SCÈNE IV
FLORENTINE, M. BIDARD, se glissant dans la chambre.
M. BIDARD. — Elle est partie, la Nini ?
FLORE>Ti?«E. — Faut avoiicr que vous la rendez bien malheureuse?
M. BIDARD. — La Nini?
FLORi:>Ti?iE. — Toujours à la contFarier,jamais deux minutes ensemble sans vous disputer.
M. BIDARD. — Ça ne lui fait pas de mal, à la Minette, ça lui fouette le sang.
FLORE?iTi:vE. — C'est égal, toute autre à sa place, d'être contrariée comme ça, s'aurait fâchée toute rouge.
M. BIDARD. — Contre petit Lulu?
FL0REMi>E. — C'est commc votre portrait, en v' là une Idée que vous vous êtes chaussée là!
M. BIDARD. — Pour faire pendant à la Nini, ma Tiline, pour boucher un trou.
FLOREMiNE. — A votre place, jy mettrais aut' chose.
M. BIDARD. — Quoi?
floremim;. — Dame, je ne sais pas, mais pas vous toujours, puisque ça n'a pas l'air de lui faire plaisir.
M. ciDARD. — Tu crois?
FLORE>Ti>E. — Il me semble qu'elle ne vous l'a pas mâché.
M. BiDARD. — Avec moH habit noii?
FLORESTiNi:. — Avec ça qu'il vous va si bien !
M. BIDARD. — Pas plus mal que sa robe, à Nini.
FLORENTINE. — Sans comptcr qu'cllc va la faire changer, sa robe.
M. BIDARD. — Ce n'est pas une mauvaise itlée. Dis donc, Titine?
FLORENTINE. — Après?
M. BIDARD. — Tu la crois fâchée?
FLORENTINE. — El VOUS?
M. BIDARD. — J'en ai peur. Comment la faire revenir? Trouve-moi un moyen.
FLORENTINE. — Ah! dame, ça sera pas facile... quand ça lui prend le matin, c'est d'ordinaire pour toute la journée.
M. BIDARD. — Elle m'a envoyé promener.
FLORENTINE. — Et VOUS ouricz préféré l'y voir aller, vilain sans cœur! Dites donc, c'est bientôt sa fête?
M. BIDARD. — La Sainte-Rosalie?
FLORENTINE. — Eh bien?
M. BIDARD. — Eh bien, quoi, je la lui souhaiterai. L'ai-je jamais laissée passer sans la lui souhaiter?
FLORENTINE. — je lie (lis pos ; mais, si j'éluis de vous, j'y ferais une surprise. M. BrDARD. — Nous uvoiis liult jours.
FLORENTINE. — Avaut Ça.
M. BiDARi). — Je préfère alleiulre.
FLORENTINE. — Vous n'atleudez pas, quand une chose vous fait plaisir.
M. BiDARD. - — Si fait, je t'assure.
FLORENTINE. — JC HC VOlS paS ça.
M. BIDARD. — Et comment la faire revenir? je pense à mon affaire.
FLORENTINE. — Je Hc sals pas trop... mais une attention... la moindre chose, vous savez qu'elle n'y tient pas.
M. BIDARD. — Elle y tient beaucoup, au contraire... Je ne vois pas trop ce qui lui ferait plaisir. '
FLORENTINE. — ElIc 3 des châlcs?
M. BIDARD. — A revendre.
FLORENTINE. — Dcs chapcaux?
M. BIDARD. — Des magasins.
FLORENTINE. — Qu'elle ne met plus.
M. BIDARD. — Pourquoi ne les met-elle plus? Ils sont tout neufs! Deux encore, il n'y a jias Irois semaines.
FLORENTINE. — Quel temps aussi il a fait !
M. BIDARD. — Raison de plus pour ne pas les avoir usés, elle ne les a pas mis.
rLORE^Ti?.E. — Mais vous savez... dans les armoires comme ça vous les jaunit , les chapeaux.
M. BiDARD. — Je ne vois pas ça.
FLORE\Ti>E. — Y en a de si jolis !
M. BiBARu. — Elle ne les prend jamais aulremcnt.
FLORENTINE. — Allons... voyons... fendez-vous d'un chapeau.
M. BIDARD. — Je suis 5 sec.
FLORENTINE. — Ne dites pas ça, vous savez bien en trouver quand ça vous fait plaisir. C'est comme vot' portrait, on vous le faisait donc pour rien ?
M. BiBARD. — C'est ben différent. Un portrait, au moins, ça reste, tandis qu'un chapeau, et de femme, encore... ça jaunit.
FLORENTINE. — Ça ne coûte pas si cher.
M. EiDARB. — Si elle savait se contenter dun chapeau, passe encore.
FLORENTINE. — A qul la fautc?
M. BIDARD. — Je me le suis assez reproché.
FLORENTINE. — Eh bcH ?... je VOUS attcuds.
M. BIDARD. — Eh ben , non.
FLORENTINE. — Pour la INïnon?
M. BIDARD. — Non.
FLORENTINE. — A petit LulU?
M. BIDARD. — Au diable.
FLORE?«Ti>E. — C'est joli (l'être brouillcscommc ça!
M. BiDARD. — Est-ce ma faute, à moi? Je fais tout ce qu'il est humainement possible de faire pour avoir la paix. Je suis gai, on me répond par des humeurs; je finirai une bonne fois par casser les vitres.
FL0RE>-Ti5E. — Voyons, soyez gentil.
M. BIDARD. — Parce que je n'ai jamais rien dit, on me croit un saint; mais, quand je suis parti, je ne vaux pas mieux qu'un autre, entends-tu?
FL0RE>-Ti>E. — Elle serait si contente?
M. BIDARD. — Je suis Uis. à la fin, d'être mené comme un enfant.
FLORENTINE. — Vous Ics mettriez tantôt dans sa chambre.
M. BIDARD. — Si j'étais sûr encore quelle fût plus aimable...
FLORENTINE.— Voyons, nc soyez plus méchant.
M. BIDARD. — Tu ne m'as jamnis vu.
FLORENTINE. — J'espèrc môme que je ne vous verrai jamais. Eh ben ?
M. BIDARD. — Eh ben, soit, ne m'en parle plus.
FLORENTINE. — A la boniic hcurc.. . pour tantôt.
M. BIDARD. — Oui. (// son.)
FLORENTINE.— Cery^/e femme veut, dieu le veut.