‹ Petites trilogies. OrnéesChapitre 19 sur 21 · LES METAMORPHOSES · texte numérisé non relu

LES METAMORPHOSES

Heureux les héros et les femmes qui sentirent monter en eux la sève végétale et furent métamorphosés en arbres!

Daphné, que l'amoureux Phoîbus transforma en laurier, et dont il ht, se couronnant d'un de ses rameaux, un svmbole de victoire.

Lcucothoé devint l'arbre montagneux qui sécrète l'encens; Myrrha le pin qui distille la myrrhe ; et la douleur de Lampétia pleure des larmes d'ambre que le Pô cristallise et dont on fait des colliers.

Philémon et Baucis, troncs nuptiaux, emmêlent passionnément leurs feuillages et sentent le même souille bruire dans leurs ramures populeuses.

Appulus est devenu l'olivier sauvage, dont le fruit est amer et l'ombrage clairsemé.

Cyparissus, debout sur la colline, brûle comme une torche noire dont la fumée s'effile.

Pour moi, j'aime la Terre ; et je vou-

Jrais, comme ceux-là, prendre racine par les pieds, sentir la chair de mes cuisses, de mes reins et de ma poitrine s'affermir sous l'écorce. Et mes bras lèveraient des rameaux, et les oiseaux du ciel chanteraient dans ma chevelure.

Je serais la vigne qui tend le cep lourd de grappes à l'avidité du vendangeur, l'olivier chargé de baies violettes, l'oranger toujours vert, orné des fruits de toutes les saisons : les jeunes, rèches et acides, ceux qui mûrissent lentement sous l'été, et ceux dont le zeste d'or imite la sphéricité du soleil.

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