ENTRE
> la Une bonne dose d'acide sulfurique par la figure, c'est la mode aujourd’hui:
vai je n’en avais pas. | che Pas poli, d'ailleurs. | ds Je roulais dans ma tête les projets | . | les plus noirs. | Je devais avoir l'air terrible ! | a , s PA » Je sentais bien le ridicule de tout ce | ssl ” | drame. Comment faire ? Je fus tenté | de m'aller cacher bien loin dans un | roit, massif d'arbres qui m'offrait asile, et | k ‘ on | ’était d'y pleurer de dépit.
uter. C'eut été gâter l'affaire; je prenais infailliblement le dessous.
apla- Je me redressai fièrement, et fus >, un brave.
ant...
La physionomie de l’intrus qui me renversait si inopinément, avait atteint
58 FANTAISIES LITTÉRAIRFS
un degré de surexcitation assez voisin de l’hébêtement.
Il subissait donc de son coté un stage
douloureux.
Marguerite séule avait conservé sa
belle humeur.
Elle! Bah! allègre comme toujours.
J'ai reconnu là dans sa plénitude cette puissance incroyable qui reste parfois à la femme pour se hisser à la hau-
teur de certaines circonstances.
Pas un muscle de cette figure de cire ne trahissait la moindre agitation.
Non œil fin se puomenait le plus naturellement du monde, tantôt sur la foule qui regardait toujours, tantôt sur lui, tantôt sur moi.
Un peu plus sérieuse, moins expansive, elle me regardait distraitement.
Elle le contemplait à son tour, sans
sourciller. je ne peux pas dire comment.
Je l'interrogeais d'une voix timide.
Elle répondait comme à un monsieur qu’elle eût vu pour la première fois.
Crève-cœur! Je n'étais donc plus intéressant !
Monsieur Chose laissait choir son petit verbe malencontreux, déconcerté, qui ne provoquait chez Marguerite qu'une moue de chatte.
Tant mieux!
Lui ne paraissait pas plus considéré que moi.
Je me sentais petit, pas du tout aimé, et j'attendais, aHreusement torturé, le dénouement de cet incident qui menaçait de tourner au tragique.
Rien de fâcheux ne s'en suivit.
Marguerite arrangea, combina, tourna, contourna tout de la façon la plus gracieuse..…
Elle avait décliné l'offre d'une place dans l'énorme tilbury de monsieur Chose, pour revenir à domicile avec moi.
Il se faisait tard.
Les salons étaient illuminés. Elle trouva naturel de nous inviter à passer la soirée ensemble.
Là encore, même tactique. Politesse exquise de part et d'autre, quoique teintée d’une préoccupation à peine perceptible.
Lui, je le dis sans animosité, sans jalousie, avait l'air abruti.
Moi, je parlais comme un étourdi.
Nous n'étions ni l’un ni l’autre dans
une assiette bien confortable.
Marguerite était fort à l'aise.
J'attrapais bien une œæillade à son adresse—à lui—sans trop savoir ce que cela pouvait comporterde signification.
J'en rugissais. Elle me ramenait parun regard furtivement langoureux, langoureusement furtif.
Tout se passa ainsi jusqu’à la fin.
L'heure de minuit nous força de déœuerpir.
Je laissai Marguerite en lui disant qu'elle avait été admirable de discernement et de tact.
J'appris le lendemain que monsieur Chose avait exactement pensé de même ; nous étions partis satisfaits.
Elle était restée victorieuse.
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Gaspard s'arrêta là.
Son front s'était rembruni.
Je regardais tomber les cendres qu'il secouait distraitement du bout de son cigare. J'étais devenu triste.
J'ai fait depuis cette affaire bien des réflexions sur la femme. On y perd sa tête, et son. temps. Essayer de descendre au fonds de son cœur, c’est s’exposer au vertige. La force de dissimu- . lation qu'elle possède tient du phénomène.
Elle en jurera bien d’autres à bien d’autres Gaspards, sans jamais négliger les accointances que pourraient lui indiquer ses intérêts.
Ce qu’il y a d'étonnant à cela, c'est
que monsieur Chose et Gaspard, recommencent imperturbablement la même
bêtise.
J'accorde à Marguerite son brevet de
diplomatie.
Je veux chercher dans le développe. ment de la musique et de la littérature, l'efficacité de la loi du travail, cette obligation sublime que la mollesse de nos mœurs semble malheureusement trop disposée à circonvenir.
En musique comme en littérature, le travail fait jaillir le génie; il en révèle les grandeurs anx mondes étonnés: il en consacre l’immortalité,
ème que le caillou garde en lui ti elle que le briquet n'en a pas tirée, l'homme récèle au fond de son être,
l'aptitude merveilleuse que le travail n’a pas exploitée.
Ozanam a exprimé cette vérité dans une circonstance solennelle où l’on faisait la fête du travail, c'est-à-dire, l’un de ces jours bénis qui voyait se décerner à une jeunesse active, les couronnes laborieuses d’une année académique :
“C'est dans les lettres ” disait-il dans son magnifique discours sur la ‘“ Puissance du travail,” “que se fait mieux “ sentir le bienfait de cette loi si impa-:
“ tiemment supportée, qu'on apprend à “ l'accomplir avec amour, sans intérêt “et dès lors sans relâche. Je sais que “ de complaisantes doctrines attribuent
“tout à l'inspiration, dont il faudrait ‘“ attendre le souflle sans effort et sans
“ art, Mais le souflle divin ne s'arrête
pa
‘ que danis les âmes qui le retiennent
ue int
ns
“ par force; l'inspiration ne sait point “ se passer de la volonté ; ce sont les ‘“ deux moitiés du génie. Et si nous ‘étudions ses ouvrages nous verrons ‘ que la perfection est laborieuse, et que ‘“ les choses coûtent ce qu’elles valent.”
Le travail, c'est le levier le plus puissant que l’homme puisse manier pour soulever l'obstacle, quelque formidable qu'il se dresse.
La nature la mieux douée, la mieux organisée, la mieux servie par la réunion de toutes les facultés intellectuelles, ne se suffira jamais à elle-même, si elle n’appelle à son secours l'efficacité du travail: la médiocrité doit être son partage.
Un coup d'œil d'abord sur la marche ascensionnelle de la musique.
Que fait l'illustre Bach, le plus grand
musicien de l'Allemagne ? Chaque nuit assiste à Ja multiplicité de ses efforts, à l'élaboration pénible et Ilente de ses idées. I] donne l'exemple de la soumission Ja plus héroïque à cette grande loi imposée à l'homme par la chute ori-
œinelle.
Bach avait un génie extraordinaire, Pourtant, quand on lui demandait comment il était parvenu à la possession d'une si grande puissance d'invention, Bach répondait : “En travaillant beaucoup ; tous ceux qui voudront travailler de la même manière y parviendront
comme mol.”
On s’est étonné de la prodigieuse exécution du virtuose violoniste le plus puissant du dix-neuvième siècle, Paga-
nini! Le secret de cette étonnante faci:
lité résidait dans le travail.
“ Quelquefois on le voyait,” dit l'un de ses biographes, “ essayer de mille “ manières différentes le même trait “ pendant dix à douze heures, et rester “à la fin de la journée dans l’accable- “ ment de la fatigue. C'est par cette “ persévérance sans exemple qu’il par- “ vint à se jouer de difficultés qui furent “ considérées comme insurmontables par “ les autres artistes, lorsqu'il en publia
“un spécimen dans un cahier d’études.”
Le travail, c'est la loi de la vie ; c’est
la vie de l'art.
Chaque monument qui s'élève et commande l'admiration des intelligences, porte empreint en marque indélibile le
cachet du travail.
Mais si le travail a ses assises d'amertume, le fruit du travail est toujours le succès. Il engendre l'amour de l’art, et “l’art seul peut donner la récompense des sacrifices qu'on lui fait.”
La démonstration de cette vérité se renContre à chaque phase de la vie des musiciens célèbres. C’est par l'amour pur et désintéressé de leur art, c’est en lui sacrifiant leur existence qu'ils ont enfanté les grandes œuvres, aujourd’hui la source de tant de pensées généreuses et magnanimes.
Bethoven est atteint de surdité! La maladie s'aggrave et finit par l’empécher complètement d'entendre ses im-
mortelles productions. C'était le supplice le plus terrible que Pieu put in-
fliger à un musicien. Que fuit le grand homme ? Il se replie sur lui-même, se
me LE TRAVAIL 73
retranche dans l'intimité de son âme
“e débordante d'harmonie, et là, isolé de Mi toute distraction extérieure, il donne ad libre cours au jeu de ses sublimes facul- ‘tés. L'ennui, le dégoût, l'abattement, le désespoir tourmentent tour à tour ce génie créateur de la symphonie. Une des fois. il s’est vu sur le point d'attenter dei à ses Jours.
en | dé “ L'art seul m'a retenu” | ui Telle fut la parole que laissa tomber | FR un jour le grand homme, dans un mo- | ment de douloureux épanchement. | | La | ë- | ad Ces hommes sont rares de nos jours.
LS La musique suit comme la littérature, n-
| | . 1 J le courant funeste de ce siècle: elle | |
aussi, tend vers un matérialisme abject, la gangrène de l'art.
Ce ne sont plus maintenant les opérations de l'âme ; l'intelligence est reléguée dans une sphère trop élevée pour la société actuelle,
La folle du logis, seule, se plie aux
caprices de la multitude.
Il n’y a rien de stable. On compose
>our distraire. On ne pense plus.
De là le grand nombre de ces œuvres stériles, vides de sens.
Quelques rares pensées apparaissent ça et là, mais délayées:à outrance.
Félicien David s'est efforcé de réagir contre les tendances actuelles Le torrent l’a emporté comme Îles autres, et l'on se demande, aujourd'hui que la
ce]
pose
LE ®RAVAIL 19
tombe s'est fermée sur cet artiste, si les
œuvres de David passeront.
Quand on voit tout Paris applaudir
à la fille de Madame Angot; quand on
voit le Pinafore acclamé d’un bout du continent américain à l’autre; quand on voit la foule se délecter aux compositions d'Offenbach, on peut dire que la
décadence fait son œuvre.
Les maitres ont été abandonnés par la masse, C’est le petit nombre des esprits supérieurs qui s'inclinent devant la pensée du génie.
L'abâtardissement écrase la foule.
Son regard ne peut supporter la lumière.
Elle traine comme l'oiseau nocturne,
une existence qui se repait dans la nuit.
Les couronnes de l’immortalité se dé-
cernent à la vélocité.
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La vélocité! Voilà ce que l'on veut de l'artiste. Celui-ci, pour jouir plus longtemps des caresses de l'opinion, crée pour ses doigts des compositions qui chatouillent un temps les organes par une rapidité brillante dans la succession des sons, mais ne laissent rien dans l’âme.
Le travail et l'amour de l’art constituent les deux routes qui mènent à l'idéal. Enlevez à l'intelligence ces deux forces, la stérélité se fait.
On ne travaille plus. C'est ce qui explique l’incohérence dans les idées actuelles de la musique et de la littérature.
On produit pour amuser : les arts sont tournés au gain; partant, la pensée dé-
serte le style.
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En descendant le cours des âges, cette vérité trouve son application dans toutes les productions littéraires qui ont fixé les grands principes des langues humaines. C’est ce que nous verrons dans la seconde partie de cette étude.
Je prends au hasard, tant il est vrai de dire que les œuvres impérissables portent en marque indélébile le cachet du travail.
Là-bas, aux extrêmes limites de l’antiquité, on sait ce qu'il en coûta à Démosthènes pour devenir le plus fameux
des orateurs grecs.
Il a été hué dans ses premiers essais
à la tribune.
On le vit alors s'enfermer et se livrer
au travail le plus opiniâtre, dans le des-
sein de rectifier cette prononciation vicieuse qui lui avait valu les sifflets du peuple.
On le perdait de vue des mois entiers.
Il se rasait à demi la tête pour ne pas céder à la tentation de sortir du souterrain qu'il avait choisi pour y déclamer, écrire, composer et méditer.
Je comprends après cela, le secret de cette verve, la beauté de ces images, cette véhémence, cette fougue qui ont immortalisé les Philippiques et les Olynthiennes, et toutes ces harangues fameuses dont il a érigé un si colossal monument littéraire.
Aristote, le Stagyrite, voulait tout savoir. Platon son maitre, avait signalé
cette curiosité avide en le nommant le lecteur.
Ilavait étudié toute la philosophie ancienne, et possédait parfaitement la littérature grecque.
Son immense capacité de travail peut
seule expliquer les vastes études qu'il
a embrassées, car les ouvrages d'Aristote comprennent toutes les branches du savoir, alors accessibles à l'esprit humain, et comportent en outre les découvertes considérables dont il les a enrichies.
Toutes les productions glorieuses de la littérature latine ont été consacrées par le travail.
Ozanam indique en passant les études de Cicéron ‘ poussées jusqu'aux derniers
eme mm om ———….——. "cr
#0 VANTAISIES LITTÉRAIREX
artifices du style, du nombre et de l’ac-
tion oratoire.”
Viennent plus loin, dans un autre ordre d'idées, les pères de l'Eglise, dont on connait les labeurs.
Il suffit de jeter au monde les noms de saint Bazile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Jean Chrysostôme, de saint Jérôme, de saint Augustin pour constater que nous ne devons pas à l'inaction, la fondation de notre grande
théologie.
Et cette belle figure qui se détache si éblouissante sur le fond obscur du moyen âge, saint Thomas !.…
Est-il possible de ne pas rester confondu devant cette intelligence, de ne pas se sentir écrasé sous le poids de ce ‘génie ?
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Le travail de cet homme est incroyable, Pourtant l'on est obligé de se rendre à l'évidence en face des dix-sept in-folio tombés de la plume savante du docteur
angélique, où sont traitées de main de
maitre toutes les grandes questions politiques, sociales et religieuses.
Descendons au dix-septième siècle.
La Bruyère passe sa vie à écrire un livre, un seul, de fort peu d'étendue ; mais le travail qu'il y consacre fait de cet ouvrage le monument le plus parfait peut-être de la langue française.
Je ne fais que mentionner les noms universellement admirés d'un Bossuet qui a fourni tant de trésors à l’'éloquence chrétienne, d'un Corneille et d'un Racine dont le théâtre traversera les
siècles.
Et n'est-ce pas une délectation indicible que l’on éprouve à lire les harmonieuses pages du Télémaque !
Fénélon en a laissé, parait-il, dix-huit manuscrits chargés de râtnres. Le
charme de ce style là ne se surpasse
Et Bufon lui-même, cet écrivain exquis du siècle suivant, n'a-t-1l ‘pas défini le œénie: “Une certaine aptitude à la patience !?
L'auteur des “ Epoques de la nature” avait une conversation lourde, embarrassée, néglisée, souvent triviale.
Un travail de quatorze ou quinze heures par jour a produit ces pages étincelantes où il nous éblouit et nous
transporte jusqu'à la plus haute poésie.
Ï] corrigeait, râturait, recopiait, arron-
dissait ses périodes jusqu'au point de cette inimitable perfection qu'il leur a donnée.
J. J. Rousseau à laissé de curieuses révélations sur les eflorts qu'il faisait avant d'arriver à la représentation convenable de sa pensée. Je ne puis résister au plaisir de citer au long: “Mes “idées,” dit-il, “s'arrangent dans mu
tête avec la plus incroyable difficulté.
Elles y circulent sourdement ; elles y
“ fermentent jusqu'à m'émouvoir, m'é-
ee
chauffer, me donner des palpitations :
et au milieu de toute cette émotion,
eo
je ne vois rien nettement, je ne sau- “rais écrire un seul mot, il faut que ‘ j'attende. [nsensiblement ce grand ‘“ mouvement s'apaise, ce çhaos se dé- “ brouille ; chaque chose vient se mettre
“à sa place, mais lentement et apres
‘une longue et confuse agitation. De
“à vient l'extrême difficulté que je
“trouve à écrire. Mes manuscrits râtu- “rés, barbouïllés, mêlés, indéchiffrables, attestent la peine qu'ils m'ont coutée.
[n'y en a pas un qu'il ne m'ait fallu transcrire quatre ou cinq fois avant de le donner à la presse... I] y à telle ‘de mes périodes que j'ai tournée et ‘ retournée cinq ou six nuits dans ma tête, avant qu'elle fut en état d’être
mise sur le papier.”
Ni l'on jette un coup-d'œil sur l’histoire de notre petit peuple Canadien, on découvre que la même grande Joi du travail a présidé de tout temps aux developpements de sa littérature et de sa musique. Oui, Dieu merci, notre Canada
possède une littérature et une musique.
Sa splendeur littéraire s'est affirmée
naguère, par la création d'une société
qui réunit la plupart de nos littérateurs dont la réputation a traversé les mers.
L'Académie Royale compte des hommes dont les travaux ont été applaudis par le vieux monde civilisé.
Notre pays doit-il ces œuvres aux encouragements de l'Etat? Non! Non!
Il les tient d'une initiative personnelle, d’un travail obstiné de la part de ceux qui ont aimé les lettres, sans perspec-
tive aucune de rémunération.
Notre littérature est issue d'efforts réitérés, constants, de sacrifices énormes prodigués à travers les circonstances les plus pénibles.
La première célébrité artistique qui fixe aujourd'hui l'attention des grandes villes de l’Europe, est une étoile qui
s’est détachée de notre monde musical.
Albani doit à un labeur excessif d'avoir éclipsé tant d’autres illustrations.
Enfin, il n’y a pas bien longtemps encore, un homme abandonnait nos rives, perçait le tourbillon fiévreux de la spéculation américaine, et arrêtait dans sa course vertigineuse pour lui arracher son admiration, un peuple qui ne rêve que fortune et bien-être ! Lavallée créait “ La VEUVE.” Cet opéra qui a obtenu un retentissement considérable sera bientôt l'œuvre musicale par excellence du continent américain. Voilà.
Inutile de vouloir se soustraire à la
grande loi du travail, dont la première
faute a entrainé la promulgation.
Cependant, quels que soient ses efforts, l’homme qui veut réaliser quel-
que chose de grand, est certain de ren-
contrer après tout, la récompense divine.
C'est là le coté consolant du sacrifice.
Dieu bénit le travail; et il n’est pas de joies plus pures, plus enivrantes que celles qui accompagnent un succès intellectuel.
L'homme ne fait d'ailleurs que suivre une loi imposée à tout l'univers.
Grénéralisons le principe, et suivons du regard le travail qui se fait autour de nous. La nature est en perpétuelle activité.
Elle se transforme chaque jour par
une action incessante.
Le grain de sénevé qu'un souflle emporte par les mondes, va se déposer en
terre et travaille à devenir grand arbre.
La fleur travaille à diaprer sa corolle.
Les petits oiseaux travaillent à bâtir leurs nids.
L'homme, ce roi de la création, ne saurait rester en arrière dans le plan général de la providence.
Il n'est pas fait pour traîner à l’exemple de certaines plantes, une existence de parasite ; il doit travailler.
C'est à cette condition qu'il seræ
grand.
C'était en décembre.
Je m'étais attardé à la ville de B où des négociations importantes avaient nécessité ma présence.
La nuit tombait sur la campagne comme un immense voile de crêpe,
On eut dit que la nature redevenait abime.
Le vent commencçait à soufller sur ce chaos.
La tempête s'élevait formidable.
D'énormes nuages, à l’envergure gi-
92 VANTAISIES LITTÉRAIRES
gantesque, volaient pêle-mêle comme en une course frénétique, s'ouvrant ça et là pour laisser tomber des torrents.
Pas un fiacre n'eut osé s'’aventurer dans les sentiers caillouteux qui se gonflaient de l'eau débordante des ruis-
sSeaunx.
J'usai de témérité, et j'entrepris à pied, une route de dix milles avant
d'arriver à domicile.
Après quatre heures d'une marche horrible qui me faisait envier les douceurs du bagne, les premières lueurs des lanternes de mon village se dessinèrent dans la nuit, blafardes et incer-
taines.
J'accélérai autant qu'il me fut pos-
sible cette marche de forçat, que je
m'étais si volontairement et si brutalement imposée,
Les éléments semblaient s'être con-
certés pour me terrasser,
La pluie me flagellait impitoyable-
ment.
Dérision amère. pour l'être qui se
drape si orgeuilleusement de l'appellu- | 2
tion majestueuse de Roi de la nature !
Arrivé à la première lanterne dont un vent coulis agitait :a flamme en tout sens comme une boucle de cheveux en feu, je tirai ma montre pour voir où j'en étais de cette course de damné.
— Tonnerre de Brest !
Minuit moins trois.
— Minuit moins trois ? demanda une voix à deux pas de moi...