‹ Petites gensChapitre 9 sur 56 · LES MÊMES, LA PORTIÈRE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LA PORTIÈRE

LA PORTIÈRE. — Quoi quc c'cst qu'y n'y a donc ici, que j'viens d'voir Tcommis des gendarmes qu'est tout plein en colère, qui dit qu'il vcut éven- Irertous les petits garçons qui sont pas sages? C'est pas ici, j'espère?

LA BO^>E. — Ob ! non, manie Desjardins, je n'crois pas.

LA PORTIÈRE. — C'cst qu'ça ne serait pas bien flatteur d'être comme ça éventré un premier de l'an.

LA BONNE. — J'crois bien, et avant (ravoir reçu ses étrennes, encore!

LA PORTIÈRE. — A propos, je vous la souhaite bonne et hiircusc, mon enfant.

LA BONNE. — Et vous pareillement, niame Desjardins; excusez...

LA PORTIÈRE, tendant ses deux joues. — Comment donc, j'crois bien!

LA BONNE. — Et une parfaite santé, ainsi qu'à M. Desjardins.

LA PORTIÈRE. — Tant qu"à lui, y a pas de danger, allez; y s'portera toujours assez bien... Ce que j'vous souhaite à vous, c'est un bon mari.

LA BONNE. — Tenez, marne Desjardins, je suis encore à me demander si je me marierai jamais.

LA PORTIÈRE. — Fautjurcrde rien; moi,j'm'ai marié au moment que j'y pensais le moins.

LA BONNE. Tout Ça, c'ést de la chance.

LA PORTIÈRE. — Ah! moH Dicu, oui, faut pas dire Fontaine...

l'enfant. — Vous souhaite une bonne année, marne Desjardins.

LA PORTIÈRE. — TiCHs, tlcns, ticns, y a donc un petit garçon par ici?

l'enfant. — Et une parfaite santé.

LA PORTIÈRE. — Et toi pareillement, mon bijou ; il est beau comme le jour.

LA BONNE. — Quand nous voulons.

LA PORTIÈRE. — Esl-ce (|ue nous ne voulons pas toujours?

LA Bo?î>E. — Y a trois heures que je suis là à attendre monsieur pour se débarbouiller.

LA PORTIÈRE. — J'ai bien de la peine à le croire.

LA Eo>-\E. — Voyons, mon minon eiiéri, montre à madame combien que t'es sage, montre-z"y.

LA PORTIÈRE. — Jc suis sùrc qu'il va se laisser faire bien gentiment.

LA Eo>?>E. — Parce que vous êtes là ; sans ça...

LA PORTIÈRE. — Vlà qu"est fait, ça m"aurait bien étonnée aussi, qu'un joli petit garçon comme lui ne soye pas raisonnable; mais aussi, v'Ià ce qu'on y gagne à être bien sage : tiens, mon bibi.

LA BONNE. — Qu'est-ce qu'on dit, monsieur?

l'enfant. — Merci, madame.

LA BONNE. — C'est pas malheureux.

l'enfant. — Tiens, regarde donc, Célestine, vois donc la musique de mon joujou.

LA BONNE. — C'est plus joll quc VOUS ne méritez, mauvais sujet.

l"enfant. — Pisque je m'ai laissé débarbouiller.

LA BONNE. — C'est pas sans peine.

LA portière. — A propos, c'est-fy vous qu'est venu ce malin à la maison, mon enfant?

LA BONNE. — Avec trois oranges ? Oui, madame.

LA PORTIÈRE. — Eh bcn, v'Ià qu'est des folies.

tx Bo>NE. — Pourquoi donc ça, des folies? moi, je ne trouve pas.

LA PORTIÈRE. — Si fait, s! fait, je m'entends; c'est toujours des folies! n'y a pas jusqu'à la cuisinière du deuxième, qu'est venue m'apporler une paire de bas mani/ique; j'dis encore à ça que c'est des folies.

LA BONNE. — Où donc qu'elle les a pris, ces bas-là V

LA PORTIÈRE. — Vous seutcz bien que c'est pas à moi de lui demander ça.

LA BONNE. — C'est Vrai, elle qu'est toujours à chanter partout que ses maîtres n'y donnent jamais un sou ; comment que ça se fait qu'elle en a toujours ? elle a donc des renies?

LA PORTIÈRE. — Jo n'ai que faire d'y fourrer mon nez, vous concevez. Ah cà ! mais vos bourgeois n'en Unissent pas de se lever, j'm'en vas.

LA BONNE. — Vous êles bien pressée.

LA PORTIÈRE. — Si VOUS savicz les choses que j'ai à faire, c'est à ne pas oser y penser.

LA BONNE. — C'est vous quo va être fmreuse aujourd'hui!

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