est fort bien de recommander une cautérisation profonde; mais il est bon aussi de prévenir que cette cautérisation profonde ne peut avoir lieu sans danger dans certaines régions.

Tout le monde comprend parfaitement qu’on ne peut cautériser de la sorte sur les parois peu épaisses des grandes cavités thoraciques et abdominales, c’est-à-dire sur les parois de la poitrine du cœur et du ventre; d’abord , derrière ces différentes cloisons élastiques se trouve une peau intérieure qu’on appelle plèvre, péricarde ou péritoine, peau d’une nature si impressionnable, que, s il s’y déclare un seul point inflammatoire,

1 inflammation s’y propage , comme le feu dans des étoupes, avec une effrayante rapidité. Ensuite, chacun sait les dangers de l’air pénétrant dans la poitrine ou dans le ventre, et si, par une cautérisation imprudente, on transperçait la cloison qui clôt ces deux cavités, on pourrait déterminer les plus graves accidents.

Mais ce qui n’est pas connu des gens inexpérimentés en anatomie, c est qu’il existe dans le corps humain des vaisseaux qu’on ne peut cautériser sans péril.

Donc , avant de cautériser par le fer rouge la morsure d’un chien enragé, il est indispensable de palper, de tâter la région du corps où se trouve cette morsure, et si l’on y reconnaît la présence des battements artériels, si l’on aperçoit de très-grosses veines, comme la veine du cou, les veines qui se trouvent sous les aisselles, il ne faut pas s’aventurer à cautériser trop profondément; un mé. decin viendra qui sera peut-être plus hardi, mais , sans connaissance anatomique, il serait imprudent de tenter une opération trop énergique.

— Cautérisation par Ica caustiqiica; sca avantagea»

C’est un dur moyen que la cautérisation par le fer chauffé à blanc. Je l’ai dit ; la douleur produite par l’application est prompte et moins pénible qu’on ne se l’imagine généralement; mais l’homme le plus éloquent du monde aura beau prêcher cette vérité de toutes les manières, il aura beau accumuler dans son plaidoyer des faits, des théories, mille ingénieuses explications, il n’arrivera jamais à bien convaincre ses auditeurs. On lui répondra : — Vous avez raison; je vous crois. — Et quand viendra le moment de l’épreuve, quand il faudra présenter sa blessure à l’opération, on frissonnera instinctivement et forcément, on aura peur.

Eflectivement, connaissez-vous quelque chose de plus effrayant que le feu? Il est peu de personnes qui, par imprudence, par maladresse n’aient subi de petites brûlures et n’en connaissent la douloureuse sensation. Aussi, quand le morceau de fer est là qui chauffe, qui rougit, qui se prépare, on le sent d’avance en quelque

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sorte, on le voit s’approcher et mordre... Frandicment, il faut du courage pour se soumettre.

Supposons la résignation. Les plaies sont lavées et béantes; on y applique un fer incandescent. Eh bien! dès que le fer a touché les tissus, il se produit des in« convénients véritables :

1“ Une épaisse fumée se dégage;

2° Les tissus brûlés se dénaturent et se charbonnent. Or, la fumée obscurcit la vue de l’opérateur, d’une part, et de l’autre , derrière les parties charbonnées peut se cacher une portion de la plaie, forcément alors épargnée ; et il est bien à craindre que dans cette partie non brûlée, derrière cette espèce de cuirasse charbonneuse , ne se cache une portion du virus empoisonneur.

Évidemment , si nous trouvons un moyen de brûler sans faire de fumée, un moyen qui dénature mais ne charbonne pas, un cautérisateur qui pénètre forcément jusqu’au fond des plaies et dans les plus petites piqûres, un cautérisateur surtout qui n’a pas d’apparence formidable, ni l’extérieur effrayant, évidemment ce moyen sera préférable au fer incandescent.

Or, ce moyen est tout trouvé; il nous a été donné par la chimie. On comprend que je veux parler des caustiques liquides, des acides concentrés et de la plupart des alcalis.

Je ne m’arrêterai point à vous donner ici la longue liste des caustiques tour à tour conseillés, employés, prônés, dénigrés. Au milieu de ce formidable bataillon' nous serions mal à notre aise; j’ai peur de ces énumérations fastidieuses qui défilent devant la mémoire comme une foule épouvantée, comme un grand troupeau mis en fuite, comme une émeute, comme une cohue. La mémoire abasourdie n’y peut rien observer, et surtout n’en peut rien retenir.

Ainsi, posons en principe que tous les liquiues capables de corroder, de dénaturer les tissus du corps humain, peuvent être employés comme caustiques; et puis, au milieu de tous ces liquides, je vais choisir celui que je crois préférable ; le nitrate acide de mercure. Ce caustique se trouve et se vend dans toutes les pharmacies , et j’estime que chaque commune, chaque mairie, chaque presbytère, chaque personne bienfaisante devrait en posséder un petit flacon bien bouché à l’émeri.

XX* — Manœuvre opératoire.

Expliquons d’abord la manœuvre opératoire. Exposons, pour me servir d’une expression plaisamment vulgarisée, la manière de s’en servir, et puis je donnerai les motifs de mon choix, les raisons de ma préférence.

On prend une soucoupe , une assiette, un vase quelconque, pourvu qu’il soit peu profond.

Avec une pincée de charpie , un morceau de fil et un petit bâton , on construit un pinceau camard. Si l’on veut employer un pinceau ordinaire, il faut avoir le soin de l’ébarber, de le couper, au moins par la moitié, de façon à ce que le corps du pinceau, la masse des filaments offre la résistance d’une troupe rangée en colonne serrée, et puisse, sans trop s’écarter, supporter une noiable pression.

Les chirurgiens bâtissent leur pinceau à cautérisation d’une assez bizarre manière : ils coupent un morceau de linge large d’un travers dedoigtetlong de quinze à vingt centimètres; ils eflilent légèrement cette petite bande flans un des côtés de sa longueur, puis ils l’enroulent sur elle-même comme une bande è pansement, comme une bande à saignée ; seulement ils serrent assez fortement chacun des tours , de sorte que ce morceau de

DE LA lUGE.

linge présente un corps résistant, une extrémité dure et une extrémité barbue; ils placent le côté net dans le mors d’une pince, pince à torsion ou pince à anneaux; ils posent sur les branches de la pince une ligature qui puisse empêcher qu’elle ne s’écarte, et grâce au côté barbu dont nous parlions tout à l’heure, ils se trouvent possesseurs d’un pinceau qui offre toutes les conditions nécessaires pour une opération de cautérisation.

Quel que soit le pinceau, on verse dans le vase préparé une petite proportion du liquide caustique ; on y plonge le pinceau, et quand on l’a laissé boire suffisamment, on l’appuie sur les bords secs du vase , afin qu’il dégorge et qu’il ne retienne pas trop de nitrate acide. Sans cette précaution, le caustique pourrait baver, s’accumuler sur un seul point, se répandre exagérément dans la plaie, et bien qu’il soit prudent de cautériser profondément , encore est-il bon de savoir jusqu’où l’on cautérise.

Ainsi préparé, le pinceau cautérisateur est beaucoup plus commode à employer que le fer rouge. Non-seulement il remplit les conditions que nous recherchions ensemble ; il n’effraie pas et ne dégage pendant l’opération aucune espèce de fumée , mais dès qu’il touche les tissus, en les dénaturant, il les change de couleur, ii laisse sur elle une teinte jaune sale qui indique parfaitement toutes les parties qu’il a touchées. On s’aperçoit donc fort aisément de la besogne qu’on a faite, et l’on remarquerait immanquablement les portions oubliées.

foutes les parties touchées avec ce pinceau humecté de nitrate acide de mercure sont brûlées à plusieurs lignes de profondeur, et le caustique étant liquide fuse, coule et pénètre jusque dans les plus petits sillons des plaies soumises à cette rude opération.

Je dis rude opération, car je n’ai rien à cacher, rien à

ENÜYCLOPlîÜlE DE LA SANTÉ.

deguLser ici. Je ne prendrai jamais le langage de ces-

, charlatans, assurant qu’ils arrachent les dents sans dou- , leur.

! La douleur produite par le caustique liquide est peutttre plus intense que les tortures causées par le fer rouge; mais ce qu’il y a de positif, c’est qu’elle est moins . redoutée; et, d’ailleurs, quand il s’agit de conjurer les affreux tourments de la rage, l’inévitable catastrophe qu’elle entraîne, la douleur, si vive qu’elle soit, ne doit pas faire reculer.

StXI. — moyens spéciaux.

Nous ne possédons pas encore l’antidote véritable du poison conlmuniqué par un animal enragé. Chaque localité a ses guérisseurs, et les succès de bien des médicaments préconisés en pareil cas tiennent, j’en suis persuadé, à l’effet moral produit par ces médicaments; preuve nouvelle que la moitié au moins des personnes atteintes d’hydrophobie ne sont atteintes souvent que d’une fausse rage , que d’une maladie nerveuse , d’un effroi, qui singe souvent les accès de l’hydrophobie , et qui fait mourir avec tous les signes extérieurs de la rage.

Cependant je suis fort porté à préconiser et à conseiller un traitement pharmaceutique employé avec un grand succès dans d’autres maladies : je veux parler du mercure.

Chacun sait l’eflicacité de cet agent dans certaines maladies, dites spécifiques, maladies qui ne sont autre chose que l’effet d’un empoisonnement général; et, remarque essentielle , cet empoisonnement général, cette maladie .si terrible, avant de devenir constitutionnelle, commence toujours par un point de l’individu. Elle reste

DE LA RAGE

toute locale pendant un, deux ou trois mois; elle germe, en quelque sorte, et ce n’est qu’après un temps suffisant d’incubation qu’elle s’étend partout, qu’elle empoisonne la constitution. . -

Eh bien! n’en est-il pas de même pour le virus de la rage? Et puisque le mercure est si efficace dans un cas , pourquoi ne le serait-il pas dans l’autre? d’autant plus que c’est spécialement sur la muqueuse de la gorge que le virus rabique porte ses premiers effets ; c’est dans la salive qu’il se montre, qu’il se développe; c’est par la salive qu’il se transmet.

Or, le mercure porte, lui aussi, à la bouche. Les frictions mercurielles ou des pilules contenant du mercure déterminent souvent un travail tout particulier dans la bouche , et forcent la salive à s’accumuler et à se répandre.

C’est pour cette raison , c’est à cause de ma prédilection toute particulière pour le mercure contre la rage , que j’ai conseillé de choisir pour caustique le nitrate acide de mercure. L’acide brûlera , et le mercure qu’il renferme se trouvant absorbé, il y aui’a cautérisation et médicameiitation. — Récamier préférait le nitrate acide de mercure à tous les autres caustiques; mais, de plus, il conseillait des bains contenant un peu de sublimé corrosif. Il conseillait encore des pilules de proto-iodure de mercure.

foute cette manœuvre thérapeutique ne peut être exécutée que par un homme de l’art.

^ Mais, puisque nous parlons de la rage et du traitement a y opposer, il m a paru nécessaire d’apprendre aux gens du monde que la médecine a encore des moyens rationnels à sa disposition.

Je sais bien qu’on a beaucoup crié contre le mercure dans ces temps modernes. On en u fait non-seulement

usage, mais excès et abus. De là des accidents. Aussitôt on s’est mis à calomnier le pauvre médicament. Des gens qui voulaient exploiter d’autres préparations ont dénoncé le mercure comme le plus terrible ennemi do l’humanité. Ils l’ont crié dans des livres , ils l’ont crié dans des affiches , ils l’ont crié à la quatrième page des journaux, tant et si bien, qu’il y a beaucoup de personnes qui ne peuvent entendre prononcer le nom de mercure sans frissonner. C’est une erreur malheureuse, c’est une prévention funeste.

Dans certaines maladies extraordinairement inflammatoires, maladies des yeux, maladies des entrailles (ophthalmies , péritonites) , le mercure devient une excellente ressource, et il aide à arrêter l’incendie.

Dans les maladies spécifiques, le mercure est d'un effet aussi certain que le sulfate de quinine dans les fièvres intermittentes; et je suis persuadé qu’employé contre la rage il est appelé à rendre de grands services.

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