‹ Petites gensChapitre 14 sur 56 · LES MÊMES, MADAME PARENT · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MADAME PARENT

l'enfant. — Maman, te souhaite une bonne année.

MADAME PAREXT. — Moi aussi, clicr ami; do la sagesse, voilà tout ce que je te demande. Eh bien, Célesline, ça a-t-il le sens commun?

LA Bo>>E. — Je vous la souhaite bonne et heureuse, madame.

MADAME PAREM. — Et VOUS aussi, Célesllne. Comment! le petit n'est pas encore habillé?

LA B0>"XE. — Une bonne année et une parfaite santé.

MADAME PAREXT. — El VOUS aussi , Céicstlne ; voici vos étrennes.

LABoxNE. — En vous remerciant, madame.

MADAME PAREM. — Vous savcz pourtant que son père et moi, nous aurions tant aimé de voir le petit dans notre lit.

LA Bo>">E. — C'est pas de ma faute.

MADAME PAREXT. — M la mienne non plus.

LA B0»-E. — Mais puisqu'il ne voulait pas que je le débarbouille.

MADAME PAREM. — Parce quc vous êtes trop faible.

l'enfam. — Maman, dans la cheminée de ta chambre, y a-t-il quelque chose dans mon panier?

MADAME PARE>T. — Nous verrons ça plus tard... Et voire compliment, le savez-vous?

l'e>fa>t. — Oui, maman, te le dirai dans Ion lit.

MADAME PARENT. — Il csl bien tomps! .le vais

LE PREMIER DEI/AN. So

aller me remettre au lit à présent. Êtes-vous fou/

l'knfant. — T'en prie.

MADAME PARENT. — Ail bien, par e\onipl<! !. . . pas pour un empire!

l'enfant. — Te dirai mon compliment.

MADAME PARENT. — Non, VOUS cUs-je... CélesHne?

LA BONNE. — Est-ce à moi que vous pariez, madame ?

MADAME PARENT. — VoUS appCleZ-VOUS CéleS-

tine?

LA BONNE. — Oui, madame.

MADAME PARENT. — Donuez-moi sa culotte, alors... La culotte du petit, bien entendu.

LA BONNE. — La voilà, madame.

MADAME PARENT. — Je VOUS remercie... A-t-elle été brossée ?

LA BONNE. — Oui, madame.

MADAME PARENT. — On ne le dirait pas; n'importe... Vous m'apporterez ses chaussures... On n'en finit jamais avec ces malheureux enfants... Est-il déjà venu beaucoup de monde ce matin ? Ne remue donc pas continuellement comme ça.

LA BONNE. — Oui, madame; il est venu approchant toutes les personnes chez qui l'on prend toute l'année.

MADAME PARENT. — Sout-ce les founiisspurs que vous voulez dire? Tiens donc Ion pied tranquille.

oli LES PETITES GENS.

LA Bo>->E. — Oui, madame.

MADAME PARE?iT. — Eli 1)1611, qu'ai-jB dc commuii avec les fournisseurs? Est-ce que je leur dois des étrennes à ces gens-là?

LA Eo>->-E. — C'est pas eux précisément.

MADAME pare:vt. — Qui donc alors?

LA Bo>->c. — C'est les jeunes gens d'chez eux

madame pareî^t. — Ah ! leurs garçons?

LA Eo^sNE. — Oui, madame.

madame parem. — Expliquez-vous donc... Il n"y a bientôt plus un bouton à son pantalon... quel brise-tout que cet enfanl-ià... Je finirai .par l'en faire mettre en acier, des boulons; nous verrons si tu en viendras à bout... Et vous les avez renvoyés, ces garçons, bien entendu?

LA Bo>>E. — Oui, madame; j'ai dit que vous étiez au lit avec monsieur.

MADAME PAREM. — C'est le toit quc vous avez eu.

LA BO?f>E. — Moi, madame?

MADAME PARENT. — Oui, sans doutc; je n'ai pas besoin que l'on sache dehors ce que je fais chez moi.

LA Bo^>E. — Je ne vois pas de mal qu'une femme...

MADAME PARENT. — Jc HC VOUS dis pas qu'il y ait du mal... mais vous êtes entrée dans des détails dans lesquels vous n"avcz nullement besoin d'ad-

mettre les étrangers... Donnez-moi de l'eau cliaude.

LA BONiSE. — Vous voulcz dc Tcau chaude?

MADAME PAREAT. — Une idée... ses oreilles sont à faire peur... Où y a-l-il de ieau chaude, ici?

LA BONSE. — Tenez, madame, à côté de vous, dans la bouillotte.

MADAMK pari:nt. — Et qucIs sont ces messieurs qui sont venus?... Votre eau n'est pas chaude.

LA Bo.xNE. — Il est venu le iiouclier, le boulanger...

l'e>fa^t. — Maman, il est venu aussi le porteur d'eau, qu'a embrassé ma bonne.

madame PARENT. — Jc finirai par le changer, ce porteur d'eau-là.

LAEo>>'E. — Madame, ça n'est pas vrai.

l'enfant. — Maman, elle a dit qu'elle dirait que ça n'était pas vrai, si je te le disais ; voilà ce qu'elle a dit qu'elle dirait.

MADAME PARENT. — f.coulcz, mademoiselle, le petit n'a pas Tbabilude de mentir; il a des défauts comme tous les enfants; mais, à coup sur, il n'a pas celui-là. Au surplus, ce monsieur a toujours embrassé toutes les bonnes; c'est un cynique, et cela me déplaît souverainement.

labosne. — M. François, madame?

MADAME PARENT. — Jc ne sais si c'est Pierre ou Paul, c'est le porteur d'eau, et je liens à ce que ce

monsieur se conduise au moins décemnicnl cliez moi, sinon... Donnez-moi un peu le démêloir.

LA Bo>->B. — Il a donc déjà embrassé d'autres bonnes, madame?

MADAME PAREM. — Toutcs, généralement... .le vous dis que c'est un mauv^ris sujet, un coureur, un polisson!... Eli bien, que faites-vous donc là?

LA Bo>>E. — Moi, madame?

MADAME pare:vt. — Vous me renversez toute la bouillotte sur ma robe, à présent.

LA Bo?f?iE. — Je ne l'ai pas fait exprès.

MADAMFPAREM. — Vous m'avcz inoudéc... Que Dieu vous bénisse!... Quesl-ce que je vois là-bas, sur le buffet?

LA Eo>?«E. — C'est les pains de sucre que l'épicier a apportés.

MADAME PAREM. — Vous a-t-il dit combicn ?

LA E0!\NE. — Non, madame; mais il est bien beau; c'est du joli sucre.

MADAME PAR£>T. — Lui aVCZ-VOUS dit pOUiqUOl

c'était faire; que c'était pour cadeaux? LA Eo>-xE. — Oui, madame, j'y ai dit.

MADAME PAREXT. — QuC jC UC VOUhliS paS CC

qu'il y avait de mieux?

LA Bo>?îE. — Oui, madame, j'y ai dit tout ça.

MADAME PARENT. — C'cst bien.

l'e>fam. — Maman, veux l'aller voir dans Ion lit.

MADAME PARENT. — Moii Dicu , qiie col enfant est tourmenliiut ! Quand il a quelque chose dans la tête, le diable ne lui relirerail pas... C'est bien comme son père.

l'e>fant. — T'en prie, maman, t'en prie.

LA Bo?(>E. — Est-ce que vous aureriez le cœur de lui refuser, madame?...

l'enfam. — Ma petite maman!

LA BO^NE. — Regardez s'il ne fait pas tout ce qu'il veut de son corps, comment quy s'tourne.

MADA5IE PAREM. — Il esl bien ennuyeux aussi de faire toute Tannée les volontés de tout le monde. Je ne fais que ça depuis le malin.

l'e>fa>t. — Ma petite maman...

MADAMr PARE>'T. — H faut donc toujours en passer par où vous voulez, monsieur? Vous n'en êtes pas meilleur.

L'E?«FA?iT. — T'en prie.

MADAME PARENT. — Ce Sera ù une condition... c'est que vous m'allez dire votre compliment... Sans cela, je ne me recouche pas: faites-y bien attention.

l'e>fa>t. — Oui, maman.

MADAME PARENT. — Donncz-nioi un peu la bouillotte, que je passe un linge sur sa figure... El ce compliment?

LA Bo?i>E. — Va, mon minon!

l'e>fa?<t. —Chère maman.'

MADAME PARENT. — AprèS?

l'enfant. — Ma chère maman!

MADAME parent. — Et soii papa?... Est-ce qu'il n'en sera pas qiiesUon, de son papa?

l'enfant. — Si, maman.

MADAME PARENT. — Eli bien, voyons alors, dépêchons.

l'enfant. — Cher papa et cher maman!

LA BONNE. — Tenez, madame, si on ne lui donnerait pas le bon Dieu sans confession comme il est là ; cest comme un roi.

MADAME PARENT. — Si VOUS alIcz toujours parler, mademoiselle, nous serons encore ici ce soir... Cher papa et chère maman. Après?

l'enfant. — Mon cœur avecVannée...

MADAME PARENT. — Sent la nécsssité...

l'enfant. — De vous faire agréer... De vouf; faire agréer. .. Devons faire agréer. . .

MADAME PARENT. — Lcs vauix cjuc j'ai... AWonsnous coucher ici?

l'enfant. — Formés.

MADAME PARENT. — Et pour VOS dcux santés.

l'enfant. — Votre félicité.

MADAME PARENT. — Uobjet dC lOUS...

l'enfant. — Mes'vœux.

MADAME PARENT. — ViVCZ, ViVCZ hCUrCUX.

l'enfant. — C'est Vobjet de mes vœux.

MADAME PARENT. — VlVeZ... viVCZ...

l'enfant. — Heureux.

MADAME PARENT. — Vtvez... vivez...ie ne veux pas vous céder, vivez, vivez, je ne vous céderai pas.

l'enfant. — Pour moi.

MADAME PARENT. — C'est bien heureux... Continuons pendant que le fer est cliaud.

l'enfant. — J'existerai...

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