LES MAURES D'ESPAGNE
Les Maures d'Espagne soDt célèbres, et leur histoire est peu connue. Leur nom rappelle la galanterie, la politesse, les beaux-arts ; et les Segments de leurs annales , épars dam les écrivains arabes ou espagnols, n'offrent que des rois égorgés, des divisions, des guerres civiles, des combats étemels avec leurs voisins. Au milieu de ces tristes récits , eu trouve quelquefois des traits de IxHité, de justice, de gtandeur d'âme. Ces traits nous frappent beaucoup plus que ceux que nous lisons dans nos histoires , soit qu'ils con- Siïvent une impression d'originalité que leur donne le génie oriental , soit qu'à travers les nombreux exemples de barbaiie,UDe belle action, un discours noble , un mot touchant, acquièrent un nouvel éclat des crimes dont ils sont entourés.
Je n'ai pas le projet d'écrire ici l'histoire des Maures; je veux seulement rappeler leurs principales révolutions , tracer une esquisse fidèle du caractère , des moeurs d'un peuple que j'ai tâcbé de peindre dans mon ouvrage, et mettre le lecteur à portée de distinguer de mes fictions les vérités ^ me servent de base. Tel est, ce me semble, le plus sûr et peut-£tre le seul moyen de rendre un livré de pur agrément moins inutile et moins frivole.
Les historiens espagnols [a] , que j'ai consultés avec un grand soin, m'ont été d'un médiocre secours. Attentifs à faire marcher de fi-ont l'histoire très-compliquée des différents rois des Asturies, de Navarre, d'Aragon, de Castille, ils ne reviennent aux Maures que lorsque leurs guerres aveo
,,Got>gL- —
318 PETITS CHEPB-b'CEtlVBG HISTOBI)}IIBS.
les chrétiens mêlent ensemble les intérêts des deux peuples; mais ils ne partent presque jamais du gouvernement, des lois, des usages des ennemis , de leur foi. Les écrlTains arabes [fi]^u'pn a traduits ne donnent guèr« plus de lumière : emportés par le fanatisme , avet^lés par un ridicule orgueil , ils s'étendent avec complaisance sur les victoires de leur nation , ne disent rien de ses défaites , et passent sous silence des dynasties entières. Quelques-uns de nos savants (i) ont rassemblé dans des ouvrages très-estimables ce qu'ont dit ces historiens, ce qu'tls.onteux-mËmes observé. J'ai puisé dans toutes ces.spurces; j'ai eheiché ks jiwurs des Arabes mau-
. E«8 .d'Andalousie dans, les rooiaos .espagnols [c], 4ms les
- aoqienaes romaoces castillaaes, dana des jnanuscrits, des mémoires, qui me sont venus «le Madrid. C'est d'après cette étude longue et pénible que je vais essayer de faire connaître up paiple qui ne ressemble à aucmi autre , qui eut sus vices, ses vertus, sa physionomie particulière, et qui sut allier longtemps la valeur, la générosité, la courtoisie des cbeva-
. tiers de l'Europe avec les empocteuients, les fureurs, tes
. passions brillantes des Orientaux.
Pour mettre plus d'ordre dans les temps et plus de clarté dans les faits, je diviserai ce précis historique en quatre prindpales époques. La première s'étendra depuis les conquêtes des Arabes jusqu'à l'établissement des princes Ommiades à ,Cordoue ; la seconde renfermera les règnes de ces califes d'Occident; dans la troisième, je rapporterai lo peu qu'on sait des différents petits royaumes élevés sur les ruines du califat de Cordoue ; et la quatrième comprendra l'histoire des souverains de Grenade jusqu'à l'expulsion totale de.s musulmans.
Il) O'aerhdat. Bihliotliigaf i>H«aiaic .-Cantonne, Histùire d'Afrique et d'Eâpagae; M. Cbiokr, ReclifTCka Hitariqaet lur In Mann».
nÉÇIS HIM. HVR {.GB- MAUHES D'BSPAGE|IË. 379
PREMIÈRB ÉPOQUK.
' COIVQUIKTES DES AUBES OU U*,llHps. ,
Les Maures sontlet habitants de:cQttaviidteoontrée d'Afrique bomte i l'ûrient par l'Égfpte, au nord par la Méditerranée , è l'onest par le grand Océan , au midi par les déserts de Barbarie. Lenr ori^ne, caninie celle de presque tontes les aatious , est obscure et mâlée de bbles. Il paraît certain seulement que des émigratiDos de l'Aûe oat reflué', dès les premiers tempe, en Aâique. Le nein de Maurts (f ) semble l'indiquer. D'ailleurs tous les historiens (3) parlât d'un Méleck-Yarfrik , roi de l'Arabie Heureuse, qui, suivi d'un peuple de Sabéens , vint s'emparer de la Libye, et lui donna le nom d'Afrique. Les pilncîpales tribus des Maures prétendent descendre de ces Sabéens. Sans discuter des faits si ancielù, il sttfRt d'éfre à peu près sûr que les premiers Maures flirent des Arabes. Dès lors on n'est plus surpris de les voir daAs tons les tem^ aéfaréi par tribus, habitant sous des tentes , vagabonds daus les déserts , et chérissant, oommeteurs pwesi cette vie libre et pa^ralcc
Us sont connus dans Tbistoire ancisBne-sa'u^ h: iiniii de NliRHdfS', deGétides, deMàssilien^ToucâtouEsujets, ennemis, alliés de la fameuse Cavtbage , jls tombèrent avec «Ue SOUS la domination des Homains. Aprra plusieursi inutiles révoltes causées par l'esprit inquiet , fougueux, inconstant, de ces peuides, ils furntt subjugués par les Vandales (3)
380 PETITS CHBP8-DS0VIB aiSTOBIQnBS.
Bélisaire les [Konquit UD siècle après. Mais les Arabes, vainqueun des Grecs , soumirent les Hauritanies. Comme depuis 'ce moment les Maures, devenus musulmans, ont été, pour aimi dire, confondus arec les Arabes, il est nécessaire de dire un mot de cette nation extraordinaire , inconnue pendant tant de siècles, et maîtresse tout à coup de la plus grande partie de la terre.
Les Arabes sont, sans contredit, un des plus anciens peuples de l'uniTers. Peut-être est-ce celui de tous qui a le niieu^ conservé son caractère, ses mœurs, son indépendance. Dès les siècles les plus reculés, divisés par tribus errantes dans les campagnes ou réunies dans des villes , soumis à des cbefs guerriers et magistrats à la fois, jamais ils n'ont été sujets d'une domination étrangère. Les Perses , les Macédoniens , les Romains , tentèrent vainement de les soumettre , leur sceptre vint se briser contre les rochers des Habatiiëens (I). Orgueilleux de un origine qui remonte jusqu'aux patriarches , fier d'avoir su défendre sa liberté , l'Arabe, au fond de ses déserts, regarde les autres nations comme des troupeaux d'esclaves rassemblés au hasard pour changer de maîtres. Brave, sobre, infatigable, endurci dès l'entance aux plus pénibles travaux , ne craignant ni la soif, ni la faim , ni la mort , ce peuple n'avait besoin que d'un homme pour se rendre souverain du monde.
Mahomet parut (S) , et tous les talents lui furent accordés parla nature. Valeur, sagesse, éloquence, grâces, Mahomet posséda tous les dons qui en imposent et qui entraînent. Chez les naUons les plus éclairées, Mahomet eût été un grand homme ; chez un peuple ignorant et fanatique , il fiit un prophète.
Jusqu'à lui , les tribus arabes , environnées de juifs , de chrétiens, d'idolâtres, avaient fait un mélange superstitieux de ces différentes religions avec celle des anciens Sabéens.
(1} AncIcnnomdeaAriilies. — (2) J. C. ses,
PBBCIS HIST. SDB LBS HiDHBb D'BSPAGNE. 3St
Ils crovaieDt aux génies, aux (léraons, aai sortilèges; ils adoraient les étoiles et sacrifiaient aux idoles. Mahomet, après avoir médité jusqu'il l'Age de quarante-quatre ans , dans ta retraite et le silence , tes nouTeaux dogmes qu'il voulait établir, après avoir séduit ou persuadé les principaux (1) de sa famille, qui était la première parmi les Arabes, prêcha tout à coup une religion nouvelle , ennemie de toutes celles qu'on connaissait , et faite pour enflammer le génie ardent de ces peuples.
« Enfants d'ismaël , leur dit-il , je vous apporte le culte que professaient votre père Abraham , Noé, tous les patriar* ch'es. Il n'est qu'un seul Dieu, souverain des mondes» il s'appelle le Miséricordieux. N'adorez que lui : soyez bienfaisants envers les orphelins, lés pauvres, les esclaves, les captifs, soyez justes envers tous les hommes : la justice est la sœur de la piété. Priez et faites l'aumône. Votre récompense sera d'habiter dans le ciel des jardins délicieux , où coulent des fleuves limpides , où vous trouverez des épouses toujours belles, toujours jeunes, toujours plus éprises de vous. Combattez avec valeur les incrédules et les impies : combattez-les jusqu'à la victoire, jusqu'à ce qu'ils embrassent l'islambme [é], on qu'ils vous payent un tribut. Tout soldat mort dans les batailles ira jouir des trésors de Dieu. Les lâches ne pourront proloi^er leur vie; l'instant où l'ange de la mort doit les frapper est marqué dans le livre de rÉtemel. »
Ces préceptes, annoncés dans une langue riche, figurée, majestueuse, embellis du charme des vers, présentés de la part d'un ange par un prophète guerrier, poète, législateur, au peuple de l'univers le plus ardent , le plus passionné pour le merveilleux , pour la volupté , pour la valeur, pour la poésie , devaient trouver bientôt des disciples. Mahomet en eut un grand nombre ; la persécution vint l'augmenter. Ses ennemis forcèrent l'apôtre à tair de la Mecque , sa patrie, à se
3HS )>ET1TB CKEPS-DIiElIVKEHfSTOUQlIBS.
réfugier à Méâine. Cette fiiite devint l'époque de sa gtoire et l'hégire des musulmans (1>.
Dès ce moment l'islamisme se répandit comme un torrent dans les Arabies. dans i'Kthiopie. En vain quelques tribus idolâtres ou juives voulurent défendre leur ancien culte , en vain la Slecque arma ses soldats contre le destructeur de ses dieux i Habonwt , le glaive à la mmn , dispersa leara armées, s'empara de leurs villes, pardonna souvent aux vaiBcus , et s'attacha , par sa clémence , par son génie , par ses talents , les peuples qu'il avait soumis. Législateur, ponUfe , chef de toutes les tribui arabK v maître d'ono aimée invincible , respecté des souverains d'Asie , adoré d'une naltan puissante , setsandé par dea capitaines devenus sousiui deshén^, il allait marcbet contr» Héraclius, lorsqu'il monrnt à Médîne (i) , des suites du poUson que lui avait donné une juive du Kliaïbar [/q. ■-■■■.■ ■■
Sa ia:>rt<n.'arréMi ni les progrès de sa religion, ni les conquStesdesAndMS.Aboubèkre, beau-père du prophète, Ait nommé ponrhiisuecéder, et prit le titre de caJi^;, gui veut dire seulement vicaire. Sous son règne, les musulmans pénètrent dans la Syrie, dispersent les troupes d'Hérsclius, prenoent la viHe de Damas, siège célèbre s jamais par les e]([rioîts plus qu'humains du fbiiteux Kaled , surnoaimé Vépée lie Dieu [g). Au milieu de tant de victoires j Aboubèkre , à quil'on envoyait l'immense butin conquis sur l'ennenii, n'en prend jamais poursa dépense partieulière qu'une somme équivalente à quarante de nos sous par jour. Omar^ suceeasettr d' Aboubèkre, fait marcher Kaled à Jérusalem. Jérusalem est prise par les Arabes; la Syrie, la Palestine, sont soumises ; les Turcs, le^ Perses, demaad^rt la puin ; H^cltue fuit d'Antioche ; l'Asie tremble devant Omar ; et les teiribles musulmans, modestes dans la victoire, rapportant leurs Succès à Dieu seul, conservent, au milieu des pays les {dus beaux,
nj. cen-iiég. <. — ;3i j. c wa. mg.ti.
PBBC1S HFST, SUR LES UAUBES d'iSPAANE. 98S
les plus riclies , les çlus délicieux de la terre, au sein des peuples les plus oorrompas, leurs mœurs austères, frugales, leur discipline Mvére , leuE respect pour leur pauvreté. Ou voit les dernier» des soldats s'arrêter tout à coup dans le sac d'une ville , au premier ordre de lear chef, lui rapporter lidèlemeut l'or, l'argent qu'ils ont enlevé, pour le déposer dans te trésor public. On voit ces capitaines si itraves , si superbes avec les rois , quitter, r^rendre le coin mandement d'après un billet 4u calife; devenir tonr à tour généraux, simples soldats, ambassadeurs, à la moindre de ses volontés. On voit enfin Omar lui-même, Omar, le plus puissant souverain, le plus riche , le plus grand des rois de l'Asie, se rendre à Jérusalem, mraité sur un chameau roux, cbai^é d'un sac d'orge et de riz, d'une outre pleine d'eau, d'un vase de bois. Il marche dans -cet équipage ù travers les peuples vaincus , qui se pressent sur son passage , qui lui demandent de les bénir et de juger leurs différends. Il arrive à son armée, lui prêche la simplicité , la valeur, la modestie; il entre dans Jérusalem, pardoiinç auit chrétiens, c ses; et , remonté sur son chameau, le calife n Hine,faire la prière s son peuple.
Les musulmans marchent vers l'Egypte : l'iigypte est bientôt subjuguée. Alexandrie est prise par Amrou, l'un des plus ^nds gén^auji d'Omar. C'est alors (1) que périt cette fameuse 'biblioA^ue , l'ot^ de» étemels regrets des savants. Les Arabes , si passionnés pour leur poéûe, méprisaient les livres des. autres nations. Amrou fit brûler ta bibliothèque des PtAlomées, qtce même Amrou cependant était renommé far ses vers; il aimait , it respectait le c^ètve J^att te grammairien^ à qui , sans l'ordre du oahfe , il voulait donner cettebibliotlièque. Cet Amrou St raécuterun dessein digne des 'boaiu «èoles de Rome ; c'était de joindre la mer R0Bg«-à')ft MéditCiraoée'pac nnoand navigable où leseamdu THl'Sareient^Utournées. <:eeanal,si utileàl'l^:-
(1) J. C. 640. HéR. 19.
381 PETITS CHBFS-D (BDVBB HISTOBIQDES.
i^vpte, si important pour le commerce d'Eonqte et d'Asie, fut achevé dans peu de mois. Les Turcs l'ont hissé détruire.
Amrou s'aTança dans l'Afrique , tandis que d'autres capitaines arabes passaient t'Euphrate et soumettaient la Perse. Mais Omar n'était déjà plus-, Othman occupait sa place.
Ce fut BOUS le règne de ce calife (I) que tes Arabes couquireatles Mauritanies, en chassèrent ppur jamais les tildes Grecs , et ne trouvèrent de réâstance que dans les tribus belliqueuses des Bérébères [K]. Ces peuples libres et pasteurs, anciens habitants de la Numîdis, et qui , même de nos jours, retranchés dans les montagnes de l'Atlas , y conservent une espèce d'indépendance, se défendirent longtemps contrôles vainqueurs des Maures. Un général musulman, nommé Akbé, les soumit enfin, leur donna sa loi, sa croyance; et, s'avançant jusqu'aux extrémités de l'Afrique occidentale , il ne s'arrêta qu'aux bords de l'Océan. Là , plein de l'enthousiasme de l'héroïsme et de la religion, il poussa son cheval dans la mer, tira son sabre, et s'écria : « Dieu de Mahomet I tu le v<ns, sans «et élément, qui m'airéte, j'irais chercher des nations nouvelles pour leur ^re adorer tos nom ! •>
Jusqu'à cette époque , les Maures , sujets des Carthaginois , des Romains, des Vandales et des Grecs, n'avaient pris qu'une faible part aux intérêts de c«s différents maîtres. Errants dans les déserts, ils s'occupaient du soin des troupeaux, payaient des impôts arbitraires , souffraient les vexations de leurs gouverneurs , essayaient de temps en temps de briser leurs fers, et se réfugiaient, après leurs défaites, dans les montagnes de l'Atlas ou dans l'intérieur du pays. Leur religion était un mélange de christianisme et d'idolâtrie, leurs moeurs ceUes de nomades asservis : grossers , ignorants , malheureux , abrutis par le despotisme , ils étaient à peu près ce qu'ils sont aujourd'hui sous les tyrans de Maroc.
L'arrivée des Arabes produisit chez eux un grand changement. Une origine commune avec les conquérants nouveaui,
,«] J.C.MT. IWg.«.
PRECIS HIST. SUR LES MtUIES ]
h mime langue, les mSmes passioDS, tout contribuait à lier les vaincus aux vainqueurs. L'annonce de cette religion préchée par un descendant d'Ismaêl , que les Maures regardent comme leur père, les victoires rapides des musulmans, qui , déjà maîtres de la moitié de l'Asie et de l'A&îque , menaçaient d'envahir le monde, frappèrent rivement les Idaures, et rendirent à leur caractère toute son ardente énergie. Ils embrassèrent avec transport les dogmes de Mahomet ; ils s'unirent avec les Arabes, voulurent combattre avec eux, devinrent épris il la fois de l'islamisme et de la gloire.
Cette réunion, qui doubla les forces des deux nations confondues, fut troublée quelques instants par la révolte des Bérébères, toujours passionnés pour leur liberté. Le calift Valid I", qui régnait alors, flt partir d'Egypte Moussa-ben- Nazir (1) , général habile et vaillant , à la tête de cent mille hommes. Moussa déGt les Bérébères.paciQa lesHauritanies, alla s'emparer de Tanger, qui appartenait aux Goths espagnols ; et , maître d'un pays immense , d'une redoutable armée , d'un peuple pour qui la guerre était devenue nn besoin. Moussa médita dès ce moment de porter ses armes en Espagne.
Ce beau royaume , après avoir été soumis tour à tour par les Carthaginois, par les Romains, était devenu la pr(ne des Barbares. Les Alains , les Suèves, les Vandales , connus sous le nom général de Goths , s'étaient partagé ses provinces. Mais Euric , un de leurs rois, vers la fin du cinquième siècle, avait réuni toute l'Espagne, et l'avait transmise à ses descendants.
Ld douceur du climat, la prospérité, le? richesses, amollirent ces conquérants , leur donnèrent des vices qu'ils n'avaient pas lorsqu'ils étaient des Barbares , et lenr âtèreat la valeur guerrière qui seule avait feit leurs succès. Les rois qui vinrent après Euric , tantôt ariens , tantât catholiques, abandonnèrent leur puissance aux évéques, et régnèrent au milieu
(f)J CTDt.Hég.S».
386 PET1TS'€KEV»-d'<KIIVBB HISTOBIfJUES.
des troubles. Roibiguç « le damier d'entre eux , souilla le trône par- ses vit«s. Pei«eoBe n'igoore l'histoire , apocrj-phe ou.vérilabk, de b flUe du comte Julien, à qui Rodrigue, dit-on, lit violenee. Ce fait est contesté ; mais ce quineiteul I être, e'estguelesidébaacslies des tyrans ont presque toujours été lacause.au le.pfétextÇ'ds leurruiae.
U est certaiii' que te comte ^lien et son frère Oppas , ar- •;hevéque de Tolède; tous deux puissants chez les Goths, fa/ vorisère^t l'irruption des Maures. Tarili [i], l'un -des {dus ^ands capitaines de ce temps , fut envoyé par Moussa, d'abord avec peu de troupes, et n'en défit pas moins une grande année que Rodriguelui opposa; de^s , ayaat reçu des renforts d'Afrique, 11 vainquit Rodrigue lui-même à ta bataille de Xérès , oii le roi goth périt en fuyant (1). Tarik profita de savictcnre, pénétra dansl'Estraaiadure, dans l'Andalousie, dans les deux Castiltcs, prit Tolède; et, bientôt rejoint par Moussa, jaloux de la ^oire de son lieutenant, ces deux hommes extraordinaires, diTÙant leurs troupes oi plusieurs coq» , aclievèrent en peu de mois la conquête entière de l'Espagne.
U faut observer que ces Maures , que plusieurs historiens nous ptésmtent coinm&des Barbares altérés de sang , laissèrent aux petites vûocus leur culte, leurs églises, leurs juges. Ils n'exigeaient que le tribut que les Espagnols payaient ii leurs rois. On ne redoutait point leur férocité, puisgue la plupart des villes se rendir^t par composition , puisque les chrétiens s'unirent si bien avec eux , que ceux de Tolède eo prirent le nom de Mosarabes ; et que la reine Ëgilone, veuve du dernier rottRodrigue, épousa publiquement, de l'aveu des deux natioas, Abdélazis , Bis de Mousm.
Ce Moussa , qne les saecès de Tarik avaient aigri , voulut éloigner un lieutenant qui l'écllpsait 11 Taocusa près du calife. VaUd.les rappda tous deux, ne jugea point leurs difCé-
(l)J. C.TH. Hfe, 9fi.
PBâCIS niST. SDB tSS M&tlBKS o'eSPAGNE. 387
rends , et les laissa mourir h sa cour du chagrin de se voir oubliés. , ■ . . . .
Abdélazis , l'époux d'ÉgUone ; rest4' gouverneur de l'EspagBe (I) , et ne le fut que quelques instants. Àlahor, qui lui succéda, porta ses armes dans lai Gaule i : sulyugua h ISarbonDaise , et se préparait i. pousser plus loin ses conquêtes , lorsqu'il apprit que Pelage, prince du ssng royal des Golhs, réfugié dans les niantagneâ..d«s A^ljiries ,(ivec une poignée de vaillants stddats , osait braver ies vainqueurs de î'Espagne.et former le noble dessein. d« se décoberàleur joug. Alahor envoya des troupes contre lui. Pelage, retranché dans des gorges , battît deuxifbia les iDusuIcnane , forliJia sa petite année, s'empara de quelque» cbâteaux;et, ranimant le courage des chrétiens, ÈibaUus.par tant de revers, il apprit aux Espagnols, étonnés, que les Maures n'étaient pas invin' ribles.
L'insurrection de Pelage fit rappeler Alalior par le calife Omar II. EIzémagh, son successeur, pensa que le plus sÛr moyen de réprimer les révoltes était de rendre les peuples heureux. Il s'occupa de policer l'E^agne , de régler les impâts, jusque alors arbitraires, de contenir les soldats en leur donnant une paye fixe. Ami dËs beaux-arts , que les Arabes cuitivaientdès lois, EIzémagli embellit Cordoue, dmitil Ht sa capitale, attira les savants à sa cour, et composa lui-même un livre qui renfermait la description des villes, des fleuves, des proviuces, des ports de l'Espagne, des métaux, des marbres, des miues qu'on y trouvait, de lous les objets enfin qui pouvaient intéresser les sciences et l'administration. Peu inquiet des mouvements de Pelage , dont toute la puissance se bornait à la possession de quelques forteresses dans des moutagnes inaccessibles , EIzémagh n'entreprit point de l'y forcer; mais, guidé par lè désir funeste dont brûlèrent toujours les gouverneurs de l'Espagne d'étendre leurs conquêtes
(t) J. C ItH. IKc «w.
368 PETITS CâEP8-I>'(EUVHB HISTOBIQCfiS.
BDFraDce, il passa les Pyrénées (1), et fut tué ftaus une bataille qu'Eudes , duc d'Aquitaine , lui livra.
Après la mort d'Elzémagh, arrivée sous le califat d'Yé- ■ùà II [k] , plusieurs gonverneurs (3) , dans l'espace de peu d'aonécs , se succédireut rapidement en Espagne. Aucune de leurs actions ne in^te d'être rapportée ; mais pendant ce temps le brave Pelage agrandit son petit État, s'avança dans les montagnes de Léon, se rendit maître de quelques places ; et ce héros , dont le courage appelait à la liberté les Asturiens et les Cantabres , jeta les premiers fondements de cette puissante monarchie dont les gUHriers devaient à leur tour poursuivre les Africains jusque dans les rochers de l'Atlas.
Les Maures (3) , qui ne songeaient qu'à subjuguer de douveaui pays, Défirent pas de grands efforts contre Pelage : ils étaient sdrs de le réduire aisément quand ils auraient soumis la France; et ce seul désir remplissait l'Jt me ardente du nouveau gouverneur Abdalrahman , que nous appelons Abdérame. Sa gloire, sa valeur, ses talents, son ambition démesurée, lui Ëiigaient regarder cette conquête comme facUe : mais il devait y trouver son vainqueur.
Le fila de Pépin d'Héristal, l'aïeulde Charlemagne, Charles Martd, dont les exploits effacèrent ceux de son père, et ne furent point effacés par ceux de son petit-fils, était alors maire du palais, sous les derniers princes de la première race; ou plutôt Charles était le véritable roi des Français et des Germains. Le duc d'Aquitaine, Eudes, maître de la Guienne et de la Gascogne , avait eu de longues querelles avec le héros français. Trop faible pour lui résister , il chercha l'alliance d'un Maure nommé Munure, gouverneur de la Catalogne et l'ennemi secret d'Abdérame. Ces deux vassaux, tous deux mécontents de leur souverain , qu'ils craignaient, s'unirent par d'étroits liens : malgré la différence des cultes, le duc chrétien n'hésita point à donner sa Hlle
PBËCIS nlST. SUH LES IttUflES D'ESPÀaNB. jfi9
ea inarii^ àsoD allié musulman; et la princesse Numérance épousa le Maure Munuze, comme la reine ^iloae avait épousé le Maure Abdélazis.
Abdérame, instruit de cette alliance, en pénétra les moti&. Il rassemble aussitôt son armée , vole en Catalogue , attaque Munuze, qui tente vainement de fiiir : poursuivi, atteint dans sa course, il se donne lui-même la mort. Sa femme, captive, est conduite au vainqueur. Abdérame , fi^ppé de sa beauté , l'envoie en présent au calife Haccham , dont elle s'attira l'amour : destinée singulière qui place une princesse gascomie dans le sérail du souverain de Damas !
Non content d'avoir puni Munuze , Abdérame passe les monts, traverse la Navarre, entre dans la Guienne, assiège et prend la ville de Bordeaux. Eudes, à la t£te d'une armée, s'efforce de l'arrêter : Eudes est vaincu dans un grand combat; tout plie sous les armes des musulmans; Abdérame poursuit sa rouM, ravage le Périgord, la Saintonge, le Poitou , parvient triomphant ea Touraine , et ne s'arrête qu'à la vue des drapeaux de Charles Martel.
Charles venait à sa rencontre, suivi des forces de ta France, de l'Ai^strasie, de la Botn^ogne, suivi surtout de ses vieilles Irandes, accoutumées à vaincre sous lui. Le duc d'Aquitaine était dans son camp : Charles oubliait ses injures pour ne songer qu'au péril commun. Ce péril devenait pressant : le sort de la France, de la Germanie , de tous les peuples chrétiens, allait dépendre d'une bataille. Abdérame était un rival digne du Sis de Fepio, fier, comme lui, de plusieurs victoires , suivi d'une année innombrable , entouré de vieux capitaines qui l'avaient vu souvent triompher, et pressé dès longtemps du désir de soumettre enfin aux Arabes les seuls pays qui leur manquaient encore de l'ancien empire romain.
L'action fut longue et sanglante. Abdérame y trouva la mort (1), Cette grande perte décida sans doute la dé&ite de
())J-CTjI.Hég, tu.
2gO PEXIIS CUEFS-D teuVBB HI&TOftlfttlES.
MU arifipe. Les historiens asEurent qu'il ypérit [diig de trois -emt mille borames. Ce nombre est sûrement exa^^; mais il est vraisemblable que des ennemis parvenus jusqu'au milieu de Ja Fi«)e«,.«t,{ioui^vis après leur débiite^ont dû éeha[^er diffîci)emraitaiif«rdes vainqueurs ouè la vrageanee des peuples.
Cette mémorable bataille, sur laquelle nous n'avons aucun détail , nous gwva.du joug des Arabes et fut lettrate d« leur grandeur. Depuis ce revers ils tentèrent encore de péné- IKT dans la France , ils s'emparèrent même d'Avignou ; mail Charles Martel les défit de nouveau, reiMiit cette ville , leur enleva Narbaune , et leur ôta pour jamais l'espérance: dont il8;ft'étaieDt flattés ai souvent.
A^rts la mort d' Abdérame , l'Espagne fut déchirée par les divisions de deuX:gouvemeinB Bonunés successiveraeat par (es califes (1). Un bvisième piétaudant arriva d'Afrique; un quatrième se mit sur les rangs (3). LeS' factions se multiplièrent, les différents putis es . vinrent souvent auK mains: des chefs furent massacrés , des villes prises , des provinces ravagées. Les détails de ces événements , différemment rapportés par les historiens , ne peuvent être d'aucun intérêt. La Bwlevéàté qu'snydéeotivieic'est qu'à mesure que la douoeur de climalv le mélange des Espagnols et des Maures p«4içai»t les raœurs.de ues derniers ^ une nouvdleémigra- Siaa d'A&îwtns venait' détruire l'ouvrage du temps, et rendre à Imm JUiciots frères cette férocité sauvage qui semble appartenir à l'Afrique.
. Ces guerres cifiles durèrent près de vingt ans. Les chrétiens retirés dans. les Astnoes en profitèrent. Alphonse I", gMdieetsiiecesseni:deJPélage,marahasur les tranea de ce héros. Il s'en^ara d'une-partie delà Galice et de Léon, bat tjt les troupes qu'où lui opposa , se rendit maître de quelques places, et comoMuça dès lors, à former une fietite puissance.
. Les. Hautes, occupés de l^ura quereUes , n'anAèreut point
[DMidoulniilek.Akbë. - (l) AboolalUr. TéviM.
PRECIS HI8T. SDB US 1tl.VSB8 D'BSPAtniB. 901
les progrès d'Alphonse. A[ffèB plusieurs crimes et pluieurs combats, UD certaiD Joseph l'araitemporté sur ses différenU rivaux et régnait enfin à Cordoue , lorsqu'un événonent mémorable (I) , arrivé dans TChient, eut une gronde influence sur L'Espagne. C'est !à que commence ia seconde époqne de l'empire des Maures , pour laquée il est nécessaire de revenir quelques instants à l'histoire dxs califes.