‹ Petits chefs-d'œuvre de J.-J. RousseauChapitre 107 sur 116 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Sainte colère de la vertu , viens animer ma voix : je dirai les crimes de Benjan:îin et les vengeances d'Israël ; je dirai des forfaits inouïs , et des châtiments encore plus terribles. Mortels , respectez la beauté, les mœurs, Thospitalité; soyez justes sans cruauté, miséricordieux sans faiblesse ; et sachez pardonner au coupable plutôt que de punir Tinnocent.

«O vous, hommes débonnaires, ennemis de toute inhumanité; vous qui, de peur d'envisager les crimes de vos frères , aimez mieux les laisser impunis , quel tableau viens-je offrir à vos yeux? Le corps d'une femme coupé par pièces, ses membres déchirés et palpitants envoyés aux douze tribus ; tout le peuple saisi d'horreur, élevant jusqu'au ciel une clameur unanime , et s'écriant de concert : Non , jamais rien de pareil ne s'est fait en Israël depuis le jour où nos pères sortirent d'Egypte jusqu'à ce jour. Peuple saint, rassemble-toi : prononce sur cet acte horrible , et décerne le prix qu'il a mérité. A de tels forfaits , celui qui détourne ses regards est un lâche , un déserteur de la justice ; la véritable humanité les envisage pour les connaître, pour les juger, pour les détester. Osons entrer dans ces détails, et remontons à la source des guerres civiles qui firent périr une des tribus, et coulèrent tant de sang aux autres. Benjamin, triste enfant de douleur, qui donnas la mort à ta mère , c'est de ton sein qu'est sorti le crime qui t'a perdu ; c'est ta race impie qui put le commettre, et qui devait trop l'expier.

Dans les jours de liberté, où nul ne régnait sur le peuple du Seigneur, il fut un temps de licence où chacun , sans reconnaître ni magistrat ni juge , était seul son propre maître et faisait tout ce qui lui semblait bon. Israël, alors épars dans les champs, avait peu de grandes villes , et la simplicité de ses mœurs rendait superflu l'empire des lois. Mais tous les cœurs n'étaient pas également

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purs, et les méchanis tronvaient l'impanité du vice dans la sécante de la yertu.

Durant an de ces courts intervalles de calme et d'égalité qui restent dans Poubli , parce que nul n'y commande aux autres et qu'on n'y fait point de mal, un Lévite des monts d'Éphraim vit dans Bethléem une jeune fille qui lui plut. II lui dit : Fille de Juda , tu n'es pas de ma tribu , tu n'as point de frère; tu es comme les filles de Salphaad, et je ne puis t'épouser selon la loi du Seigneur '. Mais mon cœur est à toi ; viens avec moi , vivons ensemble ; nous serons unis et libres; tu feras mon bonheur, et je ferai le tien. Le Lévite était jeune et beau, la jeune fille sourit; ils s'unirent, puis il l'emmena dans ses montagnes.

Là, coulant une douce vie, si chère aux cœurs tendres et simples, il goûtait dans sa retraite les charmes d'un amour partagé; là, sur un sistre d'or fait pour chanter les louanges du Très-Haut' il chantait souvent les charmes de sa jeune épouse. Combien de fois les coteaux du mont Hébal retentirent de ses aimables chansons ! Combien de fois il la mena sous l'ombrage , dans les vallons de Sichem, cueillir des roses champêtres et goûter le frais au bord des ruisseaux ! Tantôt il cherchait dans les creux des rochers des rayons d'un miel doré dont elle faisait ses délices ; tantôt dans le feuillage des oliviers il tendait aux oiseaux des pièges trompeurs, et lui apportait une tourterelle craintive qu'elle baisait en la flattant ; puis , l'enfermant dans son sein , elle tressaillait d'aise en la sentant se débattre et palpiter. Fille de Bethléem, lui disait-il, pourquoi pleures- tu toujours ta famille et ton pays? Les enfants d'Éphraim n'ont-ils point aussi des fêtes? les filles de la riante Sichem sontelles sans grâces et sans gaieté? les habitants de l'antique Atharot manquent-ils de force et d'adresse ? Viens voir leurs jeux et les embellir. Donne-moi des plaisirs , ô ma bien-aimée ! en est-il pour moi d'autres que les tiens?

Toutefois la jeune fille s'ennuya du Lévite, peut-être parce qu'il ne lui laissait rien à désirer. Elle se dérobe , et s'enfuit vers son père, vers sa tendre mère, vers ses folâtres sœurs. Elle y croit retrouver les plaisirs innocents de son enfance , comme si elle y portait le même âge et le même cœur.

Nombres , chap. xxxvi , v. 8. Je sais que les enfants de Lévi poQvaient se marier dans tontes les tribus, mais non dans le cas supposé.

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Mais le Lévite abandonné ne pouvait oublier sa volage épouse. Tout lui rappelait dans sa solitude les jours heureux qu'il avait passés auprès d'elle , leurs jeux, leurs plaisirs , leurs querelles et leurs tendres raccommodements. Soit que le soleil levant dorât la cime des montagnes de Gelboé, soit qu'au soir un vent de mer vînt rafraîchir leurs roches brûlantes , il errait en soupirant dans les lieux qu'avait aimés l'infidèle ; et la nuit , seul dans sa couche nupliale , il abreuvait son chevet de ses pleurs.

Après avoir flotté quatre mois entre le regret et le dépit, comme un enfant chassé du jeu par les autres feint n'en vouloir plus en brûlant de s'y remettre , puis enfin demande en pleurant d'y rentrer , le Lévite , entraîné par son amour, prend sa monture ; et, suivi de son serviteur avec deux ânes d'Épha chargés de ses provisions et de dons pour les parents de la jeune fille , il retourne à Bethléem, pour se réconcilier avec elle et tâcher de la ramener.

La jeune femme, l'apercevant de loin, tressaille, court audevant de lui , et, l'accueillant avec caresses , l'introduit dans la maison de son père, lequel, apprenant son arrivée , accourt aussi plein de joie , l'embrasse , le reçoit , lui , son serviteur, son équipage , et s'empresse à le bien traiter. Mais le Lévite, ayant le cœur serré, ne pouvait parler ; néanmoins , ému par le bon accueil de la famille , il leva les yeux sur sa jeune épouse , et lui dit : Fille â'Israêl , pourquoi me fuis-tu ? quel mal t'ai-je fait ? La jeune fille se mit à pleurer en se couvrant le visage. Puis il dit au père : Rendez-moi ma compagne ; rendez-la-moi pour l'amour d'elle : pourquoi vivrait-elle seule et délaissée? Quel autre que moi peut honorer comme sa femme celle que j'ai reçue vierge?

Le père regarda sa fille , et la fille avait le cceur attendri du retour de son mari. Le père dit donc à son gendre : Mon fils , donnez-moi trois jours ; passons ces trois jours dans la joie , et le quatrième jour, vous et ma fille partirez en paix. Le Lévite resta donc trois jours avec son beau-père et toute sa famille , mangeant et buvant familièrement avec eux : et la nuit du quatrième jour, se levant avant le soleil , il voulut partir. Mais son beau-père l'arrêtant parla main, lui dit : Quoi 1 voulez^vous partir à jeun? Venez fortifier voire estomac, et puis vous partirez. Ils se mirent donc à table ; et après avoir mangé et bu , le père lui dit : Mon fils , je vous supplie de vous rejouir avec nous encore aujourd'hui. Toute-

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fois le Lcvile, se îevant, voulait partir ; il croyait ravir à ramour le icmps qu'il passait loin de sa retraite , livré à d'autres qu'à sa bien-aimée. Mais le père, ue pouvant se résoudre à s'en séparer, engagea sa fille d'obtenir encore cette journée; et la fille, caressant son marr, le fit rester jusqu'au lendemain.

Dès le matin , comme il était prêt à partir, il fut encore arrêté |)ar son beau-père , qui le força de se mettre à table en attendant le ^rand jour ; et le temps s'écoulait sans qu'ils s'en aperçussent. Alors le jeune homme s'étant levé pour partir avec sa femme et son serviteur, et ayant préparé toute chose : 0 mon fils, lui dit le père , vous voyez que le jour s'avance , et que le soleil est sur son déclin : ne vous mettez pas si tard en route : de grâce , réjouissez mon cœur encore le reste de cette journée; demain, dès le point da jour, vous partirez sans retard. Et , en disant ainsi, le bon vieillard était tout saisi ; ses yeux paternels se remplissaient de larmes. Mais le Lévite ne se rendit point, et voulut partir à l'instant.

Que de regrets coûta cette séparation funeste ! Que de touchants adieux furent dits et recommencés! Que de pleurs les scBurs de la jeune tille versèrent sur son visage ! Combien de fois elles la reprirent tour à tour dans leurs bras! Combien de fois sa mère éplorée, eu la serrant derechef dans les siens, sentit les douleurs d'une nouvelle séparation I Mais son père, en l'embrassant, ne pleurait pas : ses muettes étreintes étaient mornes et convulsives ; des soupirs tranchants soulevaient sa poitrine. Hélas I il semblait prévoir l'horrible sort de l'infortunée. Oh ! s'il eût su qu'elle ne reverrait jamais l'aurore !... s'il eût su que ce jour était le dernier de ses jours !... Ils partent «ntin, suivis des tendres bénédictions de toute leur famille , et de vœux qui méritaient d'être exaucés. Heureuse famille, qui, dans l'union la plus pure, coule au sein de l'amitié SCS paisibles jours, et semble n'avoir qu'un cœur à tous ses membres! O innocence des mœurs, douceur d'âme, antique simplicité, que vous êtes aimables! Comment la brutalité du vice a-t-clle pu trouver place au milieu de vous ? Comment les fureurs de la barbarie n'ont-elles pas respecté vos plaisirs?

Le jeune Lévite suivait sa route avec sa femme, son serviteur et son bagage , transporté de joie ile ramener l'amie de son cœur.

et inquiet du soleil et de la poussière , comme une mère qui ramène son enfant chez Ja nourrice, et craint pour lui les injures de Tair. Déjà l'on découvrait la ville de Jébus à main droite , et ses murs, aussi vieux que les siècles, leur offraient un asile aux approches de la nuit. Le serviteur dit donc à son maitre : Vous voyez le jour prêt à finir ; avant que les ténèbres nous surprennent , entrons dans la ville des Jébuséens , nous y chercherons un asile ; et demain, poursuivant notre voyage, nous pourrons arriver à Géba:

A Dieu ne plaise, dit le Lévite, que je loge chez un peuple infidèle, et qu*un Ghananéen donne le couvert au ministre du Seigneur ! Non : mais allons jusques à Gabaa chercher Thospitalité chez nos frères. Ils laissèrent donc Jérusalem derrière eux ; ils arrivèrent après le coucher du soleil à la hauteur de Gabaa , qui est de la tribu de Benjamin. lisse détournèrent pour y passer la nuit : et y étant entrés, ils allèrent s'asseoir dans la place publique ; mais nul ne leur offrit un asile, et ils demeuraient à découvert.

Hommes de nos jours, ne calomniez pas les mœurs de vos pères. Ces premiers temps , il est vrai , n'abondaient pas comme les vôtres en commodités de la vie; de vils métaux n'y suffisaient pasà tout; mais Thomme avait des entrailles qui faisaient le reste : 1 hospitalité n'était pas à vendre , et l'on n'y trafiquait pas des vertus. Les fils de Jémini n'étaient pas les seuls, sans doute , dont tes cœurs de fer fussent endurcis : mais cette dureté n'était pas commune. Partout, avec la patience , on trouvait des frères ; le voyageur dépourvu de tout ne manquait de rien.

Après avoir attendu longtemps inutilement , le Lévite allait détacher son bagage pour en faire à la jeune fille un lit moins dur que la terre nue, quand il aperçut uii homme vieux revenant sur le lard de ses champs et de ses travaux rustiques. Cet homme était comme lui des monts d'Éphraim , et il était venu s'établir autrefois dans cette ville parmi les enfants de Benjadàin.

Le vieillard, élevant les yeux, vit un homme et une femme assis au milieu de la place , avec un serviteur, des bêles de somme et du bagage. Alore , s'approchant , il dit au Lévite : Étranger, «l'où étcs-vous ? et où allez-vous ? Lequel lui répondit : Nous vevcnons de Bethléem, ville de Juda ; nous retournons dans notre demeure sur le penchant du mont d'Éphraim, d'où nous étions ve-

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nus : et majDtenant nous cherchions Fhospice du Seigneur ; mais nul n*a voulu nous loger. Nous avons du grain pour nos animaux, du pain, du vin pour moi, pour votre servante, et pour le garçon qui nous suit; nous avons tout ce qui nous est nécessaire, il nous manque seulement le couvert. Le viciilard lui répondit : Paix vous soit , mon frère ! vous ne resterez point dans la place : si quelque chose vous manque, que le crime en soit sur moi. Ensuite il les mena dans sa maison , fit décharger leur équipage , garnir le râtelier pour leurs bêtes ; et , ayant fait laver les pieds à ses hôtes , il leur fit un festin de patriarches , simple et sans faste , mais abondant.

Tandis qu'ils étaient à table avec leur hôte et sa fille >, promise à un jeune homme du pays , et que , dans la gaieté d'un repas offert avec joie, ils se délassaient agréablement , les hommes de celte ville , enfants de Bélial , sans joug , sans frein , sans retenue, et bravant le ciel comme les Cyclopes du mont Etna , vinrent environner la maison , frappant rudement à la porte , et criant au vieillard, d'un ton menaçant : Livre-nous ce jeune étranger que sans congé tu reçois 'dans nos murs ; que sa beauté nous paye le prix de cet asile, et qu'il expie ta témérité. Car ils avaient vu le Lévite sur la place , et , par un reste de respect pour le plus sacré do tous les droits , n'avaient pas voulu le loger dans leurs maisons pour lui faire violence ; mais ils avaient comploté de revenir le surprendre au milieu de la nuit; et ayant su que le vieillard lui avait donné retraite , ils accouraient sans justice et sans honte pour l'arracher de sa maison.

Le vieillard, entendant ces forcenés , se trouble, s'effraye , et dit au Lévite : Nous sommes perdus : ces méchants ne sont pas des gens que la raison ramène , et qui reviennent jamais de ce qu'ils ont résolu. Toutefois il sort au-devant d'eux pour tâcher de les fléchir. Il se prosterne , et , levant au ciel ses mains pures de toute rapine, il leur dit : 0 mes frères, quels discours avez- vous prononcés! Ah 1 ne faites pas ce mal devant le Seigneur; n'outragez pas ainsi la nature, ne violez pas la sainte hospitalité. Mais voyant qu'ils ne l'écoutaient point, et que, prêts à le maltraiter

* Dans rasage antique , les femmes de la maison ne se mettaient pas à table avec leurs hôtes, quand c'étaient des hommes; mais lorsqu'il y avait des femmes , eUes s'y meUaient avec elles.

lui-même, ils allaient forcer la maison, le vieillard » au désespoir, prit à rinstant son parti; et, faisant signe de la main pour se faire entendre au milieu du tumulte , il reprit d'une Toix plus forte : Non , moi vivant , un tel forfait ne déshonorera point mon hôte et ne souillera point ma maison : mais écoutez , hommes cruels , les supplications d'un malheureux père. J'ai une fille, encore vierge , promise à Tun d'entre vous ; je vais Tamener pour vous être immolée ; mais seulement que vos mains sacrilèges s'abstiennent de toucher au Lévite du Seigneur. Alors , sans attendre leur réponse , il court chercher sa fille pour racheter son hôte aux dépens de son propre sang.

Mais le Lévite , que jusqu'à cet instant la terreur rendait immobile , se réveillant à ce déplorable aspect , prévient le généreux vieillard, s'élance au-devant de lui , le force à rentrer avec sa fille, et, prenant lui-même sa compagne bien-aimée sans lui dire un seul mot, sans lever les yeux sur elle, l'entraîne jusqu'à la porte , et la livre à ces maudits. Aussitôt ils entourent la jeune fille à demi morte, la saisissent, se l'arrachent sans pitié; tels, dans leur brutale furie, qu'au pied des Alpes glacées un troupeau de loups affamés surprend une faible génisse , se jette sur elle et la déchire, au retour de l'abreuvoir. 0 misérables, qui détruisez votre espèce par les plaisirs destinés à la reproduire , comment cette beauté mourante ne glace- t-elle point vos féroces désirs? Voyez ses yeux déjà fermés à la lumière , ses traits effacés , son visage éteint; la pâleur de la mort a couvert ses joues , les violettes livides eu ont chassé les roses ; elle n'a plus de voix pour gémir; ses mains n'ont plus de force pour repousser vos outrages. Hélas I elle est déjà morte! Barbares indignes du nom d'hommes, vos hurlements ressemblent aux cris de l'horrible hyène, et, comme elle, vous dévorez les cadavres.

Les approches du jour qui rechasse les bêtes farouches dans leurs tanières ayant dispersé ces brigands, l'infortunée use le reste de sa force à se traîner jusqu'au logis du vieillard : elle tombe à la porte, la face contre terre et les bras étendus sur le seuil. Cependant , après avoir passé la nuit à remplir la maison de son hôte d'imprécations et de pleurs , le Lévite, prêt à sortir, ouvre la f)orte, et trouve dans cet état celle qu'il a tant aimée. Quel spectacle pour son cœur ^déchiré 1 II élève un cri plaintif vers le ciel,

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vengeur du orîme : puis adressant la parole à la jeune fille : Lèvetoi, lui dit-il , fuyons la malédiction qui couvre cette terre : viens, 6 ma compagne ! je suis cause de ta perte , je serai ta oousolation ; périsse Thomme injuste et vil qui jamais te reprochera ta misère ! tu m'es pins respectable qu'avant nos malheurs. La jeune fille ne répond point : il se trouble ; son cœur saisi d'effroi commence à craindre de plus grands maux ; il l'appelle derechef, il la regarde , il la touche; elle n'était plus. 0 fille trop aimable et trop aimée ! c'est donc pour cela que je fai tirée de la maison de ton père^ Voilà donc le sort que te préparait mon amour 1 H acheva ces mots, prêt à la suivre*, et ne lui survéquit que pour la venger.

Dès cet instant , occupé du seul projet dont son âme était remplie, il fut sourd à tout autre sentiment; l'amour, les regrets, la pitié , tout en lui se change en fureur; l'aspect même de ce corps, qui devrait le faire fondre en larmes, ne lui arrache plus ni plaintes ni pleurs : il le contemple d'un œil sec et sombre ; il n'y voit plus qu'un objet de rage et de désespoir. Aidé de son serviteur, il le charge sur sa monture et l'emporte dans sa maison. Là , sans hésiter, sans trembler, le barbare ose c-ouper ce corps en douze pièces ; d'une main ferme et sûre il frappe sans crainte , il coupe la chair et les os, il sépare la tète et les membres; et après avoir fait aux tribus ces envois effroyables , il les précède à Maspha , déchire ses vêtements, couvre sa tète de cendres, se prosterne à mesure qu'ils arrivent, et réclame à grands cris la justice du Dieu d'Iraêl.

Cependant vous eussiez vu tout le peuple de Dieu s'émouvoir, s'assembler, sortir de ses demeures , accourir de toutes les tribus à Maspha devant le Seigneur, comme un nombreux essaim d'àbeilies se rassemble en bourdonnant autour de leur roi. Ils vinrent tous , ils vinrent de toutes parts , de tous les cantons , tous d'accord comme un seul homme, depuis Dan jusqu'à Bersabée , et depuis Galaad j usqu'à Maspha .

Alors le Lévite s'étant présenté dans un appareil lugubre , fut interrogé par les anciens devant l'assemblée sur le meurtre de l.i jeune fiilc, et il leur parla ainsi : « Je suis entré dans Gabaa,

t ville de Benjamin , avec ma femme , pour y passer îa nuit ; et « les gens du pays ont entouré la maison où j'étais logé , vou- « lant m' outrager et me faire périr. J*ai été forcé de livrer ma « femme à leur débauche , et elle est morte en sortant de leurs « mains. Alors j'ai pris son corps , je Tai mis en pièces , et je « vous les ai eqvoyées à chacun dans vos limites. Peuple du Sei- « gneur, j*ai dit la vérité ; faites ce qui vous semblera juste devant « le Très-Haut. »

A rinstant il s'éleva dans tout Israël un seul cri , mais éclatant, mais unanime : Que le sang de la jeune femme retombe sur ses meurtriers. Vive rÉternel ! nous ne rentrerons point dans nos demeures , et nul de nous ne retournera sous son toit , que Gabaa ne soit exterminé. Alors le Lévite s'écria d'une voix forte : Béni soit Israël, qui punit l'infamie et venge le sang innocent ! Fille de Bethléem , je te porte une bonne nouvelle ; ta mémoire ne restera point sans honneur. En disant ces mots, il tomba sur sa face, et mourut. Son corps fut honoré de funérailles publiques. Les mem- Itres de la jeune femme furent rassemblés et mis dans le même sépulcre, et tout Israël pleura sur eux.

Les apprêts de la guerre qu'on allait lentrcprendre commencèrent par un serment solennel de mettre à mort quiconque négligerait de s'y trouver. Ensuite on fit le dénombrement de tous les Hébreux portant armes, et l'on choisit dix de cent, cent de mille , et mille de dix mille , la dixième partie du peuple entier, dont on fit une armée de quarante mille hommes qui devait agir contre Gabaa, tandis qu'un pareil nombre était chargé des convois de munitions et de vivres pour l'approvisionnement de l'armée. Ensuite le peuple vint à Silo devant l'arche du Seigneur, en disant : Quelle tribu commandera les autres contre les enfants de Benjamin ? Et le Seigneur répondit : C'est le sang de Juda qui crié vengeance ; que Juda soit votre cheL

Mais , avant de tirer le glaive contre leurs frères « ils envoyèrent à la tribu de Benjamiu des hérauts, lesquels dirent aux Benjamites : Pourquoi cette horreur se trouve-t-elle au milieu de vous? Livrez-nous ceux qui l'ont commise , afin qu'ils meurent , et que ic mal soit ôté du sein d'Israël.

Lq» farouches enfants de Jémini , qui n'avaient pas ignoré l'assemblée de Maspha, ni la résolution qu'on y avait prise, s'ôtant

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préparés de leur côté , crarent que leur valeur les dispensait d'être justes. Us n'écoutèrent point Texhortation de leurs frères; et, loin de leur accorder la satisfaction qu'ils leur devaient , ils sortirent en armes de toutes les villes de leur partage , et accoururent à la défense de Gabaa , sans se laisser effrayer par le nombre , et résolus de combattre seuls tout le peuple réuni. L'armée de Benjamin se trouva de vingt-cinq mille hommes tirant l'épée , outre les habitants de Gabaa , au nombre de sept cents hommes bien aguerris ; maniant les armes des deux mains avec la même adresse , et tous si excellents tireurs de frondes qu'ils pouvaient atteindre un cheveu , sans que la pierre déclinât de côté ni d'autre.

L'armée d'Israël s'étant assemblée, et ayant élu ses chefs, vint camper devant Gabaa, comptant emporter aisément cette place. Mais les Benjamîtes , étant sortis en bon ordre , l'attaquent , la rompent , la poursuivent avec furie; la terreur les précède et la mort les suit. On voyait les forts d'Israël en déroute tomber par milliers sous leur épée , et les champs de Rama se couvrir de cadavres , comme les sables d'Élath se couvrent des nuées de st^ terelles qu'un vent brûlant apporte et tue en un jour. Vingt-deux mille hommes de l'armée d'Israël périrent dans ce combat : mais leurs frères ne se découragèrent point ; et, se fiant à leur force et à leur grand nombre encore plus qu'à la justice de leur cause, ils vinrent le lendemain se ranger en bataille dans le même lieu.

Toutefois , avant que de risquer un nouveau combat , ils étaient montés la veille devant le Seigneur, et, pleurant jusqu'au soir en sa présence, ils l'avaient consulté sur le sort de cette guerre. Mais il leur dit : Allez, et combattez ; votre devoir dépend-il de l'événement P

Gomme ils marchaient donc vers Gabaa , les Benjamites firent une sortie par toutes les portes; et, tombant sur eux avec plus de fureur que la veille, ils les défirent et les poursuivirent avec un tel acharnement, que dix-huit mille hommes de guerre périrent encore ce jour-là dans l'armée d'Israël. Alors tout le peuple vint derechef se prosterner et pleurer devant le Seigneur ; et » jeûnant jusqu'au soir, ils offrirent des oblations et des sacrifices. Dieu d'Abraham , disaient-ils en gémissant, ton peuple, épargné tant de fois dans ta juste colère, périra-t-il pour vouloir ôter le mal de son sein? Puis, s'étant présentés devant l'arche redouta-

ble , et consultant derechef le Seigneur par la l/ouche de Phinées , fils d*Êléazar, ils lui dirent : Marcherons-nous encore contre nos frères, ou laisserons-nous en paix Benjamin? La voix du Tout- Puissant daigna leur répondre : Marchez , et ne vous fiez plus en votre nombre , mais au Seigneur, qui donne et ôte le courage comme il luiplait ; demain, je livrerai Benjamin entre vos mains.

A rinstantils sentent déjà dans leurs cœurs Teffet de cette promesse. Une valeur froide et sûre , succédant à leur brutale impétuosité , les éclaire et les conduit. Ils s'apprêtent posément au combat, et ne s'y présentent plus en forcenés, mais en hommes sages et braves , qui savent vaincre sans fureur et mourir sans désespoir. Ils cachent des troupes derrière le coteau de Gabaa, et se rangent en bataille avec le reste de leur armée; ils attirent loin de la ville les Benjamites, qui, sur leurs premiers succès, pleins d'une confiance trompeuse , sortent plutôt pour les tuer que pour les combattre ; ils poursuivent avec impétuosité l'armée, qui cède et recule à dessein devant eux ; ils arrivent après elle jusqu'où se joignent les chemins de Béthel et de Gabaa, et crient, en s'animant au carnage : Ils tombent devant nous comme les premières fois. Aveugles qui , dans l'ébloui ssement d'un vain succès , ne voient pas l'ange de la vengeance qui vole déjà sur leurs rangs , armé du glaive exterminateur !

Cependant le corps de troupes caché derrière le coteau sort de son embuscade en bon ordre, au nombre de dix mille hommes, et s'étendant autour de la ville , l'attaque , la force , en passe tous les habitants au fil de l'épée; puis, élevant une grande fumée , il donne à l'armée le signal convenu, tandis que le Benjamite acharné s'excite à poursuivre sa victoire.

Mais les forts d'Israël, ayant aperçu le signal , firent face à l'ennemi en Baal-Thamar. Les Benjamites , surpris de voir les bataillons d'Israël se former, se développer, s'étendre , fondre sur eux , commencèrent à perdre courage ; et , tournant le dos , ils virent avec effroi les tourbillons de fumée qui leur annonçaient le désastre de Gabaa. Alors , frappés de terreur à leur tour, ils connurent que le bras du Seigneur les avait atteints ; et , fuyant en déroute vers le désert , ils furent environnés , poursuivis , tués, foulés aux pieds; tandis que divers détachements entrant dans les villes y mettaient à mort chacun dans son habitation.

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En ce jour de colère et de meurtre , presque toute la tribu de Benjamin, au nombre de vingt-six mille hommes, périt sous répée d'Israël; savoir, dix-huit mille hommes dans leur première retraite depuis Menuha jusqu'à Test du coteaa , cinq mille dans la déroute vers le désert , deux mille qu'on atteignit près de Guidbon , et le reste dans les places qui furent brûlées , et dont tous les habitants, hopimes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, jusqu'aux bétes, furent mis à mort, sans qu'on fit grâce à aucun ; en sorte que ce beau pays, auparavant si vivant, si peuplé, si fertile, et maintenant moissonné par la flamme et par le fer, n'offrait phis qu'une affreuse solitude, couverte de cendres et d'ossements.

Six cents hommes seulement , dernier reste de cette malheureuse tribu, échappèrent au glaive d'Israël, et se réfugièrent au rocher de Rhimmon , où ils restèrent cachés quatre mois , pleurant trop tard le forfait dé leurs frères et la misère où il les avait réduits.

Hais les tribus victorieuses, voyant le sang qu'elles avaient versé, sentirent la plaie qu'elles s'étaient faite« Le peuple vint, et , se rassemblant devant la maison du Dieu fort, éleva un autel sur lequel il lui rendit ses hommages , lui offrant des holocaustes et des actions de grâces ; puis , élevant sa voix , il pleura ; il pleura sa victoire après avoir pleuré sa défaite. Dieu d'Abraham , s'écriaient-ils dans leur affliction, ah! où sont tes promesses? et comment ce mal est-il arrivé à ton peuple , qu'une tribu soit éteinte en Israël ? Malheureux humains , qui ne savez ce qui vous est bon, vous avez beau vouloir sanctifier vos passions, elles vous punissent toujours des excès qu'elles vous font commettre; et c'est en exauçant vos vœux injustes que le ciel vous les fait expier.

Après avoir gémi du mal qu'ils avaient fait dans leur colère, les enfants d'Israël y cherchèrent quelque remède qui pût rétablir en son entier la race de Jacob mutilée. Émus de compassion pour les six cents hommes réfugiés au rocher de Rhimmon , ils dirent : Que ferons-nous pour conserver ce dernier et précieux reste d'une de nos tribus presque éteinte ? Car ils avaient juré par le

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Seigneur, disant : Si jamais aucun d'entre nous donne sa fille au fils d*un enfant de Jémini , et mêle son sang au sang de Benjamin. Alors, pour éluder un serment si cruel, méditant de nouveaux carnages, ils firent le dénombrement de Tarmée, pour voir si, malgré rengagement solennel , quelqu'un d'eux avait manqué de s'y rendre; et il ne s'y trouva ntd des habitants de Jabès de Galaad. Cette branche des enfants de Manassès , regardant moins à la punition du crime qu'à l'effusion du sang fraternel , s'était refusée à des vengeances plus atroces que le forfait, sans considérer que le parjure et la désertion de la cause commune sont pires que la cruauté. Hélas ! la mort, la mort barbare fut le prix de leur injuste pitié. Dix mille hommes détachés de l'armée d'Israël reçurent et exécutèrent cet ordre effroyable : Allez, exterminez Jabès de Galaad et tous ses habitants , hommes , femmes , enfants , excepté les seules filles vierges, que vous amènerez au camp, afin qu'elles soient données en mariage aux enfants de Benjamin. Ainsi, pour réparer la désolation de tant de meurtres, ce peuple faroudie en commit de plus grands ; semblable en sa furie à ces globes de fer lancés par nos machines embrasées, lesquels, tombés à terre après leur premier effet, se relèvent avec une impétuosité nouvelle, et, dans leurs bonds inattendus, renversent et détruisent des rangs entiers.

Pendant cette exécution funeste , Israël envoya des paroles de paix aux six cents de Benjamin réfugiés au rocher de Rbimmon ; et ils revinrent parmi leurs frères. Leur retour ne fut point un retour de joie : ils avaient la contenance abattue et les yeux baissés ; la honte et le remords couvraient leurs visages ; et tout Israël consterné poussa des lamentations en voyant ces tristes restes d'une de ses tribus bénites , de laquelle Jacob avait dit : « Benja- « min est un loup dévorant ; au matin il déchirera sa proie , et le « soir il partagera le butin. »

Après que les dix mille hommes envoyés. à Jabès furent de retour, et qu'on eut dénombré les filles qu'ils amenaient , il ne s'en trouva que quatre cents , et on les donna à autant de Benjamites, comme une proie qu'on venait de ravir pour eux. Quelles noces pour de jeunes vierges timides dont on vient d'égorger les frères , les pères , les mères, devant leurs yeux , et qui reçoivent des liens d'attachement et d*amour par des mains dégouttantes du sang de

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leurs proches! Sexe toujours esclave ou tyran, que rhooitne opprime ou qu'il jidore , et qu'il oe peut pourtant rendre heureux ni l'être qu'en le laissant égal à lui !

Malgré ce terrible expédient, il restait deux cents hommes à pourvoir ; et ce peuple cruel dans sa pitié même , et à qui le sang de ses frères coûtait si peu , songeait peut-être à faire pour eus de nouvelles veuves , lorsqu'un vieillard de Lébona parlant aux anciens , leur dit : Hommes Israélites, écoutez l'avis d'un de vos frères. Quand vos mains se lasseront-elles du meurtre des innocents? Voici les jours de la solennité de TÊternel en Silo. Dites ainsi aux enfants de Benjamin : Allez, et mettez des embûches aux vignes ; puis, quand vous verrez que les filles de Silo sortiront pour danser avec des flûtes , alors vous les envelopperez , et , ravissant chacun sa femme, vous retournerez vous établir avec elles au pays de Benjamin.

Et quand les pères ou les frères des jeunes filles viendront se plaindre à nous , nous leur dirons : Ayez pitié d'eux pour l'amour de nous et de vous-mêmes qui êtes leurs frères , puisque n'ayant pu les pourvoir après cette guerre, et ne pouvant leur donner nos filles contre le serment , nous serons coupables de leur perte si nous les laissons périr sans descendants.

Les enfants donc de Benjamin firent ainsi qu'il leur fut dit; et lorsque les jeunes filles sortirent de Silo pour danser, ils s'élancèrent et les environnèrent. La craintive troupe fuit , se disperse ; la terreur succède à leur innocente gaieté ; chacune appelle à grauds cris ses compagnes , et court de toutes ses forces. Les ceps déchirent leurs voiles , la terre est jonchée de leurs parures. La course anime leur teint et l'ardeur des ravisseurs. Jeunes beautés , où courez- vous? En fuyant l'oppresseur qui vous poursuit, vous tombez dans des bras qui vous enchaînent. Chacun ravit la sienne , et, s'efforçant de l'apaiser, Teffraye encore plus par ses caresses que par sa violence. Au tumulte qui s'élève , aux cris qui se font enten* dre au loin , tout le peuple accourt : les pères et les mères écartent la foule , et veulent dégager leurs filles ; les ravisseurs autorisés défendent leur proie ; enfin les anciens font entendre leur voix , et le peuple , ému de compassion pour les Benjamites , s'intéresse en leur faveur.

Mais les pères, indignés de l'outrage f^it à leurs filles, ne ces-

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saient poiixt leurs clameurs. Quoi t s'écriaient-ils avec véhémence , des filles dlsraël seront-elles asservies et traitées en esclaves sous les yeux du Seigneur? Benjamin nous sera-t-O comme le Moabite et ridjiméen? Où est la liberté du peuple de Dieu? Partagée entre la justice et la pitié , rassemblée prononce enfin que les captives seront remises en liberté et décideront elles-mêmes de leur sort. Les ravisseurs , forcés de céder à ce jugement , les relâchent à regret , et tâchent de substituer à la force des moyens plus puissants sur leurs jeunes cœurs. Aussitôt elfes s*échappent et fuient toutes ensemble ; ils les suivent , leur tendent les bras , et leur crient : Filles de Silo , serez-vous plus heureuses avec d'autres ? Les restes de Benjamin sont-ils indignes de vous fléchir ? Mais plusieurs d'entre elles, déjà liées par des attachements secrets» palpitaient d'aise d'échapper à leurs ravisseurs. Axa , la tendre Axa parmi les autres , en s'élançant dans les bras de sa mère qu'elle ▼oit accourir , jette furtivement les yeux sur le jeune Elmacin auquel elle était promise, et qui venait, plein de douleur et de rage, la dégager au prix de son sang. Elmacin la revoit , tend les bras , s'écrie, et ne peut parler; la course et Témotion l'ont mis hors d'haleine. Le Benjamite aperçoit ce transport, ce coup d'œil; il devine tout , il gémit ; et, prêt à se retirer, il voit arriver le père d'Axa.

C'était le même vieillard auteur du conseil donné aux Benjamites. Il avait choisi lui-même Elmacin pour son gendre ; mais sa probité l'avait empêché d'avertir sa fille du risque auquel U exposait celles d'autrui.

11 arrive ; et la prenant par la main : Axa, lui dit-il , tu connais mon cœur : j'aime Eljoaacin ; il eût été la consolation de mes vieux jours ; mais le salut de ton peuple et l'honneur de ton père doivent l'emporter sur lui. Fais ton devoir, ma fille, et sauve-moi de l'opprobre parmi mes frères; car j'ai conseillé tout ce qui s'est fait. Axa baisse la tête , et soupire sans répondre ; maia enfin levant les yeux , elle rencontre ceux de son vénérable père. Ils ont plus dit que sa bouche. Elle prend son parti. Sa voix faible et tremblante prononce à peine, dans un faible et dernier adieu, le nom d'Elmacin qu'elle n'ose regarder; et, se retournant à l'instant demi-morte , elle tombe dans les bras du Benjamite.

Un bruit s'excite dans l'assemblée. Mais Elmacin s'avance ot

StO LB LÎYITB I>*BPBBAllf.

fail ttgne de la maio. Puis» élevâDt la voix : Écoute , 6 Axa, lui dit-il » moo vqbq aolennel ! Poisque je ne puis être à toi , je ne serai jamais à niiUe antre : le seul aoavenir de nos jeunes ans , que Tinaoeenee et rarnoor ont embellis » me suffit. Jamais le fer n'a passé sor ma télé » jamais le fin n'a mooiUé mes lèvres ; mon corps est aussi pnr que mon cœur : prêtres du Dieu vivant , je me voue à son 8crfioe;receTes le Naxaroendu Seigneur.

AttSBlôi» oomme par une inspiration subite , toutes les filles , entraînées par Fexemple d'Aza, imitent son sacrifice , et , renonçant à leurs premières amours» se livrent aux Benjamites qui les suivaient A oe toudiant aspect il s'élève un cri de joie au milieu du pen|^ : Vierges d'ÊpbraUnt par vous Benjamin va renaître. Béni soit le Dieu de nos pères ! il est encore des vertus en Israël.

Pages.

Discours qui a remporté le prix à l'Académie de Dijon eu l'année 1750 , sur cette question , proposée par la même académie : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à

épurer les mœurs i

Avertissement ib.

Préface ib.

Discours sur cette question : Le rétablissement des sciences

et des arts a-t'il contribué à épurer les momrsP 3

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les

hommes ' 29

Lettre de J. J. Rousseau à M. Philopolis 143

Du Contrat social, ou principes du droit politique 151

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