‹ Petites fantaisies littéraires [microforme]Chapitre 12 sur 17 · D'UNE · texte numérisé non relu

D'UNE

Un petit peuple vivant paisiblement sur les bords de la Rivière Rouge se voyait, il y a quelques années, en butte aux persécutions d’une horde de pillards, lâchés sur les fertiles plaines du Nord- Ouest, je ne sais trop par quels complaisants pouvoirs.

Ces truands violaient impunément le sanctuaire du domicile, épouvantaient de pauvres femmes dont les protecteurs

étaient loin, allaient jusqu'à braquer sur elles un revolver meurtrier pour leur arracher le dernier morceau de pain de la famille.

On les a vus, traversant nos champs ensemencés, renversant sur leur passage de faibles palissades qui ne pouvaient résister à de si vilaines bêtes, piétinant méchamment sur nos blés, semant partout le feu, au risque d’incendier nos villages, exécutant d’autres férocités encore, sous le très plausible prétexte disaient-ils, de modifier un peu la carte

de nos régions.

Une quinzaine de braves s'insurgèrent, ayant à leur tète un tout jeune homme que son intelligence remarquable prédestinait au commandement. On l'avait spontanément reconnu chef. Les soldats étaient tous plus vieux que le

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capitaine ;. mais le soufile de pur patriotisme qui animait toujours ses harangues, avait passé sur les courages et l'on avait eu confiance.

Ce fut là le germe de la rébellion.

Le petit bataillon opposa une résistance énergique aux envahissements qui ne reconnaissaient plus de loi, et les terribles de la première heure furent bientôt mis en déroute.

On sait les funestes complications qu'entraina la révolte, les haines implacables qu'elle soulevait plus tard, les gouvernements qu'elle jetait dans l’embarras, le deuil qu'elle mettait au cœur d’une nation dont le crime unique avait été de revendiquer des droits méconnus.

On a vu les passions se déchainer contre le jeune commandant qui avait

voulu conduire son peuple au triomphe

d'une sainte cause.

Na tête a été mise à prix.

Il x été hors la loi.

Cela ne l’a pas empêché de braver cent fois les balles de la canaille.

La fatalité des derniers événements a tourné contre lui.

Il traine aujourd'hui une existence meurtrie par les ronces-de l'exil.

Sur le chemin de ses amertumes, il lui arrive parfois de cueillir une fleur qu'y sème la sympathie; mais l’arôme qui s’en dégage n'a pas assez d’enivrements pour lui faire oublier les parfums de sa patrie.

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milieu des solitudes qui ne lui sont pas hostiles, prêtant mystérieusement l'oreille à la grande voix des airs, comme s'il entendait un écho affaibli des harmonies natales.

Les siens ne le reverront pas, car s’il avait le malheur de faire une apparition dans son pays, Louis Riel tomberait sous le poignard de cinq cents fanatiques qui ont juré de venger la mort de Scott.

Après le transfert des territoires du

Nord-Ouest par la Compagnie de la Baie d'Hudson, le pays s'étant trouvé un temps sans gouvernement, les métis formèrent une administration proviseire sous la présidence de Riel.

Les membres de cette organisation

si + À a]

156 FANTAISIES LITTÉRAIRFS

politique s’installèrent dans les fortifications de Garry.

Il y avait là huit cents hommes sous les ordres de ce pauvre Lépine, qui doit aux sympathies des Canadiens-français d'avoir été soustrait plus tard aux horreurs de la peine capitale.

La tâche imposée au jeune président était lourde.

Il avait à se défier d'une contre-révolution sourde dont les germes se développaient rapidement au sein de la population métisse anglaise ; il lui fallait créer une constitution temporaire pour la gouverne de son peuple ; des négociations très importantes qui allaient décider du bien-être futur de la nation, étaient sur le point de s'ouvrir avec les autorités canadiennes, et nécessitaient

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une sagacité rompue aux astucieuses subtilités de la politique.

Il y avait en ce temps-là au collége de St-Boniface, une trentaine d’écoliers NU dont une belliqueuse ardeur enflammait

les jeunes imaginations.

Ces pions voulaient se battre.

J'en étais, ne vous déplaise.

Le plus vieux avait quatorze ans, je crois. Nous offrimes nos services à Riel

sourire plein de tristesse, comme s’il avait pressenti que l'heure des lugubres événements n'était pas loin. ‘ Merci, pauvres enfants,” nous dit-il, ‘“ vous

ne sera pas versé de sang ; quelques jours encore et la paix sera rétablie.”

Cela nous contrariait,

Chacun de nous avait arrêté dans sa

di tête une entreprise colossale : tuer un ui anglais. su

Eh oui, bon Dieu! moi aussi, je vou- E s':

lais occire mon homme ! pe Les Anglais ! Je me les figurais comme de grands diables encornés, tout noirs, et méchants, laids, caraïbes, un peu an- À ci] thropophages…. vil Mes idées sont bien changées sur ces s'é gentlemen. Il y a eu depuis de sérieux Us rapprochements entre eux et moi, à tel dé | point qu'aujourd'hui, j'en voudrais ex- fan | terminer... mille, d nl:

, les Je dis cela sans passion, à travers le À 4.

plus ineffable de mes sourires.

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