Mathurin Régnier, Satire xi
3. Malgré ia ruiesse de son langage et certaine grossièreté de pensées, François Villon (1 4.3 1-1484) inaugura en France la poésie moderne ; c'est notre premier posté original; sa sincérité de poète lui a fait pardonner son existence de vaurien. Il a dit pour son excuse, dans le huitain xix du Grand Testament :
Et sçiches qu'en grand pauvreté (Ce mot dit-on communément) Xe gist pas trop grand loyaulté.
et dans le huitain xxi :
Nécessité faict gens mesprendre, Et faim saillir le loup des boys.
11 a fait plus que s'excussr, il s'est repenti; on en juge par ses aveux, qui sont fréquents dans ses poésies : il lui a manqué la force de se corriger :
Bien sçay se j'eusse estudié Ou temps de ma jeunesse folle, Et à bonnes meurs dédié, J'eusse maison et couche molle :
Mais quoy? je fuyoye l'escolle, Comme faict le mauvays enfant. . .
En escrivant ceste parolle, A peu que le cueur ne me fend.
(Huitain xxvi.)
« C'est un homme et un poète, a dit M. Géruzez, homme de mauvaise compagnie, poète de bas étage, mais énergique et sincère; il a une profonde sensibilité, une vive imagination, de l'âme et de l'esprit. »
HISTORIQUES ET LITTERAIRES. Hi
neiges : parler des choses d'autrefois, c'était discourir des neiges d'autan; et maintenant les deux mots, en réalité, n'en forment plus qu'un; on ne se soucie pas plus des choses passées, disparues, fondues enfin, que des neiges d'antan.
Voici cette ballade dont le mélancolique refrain est devenu proverbe :
Dictes-moy où, n'en quel pays,
Est Flora1, la belle Romaine,
Archipiada 2, ne Thaïs 3,
Qui fut sa cousine germaine;
Echo 4 parlant quand bruyt on mainc
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine?
Mais où sont les neiges d'antan !
Où est la tressage Heloïs, Pour qui fut chastré et puis moyne Pierre Esbaillart3à Saint-Denys?
Pour son amour eut cest essoyne6.
Scmblablement, où est la royne" Qui commanda que Buridan Fusl jette en ung sac en Seine?
Mais où sont les neiges d'antan !
La royne Blanche8 comme ung lys.
Qui chantoit à voix de sereine9
1. Courtisane romaine célèbre à qui l'on attribue l'institution des fêtes florales.
2. Nom défiguré de quelque courtisane grecque, peut-être Archéanassa, de Colophon, qui fut aimée, dit-on, du philosophe Aristote.
3. Fameuse courtisane d'Athènes qui suivit Alexandre en Asie, et qui, après la mort du conquérant, épousa Ptolémée, roi d'Egypte.