SECONDE ÉPOQUE
IBS CAUSES t>'OccinBnT boi!> ue cordoue.
neptUa le mllien du baiU£me siècle ju9((u'aD omième,
Nous avons vu rapidement, sous les trois premiers calires, ÀJ>oabèkre, Omar, Othmau, les Arabes, conquérants delà Syrie, de la Perse, de l'Afrique, conserver leurs antiques mœurs, leur simplicité, leur obéissabce au successeur du prophète , leur mépris pour le ]uxe et pour les trésors. Mais quel peuple pouvait résister à tant de prospérité! Les'valnqueuïs tournèrent bientôt leurs propres ^rmes contre euxmêmes ; ils oublièrent les vertus qui tes avaient rendus invincibles , et déchirèrent de lenrs meiins l'empire qu'ils avaient fondé.
Ces malheurs commencèrent à l'assassinat d'Othman. On nomma pour lui succéder (3), Ail, l'ami, le compagnon, le filsadoptif du prophète; Ali, si cher aux musulmans par ses exploits, par sa douceur, pEg- son épouse Fatime , fllle unique de Mahomet. MoaviaS, gouverneur de Syrie, refusa de reconnaître Ali. Guidé par les conseils de l'habile Amrou , conquérant d'ï^pte , Moavias se fit proclamer calife à Damas.
CD i. C. 7*9. Hëg. m. - (3) J. C. 6M. Hé», lïï.
393 PETITS CHBFS-n'œnTBB HISTOBIQUBS.
Les Arabes se difisèrent: ceux de Hédine soutinrent Ali; ceux de Syrie , Moavias. Les premiers prirent le nom d'Jlidei , les autres s'appelèrent Ommiades, du nom d'un aïeul de MoaviaB qui se Dominait Ommiab. Telle fiit l'origine da schisme fameux qui sépare encore les Turcs et les Perses.
Ali vainquit Moavias, et ne sut point profiter de sa victoire. Bientôt après il fut assassiné (a). Son parti s'affaiblit. Ses enfants firent de vains efforts pour le ranimer. Les Ommiades , au milieu des orages, des révoltes, des guerres civiles, restèrent à Damas possesseurs du califet. C'est sous le règne d'un de ces princes , deValid I", que nous avons vu les Arabes étendre leurs couquétes en Orient jusqu'au Gange , en Occident jusqu'à l'Océan atlantique. Les Ommiades, cependant, furent pour la plupart des princes foibles ; mais leurs généraux étaient habiles, et les soldats musulmans n'avaient point encore dégénéré de leur antique valeur.
Après avoir occupé le trâne pendant l'espace de quatre-vingt treize ans fl), Mervan II (6), le dernier calife ommiade, fut vaincu par Abdalla, de la race des Abbassides, proches parents de Maliomet ainsi que les Ommiades. Mervan perdit l'empire et la vie. Aboul-Abbas , neveu d" Abdalla, fut élu calife,etcommea^ cette (lynastie des Abbassides, si célèbre dans rOriejit par leur amour pour les sciences, parles noms d'HarounalRaschild, d'Almamon et des Barmécides [c]. Les Abbassides gardèrent le califat pendant cinq siècles. Ils en furent dépouillés par les Tartares fils de Gengis-Kan , après avoir vu s'établir en Egypte d'autres califes nommés Faiimites, parce qu'ils prétendaient descendre de Fatime, fille de Mahomet. L'empire des Arabes fut détruit ; et ces peuples , * rentrés dans les Arabies, y sont à peu près aujourd'hui ce qu'ils étaient avant Mahomet. J'anticipe sur les événements , parce que désormais l'Espagne n'aura plus rien à démêler avec l'Orient.
Lorsque lecniel Abdalla eut placé son neveu Aboul-Abbas
(1)1. CTiaHéK. 13t.
PBECI8 HtST. SOB LBS MAURES d'sSPACICK. 393
sur le trâne des califes, il forma l'borrible dessein d'extermiDer tous les Ommiades. Ces princes étaient fort nombreux. Chez les Arabes , où la polygamie est pennise , où le grand nom- . bre des enfants est r^rdé comme une faveur du ciel , il n'est pas rare de compter plusieurs milliers d'individus appartenant à la même famille. Abdalla, désespérant d'éteindre la race de ses ennemis , que la terreur avait dispersés , promit une amnistie générale pour tous les Ommjades qui se rendraient près de lui. Ces infortunés cmrentà ses serments; ils vinrent cherdier leur pardon aux pieds d'Abdaila. Ce nlonstre, les voyant rassemblés, les fît envelopper par des soldats qui les massacrèrent à ses yeux. Après cet aSreui carnage, Abdalla donna ordre qu'on rangeât leurs corps sanglants Tun près de l'autre , qu'on les couvrit de plaudies et de tapis de Perse ; et sur cette horrible table , il fit servir à ses officiers un magnifique festin. On frissonne en lisant ces détails (1), mais ils peignent le caractère et les mœurs de ces conquérants.
Un seul Ommiade échappa ; ce prince (Rappelait Abdérame. Errant, fugitif, il gagna l'É^pte, et alla se cacher dans les déserts.
Les Maures d'Espagne, fidèles aux Ommiades, quoique leur gouverneur Joseph edt reconnu les Abbasstdes , n'eurent pas plus tât appris qu'il existait en Afrique nn rejeton de cette illustre race, qu'ils lui envoyèrent secrètement des députés pour lui offrir leur couronne. Abdérame prévit les combats qu'il aurait sans doute à livrer; mais, né avec une grande âme qui s'était encore élevée à l'école de l'adversité, Abdérame n'hésita pobt. Il passe la mer (2) , arrive en Espagne , ga^e tes cŒurs de ses nouveaux sujets , rassemble une armée , entre dans Séville , et marche bientôt vers Cordoue , capitale des États musulmans.
Joseph, au nom des Abbasàdes, tenta vainement de lui résister; Joseph est vaincu, Cordoue est conquise, plusieurs
(Dttàtieny.HUloiredeiiArabtt, tome in. -|1) J.C.T55. Hig. I3>.
DtxDviB ni&naïQOBS.
autres villes ont le même sort. Abdframe est reconnu hon^ seuIementroidesEipa^es, raeisil est protdamé calife d'Oc^ cident(l] ; et dès ce moment l'Espagne, démembcéedu grand empire des Arabes, forma seule un ËtatpoisBant.
Abdérame I" établit à Cordoue le «ége de u noovelle grandeur. U n'y fut pas hwgtemps en pâx. DeS'rértrftee suscitées par les Abbassdes, des gusTes arec les rais dû Léon, des irruptions des Fiançais dans la Catalogne [d], occupèrent sans cesse Abdwame. Savaleur , son aetinté , triomphèrent dotant d'ennemis.. 11 sesouti&t-siiF leHône arec gloirei il mérita la beau sumom de Jiuie, et cMrit, cultiva les arts au milieu des troubles «t des périls. Ce fiit lui qui, le premier , établit des écoles à Cordoue , où l'on venait étudier l'astronomie , les matbématiques ,1a médcôine , la grammiaire ; tui-m£me faisait des vers, et passait p»»r l'homme Je plus éloquent de son siècle. U ambellit , fbrtiOasa capitale, y cons^' truisit un palais superbe avec des jardins délicieux , et commença la grande mosqu^ qui fait encore aujourd'hui l'admimliondes voyageurs. Ce mimument de atagni&oence ne fat achevé que sous le calife Haccham , âls et successeur d'Alidénune. L'on dit que Iq$. Espagnol^ n'eu. ont j^niservé «pie la moitié ; cependant il a 4>x oents pieds de Ipog stw deux cent cmquante de Iarge.^Op f^mp^g t:iDgt-neuf^aef%du)s sa longueur et dii-neuf dans sa,largeur. Plus de trpis coïts co^toanes d'albâtre, de ja^, de;^)^^!^, ]e;B9nliAnaeat, On y çntr»t autrefois par vingt-quatre porter dç.broxïeQottveTt^dii. sculptures d'or , et quatre rai}!^ sept cent^ lampes éclairaii^Qt toutes les nuits ce maguifiqu.e édL6Ge,[S), , .,
C'est là que, 1^ calife^, de Cprdouç venaient faire la prière au peuple le Vendredi, jour consacré À la religion par les préceptes de Mahomet. C'est là que tous les inusulmaos (i'Elapagae se rendaient eo,fè\f!!ip3^e çomjtK eev^ (fe rQrieut se
(lî J.C. Tï9. HéK. U2. ~\î) Cardonné, Hiiloim d Afrique et d'ft/ufnr,' Colmnnar. Délïca d'Ripaane; Dpperron, foyagc d Bipa-, tme; Henri, SBinhurne-.J^UrM ntr J%VMt>>«iÇtc.
PRBCIS RIBT. SUR LES H&UXBS D'BSPAGNI. 9S!t
rendeoiau toDple de laMecque. On y c^lébndtaTec degrandes solennités la fête du grand et du petit Beiràm , qui répond à ta Pâque des Juifs , celle du rMouveUement de l'amée , celle du MUoudooàel'tBmnrwM de la naissance de HabomeL Chacune de ces fJtes durait huit jours. Pendant ce temps tout travail cessait , on s'envoyait des présents , on allait se visiter , on immolait des nctimes ; et les familles réunjes , oubliant leurs difierends, se juraient nne concorde étemelle se livraient à tous les plaisirs p«ms par )a loi. La nuit, li ville était illurainée , les rues joDchées de fleurs ; les promenades, las places publiques retentissaient du son des eistresi des tfaéoiiies, des hautbois. Enfin, pour mieux cdébrer ta fête les riches prodiguaient des aumônes , et les Unédictioas des pauvres se mêlaient aux cantiqves de joie.
Ai)dËianie,«levèdB&srOriéBt, porta le premier at Espa-gne le goûtdeces Btqaupsrfe». Réimissànt,' an Saoudite de calife, l'einpire, et le sacerdoce, il euréglales cérénieDies, et les flt^câibrer avec toute la pompe, toute la magnificence dessouverainsde.Damu. Ennemi du christianiaiUe ,«t' comptant beaucoup de chrétiens parsù ses jsujets , il ne lés persécuta point : mais il priva les villes de leurs évades, tes' églises'da leurs pasteurs ; il encoiu-agea les mariages entre les Maures et les Espagnole , et fit ^us de mal à la religion par sa prudente tolérance , qu'il n'en eût lait par une cruelle rigueur. Sons son règne, les soccesseurs de Pélage(l), (on- JDursretirésdaosles Astnries, et déjà diiiséa entre eux, furent forcés de se soumettre au Irtbut boutewi de cent jeunat filles -. AMérame ne leur donna la paix qu'à ce prïic. Maître de l'Espagne entière depvis la Catalogne jusqu'au deufraers, il moumt après trente ans de gloire (SI, laissant lacouFonne à son lUs Haccbam , le tnâàème de ses Onze enfants.
Aipcés ia mort d'Abdérane , l'empire des Maures fiit troublé par des révoltes , par des guerres entre le nouveau edife ,
1,1) AureBo «t Miarémt. - {î) J C. 7S». Hég. <»,
996 PETITS chefs-d'œutbb historiques.
ses frères, ses ondes, ou d'autres piincesdu sang royal. Os guerres étalent inéTÎtables dans un gouvernement despotique, où même l'ordre de la succesnou au trône n'ét^t réglé par aucune loi. Il suffisait , pour y prétendre , d'être de la race royale ; et comme presque toujours les mlifes laissaient un nombre prodigieux d'enfants, chacun de ces princes se formait un parti, s'établissait dans une ville, s'en déclarait le souverain , et prenait les armes contre le calife. De là ceHe foule de petits États qui s'élevaient, s'anéantissaient, se rele- ' valent à chaque changement de règne ; de là cette quantité de rois vaincus, déposés, égoi^és, qui rendent l'histoire -des Maures d'Espagne si difficile à mettre enordreetsimonobme pour les lecteurs.
Haccham, et, après lui, son fils Abdélaiis-el-Hakkam, se soutinrent dans le califat malgré ces dissensions éteraeltes. Le premier finit la belle mosquée commencée par Abdérame, et porta ses armes en France, oii ses généraux pénétrèrent jusqu'à Marbonne. Le Second, moins heureux, combattit avec des succès divers contre tes Espagnols et contre ses sujets révoltés. Il mourut (1) au milieu des troubles. Son fiU Abdérame lui succéda.
Abdéramell fut un grand prince ; et cependant son rjfine est l'époque où les chrétiens commencèrent à balancer la puissance des Maures. Ils avaient su profiter de leurs longues divisiiHiB. Alphonse le Chast« , rois des Asturies , monarque politique et vaillant, avait augmenté ses États et refusé le tribut des cent jennes filles. Ramlre, successeur d'Alphonse, soutint cette indépendance, et vainquit plusieurs fois les musulmans. La I4avarre devint un royaume ; l'Aragon eut ses souverains particuliers, et sut se form» un gouvernement où les droits des peuples étaient respectés [e] ; les gouverneurs de la Catalogne, soumis jusque alors aux rois de France, profitèrent de la faiblesse de Louis le Débonnaire pour se rendre
.O.r.c.S22. MéE.aa6.
.,Got>gL-
PaKCIS HIST. SDR LSS HllIBeS D BSFAGRK. 397
indépendants. Tout le Nord d» l'Espi^ne enfin se déclara l'enDemi des Maures, et le midi se rit en proie aux irruptions des normands.
Abdéràme se défendit contre tant d'adversaires, et mérita par ses talents guerriers le surnom i'ei Mouzqf/er, qui veut dire le /Victorieux. Au milieu des guerres, au milieu des soins du gouvememenl, il encouragea les beaux-arts, il embellit sa capitale d'une nouvelle mosquée, et fit élever un superbe aqueduc, où, dans des canaux deplomb, les eaux les plus abondantes venaient se répandre partante la ville. Soigneux d'attirer à sa cour les poètes, les philosophes, il s'entretenait souvent avec eux , cultivait lui-même les talents qu'il encourageait dans les autres. Son âme sensible avait réuni tous les goâts. Il fit venir de l'Orient le fameux musicien Ali-Zériab, qui, fixé par ses bienfaits en Espagne, y forma l'école célèbre dont lis élèves ont &tt depuis les délices de toute l'Asie [/], Enfin, sous le règne d'Ahdérame, Cordoue devint le séjour des arts , des sciences et des plaisirs. La férocité musulmane fit place à la galanterie dont le calife donnait l'exemple. Une seule anecdote suffira pour prouver combien il était doux et généreux.
Unjour,unedesesesclavesfavoritesosasebrouiller avec son maître, seretiradansson appartement, et jura d'en voir murer la porte plutât que de l'ouvrir au calife. Le chef des eunuques, épouvanté de ce discours, crut entendre des blasphèmes. 11 courut se prosterner devant le prince des croyants, et lui rendit l'horritJe propos de cette esclave rebefie. Abdéràme, en souriant, lui commanda de faire élever devant la porte de la favorite unemuraille de pièces d'argent, et promit de ne franchir cette barrière que quand l'esclave voudrait bien la démolir pour s'en emparer. L'histoire ajoute que dès le soir même le calife entra librement chez la favorite apaisée(l).
(I ) Canionne , HJttoft» [('^riïB* <t (T JTfJiBJiie, toio. I .
998 FETITS CKBFS-D CBDTRK HISIOBIQnBS.
Ce princn laissa de ses diSëtvntts^ femmes quarante-cinq fils et quarante-une filles. Mohammed , l'aîné de ces fils , lui succéda (1]
Les règnes de Mohammed et de ses sucdeaseurs Âlmonzir et Abdalla o'of&ent, pentoat un e^wcede soinmte aumées, qu'une suitecontinudle de tniultteB^deguen^ civiles, det^ voltes des (wincipales villes, Aont les gmiTerneuracheFeliaient à se rendre ialépendaitts: Alphonse le (hWtd.Totdea Astnries, pK^ta de ces dissaqstons poOr affermir sa puissance. Les Nfnrnands, d'un autre e^té, vinrent de nouveaa ravager l'Andalouate. Tolède, «mvent punie et toujonra rebelle, eiR des rois partieuUecs. Saragosseinula sou exemple. L'autoriié des califes fiitavilie; Imw empire, ébranlé detontes parts^ paraissait sur le penchant de sa ruine, lorsque Ahdérame III, neveu d'AbdaHa , monta sur le trâne de Cordorn (S) , et Jui rendit pour quelle temps son éclat et sa m^esté.
Ce prince, dont le nom, chéri des musulmans, semblait être d'un heureux prés^ , [«it le titre d' finir al mtm^tàm , qui signifie prince des vratt croyanlt (3) . 11 commença san r^ne par des victoires. Les i«belles , que ses prédécesseurs n'avaient pu réduire , furent défaits , les factions dissipées , l'ordre et le calme râablis. Attaqué bientôt par les chrétiens, Abdérame implora les secours des Maures d' Afrique , et soutot de longues guerres contre les rois de Léon et les comtes de Castille , qui lui enlèverait la ville de Madrid , peu considérahle alors (4) Battu souv.ent , quelquefois vainqueur, mais toujours grand et redouté , il sut iréparer ses pertes et profiter de sa fortune. Politique profond , habile capitame , il entretint les divisi<ms parmi les princes espagnols , porta douze fois sei armes jusque dans le centre de leurs États ; et,GréateuT d'une marine, il s'empara, sur les côtes d'Afrique, de Seldjemesse et de Ceuta.
Malgré les guerres étemelles qui l'occupèrent pendant tobt
K. MO. -- (S) Noaa C. BH. Uék. »*.
l'BKCia HISX. «US.LER HAUIBS 1
SOD règue, malgré Indépensés énormes que devaient lui - coûter ses armées, ses flottes , les 'secours qu'il achetait en Afrique , Abdérame Valait à sa caur un luxe , uue magoifieenoe, dwt les détails BODSparattraient des fables s'ils n'étaientattestéspartouE'IesUistorieas. L'empereur grec Constastiu IX , fils de Léon , voulant opposer auic califes ab- . lusfiides de B^dad un ensemi capable de leur résister , envoya des ambassadeurs àCordove, pour faire alliance avec Abdéraroe. Cdui-ci , flatté: de voir des chrétiens venir de si loin implorer son a[^i , déploya danseetteoccaaon Mute la pompe asiatique. U envoya jusqu'à Jaën recevoir les ambassadeurs. Des o«rps nombreni de cavalerie , magnifiquement habillés, les attendaient sur le diemîu de Cordoue. Une infanterie plus IffiUante encore remplissait les avenues du palais. Les cours étaient couvertes des (dus beaux tapis de Perse et d'I^pte , les murailles ««ndues d'étoffes d'or. Le calife, sur un trâne éclatantjenTirt)KnédeEa'famille,dese3VJsirs,d'imefouledeconrtisaos , lesTeçutdans une galerie où toutes ses richesses étaient étaléH. htlui^e/>i dignité qui , chez les Maures , répondait à eelle de nos aneiois maires du palais, introduisit les ambassadeurs. Éblouis de cet ai^reJI , ils se prosternèrent devant A bdérame,etluiremirentla lettre de Constantin, écrite surdn parchemin bleu, renfermée dans une boîte d'or. Le calife signa le tr^até, combla de présMits les envoyés de l'empereur, et les Staecompagner par une suite nombreuse jusque daiis les mur«de Constantinople.
Ce même AJ)dévan)e , sans cesse occupé de combats ou de pofitîque,fiitainoureui toute sa vie d'une de ses esclaves nommée 2«Ara(l). 11 fonda potur elle une ville à deux milles de Cordoue, et loi doQda le nom de ZeArs. Cette ville, détruite à présent , éi^ ftu pïed de hautes montagnes d'où coulaient plnsteurssourees'd'eau vive, qui venaient serpenter dans tes nus i répandre partout la fraichenr , et former au milieu des
(t) Ce nom rignifie pleur, onKnunf i/u monde.
300 PETITS CHBFS-D'CKCVHB HtSTORI(}DXB.
places publiques des fontaines toujours jaillissantes. Les m:li' sons , bâties sur un même modèle , surmontées de plates-formes , étaient accompagnées de jardins remplis de bosquets d'orangers ; et le statue de la belle esclave [§] se distinguait sur la pnncipale porte de cette ville de l'aoïour.
Toutes uea beautés étaient efibcëes par le palais de la &• vorite. Abdérame , allié des empereurs grecs , leur avait demandé les plus habiles de leurs architectes ; et le souverain de Constantmo|)le , séjour alors des beaux-arte , s'était empressé de les lui envoyer avec quarante colonnes de granit , les plus belles qu'il avait pu rassembler. Indépendamment de ces magnifiques colonnes, l'on en comptait dans ce palais plus de douze cents de marbre d'Espagne ou d'Italie. Les murs du salon nommé du caiifat étaient couverts d'ornements d'or. Plusieurs animaux du même métal jetaient de l'eau dans un bassin d'all>âtre , au-dessus duquel était suspendue la fameuse perle que l'empereur Léon avait donnée au calife comme un Inestimable trésor. Les histariens<I] ajoutent que dans le pavillon où la favorite passait la soirée avec Abdérame le pbfond , revêtu d'or et d'acier , était incrusté de pierres précieuses , et qu'au milieu de l'éclat des lumières réGéchies par centlustres de cristal, une gerbe de vif-argent jaillissait dans un bassin d'albâtre.
On aura peine sans doute à croire de teb récits ; on pensera lire des contes orientaux, et l'on m'accusera peut-être d'aller prendre mes mémoires dans les Mille et une Nttits : mats tous ces fiiits , tous ces détails , sont attestés par les écrivains arabes , rapportés par M. Cardonne , qui les a lus , comparés avec soin, confirmés par M. Swinbume , Anglais peu crédule et bon observateur. J'avoue que ces monuments , quece faste, que cettepompe ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons : et je sais que la plupart des bommes, mesurant toujours leur foi sur leurs connaissances acquises ,
(I) NoTtIri, BUtaria Ommiadanin, clc.i Mogrebi, Biilor. Hiipan.
PRÉCIS HIST. SDB LES MAURES D'ESPAONE. 301
croient à fort peu de cboae : mais les détails que nous trouvons dans des auteurs authentiques (1) , sur te luxe , la magnificence des souverains de l'Asie, sont au moins aussi étonnants; et, j'ose le demander, si par un tremblement de terre les pyramides d'Egypte eussent été détruites , croirionsnous les historiens qui nous en donnent les justes dimensions ?
Les écrivains d'où j'ai tiré ces détails rapportent aussi les sommes que coûtèrent à élever ce palais et cette ville de Zehra : elles se montèrent par an à trois cent mille dlnari d'or (3); vingt-dnq ans suffirent a peine pour achever ces travaux.
A ces frais immenses il faut ajouter l'entretien d'un sérail ' dont les femmes , les concubines , les esclaves , les eunuques noirs et blancs, formaient un nombre de six mille trois cents personnes. I^es officiers de la maison du callife , les chevaux destinés pour lui , étaient dans une égale proportion. Douze mille cavaiieis composaient sa seule garde ; et, si l'on réOécbit qu'Abdérame , dans un état de guerre continuel avec les princes espagnols , fut obligé d'avoir sans ce^e sur pied de nombreuses armées , d'entretenir une marine , d'acheter souvent des stîpendiaires en Afrique , et de fortifier des places sur des frontières toujours menacées , on aura peine à comprendre en l'nwnts^i revenusIuisufBsaient.Maisseeressources étaient immenses ; et le souverain de Cordoue était peut-être le roi de l'Europe le plus ricbe et le plus puissant [h].
11 possédait le Portugal, l'Andalousie, les royaumes de Grenade, de Murcie, de Valuice, la plus grande partie delà Nouvelle-CastiUe, c'est-à-dire les plus beaux pays del' Espagne. Ces provinces alors étaient extrêmemrat peuplées, et les Maures avaient porté l'agriculture au dernier point de perfection. Les historiens nous assurent que sur les bords du Guadalquivir il existait douze mille villages ; qu'un voya-
BO! PEtltS caBPS-lXllUVBE HtStOBIQUES.
geni ne pouvait marcher un quart d'heure dans la campagne sons reactntrerqnetque hameau. On comptait dans les États du calife quatre-vingts grandes villes , trcôs cents du second ordre , un nombre infini de bourgs. Cordoue, la capitale, renfermait dans ses murs deuï cent millfe maisons (1), neuf cents bains publics. Tout a bien citangé depuis l'expulston des Maures. Là raison en est simple : les Maures , vainqueurs des Espagnols, ne persécutèrent point les vaincus; les Espagnols, vainqueurs des Maures, ]es Ont persécutés et chassés.
On fait monter les revenus des califes de Cordoue à douze millions quarante-cinq mille (Hftar* d'or, ce qui fait plus de cent trente millions de notre monnaie. Indépendamment d« . cet or, beaucoup d'impôts se payaient en fruits de la terre , et chez un peuple agriculteur, laborieux, possesseur du pays le plus fertile du monde , cette richesse est incalculable. Les mines d'or et d'ar^nt , de tout teriips communes en Espagne, étaient une nonvelle source de trésors. Le commercflcnl'icliissait le peuple et le souverain ; ce commerce avait plusieurs branches : les soies, les huiles , le sucre , la cochenille , le fer, la laine , très-estimée dès ce temps-là , l'ambre gris , le karabé , l'aimant , l'antimoine, le talc, la marcassite , le cristal de roche , le soufre, le safran , le gingembre , le corail péché sur les côtes de l'Andalousie ; les perles, sur celles de Catalogne ; les rubis , dont on avait découvert deux mines , l'une à Malaga , l'autre à Béja ; tontes ces productions du sol , avant ou après avoir été mises en œuvre , étaient transportées eti Afrique , en E^pte , dans l'Ori^it. Les empereurs de CODstantinc^le , toujours alliés nécessaires des califes de COrdoue, favorisaient ces différents commerces ; et retendue immense des e4te8, le voisinage de l'Afrique, de l'Italie , de la Fr»ice , contribuaient â les rendre plus florissants.
(1) Ce> maiaaiu ne «rnilcnaient jamaû qu'one fimiUe.
P18C1S HIST. &UH LES HAUTES S'ESPIG^E. 303
Lesaits, enfants du cofloinerce et qui aourrissËnt leur {>ëre. sjoutèrent un nouvel éclat au règne br UHant d'Abdérame. Les palais, les jardins qu'il construisit, les (êtes magnifiques de sa cour, attiraient de toutes parts les architectes, ierariistes- Cordoue ékut le centre de l'industrie et l'asile des sciences. La géométrie , l'astronomie , la chimie , la médecine , avaîeui des écoles célèbres qui produisirent, un siècle après , Averroès et Abenzoar. Les poètes, les philosophes, les médecins arabes, étaieat si renommés, qu'Alphonse leGrand, roi des Asturies , voulant c<H^er son ftls (kdoguo à des hommes capables d'instruire un princff, fiit obligé, malgré la difîérence des religions , malgré la haine d^ «hrétiens pour les mugulnians , d'appeler près de lui deux précepteurs maures ; et l'un des successeurs de cet Alphonse, Sancbele Gros, roi de Léon , attaqué d'une hydroiHsic que l'on regardait comme mortelle, n'hésita pasa venirà Cordoue, chez Abdérame, son ennemi, se livrer à ses médeeins (1). Sanche futguéri. Ce trait singulier fait autant d'honneur aux savants arabes qu'a la générosité du calife et à ta conGance du roi du^tien.
Tel fut l'état de Cordoue sous le règne d'Abdérame III. Il occupa le Itéoe plus de cinquante ans ; 1'<hi a pu voir si cefutavec^<nre. Mais rien ne prouvera, peut-être, combien ee prince était au-dessus des autres rois, comme l'écrit que l'on trouva dans ses papiers après sa mort. Voici cet écrit, tracé de sa main:
• Cinquante ans se sont écoul^ depuis que je suis calife. t Richesses, honneurs, plaisirs, j'ai joui de tout, j'ai tout <! épuisé. Les rob, mes rivaux, m'estiment , me redoutent et Cl m'envient. Tout ce que les hommes désirent m'a été pro- « digue par le ciel. Dans ce loDg espace d'apparente félicité , « j'ai calculé le nombre de jours où je me suis trouvé heua reux : ce nombre se monte à quatorze. Mortels , appréciez n la grandeur, le monde et la vie. u
na, Ferrerai, amiM,ai:., HUloire teElpagne.
304 PETITS CHSFS-D'<SnVHB RISTOBIQUBS.
Ce monarque (1) eut pour successeur son fils alaà Aboul- Abbas el Hshkam , qui prît, ainsi que sea père , le titre d'£mir al mvménim.
Le couronnement d'Hakkam se fit ayec une grande pompe dans b ville de Zehra. Le nouveau calife reçut le serment de fldâitédeschefs delà garde scythe, corps d'étrangers, redoutable et nombreux , qu'Abdérame avait créé. Les frères', les parents d'Hakkam , les visirs et leur chef rAad[/e6, les eunuques noirs et blancs , les archers , les cuirassiers de la garde jurèrent d'obéir au monarque. Cette cérémonie fut lemiiDée par les funérailles d'Abdérame , dont on porta le corps à Cordoue , dans le tombeau de ses aïeax.
Hakbam , moins guerrier que son père , mais aussi sage , aussi habile , jouit de plus de tranquillité. Son règne fiit celui delajusticeetdelapaix. Les exploits, Uvigilance d'Abdérame avaient éteint les révoltes. Les rois chrétiens , divisés entre eux , ne songèrent pas à troubler tes Maures. La trêve conclue avec la Castille et Léon ne fiit rompue qu'une seule fois. Le calife, qui commanda lui-même son armée, fit une camp^^e glorieuse, prit plusieurs villes aux espagnols. Pendant le reste de son règne , Hakkam s'appliqua tout entier à rendre ses sujets heureux, à cultiver les sciences, à rassembler ' danssonpalaisuneimmensequaaUtédelivres, surtout à foire respecter les lois. Ces lois étaient simples et peu nombreuses.
Il ne paraît pas que chez les Maures il y eut un code civil autre que le code religieux. I^ jurisprudence se réduisait à l'application de principes contenus dans l'Alcoran, Lecalife , comme chef suprême de la religion , pouvait bien les interpréter, mais il n'eût osé les enfreindre. Toutes les semaines, an moins une fois, dans une audience publique, il écoutait les plaintes de ses sujets, interrogeait les coupables, et, sans quitter son tribunal , les faisait aussitôt punir. Les gouverneurs, nommés par lui dans les villes, dans les provinces,
(i)j c. ««r. H^-sso.
PB^CIS HI3T. SUR LBS HAUBBS d'ESPASHB. Sf6
coin mandaient au militaire, percevairat les revenus publies, admiubtraient la police, et répondaient des délits arrivés dans leurs gouTeraements. Des hommes pubi ics versés dans les lois remplissaient les fonctions de notaires , donnaient une forme juridique aux actes qui assuraient les propriétés ; et lorsqu'il s'élevait des procès, des magistrats appelé3ca(/ft,respeeté3du peuple et du 'souverain, pouvaient seuls en âtre les juges. Mais ces procès n'étaient jamais longs : les avocats , les procureurs, étaient inconnus; point de dépens , point de chicane. Les parties plaidaient elles-mêmes , et les arrêts du cadi s'exécutaient sur-le-champ.
La jurisprudence criminelle n'était guère plus compliquée ; elle employait presque toujours la peine du talion , ordonnée parle prophète. Les riches pouvaient, à la vérité, racheter avec de l'argent le sang qu'ils avaient versé; mais il fallait pour cela que les parents du mort y consentissent : le calife lui-même n'aurait osé leur refuser la tête de son Sis coupable d'homicide, s'ils s'étaient obstinés à la demander.
Ce code si simple pouvait ne pas suffire ; mais la suprême autorité des pères sur les enfents , des époux sur les épouses , suppléait aux lois qni manquaient. Les Arabes avaient conservé de leurs anciennes mœurs patriarcales ce respect, cette soumission, cetteobéissancepassivedelafamille pour son chef. Chaque père , dans sa maison , avait presque les droits du calife; il jugeait sans appel les querelles entre ses femmes, entre ses fils; il punissait sévèrement les moindres fautes, et pouvait même punir de mort certains crimes. Le vitnllesse seule donnait cet empire. Un vieillard était un objet sacré. Sa présence arrêtaitles désordres; le jeune bommele plus fougueux baissait les yeux à sa rencontre, écoutait patiemment ses leçons, et croyait voir un magistrat h l'aspect d'une barbe blanche.
Cette puissance des mœurs, qui vaut mieux que celle des lois , se soutint longtemps a Cordone. Le sage Hakkam ne l'affaiblit pas : on en jugera par le trait suivant.
Une pauvre femme de Zehra possédait un petit champ con-
306 PKTlTil CHBFS-D auVSE HlSTOBIftUBS.
tigu aux jardins du caUiie. Hakkam voulut bâtir un pavillon 'lans c« champ, et fit proposer à cette femme dele lui vendre. Celle-ci refusa toutes ses ofSres , en déelarant qu'elle ne renoocn^t jamais à l'hérib^ de ses pères. . Hakbam sans doute ne fut pas informé delarésistance de cette femme. L'intendant des jardins , en digne ministre d'un roi despote, s'empara du champ par force, et le pavillon fut bâti. La pauvre femme , au désespoir, courut a Cordoue raconter son malheur au cadi Béchir, et le consulter sur ce qu'elle devait faire. Le cadi pensa que le prince des croyants n'avait pas plus qu'un autre le droit de s'emparer du bien d'autrui ; et il s'occupa des moyens de lui rappeler cette vérité , que les meilleurs princes peuvent oublier uu raoment.
Un jour qu'Hakkam , euviromié de sa cour, était dans le beau pavillon bâti sur le terrain de la pauvre femme , on vit arriver le cadi Béchir monté sur son âne, |x>rlant dans ses mains un sac vide. Le calife , éloiioé, lui demanda ce qu'il voulait. " Prince des lidèles . répond Bécliir, je viens te demander la permission de remplir ee sac de la terre que lu foules à pr^nt à tes pieds. » Hakkam y cooseat avec jwe ; le cadi remplit son sac de terre. Quand ilfut plein, il le laisse debout , s'approche du calife , et Je supplie de mettre le comble à sa bonté m l'aidant à charger ce sac siu- son âne. Hakkam s'amuse de la proposition , et vient pour soidever le sac. Mais pouvant à pône le mouvoir, il le laisse tomber en riant, et se plaint de son poids énorme. » Prince des croyants, ditalorsBécbir avec une imposante gravité, ce sac que tu trouves si lourd ne contient pouiitant qu'uue petite parcelle du champ usurpé par toi sur i^ne de tes sujettes ; comment soutiendras-tu le poids de ce champ quand &i paraîtras devant legrandjuge, chargé de cette iniquité? -Hakkam , Iraj^ de cette image , courut embrasser le cadi , te remercia , recoimut sa faute , et rendit sur l'heure à la pauvre femme le champ dont on l'avait dépouille , eu y joignant le don du pavillon et des richesses qu'il contenait.
PBXCIS HIST. SOB LES tUUQES D'ESPAGNE. SOT
Un de^Kite capable d'uns telle aCtitHi ne le cède qu'au cad i nui le força de la bire.
Hakkam mourut après quinze ans de r^e (1)- Sou fils Haccbam lui succéda.
Ce prince était enfant quand il monta »ur le trône. Son enfance dura toute sa vie. Pendant et après ea minorité , un Maure célèbre , nommé Mahomet Almanzor, revêtu de l'importante chai^ d'hadjeb, gouverna l'État avec gloires. Cet Almanzor, qui réunissait au génie d'un liomnie d'Ëtat les talents d'un grand capitaine, cet Almanzor, le plus redoutable, le plus fatal ennemi qu'eussent encore combattu les chrétiens, régna pendant viugt-six ans sous le nom de l'indolent Haccbam. Il porta cinquante-deux fois la guerre dans la CastiUe ou les Asturies, prit et saccagea les villes de Barcelone (3), de I^n (3)i pàiétra jusqu'à Coinposlelle, détruisit sa fameuse église, -dont il rapporta les dépouilles à Cordoue; rendit quelques moments a»\ Arabes leur première force , leur ancienne énergie ; et fit respecter de toute l'Espagne le &ible calife son maître , qui , pendant ce temps , s'endormait au milieu des femmes et des plaisirs [ij.
Mais cet édat l'ut le denner dont brilla l'empire des Ommiades. Les rois de Léon, de Navarre, et le comte de Castille, se réunirent pour rester au redoutable Almanzor. La bataille se donna non loin de Médina-Céli : elle fut longue, sanglante et douteuse. Les Maures, effrayés de leur perte, prirent la fuite après le combat. Almanxor, à qui cinquante ans de victoires avaient persuadé qu'il était invincible , mourut de douleur de ce premier revers. Avec ce gfand homme périt la fortune des Arabes. Depuis ce jour, les Espagnols s'agrandirent sur leurs débris.
Lesfilsd'Almanzor successivement remplacèrent lenr illustre père. En héritant de sa puissance , ils n'héritèrent pas de ses talents. Les factions se renouvelèrent. Un parent du ca-
(I) i. C. 976. aif. 166. — (3) J. C. 9S5, 990, 99T. H^. ST9 , UT, Ul.
308 PETITS CnBPS-DCEtlTBB HISTORIQUES.
Ijfe prit l« armes (I), et s'empara de la personne d'Haccham, qu'iln'osapourtant immoler. Il l'enferma dans une prison, en répandant le bruit de sa mort. Ces nouvelles parvinrent en Afrique; un prince ommiade accourt avec des troupes, sous prétexte de venger Haccham. Le comte deCastilles'unjt avec lui. La guerre civile s'allume dans Cordoue, Elle embrasa toute l'Espagne, et les princes chrétiens reprirent alors W villes qu'Almanzor leur avait 6tées. L'imbécile Haccham , jouet de tous les partis, fut replacé sur le trône, et bientôt après forcé d'y renoncer pour échapper à la mort. Une foule de conjurés (S) furent tour à tour proclamés califes , et tour à tour déposés , empoisonnés on ^oi^és. Un dernier rejeton de la race des Ommiades , Almundir, osa revendiquer ses droits au milieu des troubles et des combats. Ses amis lui représentèrent les périls qu'il allait courir. » Que je règne un jour, leur répondit-il , et que le lendemain j'expire, je ne me plaindrai point de mon sort. ■ Ses désirs ne furent pas accomplis : il fut massacré sans £tre calife. D'autres usurpateurs se succédèrent, et ne régnèrent que peu de moments. Jalmar-ben-Mobammed fut le dernier (3]. En lui finit l'empire des califes d'Occident, que la dynastie des Ommiades avait occupé pendant trois siècles. Avec ces princes s'anéantirent la force et la gloire de Cordoue. Les gouverneurs des différentes villes sujettes de cette cité profitèrent de ces temps d'ànarobie pour s'ériger en souverains. Cordoue ne fiit même plus la capitale d'un royaume; elle conserva seulement la suprématie religieuse qu'elle devait à sa mosquée. Affaiblis par leurs divisions, les Maures, soumis à tant de monarques , ne purent résister aux Espagnols. Cette troisième époque de leur bistoire n'offrira plus que leur décadence.
(I) J. C. 1003. née. !>tM ~ (2) Uahadi , Suleimaa , Ali , Abdérame IV, CaBim.Jahiali, Haccham m, Mohammed, AbdérameV, Jahidh ll.Hac Cbani IV, Jalmor ben Moharraned. — (S) J. C lOïT. H*g. *I6.
PHBCIS HIST. SUB LES HAURER d'eSPAO»K. S09
TROISIÈME ÉPOQUE, LES mincirAUx bov4Vkes élevés sub les buikes
Dès le commencement du onzième siècle , lorsque le trône de Cordoue était chaque jour teint du sang d'un nouvel usurpateur, les gouverneurs des principales villes , comme nous l'avons déjà dit, s'étaient arrogé le titr« de rois. Tolède , Saragosse, Séville, Valence, lisbonne, Huesca, plusieurs autres places moins considérables , eurent leurs souverains particuliers. L'histoire de ces nombreux monarques serajt presque aussi fatigante pour le lecteur que pour l'écrivain : elle ne présente pendant deux cents ans que des massacres conti* nuels , des forteresses prises , reprises , des pillages , des séditions, quelques exploits et beaucoup de crimes. Je passerai rapidement sur ces deux siècles de malheurs , en me contentant d'indiquer la fin de ces petiles monarchies.
L'Espagnechrétienne, dans le même temps, nousoffreit peu prés les mêmes tableaux. Les rois de Léon, de Navarre, do Castille , d'Aragon, presque tous parents, et quelquefois ft^ res, ne s'en égnrgentpas moins entre eux. La différence des religions ne les empêche pas de s'unir aux Maures pour accabler d'autres chrétiens ou d'autres Maures, leurs ennemis. Ainsi, dans une bataille que se livrent les musulmans (1) , on trouve parmi les morts un comte d'Urgel et trois évéqnes de Catalogne [à\. Ainsi le roi de Léon Alphonse V donne sa sœur Thérèse en mariage au roi de Tolède Abdalla, pour s'en faire un allié contre la Casiille. Les flls de Sanche le Grand (2; s'arrachent à main armée l'héritage que leur père
0) J. C. <9I0 et ndï. - (« J. C. )0S4.
.,Got>gL-
310 PETITS CUEFStD'CCUVBE HISTODIQUES.
leur avait assigné; les enfants (t) du fameux Ferdinand (3) sont dépouillés par leur frère Sanche; un autre Sanche (3) , n»deNaTaiTe(4), est assassiné parle sien. Chez les chrétiens, comme chez les Maures, les crimes se multiplient; les guerres civiles , étrangères , domestiques , déchirent à la fois l'Espagne ; et les peuples , toujours malheureux , payent de leurs biens, deleursang,lesfor&itsde leurs souverains-
Dans cette longue suite d'événements déplorables , on aime à voir un roi de Tolède nooimé Alraamon , un roi de Sévîllc nommé Bénabad, dwiner un asile dans leur cour, l'un au jeune Alphonse, roi de Léon, l'autre à l'infortuné Garcie, roi de Galice , tous deux chassés de leurs Ëtats par leur frère Sanche de Castille (5). Sanche poursuivait ses frères comme ses plus cruels ennemis; et les monarques maures, ennemis naturels de tous les chrétiens, reçurent ces deux princes comme des frères. Al mamon surtout prodigua les soins les plus tendres au malheureux Alphonse : il s'occupa de lui procurer à Tolède tous les plaisirs qui pouvaientle consoler delà perte desontrâne; il lui donna des revenus, le traita comme un flis chéri. Bientôt la mort du barbare Sanche rendit Alphonse (6) héritier de Léon et de la CasiiUe : le généreux Almamon , qui tenait alors dans ses mains le roi de ses eunemis, l'accompa^a jusqu'à la frontière, le combla de présents, de caresses, lui offrit ses troupes et ses trésors. Tant que cet Almamon vécut, Alphonse IV n'oublia point ses bienfaits : il conserva la paix avec lui, le secourut contre le roi de Séville , et traita de même son fils Haccham , successeur du bon Almamon. Mais , après un règne assez court, Haccham laissa le trâne de Tolède à son jeune frère Jahiab. Ce prince mécontenta les chrétiens, qui étaient en grand nombre dans sa ville : ils prièrent e^ secret Alphonse de venir attaquer Jabiah. Le souvenir d' Almamon lit longtemps
(I) J. c. toTO. — (3) Feidinind 1 de caaUlle. — (3) Sanche IT de Navirre. — (4) J. C tore — (Si J. C. ID7I et Miv. Hég. Wi et «oiv. - (8) J. C. lora. iwg «a.
.,Got>gL-
PBÉCIS RIST. SUR US VAtIKES d'eSPAGNB. Slt
hésiter Alphonse. La reconnaissance lui défendait d'écouter les conseils de l'amtition : la reconnaisance fut la plus faible. Alphonse vint camper devant Tolède. Après un siège long et célèbrt , où s'empressèrent d'accourir plusieurs guerriers navarrois et français (t) , Tolède enlîn capitula. Le vainqueur permit au (Us d'Almamon d'aller régner a Valence : il s'engagea par serment it conserver aux Maures leurs mosquées, et ne put empêcher les chrétiens de violer bientôt cette promesse.
Telle ftit la fin du royaume et des rois maures de Tolède. Cette ancienne capitale des Goths appartenait aux Arabes depuis trois cent soixante- douze ans. Plusieurs autres villes, moins puissantes , ne tardèrent pas h subir le joug. Les rois d'Aragon , de Navarre; les comtes de Barcelone , harcelaient , assiégeaient sans cesse les petits princes musulmans restés dans le nord de l'Espagne. Les rois de Castille et de Léon Occupaient assez ceux du midi pour les empêcher de secourir leurs frères. Le Cid , surtout , le fameux Cid , suivi d'une troupe invincible , que sa gloire seule avait rassemblée , courait, volait dans les Espagnes , faisant triompher les chrétiens , combattant même pour les Maures , quand les Maures se déchiraient entre eux , et portant toujours la victoire dans le parti qu'il daignait choisir. Ce héros, le plus estimable peutêtre dé tous ceux que l'histoire a célébrés , puisque sa grande 9me fut toujours pure, puisqu'à.ses talents guerriers il sut réunifies vertus morales ; ce simple chevalier castillan , à qui son nom seul douna des armées , se vit le maître de plusieurs villes (2), aida le roi d'Aragon à s'emparerd'Huesca, et conquit seul avec ses hommes d'armes le royaume de Valence. Aussi paissant seul que sonsotiverain, dont il eut souvent à se plaindre , envié , persécuté par des courtisans jaloux , il n'oublia Jamaisunmomentqu'ilétaitsujetduroideCastille. Exilé, banni de sa cour et même de ses États , il allait, avec ses braves
(I) j. c. lot». nég tn. — <3i 1. c. imi. tue- *"■
313 PBTITS CIlBr84)'(EUVBE HISTORIQUES.
coinpogDons, attaquer, vaincre les Maures, et il envoyait lesvaiacus rendre hommage au roi qui l'avait banni. Rappelé bientôt près d'AlpIionse, par le besoin qu'on avait de son bras, leCid quittait ses conquêtes, et, sans demander de réparation , revenait défendre ses persécuteurs ; toujours prêt , dans sa disgrâce, à toutoubli^r pour son loi; toujours, prêt, dans sa faveur, à lui déplaire pour la vérité [6]. ) Tant que le Cid put combattre, les chrétiens eurent l'avantage; mais, peu d'années avant sa mort, arrivée en 1099, les Maures d'Andalousie changèrent de maîtres, et devinreut pour quelques Instants plus redoutables que Jamais.
Depub la chute de Tolède , Séville s'était élevée. Les souverains de celte ville, possesseurs de l'ancienne Cordoue, l'étaient encore de l'Estramadure et d'une partie du Portugal. Bénabad, roi de Séville, et l'un des meilleurs pritices de ce siècle, était alors le seul eDDemi qui pût inquiéler la Castille. Alphonse IV voulut s'allier avec ce Maure puissant : il lui demanda sa Olle en mariage , l'obtint , et reçut plusieurs places pour sa dot. Cet bymen extraordinaire , qui semblait assurer la paix entre les deux nations, devint la cause ou le prétexte de nouveaux combats.
L'Afrique , après avoir été démembrée du vaste empire des califes d'Orient par les califes Êitimites ; après avoir, pendant trois siècles de guerres civiles , appartenu successivement à des vainqueurs plus féroces , plus sanguinaires que les lions de ses déserts [c], l'Afrique venait d'être asservie par la famille des Almoravides , tribu puissante, originaire de l'Egypte. Joseph ben-Tessefin , second prince de cette dynastie , venait de fonder l'empire et la ville de Maroc. Doué de quelques taknts pour la guerre, orgueilleux de sa puissance et brûlant de l'augmenter, Jos.eph regardait d'un œil d'envie les beaux climatsdel'Elspagne, conquisantrefois par des Africains.
Quelques historiens prétendent que le roi de Castille Alphonse IV , et sou beau-père Bénabad , roi de Séville , ayant fonné le projet de se partager l'Espagne entière , firent la
PBBCIS UIBT. BtB LIS UIUbES D ESVAUNE. 313
faute capitale d'appeler les Maures d'Afrique pour les aider dans ee grand projet. D'autres auteurs , appuyés sur des raisons plus plausibles, disent que les petits rois musulmans, voisins ou tributaires de Bénabad , justement alarmésdesoD alllanee avec uu chrétien , sollicitèrent l'appui de l'Almoravide. (Juoi qu'il eu soit , l'ambitieux Joseph saisit cette heureuse occasion : il passa la mer avec une armée , vint attaquer aussttâtAlphonse(lj, et le vainquit dans une bataille. Delà, tournant ses armes contreBénabad, Joseph prit Cordoue, as* siégea Séville, et se préparait à donner l'assaut, lorsque le vntueux Bénabad , sacriflant sa couronne et même sa liberté pour sauver ses sujets des horreurs du pillage , vint se remettra, avec sa famille , composée de cent enfants, à la discrétion de l'Almoravide. Ce barbare eut l'atrocité de le faire charger de chaînes; et, redoutant jusqu'aux vertus qui reii* daient ce bon roi si cher à son peuple , il l'envoya finir ses jours dans une prison d'Afrique , où ses filles étaient obligées de travailler de leurs mains pour nourrir leur père et leurs frères. L'infortuné Bénabad vécut six ans en prison , ne regrettant le trâne que pour son peuple , ne supportant la vie que pour ses entants, et composant dans ses longs loisirs des poésies qu'on a conservées, où il console ses filles, où il rappelle sa grandeur passée, et se donne en exemple aux rois qui osent compter sur la fortune (3;.
Joseph, maître deSéville et deCordoue, ne tarda pas à soumettre tes autres petits États musulmans. Les Maures, réunis sous un seul mouarqueaussi puissant que Joseph, menaçaient de redevmrce qu'ils avaientétésous leurs califes. Les princes espagnols le sentirent ; et , suspendant leurs querelles particulières, ils se joignirent avec Alphonse pour résister aux A&icains. C'était le temps où le fanatisme de la religion et de la gloire faisait toul quitter aux guerriers de l'Europe pour aller combattre les infidèles. Raimond de Bourgogne -et son parent Henri , tous deux princes du sang de France ;
(Il J C 1097. Hég. WJ. - [2) Cantonne, Hittoirt iJJH(iat,
3N PEtlTS CBF.FS-DŒUVnE IlrSTaRIQUES.
Rniinond de SaiotOiltes , comte de Tonloase ; d'autres chevaliers , leurs vassaux , franchirent les Pyrénées , et vinrent serangersousies drapeaux du roi de Castille. Joseph fet forcé deAiir, et repassa bientôt la mer. Le reconnalssaut Alphonse donna ses filles pour récompense aux Francis qni l'avaient secouru. L'aînée, Urraque, épousa Raimond de fionrgogne, et en eut un flis, qui depuis hérita de la Castille. Thérèse devint femme de Héiirî, en lui apportant pour itot les ten-es qu'il avait conquises et qu'il pourrait conquérir en Portugal : ce fut làrorigine dece royaume. Elvire fut donnéeti Baimond, comtede Toulouse, qui l'emmena dans la terre sainte, où sa valeur fonda des États.
Excités par ces exemples, d'autres Français vinrent pen après aider le roi d'Aragon, Alphonse le Batailleur, à se rendre maître de Saragosse,et à détruire poUE toujours cet ancien royaume des Maures (I). Lelilsde Henri deBoui^ogne, Alphonse l*', roi de Portugal , prince renommé par sa valeur, profita d'une flotte d'Anglais, de Flamands et de Germains, qui allaient h la terre sainte , pour mettre le Eaége devant Lisbonne. Il emporta d'assaut (2) cette forte place , dont 9 fit la capitale de son nouveau royaume. Pendant ce temps, les rois de Castille et de Navarre étendaient letirs conqufites'dans l'Andalousie ; les Maures étaient partout battus , leurs villes se rendaient de toutes parts, sans que les Almoravidea fissent degrandsefTorlspourles secourir. Ces princes étaientalors occupés dans leurs foyers à combattre de nouveaux sectaires, dont le chef, nommé Tomrut, sous prétexte de ramener les peuples à la doctrine pure de Mahomet, se frayait un chemin au trône, et finit, après bien des combats, par en ehas- Ner les Almoravides. Maître de Maroc et de Fez , les vainqueurs, selon l'usage d'Afrique, exterminèrent la race entière des vaincus, et Ibndèrent (3] une nouvelle dynastie, connue sou le nom des Almohades.
PBiciS BISX. 8UK LES HAUUS U'ESPAGKE. 3I&
Au [qilieudeces divisions, de ces guerres, de ctscombats, les beaux-ans se cultivaient encore a Cordoue. Ils n'éiiaient plus dans cette ville déchue ce qu'ils avaient été sous les Abdérames : mais les écoles de philosophie, de poésie , de médecine subsistaient toujours; et ces écoles, dans le douïièuie ^ècle,produisirentplusieurshoiumes célèbres, parmi lesquels se distinguèrent le savant Abeozoar et le fameux Averroès. Le premier, également babile dans la médecine, dans la pharmacie, dans la chini]^, vécut, dit-on, ceot trente-cinq ans, et nous a laissé des ouvrages estimés. Le second, médecin comnielui,maisile plus philosophe, poète, jurisconsulte, commentateur, s'acquit une grande réputation que les siècles ont confirmée. Le partage qu'il fit de sa vie donne à réfléchir à l'esprit ; dans sa jeunesse, il ain^a tous les plaisirs, et fut passionné pour la poésie; dans l'âge mur, il brûla les vers qu'il avait jaits, ètudiaia législation, et remplit la charge de juge ; devenu plus vieux, il quitta cette place pour se livrer à la médecine, <lans laquelle il obtint de très-grands succès ; enfin la pbilosqphie .remplaça seule ses premiers goûts , et l'occupa tout entier jusqu'à la fin de ses jours. Averroès fut le ^mier qui répandit chez les Maures le goût de la littératuregrecque ; il traduisit en arabe et commenta les œuvres d'Aristote i il écrivit plusieurs autres livres de philosophie, de médecine, et jouit de la double gloire d'éclairer ies hommes et deles»ervir[d].
Tantque l'Afrique , déchirée par la lon^e guerre des Alraoravides et des Almohades, ne put s'opposer aux progrès des Espagnols , ceux-ci , profitant de ces troubles , étendirent leurs conquêtes dans l'Andalousie. Si leurs princes , moins désunis , avaient agi de concert , ils seraient parvenus , dès cett« époque , à chasser les musulmans de toute rEsjragne : mais ces princes, toujours divisés, avaient à peine gagné quelques villes, qu'ils se les disputaient entre eux. Le nouveau royaume de Portugal , conquis par la valeur d'Alphonse, fut bientôt en guerre avec celui de
.,Got>gL-
31S PBTITS CHEKS-D (EUVRB BIST0&IQUE8.
Léou (1). L' Aragon et la Castille, après des querelles saDglantes.seliguèreDtcontre la Navarre. SaQcheVIII, roi de ce petit État, fut forcé d'aller en Afrique implorer le secours des Almdiaâes, qui, récemmeat établis sur le trÔDe de Maroc , avaient encore àdiasiper les restes du parti des Almoravides , et ne pouvaient , malgré leur envie , faire valoir leurs droits sur l'Espagne. Cependant deux rois alraohades , nommés tous les deux Jacob , passèrent plusieurs fois (2) la mer avec de fortes armées. L'un , battu par les Portugais , ne survécut pas à sa défaite; l'autre, vainqueur des Castillans, accepta bientôt une trêve (3) , et se liâta de retourner à Maroc , où de nouveaux troubles le rappelaient. Ces inutiles victoires, ces efforts mal soutenus , n'accablaient ni les musulmans ni les chrétiens : des deux côtés , les vaincus rentraient bientôt en campagne , les traités étaient oubliés ; et tes monarques de Maroc, quoique regardés comme souverains de l'Andalousie, n'avaient pourtant dans ce pays qu'une autorité précaire , toujours contestée dès qu'ilsétaient éloignés .toujours reconnue dès quele besoin forçait les Maures andalous de recourir à leur protection.
ÎJiflu Mahomet el Nasir , le quatrième prince de la dynastie des Almohades , que les Espagnols appellent le yert , de la couleur de son turban , se voyant possesseur paisible de l'empire des Maures en Afrique (4) , résout de rassembler toutes ses forces , de les porter en Espagne , et d'y renouveler l'ancienne conquête de Tarik et de Moussa. La guerre sainte est proclamée : une foule innombrable de guerriers rendussousies enseignes de Mahomet , part aveQ lui des rives d'Afrique, arrive en Andalousie. Là, leur nombre est presque doublé par les Maures espagnols, que la baine du nom chrétien , le souvenir de tant d'injures , font accourir auprès de leurs frères. Mahomet , plein de confiance , leur annonce une victoire sûre , leur promet de les rendre mal res de tous les pays qu'ils possédaient jadis ; et , brûlant d'en venir aux
PftéciS niST.-SUli LES MAriES D'ESPAGNE. 317
mains , il s'avance vers la Castille à la tjte de cette formidable armée, qui , au rapport des historiens, passait six cent miUe soldats.
ij& roi de CastiUe , Alplionse le Noble , averti des prëparatirs de l'empereur de Maroc , avait imploré les secours des princes cliréfiens de l'Europe. Le pape Innocent III publia la croisade, prodigua les indulgences ; st Rodrigue, archey^ue de Tolède , qui lui-même avait fait le voyage de Rome pour solliciter le souverain pontife , en repassant par la France, prêcha les peuples sur sa route , et engagea plusieurs ebevaliers a venir combattre les musulmans. Le rendez-vous général fut à Tolède , où l'on vit arriver bientôt plus de soixante mille croisés d'Italie, et surtout de France (1), qui se joignirent aux Castillans. Le roi d'Aragon , Pierrell , le méine qui périt depuis dans la. gu«rre des Albigeois , ameu sa vaillante armée. SanclieTIII, roi de Navarre, ne tarda pas à paraître avec ses braves Navarrois. Les Portugais , qui venaient de perdre leur prince, envoyèrent leurs meilleurs guerriers. Toute l'Espagne enlln prit les armes : il s'agissait de sa destinée ; jamais, depuis le roi Rodrigue .lescbrétiens ne s'étaient trouvés dans un aussi pressant danger.
Ce fut au pied des montagnes appelées la Sierra Morena , dans un lieu nommé las jiavas de Toloza , que les trois princes espagnols se rencontrèrent avec les Maures. Mabomet s'était rendu maître des gorges par oii les cbrétiens devaient passer. Son dessein était , ou de les forcer de retourner en arrière , ce qui les exposait à manquer de rivres , ou de les écraser dans ce passage s'ils avaient l'audace de s'y présenter, lies rois, embarrassés, tinrent conseil. Alphonse voulait combattre ; Pierre et Sanche étaient d'avis de se retirer. Un berger vint leur indiquer un défilé qu'il connaissait. Ce fut le salut de l'armée. Ce berger guida les rois -, et , par des sentiers difiiciles , à travers les rocs , les torrents , les Espi^nols
j. a(ïii.ii«E.«
.,Got>gL-
3I« PKTITS CHlFt-D'ŒUVllI BISTOBIftDU.
gravirent enfie jiuqa'à la cime des monta. Là , se unontrant toatà cotip anx ywx. dea Maures élmoéa, ils se préparèrent pendant deux jours au combat par la prière, par la confestion et la commanion. Les rois leur donnèrent l'exempte de cette Terveur. Les prélats, les ecclésiastiques, qui étaient en grand nombre dans le camp, après avoir absous ces [neux guerriers^ se disposèrent à les suivre au plus fort de la mêlée.
LetroisièiAejour , 16 de juillet de l'année laiS, l'armée se mit en bataille , divisée ta trois corps de troupes , commandés cliacun par un roi. Alphonse et ses Castillans étaient au centre avec les cheraKers de Saint-Jacques et de Calatrava-, ordres noavellerhent mstitués. Rodrigne , archevêque de Tolède, tém«R oculaire et historien de cette grande journée , était i câtéduroi, précédé d'une grande croix, principale enadgne de l'armée. Sanciie et ses Navairais formaient la droite. Pierre et ses An^onais tenaient la gauche. Les croisés français , rédoits à un petit nombre par la désertion de leurs comp^nons , qui n'avaient pu soutenir la brillante chaleur du climat, marchaient h la tête des troupes sous la conduite d'AruauIt , archevêque de Narbonne, et de Thibaut Blazon, seigneur poitevin. Ainù rangés, les chrétiens descendirent vers levallcm qui les séparait de leurs ennemis.
Les Maures , sans aucun ordre , suivant leur antique usage , déployèrent de tsutëi parts leurs innombrables soldats. Crat mille hommes d'une excellente cavalerie faisaient leur principale force ; le reste était un ramas de fantassins , mal armés et peu aguerris. Mahomet, placé sur une colline d'où il dominait toute son année , s'était environné d'une palissade fbnnée par des dialnes de fer et gardée par Félite de ses cavaliers à îâed. Dehont au milieu de cette enceinte , l'Alcorait d'une main, le sabre de l'autre, il était en spectacle à toutes ses troupes, et ses plus braves escadrons pressaient la ooUîne des quatre câtés.
Les Castillans dû-igèrent leurs premiers efforts vers celte hauteur. Ils enfoncèrent d'abord les Maures : nuis, repout-
P8BCIS HIST. SUB LES HAUBSS U'ESPAHHB. 319
ses a ]«ir touF, ils reculaient «n désordre, et commençaient à tourner le d(K. Alphoose, courant çà et là pour les rallier, disait à i'archevéque do Tol^e , qui l'accompagnait partout prq;édé de sa grande croix : Archeoiqve, n'est ici qu'il faut mourir. — Mort , sire , répondait le prélat , c'est ici qu'il faut vivre el vaincre. Dans ce moment, le brave chanoiae qui portait la croix se jette avec elle au milieu des musulmans ; l'archevêque et le roi le suivent ; les Castillans se précipitent pour sauver leur prince et leur étendard. Les rois d'Aragon et de Navarre, d^à vainqueurs à leurs ailes, viennent se réunir contre la colline. Les Maures sont partout attaqués : ils réàstent; les c|u^tiens les pressent. L'Ara(;anals , le Navarrais, le Castillan, veutents'effacermutuetiement. Le brave roi de Navarre se feit jour, arrive à l'enceinte , frappe et brise les chaînes de fer dont le roi maure était entouré [e\. Mahomet alors prend la fuite. Ses guerriers, ne le voyant plus, perdent le courage et l'espoir. Toutplie, tout fuit devant les chrétiens, des milliers de musulmans tombent sous leurs coups; et l'archevêque de Tolède, avec les autres prélats, environnant les rois vainqueurs, chantent le Te Deum sur le champ de bataille (1).
Ainsi fut gagnée la famense bataille de Toloza,sur laquelle je suis entré dans quelques détails , à cause de son importance, et pour faire juger de la tactique des Maures , qui n'en connaissaient pas d'autre que de se mêler avec l'ennemi, d'y combattre cliacuti pour son compte , jusqu'à ce que les plus fortaoules plus bravesrestassentmallresdu terrain. Les espagnols n'en savaient guère davantage ; mais leur infanterie du moins pouvait attaquer et résister en masse, tandis que celle des musulmans n'était presqiie comptée pour rien. Leurs cavaliers, au contraire, choisis dans les principales familles,
(() nnlmd Toictani , de Beiui Bitpama, HT. VUI. cip. 9 et 10; Uitinaa, Hiito'. àa Ksp,, ltb..Xt, cifi-a4[ Garibal, <I<1 Compend, bb. lin, cip. M; (ordonne, Hist. iT .Ifrique, Ut. IVj Ferreras, Hiator, de Eip-, pari Vl.pag. S9,«lc.
320 PETITS chefs-d'œuvre HISTORIQUES.
monta sur des chevaux excellentE , exercés dès l'enfance à tes manier, s'élançaient plus vite que l'éclair, frappaient avec le sabre ou la lance, fuyaient avec la même vitesse, et, se retournant tout â coup, ramenaient souvent la victoire. X.es ciirétieDS , couverts de fer, avaient de l'avantage sur ces cavaliers, qui garantissaient seulement leur poitrine par im plastron , et leur t£te par une plaque d'acier. Les ûntassins étaient presque nus, armés d'une mauvaise pique. On juge aisément que dans les mêlées , surtout dans une déroute , il en devait périr un grand nombre ; ce qui rend moins invraisemblables les exagérations des historiens. Ils assurent , par exemple, qu'à Toloza les chrétiens tuèrent deux cent mille Maures, et ne perdirent que cent quinze guerriers. En réduisant à leur valeur ces assertions , il demeure certain que les musulmans firent une perte immense, et que cette importante journée , qu'on célèbre encore tous les ans à Tolède par une fêle solennelle, dta pour longtemps aux rois de Maroc l'espoir de soumettre les Espagnols,
La victoire de Toloza eut des suites plus funestes pour le malheureux Mahomet que pour les Maures d'Andalou^e. Ceux-ci, reUrés dans leurs villes, fortiGés par les débris de l'armée des Africains, résistèrent aux rois espagnols, qui ne leur prirent que peu de places , et ne tardèrent pas à se séparer, Mahomet, méprisé de sessujets depuis sa défaite, trahi par ses plus proches parents , perdit tout pouvoir en Espagne , et vit les principaux des Maures former de nouveau de petits États qu'ils déclarèrent indépendants (1). L'infortuné roi de Maroc, forcé de retourner en Afrique, y mourut bientôt de chagrin. Avec lui périt la fortune des Almohades, Les princes de cette maison, qui succédèrent rapidement à Mahomet, vécurent au milieu des troubles, et furent enfin précipités du trône. L'empire de Maroc se divisa : trois dynasties nouvelles ■'établirent à Fez, à Tunis, à Trémecen; et ces ti '
[D J.C.Ill3.H<C.F(a.
PRECIS IIIST. SVB LES UilJBES D ESPAGNE, 321
rivales multiplièrent les combats, les crimes, les anocités, qui seuls composent l'histoire d'Aiiique.
Pendant ce temps , quelques dissensions élevées en Castille , et la part que prit l' Aragon à la guerre des Albigeois en France , laissèrent respirer les Maures. Ils étaient encore les maîtres des royaumes de Valence, de Mnrcie, de Grenade, d'Andaloasie, d'une partie des Algarves et des lies Baléares, jusqu'à ce moment peu connues des chrétiens du continent. Ces États étaient divisés entre plusieurs souverains. Le principal était Benhoud , prince habile et grand cafntaine , issu des anciens monarques de Saragosse, etdontles talents, la valeur, avaient soumis à sa puissance presque tout le midi oriental de l'Espagne. Après lui, les plus redoutables étaient les rois de Séville et de Valence. Le barbare qui régnait à Majorque n'était qu'un chef de pirates, incommode aux seuls Catalans.
Tel était l'état de l'Espagne maure , lorsque deux jeunes héros, parvenus à peu près en même temps aux deux premières couronnes des chrétiens , après avoir pacifié les troti' blés élevés pendant leur minorité, tournèrent toutes leurs forces contre les musulmans (I), et, toujours émules de gloire, sans être jamais rivaux dlntérét , consacrèrent leur vie à combattre , k vaincre , à chasser ces éternels euDelnis. L'un de ces princes est Jacques I", roi d'Aragon, flls de Pierre, tué à Muret, et qui réunissait au courage , à la grâce, à l'activité de son père, plus de talents et plus de bonheur; l'autre était Ferdinand III , roi de Castille et de Léon , monarque sage, vaillant, habile, que l'Église a mis au nombre des saints, que l'histoire compte au rang des grands hommes.
Ferdinand porta le premier ses armes en Andalousie. Ce roi , neveu de Blanche de Castille , reine de France , cousin germain de saint Louis [/], et si ressemhiant au héros français par sa jnété, par sa valeur, par les bonnes lois qu'il
833 PBIITS CHBPS-DCEUVBE HISTORIQUES.
Gt pour son peuple, entra sur les terres des musulmans, reçut l'hommage de plusieurs de leurs princes, qui vinrent se reconnaître ses vassaux , et s'empara d'un grand nombre de places, entre autres de celle d'.^/Aam6ra, dont les liabitants,e^yés, se retirèrent à Grenade, etsellxèrent dansuu quartier de cette ville, qui prit le nom,. célèbre depuis , de leur ancieiuie patrie.
U'ua autre coté , Jacques d'Aragon s'embarquait aveq uue armée pour aller eoiiquérJr les Ues Baléares. Contrarié par les vents, il n'attorde pas moins à Majorque; il défait les Maures sur le rivage, marche vers leur capitale , l'assiège; et , montant le premier à l'assaut, ce roi chevalier, qui dans les périls préc^ toujours ses plus braves chefs , ses plus téméraires soldats , s'empare de cette forte place (1), en chasse le roi musulman, et soumet à jamais à l'Aragon cette nouvelle couronne,
Jacques méditait dès longtemps une conquête plus importaote. Valence , après la mort du Qd , était retombée su pouvoir des Maures. Ceroyaume, si beau, si fertile, où la nature semble se plaire à couvrir de fruits et de Qeurs uns terre que les hommes ont arrosée de sang, appartenait alors a Zeith, frère de Mahomet l'Almohade, vaincu par les cliréliens à Toloza. Une puissante faction , ennemie de ce Zeith, voulut plac«r sur le troue un prince nommé Zéan. Les deux compétiteurs se firent la guerre. Jacques prit le parti du plus faible. Sous préte:ite de marcher au secours de Zeith , le roi d'Aragon pénétra dans le royaume de Valence, battit plusieurs fms Zéan , s'empara de ses places fortes ; et , profitant de ses avantages avec cette active intrépidité qui rendait Jacques si redoutable , il resserra de toutes parts la capitale de son ennemi (!).
Zéan , pressé par l'Aragonais , implora le secours de Beuhoud,le plus puissantdes rois de l'Andalousie. Mais Benhoud était occupé de résistera Ferdinand : les Castillans, sous la
(1; J. C <33e. H«g. 8». - (3) J. C (15*. atg. 83Î.
t, Gpogle
FBiciS H1ST. SUR LES MAUBES D'BSPACNE. 333
conduite de ce vaillant prince , avaient fait ée nouveaux progrès, s'étaient reudus maîtres d'un grand nombre de villes, et venaient enfin de hiettre le si^e devant l'antique Cordoue. Benhoud, souvent battu, Riais touîours craint, toi^ours adoré d'iin peuple qui Te regardait comme son dernier appui , Benlionda^aitrefait une armée; et, pressé par un désir égal de secourir Cordoue et Valence , il ailîdt march*r contre l'Aragonais , qu'il croyait le plus facile à vaincre , lorsqu'un de ses lieutenants le fit périr en trahison , et délivra les rois espagnols du seul homme capable de les arrêter.
La mort de Benhoud 6ta le courage et l'espoir aux habitants de Cordoue , qui jusque-là s'étaient défendus avec autant de constaoce que de \-alenr : ils demandèrent à capituler (I). Les ['tirétiens usèrent durement delà victoire, ne laissèrent que la vie aux malheureni musulmane avec la liberté de fuir. Une innombrable quantité de ^milles dépouillées de leurs biens sordt en pleurant de cettesnperhe ville, qui, depuis cinq cent vingt-deux ans, 'avait été le siège principal de leur grandeur, de leur magnificence , de leur religion et de leurs beaux-arts. Ces infortunés, enfuyant, tournaient leurs yeui avec dése^ir vers ces édifices , ces temples , ces magiiiâques jardins eml>ellis par cinq siècles de dépenses et de travaux. Les soldats qu'ils y laissaient, loin d'en connaître le prix, aimaient mieux les détruire que les habiter ; et Ferdinand , possesseur d'une cité déserte , fut obligé d'attirer par des privilèges, d'appeler de toutes paris des Espagnols, qui murmiuaient d'abandonner les arides rochers de Léon , pour venir s'établir dans le plus beau pays de la nature et dans le palais des califes. La grande mosquée d'Abdérame devint une cathédrale ; Cordoue eut un évéque et des chanoines : mais Cordoue ne recouvra plus la moindre image de son ancienne splendeur.
Valence ne tarda pas à subir (2) le joug. Zéan , assiégé par
(I) J. C- lïSB. Uég 614. - (U J. C. 1238. Uég. «6.