‹ Petites fantaisies littéraires [microforme]Chapitre 9 sur 17 · AA · texte numérisé non relu

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Son génie, plus d’une fois, avait arraché à l’inexorable destinée, les victimes qu'elle indiquait à la mort.

Il avait séché plus d'une l’arme, consolé plus d’un foyer, relevé plus d'une mère navrée.

Cette fois, il entendait à deux pas, le râle tragique qui sortait de la poitrine d'un être aimé,—trop aimé peut-être, car, dans ses impénétrables décrets, Dieu souvent frappe ceux-là qu'un père idolâtre,—et il sanglotait.

Il avait vu déjà mourir deux des siens : pour la troisième fois sa vaste intelligence allait se heurter contre le secret de Dieu... le mystère.

Léontine s’éteignait doucement, doucement sous le regard humide de sa mère.

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Cet ange de la douleur, qui flotte toujours au-dessus des fatalités, plus près du ciel que de la terre à cause de ses vertus angéliques, cette surnaturelle créature, en qui Dieu a déposé le germe de toutes les grandes actions, cette femme penchée sur ioutes les amertumes comme sur tous les épanouissements de la vie, une mère, la sienne, veillait au chevet de sa fille, et priait.

Il y a des moments de l’existence, où la grandeur de certains spectacles, ouvre une porte sur les infinies béatitudes de l'éternité ; une de ces issues par lesquelles on ne peut plus douter de Dieu, c’est la sublime résignation d’une mère chrétienne.

Lorsque l’homme, ce roi de la terre,

créé fort et prédestiné par Dieu aux

lassitudes de la vie, tombe foudroyé

par le malheur, un être débile, qu’un souffle pourrait emporter, une faiblesse incarnée, sur qui semble peser plus lourdement le fardeau de la grande expiation humaine, se lève, se dresse en face de toutes les tortures morales qui

l’assaillent, et elle les terrasse... c’est

la mère.

Sur le chemin de la Passion, une femme portait jusqu'au Golgotha son cœur déchiré par toutes les frénésies d'une populace en démence, c'était la.

Mère du Rédempteur.….

L'homme de la science avait invoqué les secours de son érudition. La science lui montrait le désespoir.

La mère avait regardé plus haut, elle priait.

La supplication est une puissance.

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Un sourire de contentement intérieur idéalisait la figure de Léontine ; c'était comme un dernier reflet de ses vertus.

A son père, elle montrait la croix ; à sa mère, elle disait des paroles que les anges seuis peuvent inspirer; à une sœur chérie, elle léguait les plus beaux exemples, à son fiancé qui avait obtenu de la voir une dernière fois sur ce seuil de l'éternité, elle assurait que la religion seulement, peut mettre dans l’amour un peu de bonheur.

La religion, voilà ce qu'elle avait cherché dans celui qu’elle aimait ! Elle savait que la Providence qui donne aux petits oiseaux de quoi bâtir un nid, n’abandonne jamais l’homme dont le cœur est tourné vers Dieu.

Gaston avait une intelligence supérieure. Il était bon, brave, honnête, et

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beau de cette beauté morale, qui fait que l’on oublie dans l’homme sa déchéance ; Léontine l'avait aimé sans se demander s’il était favori de l’opulence, ou paria de la fortune, parce qu'elle obéissait à une inclination de son cœur.

Quand elle aYait appris du jeune homme que son heure n'était pas venue de se frayer un chemin à travers les égoïsmes de la société, elle avait dit : ‘“ j'aime, j'attendrai.”

L'amour n’est pas une dérision; ila été mis au cœur de l’homme par Dieu lui-même, et ceux-là dont le cynisme glacé cherche à en étouffer les sublimes manifestations, sont maudits, parce qu'ils entravent la plus grande loi morale de l'humanité.

Léontine priait, espérait et aimait.

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Non, jamais elle n'eut arraché au livre de sa jeunesse, une de ses pages d'inaltérable sérénité, pour la jeter au vent brûlant des préjugés du monde...

Le monde, hélas! au lieu de briser des existences qui s'appellent, au lieu de combiner d’exécrables alliances, devrait bien plutôt apporter un peu de consolation aux foyers où sont entrés la déception, le dégoût, la désillusion,

la haine et trop souvent l’adultère.

Léontine abhorrait le monde : elle avait appris à planer au-dessus de ses scandaleux agissements, et lorsque Dieu vit qu’il était temps d'appeler à lui cette vierge selon sa volonté, elle n'éprouva qu'un regret, celui de ne pouvoir s'envoler au ciel avec ceux qui lui étaient chers.

Elle mourut au crépuscule, comme les derniers feux du jour. Avec la nuit, le deuil était entré dans cette maison.

Il y a dans la nature une indicible | tristesse lorsque la nuit l'enveloppe de ses grandes ombres. Il s'y passe comme un étouffement de tout ce qui est.

La mort a ses ténèbres et ses angois- T ses Quand elle déploie ses sombres d ailes quelque part, c'est la désolation l

qu'elle répand.

Tout ce qui était autour de Léontine, tout ce qui vivait avec elle, tout ce qui

l'avait aimée semblait ne plus respirer.

Les cœurs abattus par la douleur ne

battaient plus.

Les fleurs qu'elle avait tant aimées

penchaient leurs tiges vers la terre,

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comme si un souffle sépulcral les eut flétries en passant sur elles.

Les petits chantres ailés qu’elle avait sauvés de la froidure au retour des neiges, n'avaient plus de voix.

Une étoile d’or brillait à l'horizon.

Elle avait l'air de sourire à la jeune morte en illuminant sa figure. Sans doute, un ange avait dù se glisser par le plus pur rayon de cet astre, pour cueillir l’âme de Léontine et la rendre à son créateur.

Quelques jours après cette catastrophe, deux ombres se dessinaient sur les dalles d’une chapelle solitaire. La mère et la sœur étaient à genoux. Leurs prières montaient à Dieu! Chaque jour les ramenait au sanctuaire, et dans le

silence des saints lieux, on pouvait en-

De te

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