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Nul n'entendait gémir l'éternelle victime, Livrant au monde en vain tout son cœur épanché; Mais prêt à défaillir et sans force penché, Il appela le seul — éveillé dans Solyme :
« Judas! lui cria-t-il, tu sais ce qu’on m'estime, Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami! sur la terre couché... Viens! Ô toi qui, du moins, as la force du crime! »
Mais Judas s’en allait, mécontent et pensif, Se trouvant mal payé, plein d'un remords si vif Qu'il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites.
Enfin Pilate seul, qui veillait pour César, Sentant quelque pitié, se tourna par hasard : « Allez chercher ce fou! » dit-il aux satellites.
C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime... Cet Icare oublié qui remontait aux cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux, Ge bel Atys meurtri que Cybèle ranime!
L'augurc interrogeait le flanc de la victime,
La terre s'enivrait de ce sang précieux.
L'univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l'Olympe, un instant, chancela vers l’abime :
« Réponds! criait César à Jupiter Ammon, Quel est ce nouveau dieu qu’on impose à la terre? Et si ce n’est un dieu, c’est au moins un démon... »
Mais l’oracle invoqué pour jamais dut se taire;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère : -—— Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.
Daraé*.
Jam redit el virgo…
La connais-tu, Daphné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les müriers blancs, Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants, Cette chanson d'amour, qui toujours recommence!
Reconnais-tu le Temple au péristyle immense, Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents, Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence?
Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours... Le temps va ramener l’ordre des anciens jours, La terre a tressailli d’un souffle prophétique :
Cependant la sibylle, au visage latin, Est endormie encor sous l'arc de Constantin... Et rien n’a dérangé le sévère Portique.