‹ Petites ignorances de la conversationChapitre 6 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Après les épreuves redoutables que la sociélé a récemment subies, n'y a- t-il pas pour chacun de nous, aujourd'hui, un devoir à remplir? Tous les efforts ne doivent-ils pas se réunir pour conjurer de nouveaux périls?

Toutes les intelligences ne doivent-elles pas s'exercer pour apporter leur tribut de prévi-

sions à Favenir, afin de le préserver de nouvelles atteintes?

Or, pour arriver à ce résultat, un des moyens les plus infaillibles est assurément l'éducation de la jeunesse. C'est en donnant, en effet, aux générations qui nous pressent des idées saines et surtout prati ques sur les hommes et les choses; c'est en affermissant le moral par une instruction relative qui doit à la fois éclairer sans éblouir, enseigner la résolution avec la patience, le raisonnement et l'élévation sans le rêve qui égare et fait naître des espoirs irréalisables; c'est enfin en s'adressant aux imaginations qu'on abuse , aux cœurs qu'on pervertit , aux consciences qu'on égare, qu'on parviendra à former des esprits justes, à faire des hommes forts, moraux, religieux, et à rasseoir ainsi notre société naguère si profondément ébranlée.

L'éducation est donc le but vers lequel don vent tendre, en ce moment, les efforts des écri- Yains et des hommes politiques, comme le moyen de régénération le plus efficace ; mais cette éducation doit être raisonnée, c'est-à-dire appropriée aux besoins de chacun, à la situation de chaque famille, et surtout imprégnée, en quelque sorte, des nécessités créées par les nouvelles circonstances sociales au milieu dejsquelles nous vivons.

Depuis quelque temps , des réformes profondes et salutaires ont été apportées à Féducation de la jeunesse. Une initiative intelligente et hardie a rompu avec les anciennes routines ; elle a interrogé notre vieux système d'éducation , en a reconnu les vices et les impuissances en présence des nouvelles idées et des tendances de l'époque. L'ancien cadre de l'instruction secondaire a été refondu, agrandi, avec

un rare bonheur ; à côté des anciennes études universitaires on a habilement placé les nou' velles études scientifiques et industrielles que rendent nécessaires aujourd'hui les besoins et les eiigences de la société actuelle. LesfamiUes trouvent ainsi dans le régime nouveau plus de choix pour l'instruction qu'elles veulent donner à leurs enfants, suivant la carrière à laquelle ils sont destinés ou leurs aptitudes particulières, et aussi plus de liberté dans la fixation des limites qu'elles veulent imposer à leurs sacritices. Aussi pensons-nous que les résultats de ces réformes seront féconds et durables, parce que, en perfectionnant le système général d'instruction, l'éducation proprement dite, qui en est l'indispensable corollaire, c'est-à-dire la culture des qualités morales de l'enfant, s'en est trouvée naturellement améliorée.

Depuis plusieurs années, on s'est occupé

plus sérieusement aussi de réducation si importante des classes laborieuses. L'enfant recueilli aux crèches est ensuite reçu dans Jes salles d'asile, puis aux écoles primaires, ou dans celles des frères de la Doctrine chréiienne. La ville de Paris et plusieurs sociétés particulières de bienfaisance payent tous les ans, dans chaque arrondissement, l'apprentissage de jeunes garçons et de jeunes filles choisis parmi tous les autres pour leur bonne condiiite et leurs progrès.

On a pu remarquer quelle heureuse influence celle éducation exerçait sur les enfants, et jusque dans les ateliers où ils se trouvaient placés ensuite. Leur bonne tenue, leur compréhension plus ouverte, leurs facultés intellectuelles plus développées leur établissent une sorte de consSidération de la part même des ouvriers plus âgés. Nul doute que ce bienfait, pratiqué sur une échelle plus grande, ne donne un puis-

santmoyen démoralisation et de bien-être pour chacun en particulier et pour la société en général.

Que Ton s'attache donc à étendre et à perfectionner ce système.

Et pourquoi la société elle-même ne viendrait-elle pas en aide au gouvernement ou aux conseils des villes dans leurs philanthropiques efforts pour résoudre cette grande queslion : Moraliser les populations en leur facilitant les moyens d'éducation et de travail ? 11 n*y a personne qui ne contribuât de cœur et de conviction à cette œuvre de conservation et d'espoir; le chiffre de cette allocation serait d'ailleurs fort minime. Que l'on suppose, par exemple, annuellement, 20 centimes par cent francs de revenu, soit 2 francs par mille francs de rente; certes, ces centimes additionnels de la charité constitueraient un bien léger sacrifice pour

chacun, et comme produit, ce serait énorme ; alors on pourrait étendre les apprentissages à presque tous les sujets, selon leur capacité, ou appliquer ceux-ci à des états compatibles avec leur intelligence.

Ce projet , susceptible de développement, pourrait avoir d'immenses résultats, et chacun peut en comprendre facilement l'importance sociale.

Arracher de malheureux enfants aux funestes exemples qu'ils puisent autour d'eux et jusque dans leur famille ; détruire l'ignorance qui produit la crédulité, le défaut d'ordre et de régularité dans la conduite, en altérant le jugement : quel service plus essentiel à rendre à la société ? Généraliser ce bienfait; favoriser l'emploi de ces facultés qu'on a développées ; veiller, enfin, comme un père de famille, sur chacun de ces enfants, dont le pays a accepté en quelque

sorte la tutelle, quW plus noble devoir î Certes celui-là n'a pas besoin d'être enregistré dans aucune constitution pour être le plus saint, quand il ne serait pas le plus impérieux de tous.

Qu'une voix plus éloquente vienne au secours de la mienne et donne à ma pensée une formule praticable ; qu'elle aide ainsi à résoudre cette grantle et suprême question, Y Éducation du peuple ; qu'elle fasse appel à tout ce qui possède âme, intelligence, et, sans doule, on verra cfmcun s'empresser à l'envi de contribuer à ce travail immense d'amélioration pour le présent, de salut pour l'avenir l

11 est une autre éducation dont l'enseignement peut tenir ses droits de l'expérience et

de TobservatioD du cœur : je veux parler de celle des jeunes filles qu'élèvent elles-mêmes leurs mères.

Il existe déjà plusieurs ouvrages qui traitent d'une manière générale de l'éducation des tilles. Bien des noms célèbres se sont illustrés encore en entreprenant cette tâche, dont la grandeur va s'accroître en quelque sorte de la grandeur des épreuves qu'a subies la société actuelle.

Fénelon, dont le nom brille entre tous, a consacré quelques pages admirables à V Education des filles. Dans ce livre, écrit surtout en vue des jeunes personnes destinées à la vie religieuse, il a versé à la fois tous les suaves trésors de son âme contemplative et de son génie de grand écrivain. Madame de Genlis et maâame Gampan ont traité d'une façon remarquable un sujet qu'elles avaient été à même

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d'étudier et d'approfoudir ; mais la première a écrit surtout pour des gouvernantes et exclusivement pour des jeunes filles appartenant à des familles riches ; la seconde, pour des institutrices et des pensionnats. Mère, je tracerai pour les mères, dans un petit nombre de pages faciles à parcourir, quelques-unes de mes idées sur la direction à imprimer au caractère de l'enfant et à celui de la jeune fille destinée à devenir femme.

La marche des années, si elle n'apporte pas de changement notable dans les instincts à combattre ou à seconder, amène, en quelque sorte, des nuances plus variées dans les dispositions du caractère et dans les tendances de l'esprit. Nous participons tous, quel que soit notre âge, du milieu dans lequel nous vivons. Les grands événements politiques dont nous avons été les témoins, les révolutions profondes

que nos mœurs ont subies, les épreuves que nous ayons traversées, tout a créé à l'éducation de famille de nouvelles nécessités, pour des conditions nouvelles d'existence. En un mot, on ne peut pas élever de nos jours une jeune personne comme on l'eût élevée du temps de Fénelon ou de madame Gampan. De là naissent des modifications à observer dans l'ensemble de l'éducation particulière des jeunes personnes, et une importance plus haute à donner à cette partie de l'œuvre générale que j'appellerai Y Éducation du foyer, pour les mères auxquelles leur position fait un devoir d'élever elles-mêmes leurs filles.

Je résumerai cette éducation en trois épo-

— loques, qui seront naturellement les trois parties de ce petit livre.

La première , de 2 à 7 ans, comprenant la notion des premiers principes de religion et d'instruction élémentaire , et quelques prescriptions d'hygiène.

La seconde, de 7 à 13 ou ià ans, selon le développement de l'intelligence de la jeune fille, comprenant les études plus suivies et plus étendues, et l'éducation religieuse pour la première communion.

La troisième partie, correspondant à la troisième époque, de 14 à 18 ans, traitera de l'achèvement des études, des arts, des nuances et usages, de la direction à donner aux idées, etc.

J'écrirai ce que j'ai vu, senti, observé, avec une exactitudjB consciencieuse, un désir ardent de convaincre ; enfin, avec mes souvenirs. Ce

\ sera pas uo traité, mais uue espèce de petit anuel, mis à la portée de toutes les mères et m à consulter dans Toccasion , comme on nsulte quelquefois un ami.

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