‹ Petites gensChapitre 40 sur 56 · MADAME BIDARD, FLORENTINE · texte numérisé non relu

MADAME BIDARD, FLORENTINE

MADAME BIDARD. — Tleiis, vois-lu, quaiid il est comme ça dans ses gaietés, ça me crispe, j'aime- . rais mieux je ne sais quoi.

FLORENTINE. — Je iic suis pas comme vous : je les aime, ces caractères-là, qu'ont toujours des bêtises à vous dire.

MADAME BIDARD. — Jc t'assurc quc ça devient bien triste, quand, pendant vingt ans, on entend la même cbose.

FL0RE\Ti>'E. — Dites donc, plus souvent, qu'il va se tenir tranquille; je t'en moque, un fou pareil!

MADAME BIDARD. — Tu crois qu'il va faire faire son portrait, n'est-ce pas ?

FLORENTINE. — Dame, ça m'en a l'air.

MADAME BIDARD. — Jamais de sa vie.

FLORENTINE. — Pourquoi?

MADAME BIDARD. — Jc nc m'en soucie pas. D'ailleurs, je l'ai mis dans ma fête, tu verras si ça roussi!.

FLORENTINE. — Vous m'en direz tant ! C'est égal, il est encore (Vune [tonne pâte, convenez-en?

MADAME BiDARD. — Mon Dlcu, Ic tout est (ic s"\ prendre. Qifest-ce encore que ce peintre qu"il a été déterrer là ?

FLORENTINE. — C'cst l') pas celuI qu"a fait le vôtre?

MADAME BIDARD. — l! ne uien a pas dit un seul mot.

FLORENTINE. — C"esl pus l'embarras, c'est encore un drôle de pistolet.

M. BIDARD, le nez à la porte. — Si je mettais mon habit noir?

MADAME BIDARD. — Meltcz ce que vous voudrez, mais laissez-moi tranquille.

FLORENTINE. — SI j'élais dc vous, puisque vous allez avoir le peintre, je ferais changer ma robe de Tan passé.

MADAME BIDARD. — Est-CB quelIC nC pCUl plUS

aller?

FLORENTINE. — C'est tout OU plus. j'ainic pas les peintures pour ça; on a lair de n'en avoir qu'une, de robe.

MADAME BIDARD. — J'ai counu uHC dauic, madame Blancbet... tu sais bien, madame Bianchet?

FLORENTINE. — Je l'ai pas connue.

MADAME BIDARD. — Au fait, c'esl vtai, lu nas pu savoir, elle était morte quand tu es entrée ici.

Eli bien, madame Blanchet, tous les ans, à sa fêle, se faisait faire une robe neuve sur son portrait; et je trouve qu'elle avait raison, puisque ses moyens le lui permettaient, et ça ne lui revenait pas cher.

FLOREKTiiyE. — Ça, je le crois.

MADAME BiDARD. — Elle cnvoyait sa robe au peintre; une fois là, elle n'avait plus à s'en occuper.

FLORENTINE. — C'cst bien commode.

MADAME BiDARii. — Laquelle préférerais-tu que je misse?

FiiORENTiiVE. — J'en sais rien ; vous en avez tant!

MADAME BIDARD. — Ma jonquîlle ?

FLORENTINE. — Elle uc VOUS cngoncc pas autant comme la cerise.

MADAME BIDARD. — C'cst cc quc j'ai loujours dit; tu te le rappelles, tu étais là quand la couturière est venue, que sa robe m'engonçait. Il n'y a pas eu moyen, elle n'a pas voulu en démordre; qu'en est-il résulté? que je ne la mettrai plus, voilà ce qu'elle y aura gagné.

FLORENTINE. — C'est bien fait.

MADAME BIDARD. — Dauic; c'cst tout Simple... Je suis forte, n'est-ce pas?

FLORENTINE. — Je ne trouve pas.

MADAME BIDARD. — Si fait, jc suis fortc... Certainement, je ne suis pas extraordinaire.

FLORKNTiNK. — Oli ! iioii, par exemple. MADAME BiDARi). — Muis je suis foi'le.

FLORENTINE. — VoilS Cl'Oyez?

MADAME BiDARu. — J'ai été Ijcaucoup plus forte, mais je le suis encore.

FLORENTINE. — Pas daiis votrc jonquille; dans vol' cerise, je ne dis pas.

MADAME lUDARD. — [1 iiiG vlciit une idée à propos de cette horreur de robe-là.

FLORENTINE. — C'csl de VOUS en défaire?

MADAME BiDARD. — Précisément... mais c'est que je la verrais toujours... Tiens, décidément, je te la donne.

FLORENTINE. — Ail! madame, c'est bien gentil de vot' part... Je la ferai teindre.

MADAME BIDARD. — Au fait, c'cst Une idée. J'en serai quitte pour en avoir une autre.

FLORENTINE. — C'eSt Ça.

MADAME BIDARD. — Tu arrangeras cela avec mon mari... tu chercheras un prétexte, n'importe quoi, que ça ait fuir d'une surprise, tu m'entends...

FLORENTINE. — Coniiue pour vos derniers chapeaux.

MADAME BIDARD. — Laiiiême chose... Tu verras aussi pour son portrait.

FLORENTINE. — Soycz tranquille.

MADAME BIDARD. — Nous n'avous pas d'argent

FOURBERIES INTIMES. t t'J

à jeter par les fenêtres, comme je le disais laiitôl. Enfin, tu feras pour le mieux.

M. BiDARD, à la porte, présentant un nouvel habit. — Voilà encore un petit Iiabit que je pourrais mettre.

MADAME BIDARD. — Mou DIcu î mou Dicu ! qu'il est tannant (lavoir un pareil homme sur les épaules!... vous avez moins de tète qu'un enfant!

M. BIDARD. — Vous voulcz pas faire risette à petit Lulu?

MADAMlî EIDARD. — NOU, ma fol !

FLORENTINE, — Vovous, madame, faites un peu ce qu'il veut, quand ça ne serait que pour vous en débarrasser.

MADAME BIDARD. — J'aimcrais mieux mourir.

■M. BIDARD. — Fâchée après Lulu?

MADAME BIDARD. — Oli ! alIcz-vous-cn, mousiour Bidard, ou je ne réponds de rien; je sens la moutarde qui me monte...

M. BIDARD. — Après petit Lulu?

MADAME BiuARD. — Allcz VOUS promcuer !

M. BIDARD. - Petite risette à petit Lulu.

MADAME BIDARD. — VoUS nC IC VOUlCZ paS?

M. BIDARD. — Toujours méchante!

MADAME BIDARD. — Alors, j'y vals ; bien le bonjour!

Page 1