‹ Petits chefs-d'œuvre de J.-J. RousseauChapitre 6 sur 116 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

G*était une aDcienne tradition passée de l'Egypte en Grèce, qu'un dieu ennemi du repos des hommes était l'inventeur des sciences ' . Quelle opinion fallait-il donc qu'eussent d'elles les Égyptiens mé^ ' mes , chez qui elles étaient nées ? C'est qu'ils voyaient de près les sources qui les avaient produites. En effet, soit qu'on feuillette les annales du monde , soit qu'on supplée à des chroniques incertaines par des recherches philosophiques, on ne trouvera pas aux connaissances humaines une origine qui réponde à l'idée qu'on aime

l^ à s'en former. L'astronomie est née de la superstition ; l'éloquence , Cj1§ l'ambition , de la halBë~, de la fkftterie , du mensonge ; la géomé-

. trie, de l'avarice ; la physique, d'une vaine curiosité; toutes, et y Ja morale même, de l'orgueil humain. Les sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices : nous serions moins en doute sur leurs avantages s'ils la devaient à nos vertus.

Le défaut de leur origine ne nous est que trop retracé dans leurs objets. Que ferions-nous des arts , sans le luxe qui les nourrit ? Sans les injustices des hommes , à quoi servirait la jurisprudence? Que deviendrait l'histoire, s'il n'y avait ni tyrans, ni

l guerres, ni conspirateurs? Qui voudrait, en un mot, passer sa vie à de stériles contemplations, si chacun , ne consultant que les devoirs de l'homme et les besoins de la nature , n'avait de temps que pour la patrie, pour les malheureux, et pour ses amis? Sommes-nous donc faits pour mourir attachés sur les bords du puits ;^où la vérité s'est retirée? Cette seule réflexion devrait rebuter, dès les premiers pas, tout homme qui chercherait sérieusement à s'instruire par 1 étude de la philosophie.

> On voit aisément l'allégorie de la fable de ProméUiée, et il ne parait pas que les Grecs, qui l'ont cloué snr le Caucase, en pensassent guère plus favorablement que les Égyptiens de leur dieu Teutbus. « Le satyre , « dit une ancienne fable, voulut baiser et encrasser le feu, la première fo s « qu'il le vit; mais Prometheus lui cria : Satyre, tu pleureras la barbe de « ton menton; car il brûle quand on y touche *. *

' Le frontispice de la première édition de ce discours représentait Prométhce un flambeau à la main et prêt à animer la statue. Un satyre, attiré par i'écint du feu, s'approchait pour le saisir; et Prométliée criait : N'approche ras Mture • ie feu brûle quand on y touche. ' ^ '

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