‹ Petits chefs-d'œuvre historiques ...: précédés d'une introduction et deChapitre 10 sur 23 · CAMPAGNE DE ROCROY · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE ROCROY

J'ai dessein d'écrire ce gui s'est |>assé dans les campagnes de Racroy et de Fribourg , entre l'armée de France et celles d'Espagne et de Bavière. Peut-être que mon tiavail ne sera pas inutile, ni désagréable au public. Du moins n'ai-jerien oublié pourdiretoujours la vérité. Je n'écris point par envie de n'ériger en auteur, et Je ne prétends ni flatter ni offenser personne. Enfin , je ne me propose d'autre but dans mon ouvrage que sa durée; trop heureux s'il platt aux bonnétes geos dans un siècle aussi délicat que celui-ci , et s'il peut apprendre aux siècles suivants les deux plus fameux événements de la dernière guerre d'entre les couronnes.

Vers la fia du règne de Louis XIII , l'armée espagnole était maîtresse de la campagne. Don F. de Melos, gouverneur des Pays-Bas , avait repris Aire et la Bassée , et gagné la bataille d'HoDuecourt. Il formaUdesdesseios fort vastes, et son ambition ne se bornait pas à reprendre seulement les places que l'Espagne avaitperdues. Il prévoyait que la mort du roi apporterait du trouble dans la France. Les médecins avaient jugé son mal incurable. Déjà chacun songeait aux avantages qu'il pourrait tirer de la minorité prochaine. Les Français mêmes, qui ont accoutumé de perdre par leurs dissensions tous les avantages qu'ils ont remportés dans les guerres étrangères ,

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allaient fournÎT à Melos une occasion favorable pour faire de plus grandes conquêtes.

Dans cette pensée, il change le projetdu si^ê d'Arros, dont les préparatifs l'avaient occupé tout l'hiver, et il se résout d'attaquer Rocroy, voulant se servir de ce poste , qtii donne une entrée dans la Champagne , pour en faire une place d'armes propre à toutes ses entreprises, La mort de Louis Xill arriva peu de temps après , et diyisa toute la cour ainsi que Melos l'avait prévu. Les cabales , qui se formaient de tous câtés pour la régence, menaçaient la France d'une révolution générale. Tous les étatsdu royaume ne voulaient plus retomber sous un ministère pareil à celui du cardinal de Richelieu. Les grands seigneurs ont peine à fléchir devant un ministre qui occupe une place dont chacun d'eus se juge plus digne que lui. Les magistrats ne veulent dépendre que du roi dans la fonction de leurs charges , et ne se peuvent résoudre à recevoir la loi d'uu particulier. I..es peuples ne manquent jamais d'imputer aux conseils du ministère toutes les impositions dont ils sont surchai^és, et généralement tous les hommes sont portés à envier. la fortuneet liaTrIa personne des favoris.

Ainsi , le souvenir du passé était odieux, l'avenir donnait de la crainte , le présent était pleiu de trouble ; il fallait mettre quelque ordre h l'État dans un si grand cliangement. Tout le monde souliaitait un gouvernement plus doux et plus libre, mais personne ne convenait des moyens de l'établir.

Néanmoins le roi, avant que de mourir, avait nommé ceux qui devaientcomposerleconseilde la régence. Il avait donné en même temps le commandement de ses arméesau duc d'Engliien ; mais , afin de modérer les premiers feux d'une jeunesse que le désir de la gloire aurait pu emporter, il lui avait donné le maréchal de L'kospital pour lieutenant-général et pour conseil. Malgré cette disposition et toutes les intrigues de la cour, la reine fut déclarée seule régente avec an pou-

II sembla d'alrard qu'elle voulâl appeler l'évéque de Beau-

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f«s au ministère ; elle eut m^me quelque pensée de lui faire donuer le chapeau de cardinal à la première promotion ; mais ce prélat , au lieu de se mrâiager dans ce corniHencement de faveur, entreprit de ruiner tous ceux que le cardinal de Richelieu avait élevés , et s'attira par ce moyen un grand nombre d'enneniis. Peodant qu'il s'attaclie à contre-temps a renverser ce que ce ministre avait fait , le cardinal Mazarin prolîte de tout et fait ses liaisons avec les persounes gui ont le plus de crédit au|>rès de la reiue. Ceu\ que l'évéque veut perdre ont recours àla protection du cardinal. La reine craint qu'on ne lui f.isse trop d'atTaires, et se dégoûte d«s services de IVvéque. Elle trouve enfin le cardinal plus propre à remplir la place de premier minisire. Ceux en qui elle se fie la portent à ce clioix, et In font résoudre à renvoyer l'évéque dans son diocèse et à déclarer ouvertement son intention pour le car-

D'nbord elle y rencontre de grands obstacks : le nom seul de cardinal êpauvante les esprits , rappelle la mémoire des maux passés, et en fait craindre de pires à l'avenir. Indivision se met parmi les créatures de la reine , chacun prend parti, et les affaires se lirouilleut plus qu'auparavant. Néanmoins , l'adresse et la bonne fortune du cardinal , les services qu'U avait rendus à la France , la fermeté de la reine , et le respect que tout le monde avait pour elle, apaisèrent les mécontents. L'entreprise formée contre ce miabtre par ta duchesse de Chevreuse et le duc de Beaufort ne servit qu'à mieux affermir son autorité. Ainsi Uelos fut trompé dans ses pronostics, comme le sont tous les étrangers qui fondent de grandes espérances sur la division des Français ; parce qu'encore que leur légèreté naturelle les porte quelquefois à la révolte, le fonds de respect et d'affection qu'ils ont pour leur roi les ramène toujours dans l'obéissance. En effet , les grands , le parlement et le peuple , se rendirent au choix de la reiue, et tout fléchit en même temps sous le ministère du cardinal Hazarin , bien i^u'il fût élranger, et que ses ennemis publias-

.,Got>glc

13t PETITS CHXFS-D'CBUTIIB HISTOSIQUES.

sent qu'il était sujet originaire du roi d'Espagne, d'une natàtm pcH ami« des Français, et enfln, quoiqu'on l'etlt vn quelque temps auparavant dans une fortune très-ëioignée d'une si grande élévation.

Le due de Beaufbrt se conduisit imprudemment dans l'entreprise qu'il avait formée n>n(rc le cardinal; laduchessede Chevreuse,secroyantplus habile et mieux auprès delà reine que ce ministre, méprisa ses soumissions. Dans le temps que Beaufort et elle délibèrent sur les moyens de le perdre , le duc est arrêté, la duchesse est disgraciée, le reste de la cabale se dissipe., et la France devient plus tranquille que jamais.

Pendant que la cour était occupée à toutes ces intrigues, le duc d'Enghien se préparait pour la campagne prochaine. Amiens était le rendez-vous de l'armée ; ce prince y arriva vers la fln d'avril 1643, et y trouva Gassion avec une partie des troupes. Espenan en assemblait d'antres autour de Laon. Le maréchal deGrammonts'était jeté dans Arras dès le commencement de l'hiver, et avait un corps considérable dans cette place. Le duc d'Enghien demeura trois semaines dans Auriens pour attendre les troupes qui s'y rendaient , et pour pénétrer les desseins des Espagnols. II avait même envoyé Gassion à Dourlens pour les observer de plus près. Enfin, il apprit que Melos avait mis toutes ses forces ensemble auprès de Douai, et qu'il marchait vers Landreeies avec nu grand équipage d'artillerie.

Js duc d'Enghien assembla aussitôt ce qu'il avait de troupes auprès d'Amiens , et envoya ordre à celles qui étaient éloignées de le venir joindre dans sa marche. Il vint loger le second jour auprès de Péronne ; la Ferté-Senneterre , maréchal-de-camp , lui mena quelque infanterie, et celle qui avait hiverné dans Arras le vint trouver au même lieu.

Ce prince commença dès lors à témoigner une impatience extrême de donner bataille, aimant mieux la hasarder que de se chaîner, disait-il , de la honte de voir prendre une place dans les premiers jours de son commandement; mais parce que le

CiMPÀfinl DB HOCHOV. 13}

maréchal de L'Hospilal avait beaucoup de répugnance à ce dessein, le duc d'EnRiiien crut qu'il devait faire par adresse ce qu'il ne voulait pas encore emporter d'autorité absolue.

C'est pourquoi il ne s'en ouvrit qu'à Gassion seul. Comme c'était un homme qui trouvait aisées les actions même les plus périlleuses, il eut bientôt cooduit i'afCaire aux termes que le prince désirait. Car, soiis prétexte de jeter du monde dans les places, il lit qu'insensiblement le marédul de L'Hospitol se trouva si près des l^pagnols qu'il ne fut plus en son pouvoir d'empêcher qu'on n'en vlntà une bataille.

L'année continua de marcher vers Guise ; c'était la place la plus exposée de toute la frontière , et celle dont les Espagnols pouvaient le plus aisément entreprendre le siège. Meus l'avant-^garde française fut à peine logée dans' Fonsomme, que le duc d'Enghien apprit que les Espagnols avaient passé devant Landrecies et la Capelle sans s'y arrêter, et qu'ils marchaient à ftrandes journées vers la Meuse.

Ce prince crut alors qu'ils avaient quelque dessein sur les places de Champagne , et craignit avec raison de ne pouvoir jmndre Melos qu'après que les retrandiements de ses quartiers sera ient achevés, et peut-jtre même après la prise d'une de ces places , qu'il savait être mat garnies d'hommes et de munitioDS. Cette prévoyance l'obligea de fùre avancer Gassion avec un corps de deux mille chevaux , afin d'observer les desseins des Espagnols et de jeter ses dragons et ses fusili^s dans les lieux qui en auraient le plus de besoin.

Cependaatleduc d'Enghien ne laissa pas de continuer sa marclieavec une extrême diligence. Les troupesque commandait Espenan le rencontrèrent à Joigny ; il reçut en ce )i«i un avis certain que Melos s'était arrêté h Rocroy, et que la même nuit il avait commencé l'ouverture de la tranchée.

Le prince ne songeait plus qu'à secourir promptement cette place, lorsqu'on lui manda que le nn Louis XIII était mort. Peu^étre qu'en cette occasion un autre que le duc d'Enghien n'aurait pas eu la pensée de secourir Rocroy. Son

t!8 PBTITS CBEFS-n (CtIVBG HISTOBIQUES.

rang, ses affaires , les intérêts de sa maison , et le conseil de ses amis le rappelaient à la aour. néanmoins , il préféra en cette occasion le bien général ù ses avantages particuliers, et l'ardeur qu'il avait pour la gloire ne lui permit pas de balancer un moment. Il' tint secrète la nouvelle de la mort du roi , et marcha le lendemain vers Rocroy ; persuadant au maréchal de L'Hospttal qu'il ne s'avançait près de cette place que pour y pouvoir jeter un secours d'hommes et de munitions par les bois qui l'environDent.

Gasslon le rejoignit dans sa marche à Rumigny, et l'instruisit pleinement de ce que faisaient les Espagnols , lui dépeignit leurs postes , et lui montra le chemin qu'il fallait prendre pour aller a eux. Gasslon avait marché si diligem* ment, qu'étant arrivé à l'entrée des bois de Rocroy, fort peu de temps après que les Espagnols s'étaient postés devant la place , il y avait jeté cent cinquante hommes , et remarqué par la situation des lieux que tout le succès de l'entreprise consistait à passer le défilé et à mettre en préseiir« des ennemis l'armée en bataille entre les bois et ta ville,

Rocroy est situé dans le milieu d'une plaine environnée de bois si épais et si pleins de marécages que , de quelque côté qu'on y arrive , il est impossible d'évit«r des déBIés trèslongs et très- incommodes. Il est vrai que du côté de la Champagne il n'y a qu'un quart de lieue de bois , et que dans le déQlé même, après avoir passé le commencement, qui est fort serré, le chemin s'élargit, et on découvre insensiblement la plaine. Iklais parce que le pays est rempli d'une bruyère fort marécageuse , on n'y peut aller que par petites troupes , hormis assez près de Rocroy, où le terrain , s'âevant peu h peu , devient plus sec que dans les boJs , fournit un champ spaeieuv et capable de contenir de grandes armées.

Melos était arrivé le dixième de mai dans cette plaine, avait séparé sou armée en six quartiers , fait ses retranchements, et jeté ses principales forces du côté qui r^rde les déSIés ; se contentant d'assurer le reste par la disposition g(>

nérale de ses troupes, afin d'épargner le temps qu'on emploie d'ordinaire à faire une circonTatlation. Outre ces pré- «rautions qu'il avait observées dans ses postes , il avait mis UD grand corps de garde sur le chemin de Champagne ; ses sentinelles et ses batteurs d'estrade étaient si bien disposés , <|ue rien ne pouvait entrer dans la plaine sans qu'il en edt avis. Son armée était «composée de huit mille chevaux conduits par le duc d'Albuquerque , et de dix-huit mille hommes de pied commandés par le comte de Fontaines, entre lesquels était l'élite de l'infanterie espagnole.

Le duc d'Enghien, étant informé de ces choses, fit assembler les ofGciefs de son armée à Rumigny, et, après leur avoir exposé ce que Gassion veoait de lui dire , il déclara que sa résolutio;) était de tout entreprendre pour secoarir Rocroy ; c'est pourquoi il voulait s'avancer au plus toi dans le défilé. Que si les l^spagnols s'engageaient à le défendre , ils seraient obligés, en dégarnissant leurs quartiers, de laisser un-cheroîn ouvert au secours qu'on vaudrait jeter dans la place ; ou bien s'ib laissaient passer le défilé sans combattre, on ea tirerait d'autres avantages , et que , l'armée s'étant une fois élai^te dans la plaine , on pourrait engager les Espagnols à une bataille , ou du moins prendre des postes et s'y fortiSer en attendant qu'on edt pourvu aux besoins des assiégés.

Enfin le prince leur dit que le roi était mort , et que , dans unesi fScheuse conjoncture , il fallait tout hasarder plutât que de laisserperdre la réputation des armes de France. Qu'ason égard , il n'y avait point de résolution qu'il ne prit pour empécherlaprise de Rocroy. Tout le monde conclut à b bataille, elle maréchal de L'Bospital m^jne fit semblant d'y consentir.

Iklais il s'imagina peut-être que les Espagnols disputeraient le défilé , et qu'ainsi l'entreprise se terminerait par une grande escarmouche dans le bois , durant laquelle on jeterait du se- ' cours dans la place, et que, l'armée n'étant point engagée au delfi du défilé, on pourrait se retirer facilement sans 5'e\poser à un combat génûtil.

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La résotutioD fut dooc prise de marcher le lendemain droit h Rocroy. Le duc d'Enghien s'avança le même jour jusr|u'à Bossu , et disposa l'ordre de sa liatailte afin que chacun se préparât à cette action, dont te succès était si important à sa gloire et au salut de la France.

Son armée était composée de quinze mille hommes de pied et de sept mille chevaux, et elle devait combattre sur deux lignes appuyées d'un corps de réserve; le commandement de ce corps fut donné à Sirot. Le maréchal de L'Hospital avait soin de l'aile gauche , et ta Ferté>Seaneterre y servait de maréchal -de-camp sous lui. Espenan commandait tonte l'infanterie, Gassionétaitsous le ducd'Engliien à l'aile droite; et parce qu'il fallait combattre dans des lieux difitciles , on mit entre chaque intervalle des escadrons un peloton de cinquante mousquetaires. Les carabins, les gardes du maréchal de L'Hospitat , et ceux du prince, tout ce qui restait de dragons et de fuuliers , lurent mis à droite et à gauche sur les ailes. Ces ordres étant donnés, le duc d'Kughieu envoya le bagage h Aubenton avec tout ce qui était inutile pour un jour de combat , et marcha en bataille jusqu'à l'entrée du bois.

Melos pressait si vigoureusement Rocroy, que, sans le secours que Gassion y avait jeté, on n'aurait pas eu le temps de faire lever le siège. La garnison en était si faiWe et si mal pourvue, que les Espagnols n'entreprenaient rien qui ne leur réussit. Ils étaient informés du mauvais état de la place; et le duc d'Enghien en était si éloigné , qu'ils ne croyaient pas qu'elle pdt attendre l'arrivée d'un secours.

Mais l'armée de France s'était augmentée peu à peu par des corps qui la venaient joindre dans sa marche, et par ce moyen elle avait 6lé aux Espagnols la connaissance de ses forces; les nouvelles leur en venaient difficilement, à cause que tout le pays était français. Ainsi, Helos ne sut tevériôble état de l'armée du duc d'En^ien que te jour même qu'elle entra dans le défllé. Les deniers avis qu^ en avait eos

CAHPÂflffS M lOCROV. 131

n« la usaient que de douée mitle hommes; et il apprit, mais trop tard, qu'elle était de prés de vin^-troix mille corobaltants, et même qu'elle coinmençait àmarclier dans les bok.

Melos fut contraint de délibérer promptement s'il défendrait le défilé ou s'il attendrait dans la plaine qu'on le vint attaquer. Rien ne lui était plus facile que de disputer le passage en jetant son infanterie dans le bois et en l'appuyant d'un grand corps de cavaierie. Il pouvait m^me, en ménageant bien l'avantage des bois et des maréca^, occuper l'armée de France avec une partie de ses troupes , et aciiever avec l'autre partie de réduire In place, qui ne pouvait plus tenir que deux jours. Ce parti paraissait le plus sdr , et il n'y avait personne qui ne crât que Melos le prendrait. Mais son ambition ne sebnmait pas à la prise de Rocroy : il s'imaginait que le gain d'une bataille lui ouvrirait le chemin jusque dans le cœur delà France, et Honnêcourt lui fallait esp^-er un pareil bonheur devant Rocroy. D'ailleurs , en hasardant un combat il croyait ne hasarder tout au plus que la moindra partie de son armée et quelques places de la frontière. An lieu que par la défaite du duc d'Enghien il se propesait des avan ' tages inlinis dans le commencement d'une régence encore mal affermie.

Sur ce raisonnement, Melos, qui, selon le génie espagnol , laissait quelquefois échapper le présent pour trop penser à l'avenir, se résolut à un combat général. Et afin d'y engager plus aisément le duc d'Enghien , il l'attendit dans la plaine , et ne fit pas le moindre effort pour disputer le passage du défilé. Ce n'est pas que Melos n'eût peui-fitre été obligé de faire par force ce qu'il fit de son mouvement; car dans le temps qu'il délibérait là-dessus il n'éiait presque plus temps de délibérer. Les premières troupes du duc d'Enghien paraissaient déjà , et l'armée française aurait achevé de passer avant qu'il edt pu assembler ses quartiers. Néanmoins , s'il edt voulu faire debonne heure toutce qui dépendaitde lui pour s'opposer àce passage , le duc d'Enghien aurait eu peine à le forcer, parce

tS3 PETITS CHBra-DOEUVHB HISTOBIQUES.

(|u'iln'yariende si diflicile dans la guerre que de sortir d'uo long défilé de bois et de marécages , à la vue d'une puissaute armée postée dans une plaine. Quoi qu'il en soit, on voie bien que Melos s'était préparé à un combat général, puisqu'il avait pris soin de ramasser toutes ses forces , et mandé à Beck , qui était vers Palaizeux , de le venir joindre en toute diligence.

Le duc d'Eoghiea marchait ea bataille sur deux colonnes depuis Bossu jusqu'à l'entrée du défilé. Gass ion allait devant avec quelque cavalerie pour reconnaître les ennemis ; et n'ayant Utiuvé le passage défendu que d'une garde de cinquante chevaux, il les poussa, et vintcapporter au duc d'Kughien la facilité qu'il y avait à s'emparer du défilé.

Ce fut en ce lieu que le prince crut devoir parler plus ouvertement au maréchal de L'Hospital, parce que le maréchal voyait bien qu'eu poussant plus avant dans la plaine il serait impossible d'éviter de donner bataille. Gassion faisait tout son possible pour l'engager, et le maréchal s'opposait toujours à ses avis; mais le duc d'Enghien finit leur dispute, et dit d'un ton de mattre qu'il se chargeait de l'événement.

Le maréchal ne contesta plus, et se mit à la tête des troupes qu'il devait commander. Le duc d'Enghien fit défiler l'aile droite, logeant de l'infaaierie aux endroits les plus difGciles pour assurer le pissage du reste de l'armée. En même temps ils'avan^avecune partie de la cavalerie jusque sur une petite éminence à demi-portée du canon des Espagnols. Si Melos eût cliargé d'abord le duc d'Enghien, il l'eût défait infailliblement ; mais ce prince couvrit si bien le haut de cette éminence avec ce qu'il avait d'escadrons , que les Espagnols ne purent voir ce qui se faisait derrière lui.

Melos ne put s'imaginer qu'un si grand corps de cavalerie se fili avancé sans être soutenu par l'infanterie. C'est pourquoi il se contenta d'esK^er par des escarmouches s'il pourrait voir le derrière de ces escadrons; mais, n'ayant pu se faire jour au travers . il ne songea plus qu'à ranger ses troupes .

CAUP&eNB Dk ■OCIOV. 133

Ainsi 1(8 deux géfléraiu eoncouraient à ud mâme dcsseiD : le |Miace s'appliquait uniquement à achever de passer le défila, et Helos ne travaillait qu'à rassembler ses quartiers. Le Heu où le due d'Eoghiea avait pris son ctiamp de bataille était assez spacieux! pour y ranger toute son armée dans l'ordre qu'il avait projeté. Le terrain y était plus élevé qu'aux cuviroBS et s'étendait insensiblemeut dans toute la plaine. Il y avait un grand marais sur la gauche , et les bois , n'étant pas épais en cet endroit , n'empêchaient point les escadrons de se former. Vis-à-vis de cette émineace qu'occupait le duc d'En* ghien , il y avait une autre liauteur prévue semblable , où les Espagnols se postèrent et firent le même front que les Français, et entre les deux batailles on voyait un enfoncement eu forme de vallon.

il est aisé déjuger par cette situation qu'aucun des deai partis ne pouvait aller attaquer l'autre qu'en montant. Néanmoins les Espagnols avaient cet avantage, que sur le penchant de.leur hauteur , et au-devant de leur aile gauche , il y avait un bois taillis qui descendait assez avant dans le vallon, et il leur était aisé d'y loger des mousquetaires pour incommoder le due d'Knghien quand il marcherait h eux.

Les deux généraux travaillaient avec nue diligence incroya* bleà mettre leurs troupes en ordre ù mesure qu'elles arrivaient ; et au lieu d'egcarmoucher comme l'on fait d'ordinaire àl'apiKWshe de deux armées, ils se donnèrent tout le temps nécessaire pour se mettre en bataille.

Cependant le canon des EspE^aols incommodait beaucoup plus les Français que celui des Français n'incommodait les Espagnols , parce qu'ils en avaient un plus grand nombre, et qu'il était mieux posté et mieux servi. A mesure que le duc d'Enghienéteudait les ailes de sonarmée, les ennemis faisaient de si furieuses décharges d'artillerie que , sans une constance extraordinaire , les troupes françaises n'auraient pas pu conserver le terrain qu'elles avaient occupé. Il y eut ce Jour-ià plus de trois cents hommes de tués ou de blessés d'un coup de canon ,

134 PETITS GB»r»-D''CKDTU.'ffi»n>BIQOBS.

entre les^ds le mafquîs daPerua, rMstrc-âe-«iDip d'nn r<!giment d'infanterie, eut iiD «tap dffnB la cuisse.

A six beiires du soir Parmée de France avait passe le défilé. Déjà )e corps de réserve sortait dn bois et venait iffendre sa place dans la plaine. Le due d'Efighien , ne voulant pas donner aux Espagnols le t^nps d'assurer davantage leurs postes, se préparait h commencer le combat. L'ordre de tiiarcher était donné par touteson armée, quand unacùdent'imprévu pensa la jeter dans un désordre extrême et donner la victoire ù Meibs.

I.a Ferté-Senneterre commandait seul l'aQe gauche en l'absencedu maréchal deL'Hospital, qui était auprès duduc d'Enghjen. Ce côté de l'armée était bordé d'un marais , et les Espagnols ne pouvaient l'attaquer ; ainsi la Ferté n'avait rien à faire qu'à se tenir ferme dans son poste en attendant le combat. Le duc d'Enghien n'avait point quitté l'aile droite, et, pendant qne les troupes se mettaient en bataille , il s'était attaché principalement à reconnaître la contenance des Espagnols, et les endroits les plus propres pour aller à eus. Alors la Ferlé , peut-être par quelque ordre secret du marédial , peut-être aussi pour se signaler à l'cnvi de GassioD par qutAque exploit extraordinaire , voulut essayerde jeter un grand secours dans la place, et lit passer le marais à toute sa cavalerie et à cinq bataillons de gens de pied ; par ce détachement l'aile gauche demeura dénuée de cavalerie et affaiblie d'un grand corps d'infanterie.

Aussitôt qu'on eu eut donné avis au duc d'Enghien , il lit faire halte , et courut promptenient où un si graod désordre l'appelait. L'armée espagnole marcha en même temps , ses trom]>ettes sonnant la charge, comme si Melos eût voulu se prévaloir de ce mouvement. Mais le prince ayant rempli le vide de la première ligne avec quelques troupes de la seconde , les Espagnols s'arrêtèrent , et firent voir qu'ils n'avaient eu d'autre dessein que de gagner du terrain pour ranger leur seconde ligne.

CIMPAGRB UX BOGBOV. Ufi

Il y a des moments précieux dans la gueire , qui passmt comme des éclaira ; si le général n'a pas l'ont assez fin fiour l«s remarquer et assez de présence d'esprit pour saisir l'occasion , la fortune ne les renvcùe plus et se tourne bien soa* vent contre ceux qui les ont manqnés. Le due d'Enghien en* voya dire à la Ferté de revenir sur ses pas ; les troupes qu'il avait détachées repassèrent le marais en diligence , et avant la nuit l'armée se trouva remise dans son premier poste; ainsi cet accident nefit que retarder labataille et ne causa d'autre inconvénient que de donner aux Espagnols le temps de se mettre plus au large et en meilleur ordre qu'ils n'auraient fait.

La nnit était fort obscure ; mais la forft étant voisine, les soldats allumèrent uu si grand nombre de feux que toute la plaine en était éclairée. Les armées étaient enfermées dans cette eoceinle de txHs comme si elles avaient eu h combattre en cbanip clos. Leura corps de garde étaient si proches les uns des autres qu'on ne pouvait distinguer les feux des Frani;ais de ceux des Espagnols. Les deux camps semblaient n'en former qu'un seul. On n'entendait aucune alarme, et à la veille d'une très- sanglante bataille , il semblait qu'il y edt entre eux une e^tèce de paix.

Dès qu'il fut jour, le duc d'Enghien fit donner le signal pour marcher. Il chaîna d'abord à la léte de sa cavalerie mille mousquetaires que le comte de Fontaines avait logés dans le bois; et bien .qu'ils combattissent dans un lieu retranché naturellement et avantageux pour de l'infanterie , l'attaque fut si vigoureuse qu'ils y demeurèrent tous sur la place. Hais de peur que les escadrons ne se rompissent en traversant lerestedubois où cette infanterie venait d'être défaite, leduc cCEnghien, avec la seconde ligne de cavalene , tourna sur la gauche , etcmmnanda à Gassion de mener la première ligne autour du bois sur la énite. Gassion étendit ses escadrons en marctiHitâconTertdiibois, et prit la cavalerie espagmde en flanc poidant que le duc d'Enghien l'attaquait en tête.

Le doo d'Albuquerque, qui commandait l'aile gauche des

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Espagnols, ne savait encore rien de cette première action el n'avait pas prévu qu'il pouvait £tre attaqué des deux côtés en même temps. Il se reposait sur les mousquetaires logés dans le bois qui couvrait sa première ligne ; de sorte qu'il se trouva ébranlé de cette attaque, et voulut opposer quelques escadrons à Gassion, qui venait l'envelopper. Mais rieu n'est si périlleuxque de fairede grands mouvements devant un ennemi puissant sur te point d'en venir aux mains. Ces escadrons, déjà ébranlés, furent rompus à la première diai^e, et toutes les troupes d'Albuquerque se renversèrent les unes sur les autres. Le duc d'Ëngliien , leur voyant prendre la fuite, commanda à Gas^ondelespoursuivre, et tourna tout court contre l'iafanterie.

hc maréchal de L'Hospitat ne combattait pas avec le même succès , car, ayant mené sa cavalerie au galop coutre les ennemis, elle se mit hors d'haleine avantque de les joindre. Les Espagnols l'attendirent de pied ferme, et la rompirent au premier choc. Le maréchal, après avoir combattu avec une valeur extrême , eut le bras cassé d'un coup de pistolet, et vit en un iosCant toute son aile s'enfuir à vau-de-route. Les Espagnols la poussèrent vigoureusement , taillèrent en pièces quelques bataillons d'in&nterie, gagnèrent le canon, etnes'arrétèrent qu'à la vue du corps de réserve, qui s'opposaà leur victoire.

Tandis que les deux ailes combattaient avec un sort si inégal , l'infanterie française marchait contre l'espagnole. Déjà quelques bataillons s'étaient choqués , mais (^penau, qui la commandait, ayantapprislemat heur qui venaild'arriveràraile gauche , et voyant que toute l'infanterie espagnole l'attendait en bon ordre avec une fierté extraordinaire , se contenta d'entretenir le combat par de légères escarmouches , afin de voir pour laquelle des deux cavaleries la victoire se déclarerait.

Cependant le duc d'Knghien avait passé sur le ventre à toute l'infanterie wallonne et allemande, et l'intànteFie italienne avait pris la fuite quand il s'aperçut de la déroute du maréchal de L'Hospital, Alors ce prince vit bien que le galR de la ba-

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taille dépendait entièrement des troupes qu'il avait auprès de lui ; à l'instaDt , il cesse de poursuivre cette iofanterie , et marche par derrière lès bataillons espagnols contre leur cavalerie, qiii donnait la eliasseà l'aile gauche deTarmée française, et, trouvant leurs encadrons débandés, il achève facilement de les rompre.

T.a Ferté-Seniieterre , qui avait été pris dans la déroute de l'aile gauclie, où il avait combattu avec beaucoupde valeur, ^t trouvé blessé de plusieurs coups , et dégagé par une charge que lit le ducd'Ebghien. Ainsi l'aile droite des Espagnols , qui • s'était débandée eu poursuivant la française, ne jouit |>as longtemps de sa victoire. Ceux qui poursuivaient se mirent à fiiir eux-mêmes, et Gassion, tes rencontrant dans leur fuite , les tailla généralement eu pièces.

De toute l'armée de Melos, il ne restait plus que l'infanterie espagnole. Elle était resserrée en un seul corps au|Hès du canon. Le bon ordre où elle était et sa conleuance fière montraient assez qu'elle se voulait défendre jusqu'à l'extrémité. Le comte de Fontaines la commandait; c'était un des premiers cafutaînes de son temps , et quoiqu'il fUt obligé de se faire porter en chaise à cause de ses incommodités, il ne laissait pas de donner ses ordres partout.

Le duc d'Euf^ira , ayant appris que Beck marcliait avec six mille hommes à l'entrée du bois, ne balança pas à attaquer cette in&nterie, quoiqu'il n'eût qu'un petit nombre de cavalerie auprès de lui. Le comte de Fontaines l'attendit avec une grande fermeté , et ne laissa point tirer que les Français ne fnssent à cinquante pas. Son bataiUon s'ouvrit en nn instant, et il sortit d'entre les rangs une décha^e de dix-huit canons chargés de cartouclies , qui fut suivie d'une grêle de mousquetades. Le feu fut si grand que les Français ne le pu- ' rent soutenir , et si les Espagnols avaient eu de ta cavalerie pour les pousser, jamais rin&nterie française n'aurait pu se remettre en ordre.

Le duc d'Enghieo la rallia promptemeot, et recommença une

ISS riTiTs CBirs-D'anTii mtiotiQDBs.

seconde atta^e. Elle tmt le même raccès que la ^mi^; enlia il les chargea par trois fois sans les pouvoir rompre. I^e corps de réserve arriva, et plusieurs des escadrons qui avaient poussé la cavalerie espagnole se rejoignirent au gros que le prince faisait combattre. Alors l'infanterie espagnole fut enveloppée de tous calés et contrainte de céder au plus grand nombre. Les officiers ne pensèrent plus qu'à leur sûreté , et les ptus avaooés Drent signe du chapeau pour montrer qu'ils demandaient quartier.

Le duc d'Enghien s'étant avancé pour recevoir leur parolv et pourleurdotinerla sienne, les lântassias espagnols crurent que le pfince voulait recommencer une autre attaque. Dans cette erreur, ils firent une décharge sur lui , et ce pcril fut le plus grand qu'il etlt essuyé de la journée. Ses troupes , irritées de fce qui venait d'arriver à leur général, l'attribuant à la mauvaisefol des Espagnols, In chai^rent de tous câtés sans attendre l'ordre, et vengèrent par nn carnage épouvantable |6 danger qu'il aïait couru.

LesFraoçais entrent l'é^eùla main jusquedans le mikeu du balaillonespagaol,etqaeIqueeffortquefa3selediicd'Eiighieii pour arrêter leur fureur, les soldats ne donnentauciin quartier, niais particulièrement tes Suisses, qui s'acharnent d'ordinaire mimenrtre pins que les Franrjis. Le prince va partout criant (jue l'on donne quartier. TiBS offlciers espagnols et même les amples soldats se réfugjmtautourdelui. Dou George de GasteTiii , mestre-de-canip , est pris de sa main. Enfin , tout ce [|ui peut échapper à la fureur du soldat accotut «n foule pour lui demander la vie, et le regarde avec admivalion.

Aussitôt que le prince eut donné le» ordres pour la garde «lesprisonniers.il travailla au ralliement des troupes, et se mttenétatdecombattrele général Beck, s'il poussait Gassion et s'il osait s'engager dans la plaine. Mais Gassion revint de lapoursuite des fuyards, et dit au duc d'Engli îen que Beck n'é tail point sorti du bois , se contentant de recueillir dans le dé- (flé quelques débris de ts défaite ; ^oe même il l'avait fait «ïec

CÀHPUNB DK BOCaOY. |39

(Id si gnBd déifflrdre , el ti pea de connaissance de l'avantage qu'il pouvait prendre des d^lés de la forêt, qu'on voyait bien qne la terreur des soldats de Melos s'était eommuniquëe aux sens. En ^et , après avoir sauvé quelques restes de l'armée espagnole, il se retira aveo nne précipitation inoroyable, et abandonna rn^me deu^t pièces de canon.

Le duc d'Ei^ieii , voyant sa victoire entièrement assurée , se met à genoux au milieu du cbampde bataille, et commande à tons les siens de faire la même chose pour remercier Dieu (Tun succès si avantageai. Certes , la France lui devait ea cette rencontre de grattdes actions de grâees; car on peut dire que d^Kiis plusieurs siècles les Françds n'avaient point gagné dï bataille ni plus glorieuse ni plus importante.

11 s'y St de belles actions de part et d'autre. La valeur de t'infanterie espagnole ne se peut asseï louer ; car il est presque inouï qu'après la déroute d'une armée un corps de gens de pied dénué de cavalerie ait eu la fermeté d'attendre en rase campagne, non pas une attaque seule, mais trois de suite sans s'ébrnnter; et il est vrai de dire cpie sans le ^ros de réserve quÎTintjoindreledDcd'Engliien, ce prince, tout victorieux qu'il était du reste de l'armée espagnole , n'eAt jamais pu rompre cette brave infanterie.

On y remarqua une action extraordinaire du régiment de Valandia. Dans la première attaque que fit le duc d'Enghlen , les mousquetaires de ce régiment, ayant été taillés en pièces, cisoncorpsde Jaquiers, étant enveloppéde tous cdlés par la cavalerie française , il soutint toutes les charges qu'on lui Ht , et se retira en corps au petk pas jusqu'au gros de l'infanterie es- . pagnole.

Lorsque l'aile gauche des Français fiit rom^nie, on vint dire à Sirot qu'il sauiât le corps de réserve, qu'il n'y avait plus de remède, et que la bataille était perdue ; il répondit sans s'ébranler : " Elle n'est pas pecdae. puisque Sirot • et ses compagnons n'ont pas encore conrinttu. • En effet , sa fermeté servit beaitcoup à- la victoire. Mais, au rapport

140 PETITS CKEPS'-D'ŒEIVIie HIliTOHIQllBS.

même des Espagnols , rieo u'y parut de si admirable que cette présence d'esprit et ce sang-froid que le duc d'Rnghien conserva daiis ta plus grande chaleur du combat (particulièrement lorsque l'aile gaDctie des ennemis fut rompue : car, au lieu de s'emporter à la poursuivre, il tourna sur leur infanterie. Par cette retenue , il ^mp^ha ses troupes de se débander et se trouva eu état d'attaquer avec avantage la cavalerie des FiSpagnols, qui se croyait victorieuse. Gassioa y acquit beaucoup d'bcBneur, et le duc d'Engljien lui donna de grandes marques de son estime ; car, dans le cliamp de bataille même, il lui promit de demander pourlui lebitoude maréchal de France, que le roi lui accorda peu de temps après.

De dix-huit mille hommes de pied qui composaient l'armée deMelos, ilyeneut plus de huit mille de tués sur la place et près de sept mille prisonniers. Le comte de Fontaines, mestrede-camp général, futtrouvémort auprès de sa chaise à la tête de ses troupes. Les Espagnols regrettèrent longtemps sa perte, les Français louèrent son courage , et le prince même dit que s'il n'avait pu vaincre, il aurait voulu mourir comme lui. Valandia et Vilalua , mestres-de-camp espagnols , eurent IID pareil sort. Tous les officiers furent pris ou tués. Les Es pagnols perdirent dix-huit pièces de campagne et six pièces de batterie. Les Français remportèrent deux cents drapeaux el soixante étendards. Le pillage fut grand , et , outrele butin du bagage, on trouva l'argent d'une montre entière que l'armée espagnole devait toucher après la prise de Rocroy. Du côté des Français il y eut environ deux mille hommes de tués, mais peu d'ofGcièrs et de gens de qualité.

Le duc d'F.nghien logea ensuite sOn armée dans le camp ^ des ennemis; et, après avoir donné ordre pour les blessés, il entra victorieux dans Rocroy. Il y apprit le lendemain que Melos s'était retiré du combat après la déroute de l'aile droite de son armée , et qu'il n'avait pensé à rassembler les fuyards que sous le canon de Phihppeville.

Sa cavalerie le vint rejoindre «i Cf lieu ; elle n'avait pai

ClMPAnsR DB ItOCROV. (41

reçu beaucoupde dommage , niiis l'infanterie fut entièremeid ruinée ; et les campagnes suivantes ont fait voir la gratui«ir de cette perte, que l'Espagne n'a jamais pu réparer. Tant il est vrai qu'une bonne infanterie ne peut être conservée trop soigneusement , soit dans la guerre , soit dans la paix , par<« qu'il n'est pas au pouvoir des plus grands rois de rétablir, qu'avec beaucoup de tempa , un vieux corps d'ofliciera et de soldats accoutumés à combattreensembleet^à souffrir les fatigues de la guerre.

Le duc d'Enghien , après avoir demeuré deux jours à Rocroy, mena l'armée à Guise par le même chemin qu'elle était venue. Elle s'y reposa quelques jours , pendant lesquels le prince prépara toutes choses pour entrer dans le pays ennemi. Commelesmagasinsn'avaieatcté faits que poiu* la défensive, il fallut faire porter des vivres et des munitions dans les places les plus avancées de la frontière.

La Flandre était ouverte de tous cdtés.Eitquelque lieu que leduc d'Enghien eûtdesséin de porter sesarmes, rieu ne s'opposait à son passage. Il pouvait attaquer ou les villes de la iner,oulesplaces de l'Escaut, ou celles de la Moselle.

Toutes ces entreprises pouvaient apporter beaucoup d'utilité. La conquête des places de la merparaiasait la plus avantageuse, parce qu'on prélait la main aux Hollandais, et qu'on 6tait en même temps aux Pays-Bas les plus prompts secours qu'ils reçoivent d'Espagne. Mais le duc d'Kngliien savait que les Hollandais ne craignent rien tant que d'avoir les Français pour voisins , et qu'ils feraient la paix et s'allieraient même avec les Espagnols, quoique leurs ennemis naturels, plutôt que de souffrir que la France étendit ses conquêtes sur les places qui servent de barrière entre ses frontières et celles des Provinces-Unies. D'ailleurs , il était impossible de prendre ni Graveline ni Dunkerque sans une armée navale. Les flottes du roi n'étaient pas en étatde tenir la nier ; il faltoit beaucoup de temps , d'ai^eut et de négooialinns , pour vaincre la déliance des États-Généraux et

I 42 PETITS GRSrBi-D'aniVU H1SI0BIQDB8.

pour 1^5 obli^r d'y envoyer des pavires ; sîiisi le duc d'Enghien ne pensa plus à ee dessein.

n en restait deux autres : celui de l'Escaut et celui de la Moselle. Le premierétaittrès-difGoile, tant parce que le débris de l'armée des ennemis s'y était retiré, qu'à cause que r<Hi n'avait aucun magasin dece câté-lii. I^ dernier dessein était très-important poor la conquête de la Flandre , parce que Thionville et les antres phces de la Moselle donnent l'entrée aux années d'Allemagne dans les Pays-Bas. Le duc d'Enghien, n'étant pas en état de prendre des places du edté de la mer, ne pouvait mieux feire que d'attaquer XhioiivM)«; afin découper ce lieu de communication entre l'Alie* magne et la Flandre, et de disposer par cette conquête les affaires de la prochaine campagne à de plus grandes entreprises.

Il était facile de faire subsister l'année du eùté de la Clianv pagne. Tous les préparatifs nécessaires pour un grand »^e y avaient été faits dès l'hiver, l.e feu roi y avait fait mener (les munitions et des vivres, à dessein de iaire la gueiTedans la Franche-Comté. Le maréchal de la Meilleraye devait exécuter cette entr^rise. Mais ta mort du roi ayant renversé tous ses projets , et l'armée d'Itahe étant trop âible pour tenir la campagne , les troupes do maréchal de la Meilleraye furent séparées en deux corps. Tlne partie passa les Alpes sous le vicomte de Turenne ; l'autre , commandée par le marquis de Gesvres, servit sous le duc d'Enghien. Néanmoins il fallait du temps pour faire venir de Bonrgogue et de Cliampagne toutes les munKions et l'attirail de l'artillerie. C'est pourquoi le duc d'Enghien ne voulut pas encore marcher vers Thionville, de crainte que le général Beck n'y jetât des troupes. Ce pnnce Ùt une marche dans le milieu de la Flandre , pour donner l'alarme aux principales villes et pour obliger les ennemis d'en fortifier les garnisons, son deeseia étant de revenir sur ses pas à grandes journées et de tember sur Thionville.

Pour cet effet, il dépêcha SBm^Martln , lieutcDmt de l'artillerie , avec ordre de conduire les munitions sur la thmtière de Champagne, et il écrivit à l'intendant de cette province qn'il y fît un grand amas de blé pour la mbsistauce de l'armée. Après avoir donné ces ordres , il prit sa marche vers le fîainaiit par Lamlrecies. Émeri et Barlemont se mdirent après quelques volées de canon , et Manbeuge ouvrit ses portes sans résistance. H poussa jusqu'à Binch , où les ennemisavsient jeté quelque infanterie; et, pour continuer sa feinte, il fit attaquer cette petite place, qui se reudit te jnjme jour h discrétion. I.e prince y demein^ quinze jours sans rien Piitreprendi<e , afin de laisser achever les préparatifs du siège de Thionville. Les Espagnols ne manquèrent pas de faire ce qu'il avait 'prévu. Leur cavalerie se retira sous les places, et le reste delear infanterie fut dispersédans les villes voisines de l'armée française ; ainsi , il lai fut aisé de les prévenir en tournant tout d'nn coap vers Tbionville.

Il envoyait de grands partis de Binch jusqu'aux portes de Bruxelles , et il portât la terrenr jmque dans les villes les plus éloignées. Enfin on lui vint dire que tout était disposé en Champagne pour le sié^ , et que le mar^ii de Gesvres y était arrivé avec le eorps qu'il commandait. Le duc d'^- Cliien partit de Binch, et retourna, sur ses pas par le chemin de Maubeuge et de Beaumont, réntnmt dans la plaine de RoCroy par le même défilé que les Espagnols avaient pris pour se retirer après la perte de la bataille.

En partant , il détacha d'Aumont avec douze cents cbevnux pour aller joindre le marqub de Gesvres et pour investir ensemble Thionville. Srot fut cha^é de conduire la grosee artillerie par le chemin de Toal et de Metz , pendant que l'infanterie avec quelques pièces de campagne niarcher^t vfrs Thioa ville.

Ces choses furent exécutées selon les ordres quele'Jflc (TEnghJen avait donnés. Néanmoins, d'Anniont et le marquis de Gesvres n'arrivèrent devant Thionville que dt^t

144 PETITS CHIFS-DtEUVBB HISTOBIQUES.

jours avant le prince. Car, malgré l'ineomnMxlité des |dujes et les fatigues que l'infaDterie souffrit dans cette marche, il ne fut que sept jours depuis Binch jusqu'à Thionville. Ufit une partie du chemin par le pays de France pour couvrir davantage son dessein, et, passant la Meuse à Sedan, il traversa le Luxembourg et se rendit le septième jour devant Thionville.

Cette place est assise sur le bord de la Moselle du câté du Luxemboui^. Elle n'est qu'à quatre lieues au-dessous de Metz, -La plaine où elle est située est tr^fertile. Des coteaux couverts de bois bordent cette plaine des deux côtés. L'avantage de ce poste et la beauté du lieu sont cause qu'on l'a fortifiée avec beaucoup de dépense et de soins. Elle a toujours été possédée par la maison d'Autriche , excepté depuis que k duc de Guise la prit sous le règne de Henri II jusqu'au premier traité de Vervjns , par lequel on la rendit aux Espagnob. Le malheur de Feuquières, arrivé eu 1639, l'avait renduecélèbredanacea demjèresguarres, et chacun la regardait comme une conquête importante, mais difficile.

T^ Moselle l'assure eutièrement d'un câté; elle n'a aussi de ce cdté-li qu'un rempart revêtu en ligne droite. Le reste de ■on enceinte est-fortiflé de cinq grands bastions revêtus de pierre do taille , et de deux demi-bastions aux dei)x bouts qui le vont rejoindre à la rivière. Son fossé est large,. profond, et plein d'eau ; sa contrescarpe est fort grande , ses courtines sont couvertes de cinq demi-lunes, et devant la porte du edté deSerek il y s un grand ouvrage à corne. La campagne y est si rase et à unie de toutes parts , qu'on ne peut aborder la ville qu'à découvert. Les montagnes voisines commandent la plaine en beaucoup d'endroits et en rendent la drconvallation très-difficile. Il y avait huit cents hommes de pied et assez de munitions et de vivres dans cette place quand le duc d*Enghien y arriva.

Aus^tdt que ses premières troupes commencèrent à entrer dans là plaine, ii fit passer en diligence le comte Grancei

CAUPAONB DS KOCBOY. t4S

avec de 1b cavalerie au delà de la rivière , pour etnptcher qu'il n'entrSt du secours avant que les quartiers basent séparés. Grancei avait servi au premier siège en 1639 , et était iustruit de la situation des lieui et des passages psf où les Espagnols pouvaient venir. Mais il arrive bien des choses à la guerre que toute la prudence du général et des principaux officiers ne peut empScher.

Fendant que Grancei passait la rivière, le prince était demeuré dans ta plaine, et il mesure quesestroupes y arrivaient, il les faisait poster aux lieux qui donnaient le plus de jalousie. Il remit au lendemain la séparation des quartiers et l'établissement du camp. L'année passa toute la nuit sous les armes sans apprendre aucunes nouvelles des Espagnols. A la pointe du jour, onvintdireauducd'Enghienqu'unsecoursde près de deux mille hommes était entré dans la place par le quartier du comte de Grancei.

néanmoins, le comte avait disposéses corps de garde avec tout le soin possible, parcourant lui-même tous les postes avec une extrême vigilance. Pendant la suit , il n'avait en aucune alarme ; mais une heure devant le jour, un de ses parlis lui amena deux paysans qui dirent que quelques troupes des Espagnols avaient passé la rivière h Sierck, et qu'elles marchaient le long du bord pour se jeter dans Thionville. Ces paj-sans eu dirent tant de particularités , et avec tant de vraisemblance , que le comte de Grancei les crut. Eu même temps il changea l'ordre de ses gardes , et , potiaut toutes ses forces vers Pendroit que ces paysans lui avaient marqué, il ue laissa du côté de Met£ qu'un ou deux régiments pour garder ce poste.

En effet, deux mille hommes des ennemis avaient passé la rivière à Sierck, mais ils avaient tenu un autre chemin que les paysans ne disaient; car, au lieu de suivre la rivière, ils avaient pris autour des bois pour entrer dans la plaine du côté de Metz. I^s Espagnols exécutèrent leur entreprise avec beaucoup de diligence et de courage -, on les vit marcher à la

«T. CII.-D'IKVI. aWT. — T. I- . 1}

I4G PETITS CUEFSTlXeUvpB HISTOBIQUCS.

petitapointe dujouT droit àuaedeii)i-luae. La gardefrançaise, étonnée de cette alarme, qu'elle n'atteadait point , chai^ea ce seconrs tnip tard et avec dësiKdre. Soit que l'eflbrt des Eepngnels fût trop gond, ou que la garde ne fit pas son devoir, ces troupes entrèrent sans aucune perte dans Thiouvilte.

Leducd'Enghienapprit cette nouvelleavecbeaucoup de déplaisir. Il voyait ta prise de la place fort reculée, et par conséquent toutes les conquêtes dépendantes de celle-ci fort éloignées et peut-être manquées pour cette campagne. Une place comme Thionville, bien munie , et défendue par une forte garnison, ne pouvait être emportée sans beaucoup 4e temps et sansunegrande^perteâ'hommes; au lieuqu'elle n'aurait duré que très-peu de jours «i l'état où le prince l'avait investie. Néanmoins , cet inconvénient ne l'empêcha pas de continuer le si^Q ; au contraire, il s'y- appliqua avec d'autant plus de soin qu'il y avait plus de péril et plus de difficultés à surmonter. Il passa la rivière à gué pour disposer lui-même les quartiers de ce câté-là, et fit faire deux ponts de bateaux audessus et au-dessous de la place. Après qu'il eut logé ses troupes dans deux petits villages du côté de la Lorraine , il ordonna les gardes et marqua les endroits par ou il voulait conduire la ligne de circoavallatiou ; et ensuite il repassa la ririèrc pour aller dqnner les mêmes ordres du côté du Luiemboui^.

D'abord' il fit séparer son armée en cbq quartiers; le plus grand corps de sa cavalerie se campa dans une prairie le long de la rivière du côté de Metz. Gassion y demeura pour la commander. Le quartier général fut établi auprès de celui de Gassion, dans un petit village presque au milieu de la plaine , sur le bord d'un ruisseau qui la traverse et qui se va jeter daps la Moselle au pied de la contrescarpe de Thionville.

Le duc d'Eoghien s'y logea avec le principal coi^s de l'infanterie , et il étendit son camp dans la plaine jusqu'au pieddes montagnes. Les régiments de Rambure et tes Suisses

UHP&GHB DK BfKBOT: 147

de MoloQdJD se postèrent sur les hautears , proche des bois dont ces monligDes sont couréKes. '

Il y eu a ïiue , beaucoup plus haute que les autres , qui domille non-seulement sur toute la plaine dé Thiohville , tfiais encore sur tous les coteaux d'alentour. L'importance de ee poste obligea le duc dTJighten d'y établir un puissant qiiartier. Lecampen fut marqué au milieu de la hauteur, et d'Aumont en eut le commande ment. Dandelot commanda l'autre quartier. Le marqub de Gesvres se char^ de garder avec sa petite armée le câté de Sierck, depuis la rivière jusqu'aux hauteurs. Palluau et Sirol eurent le soin de tout ce qui était au delà de la rivière , parce que Grancei était tombé malade et s'était retiré du camp.

Aussitôt que les quartiers furent disposés, le duc d'Enghien fit travailler à la circonvaltation et tracer de grands forts sur les hauteurs qui commandaient te plus dans ta plaine. Il assura en même temps sa ligne par derbonties Redoutes , garnissant les endroits faibles avec des fraises et des palls-

Cependant les convois des'vivres et des mutiitions arrivaient de toutes parts ; et pendant vingt jours que dura le travail de la circonvallation , le duc d'Rngbien fit amener de Metz trente ' pièces de batterie et fit faire un grand amas de planches , de madriers , de sacs à terre , et de fascines , pour l'avancement de la tranchée et pour le service de Varlillerle. Les assiégés préparaient de leur cflté tout ce qui était nécessaire pour leur défense ; et pendant que leur infiidtérie était employée à faire de nouveaux travaux' et a rétablir les vieux, leur cavalerie faisait à toute heure des sorties pour incommoderles assiégeants.

Celle qu'ils firent deux jours après la séparation des quartiers fut si vigoureuse, qu'ils vinrent jusque dans le camp du duc d'Enghien. Le comle de Tavanes eut le bras cassé d'un coup de pistolet dans cette rencontre. La plaine était toujours remplie d'escarmoncbeurs , et il s'y ftiliait quelquefois des combats si opintûlreg , qu'on y perdait autant de gens qu'en

148 PETITS CHEFS-D CEUVHB HISTOHIQbBS.

des occasions plus écla.tantes. Mais la dernière Ait la plus ligoumise de toutes; cardans le tempsquele ducd'Enghien faisait un grand amas de gabions et de fasciaes auprès d'une chapelle dans le milieu de la plaine , les assiégés, voulant re- .coonaître ce que c'était, firent sortir la meilleure partie de leur cavalerie , afin de voir de plus près ces préparatifs, qu'ils ue pouvaieui bien discerner de loin.

L'après-dlnËe s'était presque passée en escarmouches, quand . leducd'Enghien, ennuyé de voir si longtemps les ennemis dans la plaine, commanda à Daudelot de les faire pousser. Daudelot exécuta cet ordre avec beaucoup de valeur, mais avec trop de précipitation ; car il ne put être suivi que d'un petit nombre de volontaires; néanmoins, les escarmoucheucs plièrent à la première charge qu'il leur fit jusque sur la contrescarpe de la ville; mais les escadrons qui les soutenaient ayant iivancé , Daudelot se trouva enveloppé de tous cdtés , et il aurait été pris saDS une petite garde de trente maîtres , conduite par la Moussaye, qui le dégagea du milieu des ennemis.

Ces escadrons poussèrent Dandelot et la Moussaye avec tant de vigueur qu'ils n'auraient jamais pu faire leur retraite si ie duc d'Enghien n'eût couru à la grand'garde et ne l'edt menée lui-même en diligence pour les soutenir. Gerzé et Dandelot y furent blessés, et les Espagnols se retirèrent après un combat fort opiniâtre.

On ne laissait pas d'achever la circonvallation et de munir le camp de toutes les clioses nécessaires : le duc d'Enghien était présent h tout , et reconnaissait soigneusement les lieaic les plus propres pour &ire ses attaques. Il résolut d'en faire deux ; chacune devait s'attacher à la face d'un des deux bastions qui regardent le milieu de la plaine, afin qu'étant proches l'une de l'autre elles se pussent soutenir avec plus de facilité.

Ou laissa un grand espace entre tes deux ouvertures de» tranchées , et cet espace diminuait à mesure qu'elles s'avançaient vers la place. Une des tranchées se couvrait sur la

CAMPIONS BK lOCKOT. f4S

droite, l'anlrc se couvrait sor la gauclie. Les r^iroents de Picardie et de Navarre y firent la première garde. Pendant la nuit ils élevèrent deux grands épaulements de gabiou^ qui couvraient deux places d'armes assez spacieuses pour contenir cbacune cent chevaux, parce que l'on avait b^in de cavalerie h la queue de la trancbée pour l'appuyer contre les grandes sortieii des assises. Cette même nuit, le duc d'Engbien fit tirer une ligne assez longue et commencer deux redoutes capables de loger cent hommes. Dans tous les retours des lignes , il fit (aire de grandes places d'armes , et pousser le travail de la tranchée avec tant de diligence que , malgré le feu continuel des assiégés , elle fut avancée la quatrième nuit jusqu'à deux cents pas de la contrescarpe.

En cet endroit , le duc d'Rnghien voulut donner une communication à se^ deux attaques qui s'étaient déjà fort approcbées ; et, au lieu de les communiquer par une ligne ordinaire, il les joignit par une grande batterie de vingt-quaire pièces de canon. La diligence des officiers fut si grande, que le sixième jour de l'ouverture de la trancbée le canon commença à battre la place. En ce même lieu de communication, les deux attaques prirent chacune un chemin difTérent, et s'éloignèrent l'une de l'autre pour se tourner vers la face des deux bastions qui leur étaient opposés.

A la droite de la tranchée du duc d'Enghien , il y avait un moulin sur ce petit ruisseau dont on a d^ parié. Il était fortifié avec une bonne palissade, et les assiégés y avaient jeté quelques mousquetaires. Ces gens incommodaient fort le travail de la tranchée , parce qu'ils la voyaient à revers. Le dur d'Engbien résolut de les chasser de ce poste, et la uuit même , qui fut la septième de trancbée ouverte, ils Airent emportés l'épée à la main , malgré ta résistance opiniâtre des assiégés et le feu continuel du rempart et de la contrescarpe. Avant le joor , ce logement fut joint à la tranchée par une ligne , et ce moulin servit aux assiégeants comme d'une redoute contre les sorties de b porte de Metz.

150 PITIT^'<ÈHBi%-i^ŒÏivBB"Hl's\0KIQl]K8.

A l'autre attaque. Ta ligne se poussait égaleniént. îllaîs le Imitième joar tes assiégés firent une furieuse sortie su^r ba'idelot, qui était de garde avec le régiment d'Harcoiirt. Pendant que toute la cavalerie des asMégés combattait contre celle qui soutenait la trancliée , leur înMterie fondit sur la télé du travail , et fit reculer la garde avancée jusqu'auprès de la batterie. J>andelot, qui se trouvait dans l'autre attaque au^èsduprince, marcha lelopg de ta contrescarpe au secours de la tranchée. Les assiégés, se voyant coupés, se retirèrent en diligence. La garde à cheval , fortifiée de quelque cavalerie du camp, poussa celle de I3 place jusque dans la barrière de la porte, et l'infanteriefutrenversée.parDandelot jusque dans la contrescarpe.

Plus le duc d'Enghien s'appliquait à faire avancer les travaux, plus les assiégés redoublaient leurs efforts. Avant qu'on fût à leur contrescarpe, ils eurent coupé au pied du glacis un second chemin couvert bien palissade , qui était plus diffîcite à prendre que celui de la contrescarpe , parce que la défeiise qu'il tirait de la place était plus proche et plus rasante. Néanmoins la neuvième nuitée nouveau chemin couvert fut emporté des deux côtés. On y perdit beaucoup de gen$ , et il est impossible de n'en pas perdre beaucoup quand Jl lâut se loger au pied du glacis d'une contrescarpe vue de (ous qôtés par les d^enses des bastions. Perseval, qui avait la conduite de l'attaque du duc d'Enghien , fut blessé à mort 4aDs cette occasion. ,.,,..,

Après avoir ^t un }ogement si important , on travailla à celui de la conlrescai^e^ et la dixième nuit on logea, des mousquetaires à droite et à gauche pour appuyer cette entreprise , qui fut exécutée lé onzième jour. Ceux qui savent la guerre conviennent qu'il n'y a rien 4e. plus jifGciJ*;. dans les si^es que les logements des contrescarpes quand on veut les emporter d'emblée, au lieu de s'y loger peu à. peu par des sap^ et des fourneaux. CeBede Thionville était forte par sa laideur et par les traverses que les assiégés y avaient faites.

CIHPAGNK DE BOCBOYl I5t

Il était m£me très-malaisé de ehoiur un lieu propre pour fain celi^emeDt; car, soit qu'on le fit vis-à-Tis de la face de la demi-lune ou du bastion, l'un dea deux ouvrages voyait le travail h revers.

Malgré toutes ces difficultés, il fiit résolu que l'on^reerait le chemin couvert aux endroits qui regardaient la face du bastion. I<e duc d*Eughlen crut que les deux tranchées disant leurs attaques tout à la fois , ceux qui défendaient ta contrescarpe IScheraient le pied, de crainte d'être enveloppés entre les deux attaques , et qu'ainsi le logement s'y pourrait foire par des ëpaulements fort élevés pour se couvrir contre les défenses des bastions et delà demi-lune.

La nuit que cette attaque fut ordonnée de la sorte , Espenan ôommandait la droite , et Gesvres la gauche. D'abord que lesignal fut donné , leurs hommes marchèrent en même temps droit à la palissade. Les jeteurs de grenades qui étaient à Is tête firent un si grand feu que les assiégés n'y pnrent résister ; mais, ayant trouvé en se retirant que ceux qui s'opposaiettt au marquis de Gesvres avaient ^t une plus grande défense; ils se joignirent à eux, et ll^attacha en cet endroit un cbmhât si opiniâtre que le marqiris de Gesvres perdit beaucoup de gens avant que de pouvoir chasser les assiégés du chemin couvert.

Cependant Espenan, qui ne tronvalt point de défense que celle de la detni-)une et des bastions , commença ses logements'; mais la Plante, capitaine de Picardie, qui servait d'ingénieur en cette action; fut blessé pendant qu'il traçait l'ouvrage. Cet accident mit le désordre parmi ceux qui portaient les mat^Sriaux : la ligne n'était marquée qu'à demi ; on jetait les fascines en confusion , et personne ne gavait par . où s'y prendre pour travailler aii logement. Un bon ingénieur est,'pdur âinst dite IrSrae d'une attaque, étonne peut trop Ëdnsîiiérer ceux quiontassefdtfvaleôi' et d'intelligence pour M bfoi aequiHer de cet emploi.

Le diic d'EiigHiéR accooruten ceténdrolV'.'et fitemployer

1S3 PETITS CHEFS-D ŒUVSB SISTOIIQUBS.

toute la queue de la tranchée h porter des barriques , des fas> Gines et des sacs à terre, tandis que quelques officiers traçaient le travail le mieux qu'il leur était possiUe. Daiis ce logement, tel que le désordre permit de le faire, cinquante hommes se mirent à couvert avant la pointe du jour, et se cachèrent après avec des blindes et des chandeliers aux lieux qu'ils voyaient enfilés. Ainsi le duc d'Enghien se rendit maître du chemin couvert, et les assiégés ne purent défendre plus longtemps leurs traverses entre les deux attaques.

Les nuits suivantes on ne lit rien qu'étendre ces logements , afin d'embrasser la pointe de la demi. lune et des bastions. Aussitôt qu'on fut logé devant la face de la demi-lune, le prince donna ordre de commencer une descente dans le fossé. II fit jeter quantité de &scines pour le combler , et en même temps le mineur y descendit. Mais les assises avaient fait un petit logement avec des barriques le long ^e la herme de la demi-lune , qui empêchait le mineur de se loger-, tantôt avec des bombes et tantût à coups de mains. Le duc d'Enghien, voyant qu'à moins que de rompre ce logement de la berme i coups de cauon il était impossible de mettre le mineur en sûreté , fit faire une batterie de quatre pièces contre cette face de la demi-lune , et le canon ruina cette défense en peu de temps.

Les travaux de l'antre attaque s'avançaient beaucoup, et les ](^ments s'étalent dargis de telle sorte à droite et à gauche , que les batteries destinées pour ruiner les flancs furent dressées presque en même jour. Les logements se joignirent â la tête de la demi-lune , et en moins de huit jours toute la constrescai^ fut assurée. Alors on comramça les descentes dans le fossé vis-à-vis des faces des bastions , et le prince fit préparer les matériaux pour la construction des galeries.

C'est un travail long et difficile quand le fossé est large et profond comme celui de Tbionville. D'ailleurs l'impatienee des Français ne leur permit pas d'y apport» toutes les prtcautionsqne l'art militaire demande pour ménager la vie des

CAMtieHB DH ROCKOT. t53

hommes. Jusqu'au si^ de Hesdin, on se contentait de combler le fossé arec des fascines jetées au hasard, sans se couvrir ni par-dessus ni par les lianes. Le maréchal de la Meilleraye , qui commandait à ce siège , étant assisté de toutes les choses nécessaires pour y réussir, et ayant tenté vainement les voies accoutumées pour passer ie fossé, se servit d'un moyen inconnu jusqu'alors en France. Courteilles trouva l'invention d'une galerie de fascines si ingénieusemeut &ite qu'elle avait sa couverture et ses parapets comme une galerie déterre.

Ce fut avec de semblables galeries que le duc d'Engh^eu fit passer le fossé de Thionville. Il avait fait amasser quantité de £ucines à la queue de la tranchée , et sans cesse il y avait des hommes ordonités pour les porter à la tête du travail Aussitôt que les descentes furent un peu avancées, Courteilles commença son ouvrage en cette manière.

Il fit jeter des fascines dans le fossé jusqu'à ce qu'il y en edt cinq ou su pieds de haut au-dessus de l'eau. Quand le monceaude faunes fut fait, on acheva de percer la sape pour mtcer dans le fossé. Six hommes y passèrent et se mirent à couvert contre la &ce du bastion , derrière cet amas de &sciaes , et , dès qu'ils furent couverts , ils commencèrent à les ranger à droite et à gauche pour former tes parapets , les entrelaçant tantôt en long , tantât en travers , tantôt en pointe , pour rendre l'ouvrage plus solide. A mesure que les travailleurs les plus avancés disposaient les fascines , d'autres letrr en poussaient avec des fourches ; et les hommes , ordonnés pour les porter de la queue à la tête de la tranchée, les jetaient sans cesse dans le fossé. Ensuite on posait le long de la galerie , de six pas en siic pas , des blindes et des chevalets , afin que les travailleurs ne fussent pas vus de la hauteur du rempart. Ils poussaient ainsi leur ouvrage peu à peu vers la muraille, et les assiégés étaient surpris de roir un amas de fascines traverser insensiblement la larii^ur de leur fossé, sans pouvoir découvrir les personnes qui le faisaient avancer-

.,Got>gL-

tS4 PITITS CHXFS-D'OBUTHE BISTOBtQUES.

Pendant qu'on achevait ces galeries à chacune des attspes , on dressaitlesbatteriescoatreles flancs de$b3Stions.ï.e canon y fut si bien servi , que celui de la placé n'ïncominoita plus les travaux , et même les assiégés furent contraints de retirer la plupart de leurs pièces sur un cavalier.d'où ils ne pouvaient tirer que dans h plaine et sur la queue de la tranchée.

La batterie que l'on avait faite pour rompre leur logement sur la berme de la demi-lune , en avait si fort ébranlé le rempart, qu'il était aisé de s'y loger saus faire jouer la mine. C'est pourquoi les assiégés, désespérant de pouvoir défendre plus longtemps la demi-lune , y avment fait un fourneau à l'endroit oii ils prévoyaient que l'on se logerait; et quand ils rirent qu'on se préparait à (wmmencer l'attaque , ils mirent le feuàce fourneau, mais iljoua avant que les gens commandés fussent montés sur la demi-luné. L'effet en fut si iieureux pour les assiégeants, qu'il ouvrit un espace très-commode pour placer leur logement, et fit en un instant ce que letravail de plusieurs hommes n'aurait pu faire en un jour.

Dès que ce poste fut assuré, le due d'Enghîen fit eontinner d'autres logements dans la gorge de la demi-lune. Bnsidte l'on dressa une batterie contre la courtine et les flancs ; et pendant que le canon achevait de ruiner toutes ces denses , le prince ordonna de Inire un pont semblable aux autres droit au milieu de la courtine.

Dans le même temps qu'on se mit à construfre les ponts, le duc d'Rnghien fit &ire à coupsde canon des trous pour attacher les mineurs dans le milieu des faces des bastions par des pièces qu'il Ht placer au fond du chemin couvert. Ces trous étant d'une grandeur à loger deux hommes , il fit passer les mineurs dans des nacelles , afin que les mines fussent prêtes en même temps que les ponts seraient achevés.

Les assiégés n'oubliaient rien de leur câté pour retarda ces travaux ; car, outre lé grand feu du mousquet qnlls ftlsaient des bastions, ils jetaient sans cesse des bombes, des grenades, et d'autres^ux d'artifice, et de tenips en temps ilsfai-

I , Gi.>ogk'

SB BOCBOV. l->i

soient des sorties si opiDiâtres, que , sans la vigilance et l'ii|iplication continuelle du dut; d'Engliien, les soldats se seraient rebutés.

Dans une de ces sorties sur l'attaque deladroite, les assiégés cliassèrent la garde de la batterie qui était sur la contrescarpe, se rendirent maîtres du canon, renclouèrent, etse retirèrent sans perte. Cet accident obligea le duc d'Engliien à faire élever deui bonnes redoutes ponr assurer ses batteries. Les assiégés ne se rebutèrent point el tentèrent une des plus ex* traordinaires actions qui se soient vues dans un siège. Pendant qu'ils occupaient la garde de la tranchée par une grande sortie , quelques fantassins passèrent le fossé sur des bateaux, se jetèrent dans la contrescarpe , et entrèrent jusque dans la batterie par les embrasures, tuèrent ou chassèrent ceux qui la gardaient, enclouèrent le canon, et se retirèrent heureusement dans la place.

Des actions si périlleuses ne se faisaient pas sans qu'il en coûtât la vie à beaucoup de soldais et d'officiers. Le marquis de I^enoncourt , gouverneur de Lorraine, étant venu aNancI pour voir le duc d'Engliien, eut la curiosité d'aller visiter les travaux; mais à peine fut-il arrivé à la première batterie qu'il fut tué par une embrasure. Vjû même temps un coup de canon donna contre un sac de terre sur lequel Dandelot était appuyé, et lui jeta toute la terre dans le visage sans lui faire aucun mal qu'un peud'enQure et de douleur auK yeu\.

Aussitôt que ces galeries furent achevées et que les mines eurent joué, le duc d'Enghien lit aller à l'assaut pouressayer de faire un logement sur le haut du bastion. Le combat y fut fort âpre des deux câtés , et les assi^eants furent contraints deseretireravecbeaucoupdeperte.Leducd'Engbien, voyant que la mine n'avait presque abattu que le revétissement de tamuraille et que cet effet ne suflîsait pas pour entrependre dé se'loger sur lé bastion, se contenta de faire faire nn petit logement au pied de l'effet de la mine.

¥m ce même lieu 11 fit commencer un fiunnenu pour abattre

IS6 Petits ëhefs-d'œuvbb HiSTAsiQtiBS.

la terre d^ bastions; mais il était difficile d'y coDduîre de nouvelles mines, le terrain étant si ébranlé qu'on n'y pouvait foire de galerie qu'avec des chandeliers et des madriers, en élayant peu à peu , et quand on soutenait la terre d'un côté elle tombait de l'antre.

Le mineur ne lai&sa pas d'achever deux petits fourneaux à chacune des deux attaques , et l'on se prépara pour faire un effort considérable. Après un combat très-opinidtre à l'attaque de la droit«, malgré les bombes, les grenades, et les coups de pierre , les assiégeants se rendirent maîtres du haut de la brèche; mais ils furent contraints de l'abandonner un quart d'heure après, ne pouvant soutenir le feu d'un retranclieraent que les assiégés avaient fait è la goi^ d'un bastion.

Gassion, qui commandait la garde de la tranchée ,; fut dangereusement blessé h la tête; Lescot, lieutenant des gardes du duc d'Enghien, y fut tué. Le chevalier de Qiabot et plusieurs ofGciers des gardes du roi y furent blessés. L'assaut qu'on avait donné à l'autre attaque n'avait pas été plus heureux, caries deux foumeauin'ayant pas Joué en même temps, le marquis de Gesvres s'avança aubruit de la première mine ; et, comme il était sur le point de marcher à l'assaut avec plusieurs ofBciers , ii fut accablé par l'effet du second fourneau. La perle d'un si brave homme ralentit fort ceux qu'il commandait; ainsi l'attaque de la gauche se fît avec peu d'ordre et de vigueur , et le duc d'Enghien vit bien qu'il devait aller avec plus de précaution contre des gens qui se défendaient avec tant d'opiniâtreté.

11 fallut donc percer jusque dessous le retranchemeut , et bouleverser ces bastions qu'on ne pouvait emporter par assaut. La Pomme, capitaine des mineurs, entreprit cet ouvrage malgré les pluies continuelles et les ditOcultés qui se rencontraient dans le terrain. La rivière était si débordée, que les deux ponts qui communiquaient les quartiers avaient été emportés par la force de l'eau. Ainù , les quartiers de Palluau et de Sitôt étaient en grand péril ; et si le général Beek , qui

CAHPàQI» DK lOCBOY. l£?

était à Luxembourg avec son armée , fdt veau les attaquer «rant que les ponts fussent raccommodés , le duc d'Enghien n'y aurait pu apporter aucun secours.

Cependantleraineurque le duc d'EnghieuavaitËiit attacher au milieu de la courtine , ne trouva derrière qu'autant 4e terre qu'il lui eu fallait pour s'y loger. Cela fit voir qu'on aurait plus tôt fait de la ruiner par une batterie. En effet , quatre canons y firent en trois jours une brèche très-consJdéra' ble , et en moins de six jours les mines qu'on faisait sous les bastions se trouvèrent achevées.

Le duc d'Eugiiien fît avertir les ennemis de l'état où ils étaient , afia qu'ils évitassent par une prompte capitulation la ruine de leurs troupes , le renversement des fortiScaiions , et les malheurs qui saivent d'ordinaire les sacs des villes prises par assaut. Les assiégés visitèrent les mines , et , se voyant attaqués de tous cotés sans espérance d'aucun secours, demandèrent à capituler. Le duc d'Eaghten leur accDrda des conditions très-honorables ; ainsi, après une longue résistance, la garnison sortit le vingt deuxième du mois d'aoilt et le trentième de l'ouverture de la tranchée.

De deux millehuit cents hommes quicomposaientla garnison au commencement du siège , elle était réduite à douze cents. Le gouverneur avait été- tué, et la plus grande partie de ce qui restait d'(rf6ciers étaient blessés ou malades. Le duc d'Eugiiien les lit conduire h Luxemboug , où Beck avait toujours demeuré pendant le siège avec le corps qu'il commandait, ta saison était avancée, l'infanteriefrançaise était fort diminuée, et les mines avaient tellement ruiné la place, qu'il fallait beaucoup de temps pour la rétablir. Ainsi l'armée ne fit autre chose pendant trois semaines que remettre les fortifications ec état et combler la circonvallation. Le duc d'Enghien renvoya le gros canon h ileiz, pourvut la place de vivres et de munitions, et en donna le gouvernement h Harolles.

Mais afin d'assurer davantage cette conquête et de se rendre entièrement maître de la Moselle , te prince passa le reste

ihS PETITS CUEFS-d'cEUVKE HISTUKIQtitS.

de la camps^e à prendre Sierck et quelques cliSteaux entre Trêves et .ThiOD ville. Sierck est une petite ville daus la ïmtraine , située sur le bord de la Moselle , en un endroit où les eoteaui resserrent eitrSmenient son lit. Elle n'a aucune fortification, et tante sa sûreté dépend d'un château qui commande sur la ville. Il est flanqué par des grosses tours fort épaisses , et il passe pour le meilleur château qu'il y ait dans toute celte contrée. Le duc de Lorraine y tenait une garnison de cent hommes. Le soir m^me que le duc d'Engliien y arriva , il fit emporter la ville et dresser une batterie devant le cliâteau. En m^e temps il fit attacher un mineur à In muraille. Le gouverneur, étonné de cette attaque, se voyant sans espérance de secours, ne voulut p^s se mettre au liasnrd de perdre les hommes qu'il commandait; de sorte qu'après s'être défendu vingt-quatre heures, il capitula et sortit avei; une composition honorable.

. Le due d'Enghien envoya prendre d'autres f;!iâteau\ le long de la rivière , qui ne firent point de résistance ; et, après cHte expédition, il ramena ses troupes en France dans des quartiers de rafraîchissement. Espenan et Bandelot demeurèrent à l'armée , et le prince leur ordonna démarcher vers Estain, pendant qu'il ferait une course avec deux mille chevaux dans le fond du Luxejnbourg. Il alla même jus.qu'aux portes de la ville capitale, et la cavalerie de Beck fut obligée de se renfermer dans la place. Il marcha ensuite alentour d'Arlon, sans trouver d'ennemis , et , ses troupes ayant fait un butin considérable, il vint rejoindre son armée à Villers-Ia-Montagoe.

Alors il remit le commandement général au duc d'Angouléme, qui avait été pendant la campagne avec un petit corps d'arme sur les frontières de Champagne et de Picardie. Apres avoir donné ses ordres , il revint à la cour, dans la pensée d'y pouvoir demeurer quelque temps en repos ; mais il n'y fut pas plutôt arrivé que les aflàires d'Allemagne l'obligérentderetoumerù Karmée.

CIHPAGNB DE XOCKOY, 159

MerciavaitpoasséleinaréehaldeGuébnantJusqu'auiluçàdti Rbin. Sonarméeétait si faibleque, sans un prompt et puissant secours , elle ne pouvait tenir ia campagne plus longtemps. 11 fallait même une personne de la qualité du duc d'EnghienpourraenercereafortetpQur empêcher les troupes de se débander, parce qu'elles craignaient de passer en Allemagne.

Le comte de Ranzàu fut choisi pour conduire cette année qui devait joindre le maréchal de Guébriant. Le duc d'Knghien ne demeura que quinze jours à Paris, et s'en alla en poste rejoindre Ranzau en Lorraine, Il le trouva à la cdte de Delme, où était le rendez-vous général, et, marchant par Saireboug , il joignit enfin le maréchal de Guébriant à Dacbstein, auprès de Strasbourg, avec cinq mille bomnws effectiâ.

Après avoir vu toute l'aimée ensemble , et l'avoir assurée qu'il y reviendrait aussitôt qu'il ferait bon mettre «i campagne , il alla visiter les places du Rhin , et il se rendit par IecheroindeSaiute-Marie-aux-Hinesàneufchâte[,oii il distribua les quartiers d'hiver. Enfin il retourna à la cour, ayant gagné dans une seule campagne une grande bataille , forcé une place très-importante, et mené un puissant secours en Allemagne.

RELATION

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