‹ Petits châteaux de Bohême, La Bohême galanteChapitre 20 sur 72 · MYSTICISME · texte numérisé non relu

MYSTICISME

Le Curisr AUX OLiviers*.

Dieu est mort! le ciel est vide...

Pleurez! enfants, vous n'avez plus de père!

(Jean Paur.)

Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras, Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,

Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes, Et se jugea trahi par des amis ingrats ;

Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas, Révant d’être des rois, des sages, des prophètes... Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes, Et se prit à crier : « Non, Dieu n'existe pas! »

Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous /a nouvelle ?

J'ai touché de mon front à la voûte éternelle;

Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours!

Frères, je vous trompais : Abime! abime! abime!

Le dieu manque à l’autel, où je suis la victime.

Dieu n’est pas! Dieu n'est plus! » Mais ils dormaient ' [toujours !

IT

Il reprit : « Tout est mort! J'ai parcouru les mondes; Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,

Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes, Répand des sables d’or et des flots argentés :

Partout le sol désert côtoyé par des ondes,

Des tourbillons confus d'océans agités….

Un souffle vague émeut les sphères vagabondes, Mais nul esprit n'existe en ces immensités.

En cherchant l'œil de Dieu, je n'ai vu qu'un orbite Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;

Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre, Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l'ombre, Spirale, engloutissant les Mondes et les Jours!

« Immobile Destin, muette sentinelle, Froide Nécessité! Hasard qui l'avançant, Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,

Refroidis, par degrés, l'univers pâlissant,

Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,

De tes soleils éteints, l’un l’autre se froissant… Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle, Entre un monde qui meurt et l’autre renaissant?...

O mon père! est-ce toi que je sens en moi-même? As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort? Aurais-tu succombé sous un dernier effort

De cet ange des nuits que frappa l'anathème… Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir, Hélas! et si je meurs, c'est que tout va mourir! »

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