‹ Petites ignorances historiques et littérairesChapitre 8 sur 65 · Histoire des deux Restaurations · texte numérisé non relu

Histoire des deux Restaurations

sanc à l'appel du roi d'armes, approcha du caveau la bannière de France; le dignitaire auquel sa fonction la confiait, vieillard chétif, boiteux, couvert de satin, de broderies d'or, de dentelles et de décorations en brillants, était un homme dont le nom se trouvait mêlé aux hontes les plus récentes de notre histoire, et qui, deux fois, avait pactisé avec l'ennemi; la main qui tenait cette noble bannière et qui l'inclina vers le cercueil du vieux roi était la main flétrie de M. de Talleyrand.

« Ce dernier hommage accompli, le duc d'Uzès, faisant les fonctions de grand maître de la maison royale, baissa son bâton de commandement, en plaçant le bout dans l'ouverture du caveau, et cria : Le roi est mort! — Le roi est mort! répéta par trois fois le roi d'armes, qui, après le troisième cri, ajouta : Prions tous Dieu pour le repos de son âme! Le plus profond silence s'établit; le clergé, tous les assistants s'inclinèrent et firent une courte prière mentale. Le duc d'Uzès, relevant bientôt son bâton, pousse alors le cri de : Vive le roi ! Le roi d'armes répète encore ce cri trois fois et ajoute : Vive le roi Charles, dixième du nom. par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, très chrétien ; très auguste } très puissant . notre très honoré seigneur et bon maître, à qui Dieu donne très longue et très heureuse vie! Criej tous : Vive le roi ! Ce cri sort aussitôt de mille bouches; les trompettes sonnent, les tambours battent, tous les instruments des nombreuses musiques militaires réunies dans l'église éclatent, pendant qu'au dehors du pieux édifice des salves d'artillerie et de mousqueterie annoncent à la population que toute douleur doit cesser pour faire place à l'allégresse, et que, si Louis XVIII vient de disparaître, son frère Charles X est roi. »

Bien qu'il fût dans un état épouvantable, que les os des jambes, dans leur partie inférieure, fussent complètement ramollis, et que la gangrène dévorât ses pieds, Louis XVIII voulut remplir jusqu'à la dernière heure les fonctions officielles de la royauté. Il avait répondu à ceux qui le suppliaient de s'épargner : Un roi de France peut mourir; il n'est jamais

8o PETITES IGNORANCES

malade1. C'écait une manière grave de dire une dernière fois : U exactitude est la politesse des rois.

Les neiges d'antan. — Autan, formé des mots ante annum. signifie littéralement avant l'année, et, par extension, l'année passée :

Avec trois brins de sauge, une figue d'antan 2,

c'est-à-dire une ligue de l'année dernière.

Mais depuis la Ballade des darnes du temps jadis ; de François Villon 3, antan ne s'employait plus guère qu'avec les

i. Louis XVIII, qui aimait les Latins, faisait ainsi une variante du mot de Vespasien : « Un empereur doit mourir debout. » (Decet imperatorem stantem mori), mot auquel Mathurin Régnier fait allusion dans la satire vi :

11 n'est rien de si beau que tomber bataillant.

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