LES MÊMES, NAPOLINE, OSCAR
M. PLUMET. — Les voici.
LES e:vfa!vts. — Bonjour, petite maman ! bonjour, petit papa !
MADAME DESHERBIERS. — Mais nous ne sommes pas seuls; vous qui devez donner l'exemple, monsieur Oscar, est-ce ainsi que Ton doit se présenter? Comme il a chaud !
OSCAR. — Madame et messieurs, j'ai l'honneur de vous saluer.
LES ENFANTS PRODIGES. loi
MADAME DESHERBIERS.— Et VOUS, mademoiselle?
NAPOLiNE. — L'honneur de vous saluer.
MADAME PATRAT. — Jollc comme un petit cœur ! Viens donc me voir, chère amie. {Elle rembrasse.) Mais comme elle est grande!
MADAME DESHEREIERS. — Tu trOUVeS?
MADAME PATRAT. — Certainement,
PATRAT. — Bonjour, capitaine.
OSCAR. — Veux pas être capitaine, moi; veux être avocat, comme petit papa.
M. PLrMET. — Toujours son idée fixe.
MADAME DESHERBIERS. — Je VOUS ai déjà dit, monsieur, qu'un petit garçon ne devait pas avoir de volontés; jamais il ne doit dire je veux.
M. PLUMET. — Le roi dit nous voulons.
OSCAR, le contrefaisant. — Ghen, ghen, ghen, ghen.
MADAME DESHEREIERS. — Mousieur Oscar, sortez.
OSCAR, suppliant. — Maman, ma petite maman.
DESHERBIERS. — C'est fort vilain, monsieur, ce que vous venez de faire.
MADAME DESHEREIERS. — Nc nous metlons donc jamais deux à le gronder.
DESHERBIERS. — Pardon, chère amie, pardon.
M. PLUMET. — Cela ne lui arrivera plus.
MADAME DESHERBIERS. — MonsiCUr PiumCt, CC
sont de ces choses que je ne dois ni ne veux tolé-
rer. 11 vous manque à la journée, el cela, parce que vous êtes toujours trop bon.
M. PLUMET. — Je n'y attache pas d'importance.
MADAME DESHERBIERS. — Yous avcz tort ; moi, j'y en attache, el beaucoup ! c'est pour cela que je liens à ce qu"il se retire sur-le-champ.
OSCAR, les yeux baignés de larmes. — Petite maman, je fen prie, je te demande pardon.
MADAME DESHERBIERS. — Cc U'CSt paS à HlOi
qu'il faut le demander.
M. PLrMET. — Je lui pardonne de tout mon cœur.
MADAME PATRAT. -- Pauvrc cufant, il a tant de Chagrin.
MADAME DESHERBIERS. — Jc l'en prie, Corinuc, tu ne connais pas ce caractère-là.
DESHERBIERS. — ]\lon Dicu, chèrc amie, tu aurais mieux fait cent fois de suivre ta première idée en le mettant à la porte.
MADAME DESHERBIERS. — S'il promcl Cependant qu'il ne le fera plus?
M. PLiMET. — Je suis persuadé que ceci lui servira de leçon.
MADAME DESHERBIERS. — J'en doutc; mais, puisque vous le vouiez absolument, monsieur Plumet.
MADAME PATRAT. — Ssis-lu bien, Isaure, que je ne te croyais pas si sévère?
LES ENFANTS PRODIGES. lo3
MADAME DESHERBIERS. — Non ; Hiais j'ai remarqué qu'il clioisit toujours le moment où nous avons du monde. — Venez, monsieur, que j'essuie vos larmes ; pourquoi toujours être méchant?
OSCAR. — C'est bon ami qui me gronde toujours.
M. PLUMET. — Ce que tu dis là n'est pas, mon petit homme, je t'en demande bien pardon : c'était tout bonnement une simple observation que je me permettais, et pas autre chose.
MADAME DESHERBIERS. — Mais VOUS êtcs mille fois trop bon, monsieur Plumet, d'entrer avec lui dans des explications.
M. PLCMET. — Je ne me permettrai plus rien à l'avenir, madame, je vous en donne ici l'assurance.
MADAME DESHERBiERS. — Napolluc, dcscendcz, vous fatiguez monsieur.
ALFRED. — Pas le moins du monde, madame, je vous jure.
MADAME DESHERBIERS. — Napolinc... Napollnc.
NAPOLiîiE. — Plaît-il, maman?
MADAME DESHERBIERS. — Lalssez le piano, je vous prie, vous faites un bruit à nous étourdir. Eh bien, mademoiselle?
>AP0Li?jE. — Je vais aller tout doucement, tout doucement, petite maman.
MADAME DESHERBIERS. — LorSqUC jC VOUS diS
iU LES PETITES GENS.
une chose , vous devez m'obéir sur-Ie-cliamp. Allez-vous renouveler la scène de monsieur voire frère ?
MADAME PATRAT. — Tu vas la faire pleurer, cctte pauvre petite chère amie.
M. PLUMET. — Dis donc, Napoline?
NAPOLixE. — Plaît-il, parrain?
M. PLiMET. — Tu sais bien ce que je veux dire.
NAPOLINE. — Non, parrain.
M. PLUMET. — Si tu nous disais ta petite fable.
DESHERBIERS. — Si VOUS m'en croyez, monsieur Plumet, nous remettrons cela à un autre moment.
MADAME PATRAT. — Maïs pourquoî donc cela?
MADAME DESHERBIERS. — Lalsscz dire M. Deslierbiers, il est plus jaloux que moi des dispositions de sa fllle. — Voyons, mademoiselle, ne vous faites pas prier, ouvrez bien la bouche, prononcez bien distinctement, et surtout ne parlez pas aussi vite que vous avez coutume de le faire.
NAPOLIXE. — Oui, petite maman.
Perretlesur sa tèle... •
MADAME DESHERBIERS. — D'abord Ic tltrc de la fable, si vous voulez bien.
xAPOLiNE. — La Laitière et le Pot au lait. MADAME DKSHERBiERs. — Tcnez-vous droilc.
Perrctte, sur sa tête ayant un pot au lait, Bien posé sur un coussinet...
M. PLiMET. — Il nie semble la voir.
NAPOLINE.
Prétendait arriver sans encombre à la ville... M. PLCMET. — La pauvrette!
NAPOLINE.
... sans encombre à la ville.
Légère et court velue, elle allait à grands pas, Elle allait à grands pas, elle allait à grands pas.
MADAME DESHEREIERS. — Eh bieil ?
NAPOLnE.
Elle allait à grands pas, elle allait à grands pas.
M. PLIMET.
Ayant mis ce jour-là...
IVAPOLINE.
Pour être plus agile, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile Pour être plus agile, ayant mis ce jour-là
M. PLUMET
Cotillon simple et souliers plats.
Notre laitière, ainsi troussée,
Comptait déjà dans sa pensée.
Dans sa pensée, comptait déjà
Dans sa pensée...
Tout le prix de son lait, en employait l'argent ; Afhelail un cent d'oeufs ; faisait triple couvée.
La chose allait à bien par son soin diligent. Par son soin diligent...
M. PLUMET
n II m'est, disait-elle, facile.
D'élever des poulets autour de ma maison ; Le renard sera bien habile... »
LES ENFANTS PRODIGES. i57
NAPOLIXE.
S'il ue me laisse assez pour avoir un coclion. Un coclion, un cochon.
Pour avoir un cochon... »
" Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ; Hélait, quand je l'eus, de grosseur raisonnable ; J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon; Ce qui n'empêchera de mettre en noire élable... >
« Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau. » Perrette, lù-dessus, saute aussi, transportée : Le lait tombe...
Adieu veau.
NAPOLITîE.
Vache, cochon, couver.
Vache, cochon, couvée.
Vache, cochon, couvée...
M. PLUMliT.
La dame de ces biens...
?iAPOLI,^E.
Qiiillant dun œil mari
M. PLl'MET.
Sa fortune ainsi répandue.
NAPOLIiVE.
Va s'excuser à son mari,
A son mari, en grand danger...
M. PLUMET
En grand danger d'être battuje.
Le récit... le récit...
M. PLUMET
Le récit en Carcc fut fait.
>APOLT>K.
On 1 appela ; le Pol au lail.
MADAME DEsuERBiERs. — Ccsl bien, c'csl bien, vous ne savez plus un mot de votre fable! Ne pleurez pas, sinon Clémence va venir vous prendre.
«ESHERBiERs. — Napollnc, viens m'embrasser.
MABAME DESHERBIERS. — C'csl aiusi qu'cn la caressant toutes les fois que je la gronde, elle ne prête plus maintenant la moindre attention lorsque je lui dis quelque chose.
DESHERBIERS. — Pourquoi aussi toujours vouloir lui faire dire sa fable devant le monde.
MADAME DESHERBIERS. — Parcc quc , dcvant le monde, je ne veux pas que ma fille soit comme une petite sotte.
NAPOLi^E. — Je te demande bien pardon, petite maman.
MADAME PATRAT. — Couime clIc cst gentille!
M. PLi'MET. — C'est un ange; pas plus de liel...
MADAME DESHERBIERS. — Jc te diS qu'clIC 3 le
caractère le plus heureux, et, si son père me laissait l'élever comme je l'entends...
DESHEREiERs. — Nous avons toujours tort, nous autres, pauvres maris.
PATRAT. — Toujours.
MADAME PATRAT. — A-t-cllc commcncé le piano?
MADAME DESHERBIERS. — Dspuis SIX semaines tout au plus ; et je fassure que, lorsqu'elle veut
s'en donner la peine... Napoliue, voulez-vous montrer à madame ce que vous savez au piano?
NAPOLIUE. — Oui, petite maman, je le veux bien.
DESHEREiERs. — Je VOUS demande mille pardons, monsieur de Meulan.
ALFRED. — Comment donc!
MADAME DESHERBIERS. — MoHsieur vieul dc m'avouer qu'il adorait les enfants... Voyons donc, mademoiselle, il s"agit ici dune revanche éclatante.. . Tenez- vous bien droite et écoutez bien ce que je vais vous dire.
SAP0Li>E. — Oui, petite maman.
MADAME DESHERBIERS. — Do, dO, SOl, SOl, la, la,
sol.Vousnefailesnullealtentionàcequejevousdis.
>AP0Li>E. — Pardonnez-moi, petite maman.
MADAME DESHERBiERs. — Rccommençons. Do, do, spl, sol, la, la. — La, la... ce n'est pas cela, la, la. — La, la. — J'en suis désolée, nous recommencerons jusqu'à ce que cela soit bien. — La, la, sol. — Sol. — Ce n'est pas cela. — Sol. — A la bonne beure. Fa, fa, mi, mi, ré, ré, do. — Mi, mi.
— Eb bien ! — Mi, mi. — Ré, ré, do. — Sol, sol, fa, fa, mi, mi, ré, ré. — Sol, sol, fa, fa. — Fa, fa.
— Recommençons cela. — Fa, fa, mi, mi, ré. — Mi, mi, ré. — Do, do. — Sol, sol. — La, la. —Sol. fa, fa, mi, mi, ré, ré, do, do. — Fa, fa. — Mi, mi.
— Mi, mi. — Ré, ré. — Do.
LES ENFANTS PKOUIGES. 161
TOUTE LA SOCIÉTÉ. — Bravo! bravo! à merveille, comme un petit ange!
MADAME DESHERBiERS. — Vous voyez bien, mademoiselle, que, lorsque vous voulez faire attention...
M. PLUMET. — Eh bien. Oscar?
OSCAR. — Plait-il, bon ami?
M. PLUMET. — Est-ce que lu ne nous donneras pas un petit plat de ta façon ?
OSCAR. — Je veux bien, bon ami.
M. PLUMET. — C'est déjà fort bien de ne pas te faire prier... Place-toi là, bien au milieu, que tout le monde puisse bien l'entendre.