L'EUCALYPTUS
Je le rencontre, chaque matin, en sortant de chez moi, au coin de la via Flavio qui monte vers la ville et descend vers la mer.
11 se tient debout contre un mur. Il est un peu voûté. Il semble un mendiant en haillons ou un lépreux dont la peau s'écaille.
Son écorce craque et se détache par lambeaux : des lanières pendent au creux de ses branches ; tout le tronc est dépouillé et montre sa pauvre chair triste et bistrée par les averses.
Il n'a plus qu'une touffe de feuillage au bout de ses ramures grêles et noueuses qu'il dresse péniblement comme des membres travaillés par la goutte.
Quand je passe, il agite ses branches et frissonne tout entier. Je me retourne de temps en temps pour le regarder et je le vois qui tremble de toutes ses feuilles.
Et si je rentre tard, je le retrouve, au coin de la via Flavio, tout nu sous le clair de lune.