‹ Petites ignorances historiques et littérairesChapitre 32 sur 65 · De l'apologue et Je la parabole dans l'antiquité · texte numérisé non relu

De l'apologue et Je la parabole dans l'antiquité

?. «J'ai toujours remarqué, disait Boileau en revenant de Versailles, que, quand la conversation ne roulait pas sur ses louanges, le roi s'ennuyait

président du parlement de Paris (1658) : Si j'avais connu un plus homme de bien et un plus digne sujet } je l'aurais choisi*. Et lorsque Fléchier devint évêque (1685) , le roi s'excusa ainsi de ne l'avoir pas nommé plus tôt : Ne soyei pas surpris si j'ai récompensé si tard votre mérite; j'appréhendais d'être privé du plaisir de vous entendre, si je vous faisais évêque. A un autre évêque, à Mascaron, venu faire à la cour un dernier sermon en 1694, Louis XIV fit ce compliment : Tout vieillit ici , Monsieur } il n'y a que votre éloquence qui ne vieillit pas. Enfin, Voltaire affirme, et il n'y a aucune raison pour ne pas le croire, que le grand roi joua sur les mots lorsque le prince de Condé vint le saluer après la victoire de Senef (11 août 1674) : le roi attendait Condé sur le haut du grand escalier; le prince, qui souffrait de la goutte, lui cria : « Sire, je demande pardon à Votre Majesté, si je la fais attendre, et le roi lui répondit : « Ne vous pressez pas ; on ne saurait marcher bien vite, quand on est aussi chargé de lauriers que vous l'êtes. «

Toutes les paroles de Louis XIV n'ont pas été gracieuses. L'histoire a enregistré celles qu'on lui attribue lorsqu'il songea à exterminer le protestantisme, et celles qu'il prononça lorsque ses maîtresses, Mme de Montespan et Mn<" de La Vallière, disparurent de ce monde (1707 et 1710); car cet amant ingrat fuc aussi cruel pour l'une que pour l'autre, et dans les mêmes termes.

d'abord, ou était prêt à bâiller ou à s'en aller. » — Il lui fallait de l'encens pour les petites choses comme pour les grandes; il fut heureux d'entendre le cardinal de Polignac lui dire: « Ah! sire, la pluie de Marly ne mouiile pas», tout comme il fut •très fier d'apprendre que le duc de Hanovre avait dit en voyant les écuries de Versailles: « Les chevaux du roi de France sont bien mieux logés que moi. » On a essayé de justifier le goût de Louis XIV pour les louanges en disant qu'un roi qui les aime s'efforce de les mériter. Guillaume III, qui détestait à la fois LouisXIV et les flatteurs, ne partageait pas cet le opinion : entendant un comédien qui récitait des vers à sa louange, il s'écria: Qu'on me chasse ce coquin-là, me prend-il pour le roi de France?

1. Lamoignon, complimentant Louis XIV deux ans après (4. août 1660) sur son mariage et sur la paix, lui rendit la monnaie de ses bonnes paroles, en lui disant que « Dieu donnait les rois aux peuples pour être les causes universelles de tous leurs biens ».

Voici les premières : « Mon grand-père aimait les huguenots et ne les craignait pas1, mon père ne les aimait pas et les craignait; moi je ne les aime ni ne les crains. »

Et voici les secondes : Il y a trop longtemps qu'elle est morte pour moi pour que je la pleure aujourd'hui.

Il est curieux de rapprocher ces dernières paroles de celles qu'il prononça, les larmes aux yeux, lorsqu'il perdit sa femme légitime (30 juillet 1683) : Voilà le premier chagrin qu'elle m'ait causé'2. — Elle, la pauvre Marie-Thérèse, avait dit en mourant : Voilà le seul jour heureux de ma vie.

On a prétendu que Louis XIV aurait dit un jour, pour humilier le duc de La Rochefoucauld : Qu'importe lequel de mes valets me serve? Mais Voltaire, toujours indulgent pour son héros, repousse ce dur propos avec indignation et y substitue cet autre mot bien différent que le même roi aurait dit au même duc dont les finances étaient embarrassées : Que ne par le jvous à vos amis? — Toujours est-il que Louis XIV donna quatre cent mille livres à La Rochefoucauld pour payer ses dettes, ou « pour gorger ses valets », selon le mot de Saint- Simon, et c'est là le point important.

D'après ce que raconte le duc de Lévis3, le Roi-Soleil se serait permis une fois de plaisanter : « Les plus anciens courtisans se rappelaient d'avoir entendu faire une plaisanterie à Louis XIV, mais on ne pouvait en citer une autre. C'était quelque temps après avoir fait construire la ménagerie à l'extrémité

1. Lorsque les protestants demandèrent à Henri IV des places de sûreté, il leur répondit : «Je suis la seule assurance de mes sujets; je n'ai encore manqué de foi à personne.» Et comme on lui représentait que Henri III les avait données, il ajouta : « Le temps faisoit qu'il vous craignoit et ne vous aimoit point; moi, je vous aime et ne vous crains point. »

2. Edouard Fournier (l'Esprit dans l'histoire) ne veut pas que ce regret ait été exprimé par Louis XIV, parce qu'il se trouve déjà dans quelques vers de Maynard. Le motif est insuffisant : un même sentiment, surtout lorsqu'il est naturel, peut très bien se rencontrer, sans qu'il y ait plagiat, sous la plume d'un poète et dans la bouche d'un roi. S'il fallait ell'acer tout ce qui a été dit dans un siècle par la raison que d'autres l'ont senti ou pensé dans les siècles précédents, que nous resterait-il?

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