‹ Petites ignorances historiques et littérairesChapitre 36 sur 65 · DONNERAIS BIEN DE GARDE DE L'OUVRIR POUR LES DÉCOUVRIR · texte numérisé non relu

DONNERAIS BIEN DE GARDE DE L'OUVRIR POUR LES DÉCOUVRIR

aux hommes. — Fontenelle parlait ainsi, non par dédain pour la vérité, mais par amour de la paix : il chérissait son repos par-dessus toutes choses et ne voulait pas soulever de tempêtes1. Tenir compte des avertissements de Térence : Veritas odium parit. lui semblait plus sage que de suivre l'exemple

i. Ceux qui n'aimaient pas Fontenelle prenaient cette boutade à la lettre en l'attribuant à la grande indifférence qui faisait le fond du caractère de Fontenelle : « 11 disait que s'il eût tenu la vérité dans ses mains comme un oiseau, il l'aurait étouffée, tant il regardait le plus beau présent du ciel inutile et dangereux pour le genre humain. » (Grimm, Corresp. litt., février 1757.)

d'Alceste, qui n'était parvenu, à force de franchise, qu'à se faire détester. 11 n'ignorait pas que Montaigne recommandait d'aimer la vérité, non flatteuse et agréable, mais âpre et dure, affligeante et sévère, avec ses épines et ses blessures, et il se demandait, sans doute, s'il gagnerait quelque chose à la répandre sous cette forme, s'il rencontrerait beaucoup de gens disposés à l'entendre.

.Mais cela ne l'empêchait pas d'aimer la vérité pour ellemême, et de savoir ce qu'il en fallait dire... « Il n'y a que la vérité qui persuade, même sans avoir besoin de paraître avec toutes ses preuves, dit-il dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes ; elle entre si naturellement dans l'esprit que quand on l'apprend pour la première fois, il semble qu'on ne fasse que s'en souvenir. » — Et son écrit intitulé : Doutes sur le système physique des causes occasionnelles se termine par cette piquante réflexion : « La vérité n'a ni jeunesse ni vieillesse : les agréments de l'une ne la doivent pas faire aimer davantage, et les rides de l'autre ne lui doivent pas attirer plus de respect. »

La critique est aisée et l'art est difficile. — Ce ver.s. et un autre non moins connu :

Chasse; le naturel, il revient au galop,

sont généralement attribués, l'un à Boileau, l'autre à La Fontaine. La méprise s'explique assez bien par ce fait que le premier de ces vers a tout l'air d'un précepte de l'Art poétique } et que le second est une traduction exacte du vers d'Horace1 :

Na titrant expellas furca, tamen usque recurret,

que le grand fabuliste a imité dans la fable : la Chatte métamorphosée en femme } lorsqu'il a dit, parlant du naturel:

Qu'on lui ferme h porte au nez, Il reviendra p;ir les fenêtres8.

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