CAMPAGNE DE FRIBOURG
La bataille de Rocroy et la prise de thioDTÎlle avaient rétabli la r^utation des armes de France dans les Pays-Bas. L'infanterie espagnole était minée. La terreur avait saisi le reste des troupes ennemies. La plupart des villes de la Flandre n'étaient pas en état de se défendre longtemps. Enfin un général y pouvait tout entreprendre avec succte : le duc d'Orléans prit ce commandement.
L'emploi d'Allemagnen'étaitpasde même, car, après que le duc d'Engbien y eut mené dm secours, le maréchal de Guébriant fut tué devant Rotwil , et l'armée demeura sans autre chef que Ranzau et Roze. Ranzau avait beaucoup de cœur et d'esprit; il avait même une certaine éloquence naturelle qui persuadait dans les conseils de guerre et qui ent^^^ naît les autres dans son avis ; mais sa conduite ne répondait pas toujours à ses discours, car le vin lui faisait faire de grandes fautes et le mettait fort souvent hors d'état de commander ; il avait mis l'infanterie en quartier à Tutlinghen , sans prendre aucune précaution pour l'empêcher d'être enlevée , et il s'était brouillé avec tous les chefs allemands. Les Bavaroiset les Lorrains lui tombèrent sur les bras avant qu'il eût le moindre avis de leur marcbe; et Jean de Wert l'ayant forcé de se rendre avec ses troupes , tous les officiers furent prisonniers de guerre. La cavalerie allemande, dispersée en divers endroits, se retira versBrisacli sousia conduite de Roze,
163 PRTITS CHBtS-b'œOTNB HISTOHIQUBS.
et pdtses quartiers d'hiver dans la Lorraine et dans l'Alsace.
Aussitât que la nouvelle en ftit arrivée à la cour , le vicomte de Turenne eut ordre d'aller recueillir le débris de cette ^mée et d'en prendre le commandement. Il passa tout l'hivet à la rétablir ; mais , quelque soin qu'il es prit , elle ne fut ttas en état de s'opposer aux Bavarois , dont l'armée s'était grossie depuis la défaite de Banzau. Merci, qui la commandait, se voyant mattre de la campagne, alla investir Fribourg, qui n'était pas en état de soutenir nn long siège.
Le duc d'Enghien en apprit la nouvelle h Amblemont , proehedflMouzon, et reçut ordre de la cour d'aller joindre rarmée d'Allemagne, pour, tâcher de secourir cette place. Il marcha le vingtième de Juillet du côtédeMetz, où ses troupes passèrent la Moselle et laissèrent leur gros bagage. En treize jours demarcheil fit soixante-huit lieues, et il se rendit à Brîsack avec su mille hommes de pieij et quatre mille cbevaux .
Le prince sut par les chemins gue Fribourg s'était rendu aux Bavarois, que le vicomte -de Turenne était campé assez (irès d'eux , et qge Merci ne faisait paraître encore aucuu dessein de changer de logement. Sur cet avis, il s'avon^vers le vicomte de Turenne avec le maréchal de Gramont, et en même temps il donna ordre à Marsin de passer le l^hin à Brisack avec l'armée , le troisième d'aoïit.
Le duc d'Enghien ne demeura au camp du vicomte de Turenne qu'autant qu'il fallait pour reconiiaitre le poste^des Bavarois et pour résoudre de quelle façon il les attaquerait. Il retourna à son armée le même jour qu'elle passa.le [tliin,et le lendemain il marclia pour exécuter l'entreprise qu'il avait formée avec le vicomte de Turenne.
Fribourg est situé au pied des montagnes de la Forét-Noire. Elles s'élargissenten cet endroit en formeile croissant, et au milieu de cet espace on découvre auprès Ae Fribourg une petite plaine bornée sur ladroilepat des montagnes fort liaut es, et entourée sur la gaucbe par un bois marécageux. Cette plaine est arrosée d'un petit ruisseau qui coule le long du
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C&HP&HNB DE FBIBOItBG. f6)
bois et qui tombe aprè« sur b gauche deFriboui^ <S^ns l'eiifoncemeutd'UDe vallée étroite et <»upée de marécages et de bois. Ceux qui viennent de Brisacli ne peuvent entrer dans cette plaine que par des défilés au pied d'une montagne presque inaccessible , qui la commande de tous côtés , et par les autres cbemins , l'entrée en est encore plus difficile.
Merci s'était posté dans un lieu si avantageux ; et comme c'était un des plus grands capitaines de son temps , il n'avait rien oublié pour se prévaloir de cette situation. Son année était composée de huit mille hommes de pied et de sept mille cbevaux. Il avait étendu son camp le long du ruisseau; mais, outre celte défense et l'avanlage qu'il tirait du bois et des marécages, il l'avait fortifié du côté de la plaine par un grand retranchement. On ne pouvait aller à lui que par le chemin de Brisack a Fribourg , et par conséquent il fallait passer au pied de cette montagne, que défendait la meilleure partJede ses iroupes. Cest pourquoi ce général employa to ute son industrie à mettre cet endroit de son camp en état de n'être pas forcé.
Dansla pente du edté de la plaine, il fit faire un fort pallissadé où il mit six cents hommes avec de l'artillerie. Par ce moyen , il s'assura du lieu le plus accessible de cette montagne. De ta, il poussa uneUgne le lougd'uu bois de sapins en montaijt vers le sommet, jusqu'à un endroit où il était impos'ijble de passer. Cette ligne était défendue par des redoutes de deux cents pas en deux cents pas , et pour donner encore plus de peiue à ceux qui la voudraient forcer, il fit coucher tout du long de cet ouvrage quantité de sapins , dont les branches étaient à demi coupées et eutrelacées les unes dans les autres, et faisaient le même effetque ces pieux qu'on appelle cbevaux de frise.
Entre cette montagne que l'armée française trouvait sur la droite, et une autre qui était plus proche de Fribourg, il y avait un enfoucement par lequel on pouvait entrer dans le camp des Bavarois ; mais , pour y arriver, il fallait faire un grand tour et passer par des lieiuqui n'avaient jamais été re-
184 PITITS CHBPS-naDVBB HtSTORIQtP BS.
cooniu. Cet endroit était Daturelleiuent fortiGé par nae ravûw large et profonde, et Merci s'était contentéd'y faire faire un abattis de bois coucliés en travers de la ravine. EaBu jamais cannp n'a été dans une assiette plus forte ni mieux retranché qne celui-là.
Cependant le duc d'Engliien résolut d'en chasser Merci , et disposa son attaque de cette sorte. Il devait marcher avec toute son armée contre la ligne du haut de ta montagne le loi^ du bois de sapins , laissant le fort sur la gauche et s'appliquant uniquement à emporter les redoutes qui la défendaient, afin qu'ayant gagné la hauteur qui commandait sur tout le reste , Û pÂt se rendre mattre du fort et descendre en bataille dans le camp des Bavarois.
Le vicomte de Turenne devait attaquer l'abattis d'arbres qui défendait le vallon ; et pourvu que les deux attaques se fissent en laimt temps , il y avait lieu d'espérer que l'eunemi, étant séparé en deux endroits , serait ejnbarrassé à se défendre, et que s'il arrivait qu'il filt forcé du cdté de la ravine, le duc d'F.nghien venant par les hauteurs et le vicomte de Turenne entrant en même temps dans la plaine , Merci ne pourrait leur résister.
Dès qne les troupes furent arrivées, le duc d'Enghien donna ordre qu'on se préparât pendant la nuit pour combattre le lendemain. Le vicomte de Turenne, ayant un grand tour à faire, partit avant le point du jour; mais lesdifficultés qu'il rencontra dans sa marche retardèrent les attaques que les deux armées devaient faire en même temps.
Le duc d'Enghien disposa la sienne de cette sorte. Son Infanterie était composée de six bat»ltons de huit cents hommes chacun. Espenan, maréchal-de-camp, fut commandé avec deux bataillous des régiments de Persan et d'Enghien pour donner le premier. Le comte de Tou mou, maréchal-de-camp, se mit à la tête des régiments de Conti et de Mazarin pour soutenir Persan. Le duc d'Enghien réserva deux régiments pour les employer où l'occasion le demanderait^ et le maré-
CAHPAenB SB FRI80UBG. 165
chai de Gramont, Maisin, Léchelle et Maurilli, demeurèrent auprès Ae sa pecsaime. Paltuau , maréchd-de-camp , soutenait toute l'attaque arac le r^meDt de cavalerie d'Ënghien , et les gmdannes inrent postés à l'entrée de la plaine dans un lien fort serré , pour empêcher que les Bavarois ne prissent l'infanterie parle flanc.
Pour aller 3UI ennemb, il fallait monter suranné cale fort escarpée au travers d'une vigne i dans laquelle il y avait d'espace en espace des murailles de quatre pieds de haut qui soutenaient les terres et qui servaient comme d'autant de retranchements aux Bavarois. Les troupes commandées ne laissèrent pas de monter dans cette vigne et de pousser jusqu'au retrancbement de bois de sapins , derrière lequel les BavaroiB disaient un feu extraordinaire. L'înÊiDlerie française ne put forcer ces arbres entrelacés sans perdre beaucoup d'honunei et même s»is se rompre.
Le duc d'Ënghten , qui s'était approché pour voir l'efïèt de cette attaque , observa que la première ligne de ses gens se ralentissait, et qu'ils étaient en partie entre ce retranchement de sapiasetlecampdesennetnis, et en partie dehors, ne fuyant ni n'avançant. Ils commençaient même à couler sur la droite, le long du camp des Bavarois, pour les aller prendre par le haut de la montagne ; mais le prince,, ayant reconnu auparavant hii-méme qu'on ne pouvaitforcer cet endroit, jugea bien que le succès de son entreprise ne dépendait plus que d'emporter la ligne des ennemis par le milieu.
C'est pourquoi il résolut de recommencer une nouvelle attaque avec ce qui restait des premiers régiments , bien qu'il n'en eût plus que deux auprès de lui , que cet exempte avait presque décourasés. D'abord il semblait que ce fût une espèce de témérité d'entreprendre avec deux mille hommes, rebutés du combat, d'en forcer trois mille bien retranchés et euoi^eillis de l'avantage qu'ils venaient de remporter. Hais 11 était impos.<dble de dég^er autrement ceux qui avaient passé le premier retranchement de sapins : car, en les aban-
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donnaat^le duc d'Eaghien se retirait aréc le -déplaisir d'nvoir msDqué son entrepriBe et sacrifié inntàleraeDt la ineilleurepartiedeson ioËiaterie; outre qae toute l'armée bavaroise aurait été tomber sur les bras du vicomte de Turenoe , n'ayant plus à se défendre que contretui.
Le prinee &it toutes ces réflexions en nu instant , descend de ctieral, se met à la tête du régiment deCouti, et iHarcbe auxenneinis. LeeonUedeT(ninion,suivi deCasteloau- Manvisnère , en ^t de même arec le régiment de Mazario ; le marécbal de Grsmont, Harsia, Léctielles MauviUi, la Moussaye, Jeraé^ les chevaliersde Cliafaot et de Grsmont, Isigni, Meillei,la BaaliDe,TourvilIe, Barbantana, Desbrolteaux, Aspremoat , Viange , et tout ce (ju'il y avait d'officiers et de volontaires , mettent pied à terre. Cette aetion redonne ocear aux soldats ; le duc d'Ëngbien passe le premier l'abatts de sapins, chacun à son exemple» jette «a foule pardessus ce retnncbement , et tous ceuxqâi di^êadaîent. la ligne s'enfuient dans le bois à la favmir de la nuit qui s'approchait;
Après eeprêmier avantage, le ducd'ElDglùen monte dansune redoute qu'il trouve abandonnée; mais l'état où il se voit . n'est guère moins périlleux que t'actioD qu'il vient- de faire. Une partie de son infanterie avait. été tuée ; l'autre s'était débandée à poursuivre les fuyards du cfttédubois. l«s ennemis tenaient encore le f«t, eu ils avaient-place de l'artillerie, et Merci pouvait venir chaîner les troupes du prinea dans le déswdre où elles étaient; mais peut-être que la nuit qui s'aplHt>chaît f euq>Acba d'en profiter.
Pendant qo'il restât encore vn peu de jour, le duc d'En- ^ien iass«nbla son infanterie , munit les redoates qu'il Tenait d'emporter, et, malgré les difBcnltés du chemin, il fit monter sa cavalerie jusque sur la hauteur qu'il oocapaJU Après que tovtesws troupes l'eurent joint, il fit faire ui grand bmît de trompettes et de timbales pour aj^réndre au vicomte de Twenue que «m armée avaitacheié de gagner
CAUPAttHE DE FBISOUKG. 167
le haut de la montagne , etil disposa toutes choses pour rerommencer le combat le lenderaaiu.
Le vicomte de Turenne, de son côté, avait attaqué avec beaucoup de vigueur l'abatis d'arbres qui était dans le valton, entre la montagne que le duc d'Enghien avait emportée et . celle qui était proche de Fribourg. Mais Merci , n'ayant pu s'imaginer que l'on forcerait son camp par la montagne du c6té de Brisack, en l'état qu'il l'avait mis, avait porté ses principales forces du côté du vallon; et c'est ce qui arrive d'ordinaire à l'attaque des lignes , ce qu'on avait cm le plus fort est emporté le premier. Le lieu étaitassez spacieux derrière son retranchement pour mettre ses troupes en bataille ; et quand l'armée du vicomte de Turenne aurait poussé l'infanterie qui en défendait l'entrée , toute la cavalerie bavaroise pouvait la soutenir saos rompre ses escadrons. Le vicomte de Turenne, ayant trouvé une résistance si vigoureuse, ne put jamais forcer les Bavarois. Tantôt il gagnait quelques postes, tantôt il les perdait ; ainsi son attaque se passa en escarniouches, sans pouvoir entrer dans leurs retranchements, bien qu'il montrât en celte occasion tout ce que la valeur et la conduite d'un grand capitaine peuvent faire pour surmonter le désavantage du nombre et du lieu.
Le duc d'Enghien entendait du liant de la montagne le bruit de cette attaque, et se préparait pour le combat du lendemain. Son dessein était de marcher par les hauteurs contre le camp des Bavarois et de les faire tourner vers lui avec une partie de lenrs forces pour faciliter au vicomtede Turenne l'entrée de la plaine. Chacun se disposait à e«tte entreprise comme à une victoire assurée , étant presque impossible que Merci soutint deux attaques en même temps , dont l'une viendrait d'en haut et en quene foudre sur son armée, pendant que l'autre l'attaquerait en tête.
Néanmoins Merci sortit d'un pas si dangereux avec une diligenceextraordinairp.il retira.ses troupes sur la montagne proche de Fribourg , et avant le jour il fit sortir ion canon
ICfi PETITS CHEFS-o'(EUVBB blâtOBlQIIBE.
de ce fort qui élait au-dessous del'arméeduducd'Eiighiea, sans que les généraux français en eussent aucune connaùsaoce. De sorte qu'ils furent surpris le lendemain de voir les Bavarois serelranchersurceHe montagne voisine de Fribourg et de trouver leur camp désert et leur fort abandonné.
l.e duc d'Engliien voyant les troupe^ du vicomte de Turenne répandues dans la plainey descend aus$it<?t; l'armée le suit, et à peine a-t-il reconnu les lieu\ de plus près, que les coups de canon tirés du nouveau camp des Bavarob lui apprennent qu'ils ont achevé d'occuper la montagne voisine de Ffiboui^. A ce bruit , le due d'Enghien , Qclié d'avoir manqué son entreprise , fait mettre son armée en bataille , malgré la pluie, qui n'avait point cessé pendant la nuit; mais, voyant combien ses troupes étaient fatiguées des combats passés et du mauvais [emps , il remet au lendemain à chasser les eonemis de leurs nouveaux retranchements. Ainsi l'armée eut le reste du jour et toute la nuit pour prendre un peu de repos et pour se préparer à la plus périlleuse action qui se soit vue dans les dernières guerres.
A main droite de Fribourg , en venant de Brisack , il y a une montaguequi n'est pas extrêmement roide jusqu'au tiers de sa hauteur, mais dont le reste est fortescarpé. Eu approchant du sommet, on trouve un espace de terrain assez et capable de contenir trois ou quatre mille hommes en taille. Au bout de cette petite plaine il reste encore quel' quesruinesd'une tour, au pieddelaquellela plus haute montagne de la Forét-NoJre commence à s'élever insensiblement. Mais comme elle se recule fort loin a mesure qu'elle s'élèvi sa hauteur ne commande que bien peu sur cette plaine.
Merci avait posté le plus grand corps de son infanterie aux environs de cette tour, le reste était campé derrière un bois sur la droite en approchant de Fribourg; sa cavalerie était placée depuis le bois jusqu'aux murailles de la ville; enfin ce général avait ausû bien ménagé les avantages du lieu dans ce postequedansle précédent. 11 y avait encore ajouté
fiiHtÀGflt t>B ^BlBOtlHG- 169
^iiirle défendre toates les iaventions que l'art de la guerre et \b commodité des bois lui pouvaient fournir en tà peu de temps. Les ligues qu'U avait faites durant le siège lui serrirênt en partie pour fermer ce nouveau camp , et il n'eut 3 fortifier que le côté qui r^^rdaît le vallon; il fit mettre en cet endroit plnsieurâ nmgs d'arbres abattus avec leurs brannbes entrelacées ; sa meilleure infanterie était dœrière ce retranchement, soutenue de sa cavalerie , dtnit les escadrons occupaient tout le reste du terrain entre ces rangs d'arinres et la ville.
Dès qu'il fut jour, le duc d'Engbien s'approcha du pied de la montagne où Merci s'était retranché , et prit en chemis quelques redoutes que les dragons des ennemis gardaient encore dans le vallon. L'année de Turenne avait l'avant-garde ce jour-là et devait faire le plus grand effort. D'Aumont, lieutenant-gébéral, contmandait l'infanterie. Léchelle , maréchal de bataille , marchait à la t£ie de tout avec mille mousquetaires détachés des deux armées ; il était commandé pour attaquer le retranchement qui couvrait le plus grand corps d'inianterie des Bavarois auprès de cette tour ruinée. C'était le lieu le plus accessible par où l'on pouvait aller àeux; c'est pourquoi le rïconite de Turenne fit marcher de ce côté-là tout le eanon des Weymariens.
Le corps d'infanterie du duc d'Engbien , sous la conduite d'Espenan, était commandé pour forcer l'ahatis d'arbres. Eiitre ces deux attaques , on en devait faire une fausse avec peu de gens , et seulement pour favoriser les deux véritables attaques. Roze soutenait l'infenterie avec la cavalerie weymarienne. Le maréchal de Gramont avait ordre de se tenir en bataille dans la plaine avec la cavalerie française , pour prendre le parti que l'événement conseillerait.
Le camp des Bavarois leur donnait de grands avantages , soit pour se défendre , soit pour attaquer. Leur infanterie était couverte de tous côtés. Une de leurs ailes était appuyée du canon et de la mousqueterie de la ville. L'autre aile était
IiTO PETITS CI^EFS-n ŒUVRE ^ISIOBIQUBS.
gl^icée^i|r uoe mo^tagae, .don^ la hauteur seule sufQsait ooiir j^^jâreté de& tràupes.qui l'occupaient. Mais ils avaient uiic si graDiJe étendue de eetranclieinents à défendre, que leur infeatefie , afiàihlie par .les fijtigaes4u siège et des combab précédants, qb sufâsait.paB pour garder leur camp.
Léçhelle disait déjà tirer l'artillerie de son attaque , et n'aUeadait.plus que l'ardvée de l'^arrière-garde et le signal pour commencer le condiat. Le duc d'Enghien avait com^ mandé qne. toutes les attaques se lissent en même temps. Léçhelle avait ordre de ne point marcher aui ennemis jusqu'à ce qae, le bruit des mouiquetades eât commencé vers l'abatp d'arbres et ver^ la fausse attaque du milieu. Mais un accident Imprévu ( comme il arrive très-souvent dans les )>lussi^esentri$Tise£ de la guerre) renversa tous les ordres du duc d'Enghian , ftl sauva les Bavarois d'une défaite générale.
Pendantqu'oaattendaitl'arrière-garde, qui n'avait pu joindre à cause des mauvais ctiemins, le duc d'Engliien, suivi du vicomte de Turenne et du maréchal de Gramont, était monté sur la plus haute, montagne pour .découvrir le derrière de l'armée des ennemis et voir leur ordre de bataille. .En son absence, Espenan détaclta quelques hommes à desiàein de faire une fausse attaque contre une petite redouta qui était sur son. chemin pour aller aux Bavartys., Quoiqu'il n'y eût d'abord envoyé que très-peu de gen^, le combat s'engagea insensiblement de ipart et d'aub^; les e^ne^nis- soutinrent ceux qui défendaient leur redoute; Espenan renfonça ceux qui l'atlaquaient. Enfin il se Ht en cet endroit line escarmouche si chaude, qu'à ce bruit Léçhelle orut qu'il était temps de commencer le combat , et son erreur renversa tous les des-
Loducd'Englùen, voyant de la hauteur ou il était tonte la montagne des ennemisen feu, jugea qu'Espenan et Léçhelle avaiatt&it un cgntre-temps et que ses ordres n'avaient pas été bien exécutés. Il court au plus fort de la mêlée, ilUouve
' "-'ËÙtpicNÉ DE FBIBOÙHO. '' 171
LéuhèÙé mort 'M s^ troupes quIVo^iit nf combatfi:«'n[ se retjrer. Pour réparer ce désordre, il <»)nlinande an comte de Tbiirnon de se mettre à la tftp ^e ces froipies étonnées et de' tes assurer qu'il va lui-même le^ soutenir avec un puissant
La présence du prïnce donna cœur, aux soldats : Vinfanterie bavaroise commença à s'ébrauler; deux bataillons de celle <]ui soutenait le retranche oient avaient déjà fait tourner leurs drapeaux , et donnaient toutes les marques de gens qui ne songent plus qu'à fuir.'Mals ceu^ qui bordaient leur ligne Érent.uii'feu si furieux que l'infanterie française perdit courage; les plus éloignés commencèrent a se retirer, les autres prirent l'épouvante , et plus^ors officiers même lacèrent le piçd.
En vain les généraux les avertissent dii désordre qu'on voyait dùis le camp dqs Bavarois , les pressent , les menacent , les entraînent au combat. Quand la peur a une fois saisi le soldat, il ne voit et n'entend plus ni l'exemple ni les ordres du général. Leduc d'Enghien fut contraint' de faire cesser l'attaque et de reùrer ses troupes. Cette action fut extrêmement périlleuse pour le priuce et pour tous ceux qui l'accompagnaient. Car il fut toujours à cheval à trente pas des retranchements des ennemis. Aussi, de vingt personnes qui étaient auprès de lui , il n'y en eut pas uùe seule qui ne rapportât des marques du danger où elle s'était exposée-
Le duc d'Enghien même eut le pommeau de la sdie de son cheval emporté d'un coup de canon , et le fourreau de son épée fut rompu d'un coup de mousquet.'!^, mariai de Gramout eut son cheval blé sous lui , ettous leB ïiutres y fiirent blessés. Néanmoins cet événement ne «buta point le prince, il ne fit que chaugei' le dessein de son attaque, et, au lieu de faire le plus grandeffortdu côté de la ligne comme iU'avait résolu le matin, il ordonna là principale attaque du côté du retranchement d'arbres abattus. D'Aumont fut commandé pour occuper les Bavarois avec les troupes qui venaient
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de combattra , en faisant une di?ersioa au in£me lieu où la premièra attaque n'avait pas réu&si. Le duc d'Enghien et le vicomte de Turenae , avec tout lé corps de l'infanterie conduite par MaUTÎlli, maréchal de bataille, soutenue par les gendarmes et par la cavalerie de Roze, marchèrent droit à l'abatis d'arbres.
A peine les premiers hommesdecettenouvelleattaque furent entrés dans le boiSi que les Bavarois firent un feu eitraordinaire. Néanmoins les Français marchèrent contre eux eu fort bon ordre pour essayer de forcer ce retranchement d'arbres. Après avoir chassé plusieurs fois les ennemis et en avoir été repoussés plusieurs fois , enfin Ga^rd de Merci , généralrai^or de leur cavalerie , fut contraint de &ire mettre tous ses cavaliers pied à terre ^ur soutenir son inËmterie, qui commençait à se relâcher. Alors l'escarmouche s'opiniâtra plus qu'auparavant : les deux partis tirèrent avec tant de furie que, le bruit et la fumée confondant toutes choses, ils ne se reconnaissaient pins qu'à la lueur du feu de l'artillerie et du mousquet. Tous les bois d'alentour retentissaient avec un mugissement ef&oyable , et augmentaient encore l'horreur du combat. Lessoldatsétaient tellement acharnés, les uns à forcer, les autres à défendre les retranchements, que, sHa nuit ne fût survenue, il s'y serait fait de part et d'autre le plus grand carnage qui se soit vu de nos jours.
La gendarmerie française y fit une très-belle action : I.a Boulaye la commandait ; il mena ses escadrons jusque sur le bord de ce retranchement d'arbres , et , malgré le feu des ennemis, il escarmoucha très-longtemps â coups de pistolet. Jamais il ne s'est bit de combat où , sans en venir aux coups de main , il soit tombé tant de morts de part et d'autre. Les Français y perdirent lUauvilli , et les Bavarois Gaspard de Merci , frère de leur général.
Le duc d'Enghien, ayaut ramené son armée dans le camp, ne songea plus qu'à couper les vivres aux Bavarois pour les obliger à se retirer d'un poste si avantajiçeux. Les troupes
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eurent quatre jours pour se rafraîchir, et les blesBés, qui Étaient «1 grand nombre , furent portés à Brisaqk , aSu qu'il ne restdt rien dans le camp qui pût apporter du re~ tardement an dessein que le duc d'Enghien avait formé.
Les montagnes de la Forét-Noire prennent leur origine dans les montagnes de Suisse , et suivent le cours du Rhin jusqu'à ce qu'elles se soient jointes avec les coteaux qui sont sur les bords du Necker. Ces montagnes son fort longues et plus Ou moins larges, selon le pavsoù elles s'étendent; leur plus grande largeur est de dix on douze lieues dtpuis Friboui^ jusqu'à Filinghen. Ces villes n'ont de communication que par une vallée fort'étroite et incommode pour la marche d'une armée. Néanmoins , c'était l'endroit par où Merci devait apparemment faire sa retraite. Il n'avait osé l'entreprendre en présence de l'armée française ; ainsi le duc d'En^ien crut qu'en lui coupant ce cbemin de Fribonrg à Filinghen , il lui ôtcrait les vivres et les fouirages , et le contraindrait de venir à uQ combat général ou de se retirer en désordre.
Le neuvième d'août , le prince fit marcher son armée vers Langsdelingfaen. Le village qui porte ce nom est situé dans la plus accessible de toutes ces montagnes. Ce lieu était assez propre pour incommoder les Bavarois ou pour les combattre dans leur retraite. Le duc d'Enghien y pouvait faire venir des vivres de Brisack, en cas qu'il s'engageât plus avant dans les montagnes. Mais le chemin qu'il fallait tenir pour entrer dans cette vallée était extrêmement difficile, à caoso des marécages dont les bois sont pleins. Outre que la tête de l'armée étant une fois engagée dans ces bois et ayant passé le ruisseau qui les borde , l'arriêre-garde demeurait exposée aux Bavarois, sans qu'il fût possible au reste des troupes de la secourir.
Le duc d'Enghien y apporta tontes les précautions que demandaientle désavantage dulieuBtlapréscnced'un ennemi si vigilant. Les cavaliers ne pouvant marcher qu'un à un et trèfr^souvent à pied menant leur cheval par U bride , ce prince
114 PBTITS CHEFS-ntKUVBE aiSTOHIQUBS.
mit un grand corps d'ijifanterie ^ .la q^an de l'arinée pour soutenir l' arrière-garde de sa cavalerie. Il mit aussi des^ pelotons de mousquetaires8ur les ai)es pour défei]dre!t-s passages par lesquels 1^ Bavarois pouvaient la veotr chaîner.
Dès la pointe dujouCtleyicamtede Tucanne lit marclier ïon arm^, qui composait l'avaHi-garde ce jour-là. Le duc d'Êugbieu prit le soin de faire la retraite, et se tint en pré- ^nce de l'armée de-.Merci jusqu'à ce que toutes ses troupes fussent .passées; et, après, aYoic,tt?ïei:sé.da la sorte ces mare- L-ages et,ee^ bots, il rejoignit l'avaut-^rde à Langsddinglien, sausque les Bavarois eussent (six le maiad»e effort pour lui disputer ni le passage ^u ruisseau ai l'entrée du bois.
Merci, ayant observé la marche des fonçai», en avait l'ouçu aussitôt les raisons.. Comme c'était un. des plfs habiles généraux d'armée qu'il y.eût ^u Jiignde > il ne manqua point déjuger que son salut consistait à prévenir le duc d'Enghien, et non pas à lui disputer le pa^ged'uu. défilé. Il n'avait au juste que le temps de se retirer avant que les prenûères troupes, de l'avant-^arde française le pussent joindre , et ce fut apparemment ce qui l'empêcha d'attaquer ^arrière-garde. Aussitôt qu'il la vit marcher, il Et décamper son armée , tenant le haut des, montagnes et ùisajit, conduire sou. bagage par le val de Saint-Peter, qui mène vers Filingheu. ' Le duc d'Enghien ayant appris lii niarclie de Merci , fit ce qu'il piit pour hâter la sienne; mais il y avait des montagnes presque inaccessibles à traverser pour lui couper le chemin, et ses troupes étaient extr&nement fatiguées. C'est pourquoi il fut contraint de détacher RÔze en diGgence avec huit cents chevaux seulement , pour amuser |^ Bavarois et les incommoder dans leur retraite , pendant que le festb de l'armée passerait les dËQIés. ■ ■ -, '
Roze exécuta cet ordre avec yigiieur , et commença •■ escarmoucher contre les Bavarois , auprès de l'abbaye de Saint- Peter. Aussitôt qu'il eut joint' tés; ennemis, il manda au diic d*Engbleik qu'il toit à leur queue : Tannée tVancaise défilait
E DE FBIBOUSG. I TS
par an vallon fort serré , au bout duquel il fallait mouler au sommet d'une montagne si escarpée et si couverte de bois , qu'on n'y pouvait passer qu'un à un. Le duc d^Engbien ne laissa pas de vaincre toutes ces difficultés , et son avant-garde ne.fiit pas sitôt sur le haut, de cette montagne qu'elle dî^cuuvrilles Bavarois en bataille, et Roze qni toucliait prtsqtleleur arrière-garde.
Pour aller de cette montagne , où, la tête de l'année du dui; d'Engbien s'était arrêtée , jusqu'au lieu où les Bavarois . a'é' taiej^t postés , il fallait passer deux déOlés , au milieu desquels il y a un espace capable de contenir quatre escadrons ensemble; mais avant que d'y arriver on descend par un chemin creux fort étroit, et on remonte par un autre plus fâcbeu!t à l'entrée d'noe plaine, où la cavalerie de Roze escarmouchait contre l'arrière-garde de$ Bavarois. , .
Merci n'eut pas plutôt découvert les premiers bataillons de l'avant-garde francise sur le haut de la montagni:, qu'il ju^ca bien que toute l'armée était derrière ; et comme Rose incommodait extrémejneiit la qu^lJe de son arrtère>garde , il résolut de se dé^re de lui par un grand effort avant que le duc d'Engbien fût plus près et qu'il etlt assez de troupes assemblées pour le.soutenir ; et afin de l'accabler tout d'un coup, Merci fit feire demi-tour à droite ii toute soji armée , et marcha contre la cavalerie de Roze. , .....
Ce colonel , au lieu de se retirer promptenieut dans le défilé, rallia ses escadrons, et, avec sept ou huit cents chevaux, il osa.bien aller affronter dans une plaiite toute l'armée bavaroise'. Il avait l'armée ennemie et la plaine devant lui ; à droite , le grand chelnin dé ï^ilinghen, rempli du bagage des Bavarois; à gauche, un grand précipice; et, derrière lui, le défilé par où ilfalloit rejoindre le ducd'Énghien. Rozedétacha d'abord iin de ses escadrons pour dételer les chariots du bagage des eunemià; et,avec cequllui restait, il alla chaîner les plus avaucés de l'armée bavaroise. Mais , polir se conserver libre l'eulrée du défilé, il y laissa quatre escà-
176 PETITS chefs-d'œuvre HISTOBIQUBS.
droDS , derrière lesquels il se retira après avoir été trois fois à la chaire avec les autres. Ces quatre escadrons soutinrent le choc des Bavarois sans s'ébranler , Jusqu'à ce que le reste de cette cavalerie fût entré peie-mËle dans le défiN. EnHii , de quatre escardrons Roze n'en laissa plus que deux pour défendre ce passage, lesquels, après une résistance incroyable , voyant leors gens hors du péril , se jetèrent dans le précipice qu'ils avaient sur ta gauche par des lieux où jamais il n'avait passé ni hommes ni chevaux.
L'action de Roze fut vigoureuse, et conduite même avec tout l'art qu'il est possible de pratiquer dans un si grand péril; maisilne s'euserait jamais sauvé, si Merci n'eût pas vu sur la montagne voisine les corps de l'armée française qui se formaient peu à peu, et même que le duc d'Enghien s'était avancé pour soutenir la cavalerie de Roze : car,comme il ne craignait rien tant que de s'engager à un combat général, il aima mieux laisser échapper ces escadrons que de pousser plus avaut dans le défilé.
En efEét , le duc d'Enghien ayant remarqué du haut de la montagne l'action de Roze et le .danger où il était , avait rallié ce qui s'était trouvé de gens autour de sa personne pour aller le secourir. Il était déjà dans cet espace de terrain enfermé entre les deux défilés, lorsque Roze les rejoignit ; ainsi , cette résolution du duc d'Enghien et la prudence de Merci furent en partie cause de l'honneur que Roze acquit dans sa retraite.
Merci commença la sienne en même temps , mais avec tout l'ordre que peut apporter un grand capitaine qui vent n'être jamais forcé de combattre , et pouvoir prendre ses avantages quand on lui en donne l'occasion. Néanmoins , il abandonna son artillerie et son bagage , et , laissant quelques dragons dans les bois pour disputer la sortie du déSIé, il Gt faire demi tour à gauche; et, après cela, il marcha si vite parle grand chemin de Filinghen , qu'en un moment l'armée française le perdit de vue.
DE FMIBOUBC. 177
Pendaol que Uerci ne songeait qu'à presser et assurer sa redite, le duc <l'Enghien. de son câté, ralliait ses troupes pour le suivre; mais le chemin était si difficile, qu'avant qu'elles fussent toutes ensemble Tarmée bavaroise en fut éloignée de plus d'une lieue.
Ilya une montagne entre Saint-Peter et Filinghen, beaucoup plus haute- que les autres, au sommet de laquelle on trouve une plaine qui.peut contenir une armée en bataille , et qui commande sur tous les coteaux d'alentour. Les eaux , les pâturages et la fertilité de la terre , qui est cultivée partout, rendent ce lieu très-commode et très-sûr pour camper. Ceux qui connaissaient le .pays ne doutaient point que Merà n'y établit son camp , et cette raison obligeait le duc d'Enghien de presser extrêmement sa marche. Néanmoins, quand les coureurs de son avanl^rde Turent montés snr le Holgrave (c'est ainsi que se nomme cette plaine ), ils trouvèrent que les Bavarois , après avoir commencé de remuer la terre pour s'y retrancher, avaiwt passé outre avec une dilifçence encore plus pande que celle des Français.
Alors le duc d'Enghien, perdant l'espérance de les joindre, retourna sur ses pas , et vint camper à l'abbaye de Saint- Peter. Ses troupes étaient si tasses, qu'il fut contraint de les y laisser rqioser le jour suivant , pendant que l'on brûlerait le bagage des Bavarois et qu'on emmènerait six canons et dmu mortiers qu'ils avaient abandonnés. Le lendemain , il prit un petit château, situé dans les montagnes , qui pouvait servir à ses desseins , et il envoya le comte de Toumon conduire l'artillerie à Brisack.
Ainsi, la retraite du colonel Roze fut la dernière action remuqnable de la bataille de Fribourg, qu'on peut nommer une suite de plusieurs combats très-sanglants, plutôt qu'une bataille ordbaire. D'un câté , on y voit une valeur qui ne se rebute ni de l'incommodité du temps ni du désavantage des lieux , qui hasarde tout pour vaincre , et enfin qui remporte la victoire ; de l'autre côté , on voit une pnidcnce qui
17» PBTIIB CKEFS-D CBUVll HlSTOBHlOBS.
ne s'ébranle de rien, quj profite ilebint pouf sa dâfoMe , et qui ne laisse jjas d'être accompagna d'iiiie extrftne valeOT. IlesttjifTicne déjuge^ lequel des deux mérite le plusdeglofre, ou d'attaquer une armée retranchée dons des lieux pr«s(]i(e inaccessibles etderob1^;er(|'easorttr, ou bien deoonserref un jugement ferme et intrépide dans une longue retraile en présence d'un ennemi pressant et viclorimi-, et enfin de savoir choisir des postes Sao^ lesquds on puisse n'être junais forcé. Cependant, il est vrai de dire qu'un générât qui abandonne son artillerie et son bagage passe d'ordinaire poor battu , et l'honneur de Su retraite n'est point complet s'il ne sauve tout; on peut dire même que la prudence de Merci n'aurait pu le garantir d'une déroute générale, sans les contretemps que prirent Espenân et Léchelle dans l'exécution des ordres du duc d^nghien; enfin, Il arrive presque toujours qu'une armée qui attaque des retrancheoients avec viguenr a de grands avantages sur celle qui l«s défend.
Après que le duc d'Enghien eut &rt partir le conta de Toumon , il retourna vers Lan^elingiten, où ma bag^e et son canon l'attendaient; alors il ne songea plus qta'aiix avantages que la retraite de Merci lui pouvait donner: iÀ Sentiment des principaux officiers était de reprendre Priboorg : on n'était venu que pour secourir cette placé , et par' conséquent ce devait être le premier fruit de la victoire. Le9 Bavarois n'avaieut pu combler leurs lignes; ils étaient déjà' bien elirighés; la garnison de cette place était faible, mal^iirvuede toutes choses , et effrayée du snccès des combats qu'^lonvait vus de ses remparts.
Néanmoins 1è éac -d'Enghien fut d'aviS ' if entrqtniMlre le siège de Phillsbonrg, l'autre dii^Mii IM hii pahttaiant pas assez grand dans unefiii de cainpaglM tfii'Jl fallait «oiii»Aiier par quelque chose d'éclatant ; outre' rftfén k bofnibt èr la prise de Fribou^ , les arinëes tleTràlWie n'en auriieiit pas été plus avancées daOs le (lay^, tfl mtme qu'elles annîttit
Ci^lf^AmiX DB FBIBOUHG. 17U
été ccHitnimCes deiepasserleRbin pour prendre des quartiers d'hiver ea Alsace.
Ce n'est pas que te siège de Philisbourg ne filt estrémeinentdifGcile; il fallait faire une loi^e marche poiir y aller. L'intaiiterie élait diminuée , l'argent épuisé , les vivres éloigniis ; mais le djic d'Enghien méprisa toutes ces difGcultég , et le siège de Plijlisbour^ful résolu. Il envoya à Brisack Champlastreux.'intMidoiit de sou armée, pour préparer les munitions et pour faire charger dix piènes de batterie sur les babaax dont OD se devait servir pour faire un pont sur le Rhin.
Cham^lastreux , qui était actif et intelligent dans son emploi, eut bientôt fait ces préparatifs. Le prince partit de Laugsdelinghen le seizième d'aodt avec son armée, et prit sa route le long du Rhin, après avoir détaché Tuba! avec une (Virtiede la cavalerie weynuirienne, quelques mousquetaires, ei quelques dragons. Roze suivit Tubal avec le reste des \Veymai1eus. Le duc d'Enghien se réserva la conduite de l'iiilaiiterie des deux armées et de toute la cavalerie française.
IL marcha en cet ordre vers un château situé a cinq ou six Iteu^ de Strasbourg , fortifié de ^urs à l'antique et défendu d'un assez bon fossé plein d'eau, qu'il prit en passant, ,à&n des'assurerlacommuniiiatioa de Strasbourg. Delà il vînt à Kupenbeim , que Roze avait pris dans son passage avec plusieurs autres lieux. Tubal s'était aussi rendu maître d'EtlIngert, Fors«), Bretten, Durlack, Baden, Pruéssel efWisloch, petites villes fermées de fossés, à la plupart desquelles il y a dés châteaux. Lé vicomte de Tureune alla investir Philisboui^avec trdb mille chevaux et sept cents hommes do^ied, et Iç «luc.d'tlnghien arriva le vingt-cinquième d'août déliant; cett^plac^ en dix jours de marche depuis Langsdelîqgben.
Philisboui^.est situé auprès du Rhin sur les cnnDns de la duciié de Wirtèmberg et du Bas-Palatihat , n trois lieues de Çpire. Depuis.Brisack jusqu'à Hermestein , y n^ya point de -p^f#6>^téqvePl'Ui^flq^s..Onl'apP''■'^'''3"'^'^'^'*^'^™'^"'';
1dt> MtlTS CBEM-tl'ceUTAE HlSTOalQtBS.
c'était la maison des éréques de Spire. Les troublesd' Allemagne engagèrent insensiblement ces évéques a la fortifier. Quand ils l'eurent mise en étal de se défendre , elle ne demeura guère entre leurs mains. Les Impériaux , et ensuite les Suédois, s'en rendirent les maîtres. Les Françabla possédèrent quelque temps , et enfin elle était revenue sous la domination de l'empereur.
Cette place a un fort carré, qui commande sur le Rhin , et qui se communique avec la ville par une chaussée de six pas de large et de huit cents pas de long , élevée de cinq pieds au-dessus du marais. Vis-à-vis de Philisbourg , la rivière forme un grand coude et fait beaucoup de marécages autour de la moitié de la place. Sa fortification n'est que de terre , mais ses remparts sont fort épais ; elle a des fossés larges et profonds ; l'approche ne s'en peut faire que par une tête ; le corps de la place est composé de sept bastions presque réguliers; la berme est si large qu'elle sert de faussebraie ; cette berme est d^endue d'une haie vive très-épaisse -, le fossé est pleiu d'eau , large de deux cents pieds , et profond de quatre toiseï avec une contrescarpe bieu palissadée. Du c6té de ce coude que le Rhin fait auprès de la place , il n'y a qu'on marais couvert de bois en quelques endroits. De l'autre câté le terrain y est un peu plus haut, et mêlé de bruyères, de bois , et de terres labourées.
Lorsque le duc d'Englûen la fit investir , Bamberg en était gouverneur; sa garnison était composée de deux cents cbevaux et de cinq cents hommes de pied'; il avait cent pièces de canon et des munitions pour soutenir un long siège.
Après que le duc d'Enghîen eut reconnu les lieux les plus avantageux pour assurer sa circoavallation , il employale reste de la journée à prendre ses postes , et il destina la nuit pour attaquer le fort du Rhin. L'armée française prit ses quartiers depuis Knaudeaeim jusqu'à un ruisseau qui coupe la plaine à moitié chemin de Rheinhausen, et l'armée allemande fut postée depuis ce ruisseau jusques à Rhrinliausen*
.,Got>gL-
CÀKPA6NK DB PBlBOtlIlG. I8I
Aussitôt qu'il fut nuit, les troupes se disposèrent à l'aUaque du fort. Le duc d'Enghien y alla par les bois, et le vi> comte de Turenne s'en approcha par de petites digues qui soDt au travers du marais. Le duc d'Eughieu n'y put arriver qu'à la pointe du jour, parce qu'il avait prb ua chemin plus long et plus difficile.
Bambcrg , n'ayant pas assez d'infanterie, avait retiré dans la place tout ce qui était à la défense du fort. Le vicomte de Turenne le trouva ^landonué, s'en saisit, et lemuuit de tout ce qui était nécessaire contre les attaques de la ville.
Le duc d'Enghien ne songea plus qu'à bien assurer sa circonvaliàtion. Il fit élever îles forts et des redoutes aux mdroits où le terrainy était propre, et abattre dans les marécages quantité d'arbres pour couper tous les cbemins. Le vicomte de Turenne ne trouva pas tant d'obstacles à fortifier son quartier, car il se servit d'une grande ravine qui régnait presque d'un bout à l'autre de son camp , et elle fiit en défense en y faisant an parapet; de sorte que les travaux de la circonvallation furent achevés en quatre jours , et le camp fermé de tous côtés d^Hiis Knaudeneim jusqu'auprès de Bheinhausen.
Cependant le pont de bateaux arriva chargé du canon , des munitions, et des vivres. En vingt-quatre heures il fut ^acé vis-à-vis de Germesbeûu et de Knaudeneim. Germesheim es une petite ville du Bas-Palatînat , assise sur le bord du Rliin , fortifiée de bastions de ten:e , avec un fossé sec du c4(é'de Spire , et plein d'eau du c6té de Fhilisbcurg et du marais. Sa prise était nécessaire pour tenir le haut du Rhin , et comme on ne pouvait faire de circonvallation au delà de la rivière , ou ne pouvait aussi en être assuré qu'en prenant les places qui la commandaient.
Du moment que le pont fut achevé, le duc d'Enghien fit passer d'Auniont avec six cents hommes de pied et trois cents chevaux pour attaquer Germesheim. D'Aumont s'en rendit k maître en deux jours de irancliée ouverte , et ensuite il marcha vers Spire. Cette ville , bien que située sur le Rhin , n'est
163 PETITS eiIBFS-D'lETlYSX HlSfOBigUES.
coDsidérable que par la cliâmbre impériale , dont elle est le siège , car eyè n'est "fermée <iue d'une muraille avec des tours à l'antique et un miéchant'fossé.
Pràdant qhe d'Ànmont s'asstiraltdé tous les postes nécessaires sur le Im»^ dii Rhiii ,'le duc d'Engtiién fit commencer les attaques de Philisbourg. On a déjà observé que l'approche ne s'ypeut faire que par une seole tête , où l'on trouve un Utrraifl sablouneux qui continue ]^resquè de la même largeur jusque sur la contrescarpe de deux bastiohs dé la ville.
Le duc d'Enghien ordonna deux attaques par cet endroit. Le maréchal de Granwnt conduisit la gauche. Le ticorate de Turenne prît soin de la droite. L'un et l'autre se serrirent d'environ quinze cents pas du cours d'un petit' ruisseau qui passe par cette plains , dont ils détournèrent l'eau pour faire leur approche vers les deux bastions qu'ils attaquaient. La tranchée fut ouverte le premier jour de septembre , et ta nuit même on fit une plade d'arines commune aux deux attaqués , de laquelle chacune conduisait son appro^e vo^s le bastion opposé.
Espœan, avecleréglmentdeFersàn', fut de gËH^e la première nuit dans la tranchée de Gramônt; et, ajprès avoir poussé la ligne près de deux Cents pas , H comment Une grande redoute , où il établit un corps de garde de e«Qt gendarmes à la tête des travailleurs ; et ces cavaliers avaient otfdre de se rMirer pendant le jour derrière une masure pmche de rouvnture de la tranchée.
La nuit fut assez paisible , et les assiégés, qui ne savaient encoreoiiron travaillait, n'interrompirent point l'ouvrage des assiégeants. Mais , dès que le jour parut et qu'Us virent la terre qu'on avait remuée , ils voulurent essayer de ruiner par une sortie le travail qui s'était avancé pendant la nuitl Ils détachèrent deux cents hommes de pied et cent chevaux qui s'avancèrenteontrelaligne; et, bien qu'elle fût encore pleine de trava31«irs , Espcnan se prépara pour les recevoir, et commanda aux gendarmes de ^opposer à la cavalerie des assiégés.
CAHFÂtiNB DB rSlJIOHBâ. 188
C«t eecadn)a wwfaB'HfU mmanu 9veç an tel désordre qu'il fut «mièjraDteat luagm au premier oboç ,et la Boulaye y fut tué SHFla ylaDa.néMRHHiis EïpMffiD loitiali^e ea si boa fxdre que les aaiég/is u'ofènut l'attaquer ni pousser plus loin ce luemier aFantagequ'il&Teuaient de remporter. De sorte que les geodanaes eurent le temps de se rallier et de revenir à la cbaige. Hss'eoocquittèreBtsibiea la seconde fois que, malgré le feu dfs Iwstioos , tam ce qui restait de cette sortie fut chassé jusque dans la coBtesMsrpe. I
Ai a«i les ^«iRgesnts een^iHtàwnt j^u* travail sans inteirnptio4 i inai4 lepriafontwieélàt tellement dimitra^ que-cdie de l'année <rEiigl]ieq ae toMlait qu'à Voie -fliiUe bonmes , et rMikvn'étiit|ns<de plus de dwuiniUe>'Aveç^ipeiide gens , le prince «ut des peines^ wcn^ble» » gwder use ai grande ùrcwvallationvti feuTBir les bommes^qu'ii: fallait ^ur la gardedatotniKdtéeet pmir to«ia les autres, traroar,
SoD'iiMiaBtene«ta)l composée de quatoe bataillons. Celui qol sottatt,de ia tzaa^iée allait à la gardfi extrsfwdinajre du camp. I«3'4eui mUms tnjaillueataux Bpfvoobes « et le dernier HMowait des fiucte* pour lem^l&foiaé. Palluau , avec lei^JDwnt d'Engbien , retera la sMondeanlt Espeoan et Persan V B aranfi beaucoup U ligne, et acheva ta redalite. Tourne* et Uaisin , ks deux nuits snivimtes , poossàrent les travaux fort avant, et firent une batterie de six canons.
■ L»vii»mUà de Tunmte «'avait pas &it Jwdns dé diligence de 4(1^ o^té : la cinquième afit , lesdeux attaques firest leur logenMSteirlftcoiitreaoufe.BaatbergDe tétait offoséàtous cestiqvauK'que parle feu'dncnion Et db mousquet. Le duc d'Enghieit Alamit eu RUciqie!ncMnrile de l'armée de Bavièn; il smltveulepMflt'que JeasdeWerttiuciMitffvwmille chevaux et autant de mpusquetaires pAuFeBMyer Ua jeter dus»co«drs daisPhili3boB»g, et cal »is l'obligea de redoubler la gaKtedMtiguésetmtoede fiâ:eâkelebinR»c toutes les nwts.-.'- ' Ansùtât '9ub tes -deux Dltaqoes e««nt isit leur logemeail
IS4 PETITS CHEFS-d'<XUVRB HISTOBIQUBS.
sur la contrescarpe , les tniTailleurs commencèrent à la percer et à faire des batteries pour rainer les défenses de la place. La descente du fossé ne fiit pas fort difficile ; mais on eut bien de la peine à l'assurer , car , comme l'eau était presque de niveau à la contrescarpe, les assiégeants ne pouvaient pas y aller sous terre , et il eût fallu trop de temps pour faire une galerie couverte de madriers. Ainsi le duc d'Enghien se contenta de faire tirer une ligne droite qui aboutissait au fossé et qui était cou< verte avec des&sciues sur des blindes et des diandeliers.
Espenan et Palluan , pendant les deux nnits de leur gSrde , mirent leur travail en état de pouvoir combler le fo^. Le comte de Tonmon y avait déjà fait jeter quantité de fascines ; mais , en passant par cette ligne enfilée qui conduisait an travail , il fut tué d'un coup de mousquet.
La Pomme , ingénieur fort expert à faire des mines et à passer des fossés, avait entrepris de fure des ponts de fiiscines ; mais il y trouvait beaucoup de difficultés à cause du canon de la place , sur qui celui des assiégeants n'avait pu prendre le dessus , parce que les assiégés en avaient un si grand nombre qu'une de leurs jHèces n'était pas plus tât démontée qu'ils en poussaient une autre k la place ; et outre celles qu'ils avaient dans leurs flancs dont ils battaient le pont en travers, ils eu avaient un rang sur la face des bastions qui l'enfilaient et qui ruinaient tout le travail.
Il est vrai que leurs flancs étaient si petits qu'ils n'y pouvaient mettre que trois pièces. C'est le début ordinaire des màlleures places d'avoir les flancs trop serrés ou trop découverts ; mais le premier de ces défauts est le pire , parce qu'entre deux batteries opposées le plus grand nombre de canons l'emporte toujours . &i effet , les assiégeants , ayant dressé deux batteries de quatre pièces cbacune , fir^it taire celles des flancs ; mais les assiégés en placèrent tant sur la foce des bastions , dont te rempart est ibrt bas , qu'ils ruinèrent celles des aasi^eants. Cest pourquoi le duc d'Enghien futobligé de faire élever des épauletnents pour enterrer ses batteries et se
CÂHPAGNE DE FBIBOUIG. 185
couvrir des faces des bastions. Far ce moyen , son canou se rendit le maître , et In assi^eants travaillèrent avec plus de sdreté à leur pont.
Bamberg reconnut alors qu'il n'était plus en son pouvoir d'empêcher que le fossé ne fdt comblé ; et comme sa garnison était Êiible , il ne crut pas devoir attendre que le mineur fût attadié , espérant de faire auparavant une capitulation plus avantageuse. Il fit battre la chamade, les otages furent donnés, et la garnison sortit le douzième de septembre, au nombre de cin^ cents hommes avec deux piècesde canon. Leduc d'Enghicn fît entrer le régiment de Persan dans la place , et y mit Espeuan pour gouverneur.
CeOe conquête , quoique plus facile que le prince ne Tarait prévu , donna une grande réputation anx armes de France. Plusieurs villes envoyèrent des députés. Spire n'avait pas attendu que d'Aumont Feât fait sommer, les magistrats en avaient porté les clefs au duc d'Enghien. 11 les reçut honorablement; et, après avoir confirmé leurs privilèges, il les renvoya pour feire sortir les Impériaux et recevoir la garnison française que d'Aumont eut ordre d'y faire entrer.
Mais le duc d'Enghien ne pouvait pas recueillir lui-même les fruits de la prise de Philisbourg, ni s'en éloigner avant que de l'avoir rerais en défense. Les ennemis s'approchaient, ses troupes étaient affaiblies et fatiguées, le canon avait fait de grandes mines qu'U fallait réparer ; ce prince n'était pas en état de se présenter devant Merci , qui avait rafi^tcbi et augmenté son année depuis sa retraite de Fribourg. Cest pourquoi le duc d'Enghien se contenta d'établir si bien ses quartiers dans les places le long du Rhin , qu'où ne pdt lui mlever sa conquête ni le forcer à un combat général.
Il avart la rivière d'un edté , la ville de l'autre , le fort du Rhin devant lui, le marais et les bois derrière. Sou armée étant campée dans un poste si avantageux , il détacha 1« vi- Gomle de Turenne pour aller attaquer Worms. Cette ville ne cède ni en dignité ni en nombre d'habitants à aucune des
18$ PBTITS CHEES-UGEEIVBB HISTOBIQUES.
villes d'Allemagne; elle est placée sur le bord duKhin, et fortiiîée autant que sa grandeur et sa ûtuation l'ont pu permettre. Le duc Charles de Lorraine y tenait ganiisop, et depuis la pecte de ses Ëtats il n'avait presque poiat d'autre retraite que celle-là.
Le vicomte de Tiureane fit descendre par la rivière l'infanterie , le canon , et toutes les choses nécessaires pour son dessein. Il marcha ensuite par le Palatinat avec deux mille chevaux , et défit six cents hommes que le général Beck envoyait àFrankendal. LesbabitantsdeWorms ouvrirent leurs portes et en firent sortir les Lorrains. De là le vicomte de Turenne poursuivit sa marche vers Mayence, et détacha Roze pour aller attaquer Oppenheim. C'est une petite ville située dans une plaine, mal fortifiée, mais défendue par un très-bon château. Koze n'y trouva point de résistance. Le vicomte de Tureone se présenta, devant Mayence, et , s'étant logé dans le faubourg , il envoya un trompette à ceux qui commandaient dans la ville pour leur offrir des conditions honorables.
Hayence est le siège de l'archevêque-électeur, et une des principales ville^ d'Allejnagne; outre qu'flleestgraode, fort peuplée, et biep bâtie poiv un pays où l'on n'a jamais eu le gobt de la bonne architecture , sa situation la rend considé< rable , étant placée vis^-vis de L'emboncbure di) M«d , qui passe sous une partie de ses murailles; du câté de la terre elles sont défendues par une citadelle de quatre bastions; mais , comme il arrive d'ordinaire aux grandes villes, ses fortifications étalait négligées, et sa défense consistait plus dans le nombredesesbabitants que dans la fbrcede ses remparts.
Aubas de la ville, suc le bord du Rbin, est an château assez magnifique, où logent les électeurs jdaits le temps que cette ville avait été £aus la puissance du roi de Suàde, il avait fait bâtir, à l'endroit oti les deux rivières se joignent, aaf<»1 de six bastions qui portait le nom de GustairtKHU^; mais à la fin les Impériaux ayant repris Mayence, le fort fut abandonné pnr les Suédois, et les électeurs l'ont laissé miner.
...Gougk-
CiLHPAGt^B DB FBIBOUB,(}.' 187
' Quand Iq vicomte de Turenne eatr» dans l«s faubeucgs , il y «vait encaie ilws la ville une garnisoB impériale de huit cents boDuues t néanmoing, rélecteui, n'ayant pas cru y pouvoir demeunc en adraté, s'était retiré à H«nnestàa ; de sorte que le cha^àtre , qui a l'autorité du gouTemeaient en l'absence de l'arcbevfquË , St assembler tous les corps de la vULc, et, après pbisievrs délibératioas , ils résolurent de députer vers le duc d'Engtaien et de ae donner les cle& qu'à lui-n^ine , afin.de rendre en quelque sorte leur cafàtulatiou pUis- houorable par la qualité de celui qui les recevrait.
Le vicomte de Turenne envoya cette répoasa au duc d'Engbien, qui était toij^t^urs avec sou armée à la vue de Philisbouj^. Il en partit aussitôt avea une escorte de quatre cenii cberaui , et se rmdit «k un jour.et ;tiemi pnKbe de Mayence. Pendant qn'on travaillait aux (ttû^Qs du tra^é , Merci , avec l'armée de Bavière t ^ft^.pqsté nr des hauteurs entre Hailbron et MeckMGiilm.^.-eCqvaitlaiwé le Necber devant lui.
Hailbron n'àl qu'ii.fHatQKie lieues de Ftalisbourg ; Mfirci {véteudait am^tw^^ik tous les progrès du duc d*Enghien. Il détarbaWioJ&i,.cist(iiel;oélèhre. parmi les Bavarois, avec d'eu oenl« chevaux, et etnq eents dragons pour se jeter dans Hayenee; nuû» WdË> n'y. put arriver qu'un quart d'heure avant le «bie d'En^eo.' Le trompette que ce prince envoya aux habitants pour les avwtir de sa veaue trouva Wolft qui les haranguait pour leur persuader de se d^eodre, oC&ant le secours ;i]u'tt avait laissé. de l'autre eété du Ahin , et celui de toute l'armée bavaroise, qui 1» suivrait en peu de temps.
Mais les habitanta de Mayence,, swbantque le duc d'Enghien était ts personne dans leur Ùi^tirg, tinrent b ^• rôle qu'ils avaient donnée an vicomte de Turenne ; et , après avoir fait sortir Wolfs de la ville, ils envoyèrent leurs députés au duc d'Enghien pour achever le traité de leur capitulation. Le chapitre s'obligea de faire sortir la garnison qu'il tenait dans Binghen , petite ville avec un' bon château sur le Rhin et d'y recevoir des troupes firançaises, Le duc d'Enghien
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ISS PETITS CHEFg-DCEUVBB HtSTOBlQUHS.
donna le gouvernement ie Hayence au comte de Courval , et y étabfit une forte gamisoa avec ce qui était nécessaire pour réparer les anciennes fortifications et en faire de nouvdles'. Le vicomte de Turenne prit en passant Creutznak, et d'Aumont alla investir Landaw avec douze crats hommes de pied et quinze cents chevaux. Cest une ville située dans une pliiineà quatre lieues dePhilisboui^; elle est assez peuplée; son rempart n'est flanqué que par des tours à l'antique, avec un fossé défenda par quelques demi-lunes et an chemin couvert. Il y avait dedans quatre cents hommes des troupes lorraines , et c'était la seule place que les Impériaux eussent conservée dans le Palatinat au-deçà du Rhin, excepté Frankendal , où les Espagnols tenaient une forte garnison- Pendant que d'Aumont prenait ses quartiers et commençait ses travaux devant Landaw , le duc d'Enghien vint rejfflndre son armée à Philisbourg pour être plus près du si^ que d'Aumont allait entreprendre ; il apprit en arrivant que la tranchée était déjii ouverte, mais que d'Aumont, en allant visiter le travail , avait été blessé dangereusement '. Le vicomte de Turenne alla continuer le si^ , et poussa la tranchée si diligemment que dans trois jours on fit une batterie et un logement sur la contrescarpe; le cinquième Jour, le duc d'Enghien y étant Tenu pour visiter les travaux, les Lorrains traitèrent avec le vicomte de Turenne et sortirent de la place. Après la prise de I.andav, Nieustad , Hanheim et Magddmui^ ne firent que fort peu de résistance- Ainsi le duc d'Ei^hien se vit , en nne seule campagne , trois fois victorieux de l'armée bavaroise , maître du Palatinat et du cours du Rhin depuis Philisbourg jusqu'à Hermestein , et de tout ce qui est enfre le Rhin et la Moselle.
> Il iDoqruI i Spire peu de Joars après.