‹ Petites fantaisies littéraires [microforme]Chapitre 15 sur 17 · FOLL L · texte numérisé non relu

FOLL L

La barque légère qui me permet quelquefois de pousser mes excursions maritimes jusqu'à une heure assez avancée de la nuit, nous portait doucement ce soir-là, M. le baron, sa femme et moi, sur les flots dociles de la marée descendante.

J'avais voulu faire comme à l'ordinaire cette course nautique en compagnie d’un français et de sa compagne, de braves gens, venus récemment d'outre-mer, qui avaient eu la bonne idée d’élire domicile à quelques pas seule-

ment de mon habitation. Un commerce aimable s'était de suite établi entre eux et moi. Nous en étions je crois à notre vingtième voyage. La camaraderie [a plus intime nous réunissait souvent.

Cela leur faisait oublier un peu les souvenirs de la patrie, et me donnait, à moi, une occasion nouvelle d'entendre avidement ce beau lansage dont nous avons si religieusement conservé la lettre, nais dont le mélodieux accent nons échappe au milieu des idiômes étrangers qui cherchent incessamment

à l’absorber.

Nous avions vu tomher le soleil; le crépuscule en adoucissait graduellement les reflets encore éblouissants. Les dernières teintes des paysages qui nous environnaient commencçaient à se perdre

dans la pénombre.

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Bientôt nous fûmes entourés de ténèbres ; quelques pâles étoiles qui s’allumaient au firmament avaient l'air de verser en hésitant leur timide clarté.

Nous n'étions qu'à deux longueurs de rame du rivage.

La mer baissait toujours.

Nous touchâmes enfin au petit port qui nous avait vus quelques instants auparavant.

L'ascension de la falaise qu'il nous restait à gravir fut lente.

De chaque côté de la route, les arbres semblaient tendre vers nous leurs bras amaigris.

Il faisait une de ces nuits tièdes, très sombres, presque effrayantes, où les fo-

rêts revêtent les formes les plus bizarres,

où le plus léger souflle se traine comme

un gémissement, où la chute d'une

branchette fait croire à un cataclysme.

Jene sais trop ce qui 5e passait en moi, mais, j'avais le cœur serré. Tous les squelettes du monde seraient sortis de sous terre pour venir exécuter autour de moi une danse macabre que je ne me serais pas senti plus frappé de terreur.

J'avais peur ! Pourquoi ? Je n’en sais rien.

Je suivis de nlus près mes compagnons quis'avançaient silencieusement.

— M. le baron, di: -je du ton le plus assuré, pour montrer que je n'étais nullement préoccupé, dites donc, croyez vous aux fantômes,aux revenants,aux...

— Mon Dieu! De grâce! S'il vous

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plait ! répliqua vivement mon ami, sans me donner le temps de finir...

Sa femme avait failli se trouver mal...

Elie l'étreignait de toutes ses forces, tremblante comme une feuille... et je me demandais, la douleur dans l'âme, comment j'étais devenu si étrangement la cause du premier chagrin qui füt ja-

mais survenu entre nous...

Je les accompagnais machinalement jusqu'à leur logis, —j'entrai dans le cabinet de travail de M. le baron. Il s'éloigna rapidement avec sa femme, me

priant d'attendre son retour.

Tous deux se dirigéerent vers une pièce dont je pouvais facilement du regard embrasser l'intérieur. Une jeune fille d'une rare beauté s'y trouvait. Elle

était assise et tournait distraitement les

feuillets d'un livre. Elle leva mélanco-

liquement ses beaux grands yeux sur la baronne. Celle-ci la baisa avec effusion.

Le baron était triste, en proie à une douleur manifeste.

— Pauvre Berthe : dit-il en prenant la tête de la jeune fille dans ses mains

et l’'embrassant follement…

Mon ami demeura longtemps dans cette attitude.

Tout-à-coup la jeune fille fit un léger mouvement pour se dégager de cette étreinte…

— Père, dit-elle, regardant fixement le baron... va-t-il venir cette nuit. le

revenant...

— Non, non, ma Berthe, sanglota mon

ami...

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La porte fut fermée discrètement sur moi.

Hélas, bien involontairement je le jure, j'avais tout vu.

L'égarement se lisait sur cette physionomie idéale dont les derniers charmes achevaient de s'évanouir; et, de plus, à horreur, la moitié de sa chevelure était blanche.

Mille lugubres pensées tourbillonnaient dans ma tête.

Je ne savais pas si tout ce que je

venais de voir était un rêve ou un ta-

bleau de cette froide réalité qui trop souvent ne trouve rien à épargner ! Jamais je n'avais soupçonné l'existence de cette malheureuse jeune fille que la Providence éprouvait si cruellement !

Le baron me retrouva dans une agitation extrême...

— Je vous ai fait mal, lui dis-je avec émotion.

— Assez... Nortons d'ici. dit-il, et m'entrainant au jardin attenant à la maison, il me fit pénétrer avec lui dans un petit pavillon couvert de verdure.

— C'est une histoire navrante, ami, continua le baron... mais, vous savez tout. il devient inutile de vous taire plus longtemps le récit d’un drame qui

ne saurait d’ailleurs éveiller que vos

plus sincères sympathies.…

(] ‘ C'était un soir, sur la Garonne, pré-

cisément comme tantôt sur votre beau fleuve, à peu près à la même heure, nous voguions ensemble en canot léger,

ma femme, ma fille Berthe et moi.

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dit-il, et ant à la lui dans erdure.

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Le même soleil il me semble illuminait les mêmes merveilles.

Il y avait des paysages féériques partout, des aspects imprévus, des tableaux riants, que la lutte de l'ombre et de la lumière variait à chaque instant.

Au ciel, des clous d'or constellaient

une vote sans nuage,

En revenant à terre, des eflluves rafraichissantes émanant de la nature assoupie, nous prédisposaient à une déli-

cieuse langueur.

Peu à peu les ténèbres les plus épaisses nous avaient envahis.

Il était temps d'arriver à domicile.

Un vent froid commençait à s'élever, et

j'avais cru remarquer que Berthe se

serrait plus près de moi, chaque fois que nous passions près de quelques for-

NEA rate: PANNE IR Ch a be

mes fantastiques rendues menaçantes par les effets de la nuit.

Sa jeune imagination avait elle été

ébranlée par ces apparitions étranges.

je l’ignorais, pour mon malheur... et une fois rendu au foyer, sans tenir aucun compte de la pâleur de Berthe dont j'aurais dû deviner la cause, je me mis à conter de ces histoires terribles de fantômes, de vampires, de revenants que la tradition populaire traine à travers tous les siècles, et que les enfants écoutent avec tant de frayeur avide.

La bise soufllait au dehors.

Berthe n'osait plus regarder aux fenêtres tant l'épouvante la paralysait.

J’eus beau essayer de la rassurer ensuite en lui prouvant qu'elle ne devait pas ajouter foi à ces récits absurdes, à

enaçantes

t elle été tranges.… heur... et s tenir auerthe dont je me mis rribles de revenants aine à traes enfants avide.

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toutes ces chimères qu'une imagination en délire pouvait seule inventer, elle n'en demeura qu'à demi convaincue et fut sérieuse et inquiète tout le reste de la soirée.

L'anxiété nous gagnait tous. Une impression décidément pénible était sortie de mes contes... ma femme me reprochait doucement de m'être appesanti sur les plus terrifiants.

Je ne savais que dire. Je sentais bien le malaise dont j'avais été la cause. Il fallait en prendre un parti. Je me mis à railler ma fille sur sa frayeur, et fis si bien qu'elle finit par sourire, disant qu'elle était folle après tout d’avoir peur.

Je crus que la nuit allait emporter toutes ces puérilités et nous nous sépa-

râmes assez galement.

La chambre de ma fille était près de la mienne. Je pouvais entendre aisément la respiration de Berthe et courir à son secours si quelque cauchemar l’oppressait.

Elle dormait paisiblement,

J'avais sommeil, et bientôt je me reposai des inquiétudes qui me hantaient depuis quelques moments.

Je ne sais combien de temps dura ce repos ; mais, tout à coup, un cri déchirant, parti de la chambre de ma fille vint me transpercer le cœur.

Je me levai à moitié fou, la mort dans l'âme, présageant la plus effroyable calamité…

Toutes ses couvertures était au pied de son lit, sur le plancher, dans un désordre complet. |

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aisécourir nemar

me r'e-

taient

ura ce déchi-

Berthe était méconnaissable... ses

yeux étaient démesurément ouverts.

sa bouche écumait... sa tête avait blanchi... Berthe, ma fille, ma bien-aimée Berthe était folle...

J'aurais voulu tomber foudroyé. Dieu n'eut pas pitié de moi: Ma femme dans un accès de douleur me reprocha d'avoir tué sa fille.

Il me semblait que tout brülait autour de moi. Ma raison s'en allait. J'eus une pensée pour Dieu, une supplication. et je fus sauvé, car j'allais me détruire infailliblement.

Ma femme revint à elle-même, et nous pûmes immédiatement porter à Berthe les secours qu'exigeait la situation …

Longtemps nous l'appelämes tous deux des noms les plus caressants, mais

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