‹ Petits châteaux de Bohême, La Bohême galanteChapitre 14 sur 72 · GAIETÉ · texte numérisé non relu

GAIETÉ

Petit piqueton de Mareuil,

Plus clairet qu'un vin d'Argenteuil, Que ta saveur est souveraine!

Les Romains ne l'ont pas compris Lorsqu’habitant l’ancien Paris

Ils te préféraient le Surêne.

Ta liqueur rose, 6 joli vin!

Semble faite du sang divin

De quelque nymphe bocagère; Tu perles au bord désiré

D'un verre à côtes, coloré

Par les teintes de la fougère.

Tu me guéris, pendant l'été,

De la soif qu'un vin plus vanté M'avait laissé depuis la veille! ; Ton goût suret, mais doux aussi, Happant mon palais épaissi,

Me rafraichit quand je m'éveille.

Eh quoi! si gai dès le matin,

Je foule d’un pied incertain

Le sentier où verdit ton pampre!.

— Et je n'ai pas de Richelet Pour finir ce docte couplet...

Et trouver une rime en ampre?.

1. Il y a une faute, mais dans le goût du temps. 2. Richelet, AMPRE : pampre — pas de rime.

PoLITIQUE*.

Dans Sainte-Pélagie,

Sous ce règne élargie,

Où, rêveur et pensif, Je vis captif,

Pas une herbe ne pousse

Et pas un brin de mousse

Le long des murs grillés Et frais taillés.

Oiseau qui fends l’espace.

Et toi, brise qui passe Sur l’étroit horizon

De la prison,

Dans votre vol superbe

Apportez-moi quelque herbe,

Quelque gramen, mouvant Sa tête au vent!

Qu'à mes pieds tourbillonne

Une feuille d'automne

Peinte de cent couleurs Comme les fleurs!

Pour que mon âme triste

Sache encor qu'il existe

Une nature, un Dieu Dehors ce lieu.

Faites-moi cette Joie,

Qu’un instant je revoie

Quelque chose de vert Avant l'hiver!

[Se] ne

Le Point Noir*.

Quiconque a regardé le soleil fixement Croit voir devant ses yeux voler obstinément Autour de lui, dans l'air, une tache livide.

Ainsi tout Jeune encore et plus audacieux, Sur la gloire un instant j'osai fixer les yeux : Un point noir est resté dans mon regard avide.

Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil, Partout, sur quelque endroit que s'arrête mon œil, de la vois se poser aussi, la tache noire!

Quoi, toujours? Entre moi sans cesse et le bonheur! Oh! c’estquel’aigle seul, — malheur ànous, malheur! — Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

LEs PAPriLLONSs*.

Le papillon! fleur sans tige, Qui voltige,

Que l’on cueille en un réseau;

Dans la nature infinie Harmonie

Entre la plante et l'oiseau!

Quand revient l'été superbe, Je m'en vais au bois tout seul :

Je m'étends dans la grande herbe, Perdu dans ce vert linceul.

Sur ma tête renversée,

Là, chacun d’eux à son tour Passe, comme une pensée

De poésie ou d'amour!

Voici le papillon Faune, Noir et jaune; Voici le Mars azuré, Agitant des étincelles Sur ses ailes, D'un velours riche et moiré.

Voici le Vulcain rapide,

Qui vole comme un oiseau :

Son aile noire et splendide Porte un grand ruban ponceau.

Dieux! le Sou/fré, dans l’espace, Comme un éclair a relui.….

Mais le joyeux Macré passe,

Et je ne vois plus que lui!

Comme un éventail de soie Il déploie Son manteau semé d'argent; Et sa robe bigarrée Est dorée D'un or verdàtre et changeant.

Voici le Machaon-Zèbre,

De fauve et de noir rayé;

Le Deuil, en habit funèbre, Et le Miroir bleu strié;

Voici l’Argus, feuille-morte, Le Morio, le Grand-Bleu,

Et le Paon-de-Jour qui porte Sur chaque aile un œil de feu!

Mais le soir brunit nos plaines; Les Phalènes Prennent leur essor bruyant,

Et les Sphinx aux couleurs sombres Dans les ombres Voltigent en tournoyant.

C'est le Grand-Paon, à l'œil rose Dessiné sur un fond gris,

Qui ne vole qu’à nuit close, Comme les chauves-souris;

Le Bombice du troène,

Rayé de jaune et de vert,

Et le papillon du chêne,

Qui ne meurt pas en hiver!

Malheur, papillons que j'aime, Doux emblème,

À vous pour votre beauté!...

Un doigt de votre corsage, Au passage,

Froisse, hélas! le velouté!.….

Une toute jeune fille,

Au cœur tendre, au doux souris, Perçant vos cœurs d’une aiguille, Vous contemple, l'œil surpris :

Et vos pattes sont coupées

Par l’ongle blanc qui les mord, Et vos antennes crispées

Dans les douleurs de la mort!

Nr Boxiour, N1 Boxsoir*.

(Sur un air grec.)

Nû xapÉpX, Vh Op AAA.

Le matin n’est plus! le soir pas encore :

Pourtant de nos yeux l'éclair a päli.

Nû Aa, Vn bp x.

Mais le soir vermeil ressemble à l'aurore, Et la nuit, plus tard, amène l'oubli!

Les CYDALISES*.

Où sont nos amoureuses ?

Elles sont au tombeau :

Elles sont plus heureuses Dans un séjour plus beau!

Elles sont près des anges, Dans le fond du ciel bleu, Et chantent les louanges

De la Mère de Dieu!

O blanche fiancée!

O jeune vierge en fleur!

Amante délaissée,

Que flétrit la douleur :

L’éternité profonde

Souriait dans vos yeux...

Flambeaux éteints du monde Rallumez-vous aux cieux!

[De] |

Page 1