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L'ORCHESTRION

Il se carre, énorme, massif, peinturluré d'argent, d'azur, d'or et de véronèse, avec ses rocailles, ses festons, ses colonnettes de cristal, ses panneaux encadrés de palmettes, où des bouquets de coquelicots se mêlent à des attributs enrubannés. Il supporte de ses flancs épais un clavier décroissant de tuyaux d'étain, un tambour

avec ses baguettes arrêtées dans le vide, le triangle suspendu à un fil d'archal, et la grosse caisse dont la mailloche s'appuie sur le halo roux de la peau.

Des statuettes, debout sous un portique mauresque, ornent les angles : un cosaque coiffé d'un shako et qui tient une baguette d'ivoire ; une paysanne en jupon court, avec un fichu brodé et des bas peints sur les mollets .

Des miroirs trouent la corniche ; des appliques de métal soutiennent les ampoules à tulipes roses.

Quand il joue, les lampes s'allument, les colonnes tournent sur elles-mêmes et des spectres colorés se vissent dans les torsades de verre. Des portes s'ouvrent, des paysages apparaissent : une cascade lumineuse se déverse dans un

lac suisse un troubadour chante sous un balcon dont la fenêtre jaune s'éteint régulièrement et se rallume en bleu. Le cosaque bat la mesure à petits gestes secs, en tournant, à droite, à gauche, sa tête fourrée. Des fanfares jaillissent, trompettes et cors, au milieu du fracas de cuivre des cymbales et du gémissement des flûtes. Toute la machine pète, craque, fuse, bombarde, projette, comme un feu d'artifice, des micas de lumière et de musique. Des ocres circulent sur les tuyaux, les baguettes du tambour se multiplient dans les trémolos ; et la mailloche, en retombant, fait trembler la paysanne sur ses bas vernis.

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