DE
160 VANTAISIES LITTÉRAIREN
par un massacre, Pas un détail de la manœuvre ne nous échappait.
Les anglais s'étaient arrêtés tout-àcoup... nos hommes continuaient de dé- ‘vorer l'espace, quelques arpents à peine séparaient les armées,
Le temps était radieux—le soleil, superbe—le firmament, bleu, sans nuages. La plaine était recouverte d’un immense manteau de ouate pailleté de diamants étincelants. Vraiment, c'eut été dommage de rougir cette belle neige blanche du sang de nos braves.
Dieu ne le permit pas.
Personne ne fit le coup de feu.
Deux parlementaires #nalai: se déta-
chèrent de leur escou ‘itant un pavillon blanc. cu: att ts se réunirent en une imposante masse, Un
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quart d'heure après, une’immense colonne s'ébranlait pour entrer dans Île
fort—les anglais s'étaient rendus et constitués prisonniers.
L'un d'eux plus turbulent que ses compagnons d'armes, proférait des menaces, jurait comme un forcené, frappait
tous ceux que sa rage pouvait atteindre :
c'était Scott.
Les autres, au nombre d’une centaine
à peu près, furent enfermés dans de vastes salles.
Scott fut. incarcéré pieds et poings liés.
Cette victoire du gouvernement provisoire avait eu pour résultat de calmer un peu les agitations. On ne songea plus à contester l'autorité de l’adminis-
tration établie, et les choses allèrent assez bien pendant quelques jours.
Le collége avait repris ses classes avec plus ou moins d’entrain.
Nos régents nous mettaient quelquefois au courant des événements du de-
hors ; mais le plus souvent le mystère de leur physionomie, leur refus de répondre à nos questions, nous jetait dans É une grande perplexité.
Il y avait dans l’air comme un soufile
de mauvais génie qui nous accablait.
nt: Il devait se préparer quelque chose
d'extraordinaire.
Un soir 1l y eut des prières publiques.
Un prêtre priait à haute voix devant le
él. saint sacrement exposé. Des sanglots
e s’échappaient de la foule agenouillée.
En sortant des saints lieux, quelques
nie
\lèrent balles avaient sifflé à nos oreilles, puis Li tout était rentré dans le silence.
ses aVeG Quelques ombres se glissaient autour
des fortifications.
quelque- Au dedans, le gouvernement s'était s du de- érigé en Cour martiale et délibérait mystère déjà depuis deux heures, lorsque la ters de ré- rifiante nouvelle nous arriva que Scott
tait ne venait d'être condamné à mort.
Son existence avait été jugée dange-
reuse pour le maintien de l'ordre pu-
an soufle
\blait blic, et l’on avait cru pouvoir en l'éli-
minant, détourner les désastreux orages
chose dou pe d'une guerre civile.
L'agitateur orangiste n’en avait rien
ubliques.
devant le sanglots
cru. Ils’était mis à rire bruyamment en écoutant sa sentence.
nodilléé On le reconduisit à son cachot.
quelques
Une petite table portant des plumes,
de l'encre et du papier fut mise à sa disposition, avec recommandation de tracer ses suprêmes volontés s'il en avait à manifester.
Puis, la porte de la cellule s'était refermée sans bruit.
Ncott avait pâli.
On eut dit qu'un éclair venait de lui faire voir toute l'horreur de sa situation.
Le condamné fit entendre un cri de rage …
Quelques instants après, 1l laissait tomber d'une voix étouffée ces paroles
navrantes : “© »o, they will not kill me 7... j
Il passait minuit.
Un bruit confus, prolongé, retentissait par intervalles, à travers le silence des appartements endormis. |
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Huit cents hommes étaient à wenoux, répondant du chapelet que récitait avec eux un vénérable oblat de l'évêché.
C'était poignant de voir ces guerriers implorant la miséricorde divine pour que l'éternité d'un homme ne fut pas maudite...
Je n'ai pas lu que la Révolution fran-
çaise en ait fait autant pour ses victimes.
Il y a parfois de précieux enseignements à tirer de l’histoire d’un peuple que la religion a civilisé.
Ces hommes ressentaient ce je ne sais quoi de formidable que le sens évangélique seul imprime aux objets auxquels il mêle sa grandeur.
À deux heures de l'après-midi, un
grand rassemblement se fit auprès de l'un des bastions du fort.
L'exécution de Scott allait avoir lieu.
Le condamné parut un bandeau sur
les veux, escorté de six gendarmes.
Il fut laissé à genoux sur. la neige durcie.
Un seul homme passa quelques instants auprès de lui, le ministre de sa religion, qui après quelques exhortations s'éloignait à son tour.
Le silence qui planait sur ce drame était lugubre.
Un soldat distribua au hasard les fusils, dont trois étaient chargés à balle, les autres à poudre.
En dépit ü:s ordres les plus sévères, il eut été impossible, sans ce subterfuge,
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de trouver un seul homme pour fusiller Scott.
Personne ne devait savoir dé quelles armes sortirait la mort.
À un signal donné, une détonation
terrible se fit entendre.
Ncott tomba la face contre terre. Il vivait encore.
On Île transporta dans l'enceinte des fortifications, et à partir de ce moment, il devient impossible de dire ce qu'il est advenu de lui.
Les mystères les plus impéneétrables ont enveloppé sa disparition.
Le procès de Lépine à révélé mille faits contradictoires auxquels il n'est pas possible d'ajouter foi.
L'histoire racontera sans doute avec
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une exactitude plus rigoureuse, ces événements dont je ne dois le souvenir qu'à une mémoire peut-être infidèle.
La dissolution complète du gouvernement survint presque aussitôt après cette tragédie.
Les fortifications furent abandonnées, et les métis rentrèrent dans leurs familles.
La désertion avait été complète.
Aussi permit-elle à Wolsely de faire ‘une charge extrêmement triomphale sur Jes solitudes de Garry.
Le général y trouva un chien qui ne se gêna pas de lui aboyer au nez, et un vieux métis retardataire ‘bourrant philosophiquement sa pipe.
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de faire bhale sur
Le chien fut battu, et le bonhomme
mis à la porte.
On proclama cet exploit. Wolsely fut traité d'illustre parmi les vainqueurs des vainqueurs.
La presse obséquieuse battit de la grosse caisse, et lança cet énorme pavé de l’autre côté de l'océan, où les habitués de Dowming Street. l’avalèrent.
Sir Grarnet fut décoré de je ne sais trop quel ruban.
L'heure néfaste avait sonné pour Riel.
Il fut traqué comme une bête fauve.
Une douzaine de limiers au flair de dogue, soudoyés par la rage vindicative des loges orangistes s’acharnaient à sa poursuite. Quelques rares amis lui of-
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On eut dit qu’un pouvoir occulte, uni leur
« inspiration providentielle lui donna l'intuition de l’imminence d’un danger Combien de fois n'est-il pas arrivé au mouchards de faire des perquisitions à travers des endroits qu'il avait laissé
dix minutes auparavant ! son
mart On se demande comment la mort n4 À $ | : 30 Edern l'a pas frappé en mille circonstance périlleuses. Je h vivre Eh quoi ! C’est un de ces phénomène œieu:
qui ne s'expliquent pas si l’on en veuk”
exclure l’action de Dieu.
Quelqu'un priait, une femme! C’étai une Sœur de charité.
Beauté angélique, type idéal comm il n’en existe que dans les communau
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tés religieuses, parce que l'ascétisme de la vie contemplative semble diviniser leur figure.
On apprit un jour que cette sainte vivait au milieu des peuplades les plus reculées de l'Ouest.
Un vœu secret pour la sauvegarde de son frère, lui avait fait accepter le long martyre d’une existence sacrifiée aux derniers être de l'échelle sociale.
Je crois fermement que Riel doit de vivre, aux prières de la pauvre reli-
œieuse.
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