‹ Petits chefs-d'œuvreChapitre 124 sur 130 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

ble, et consultant derechef le Seigneur par la 1 ouche de Phinées , fils d'Éléazar, ils lui dirent : Marcherons-nous encore contre nos frères, ou laisserons-nous en paix Benjamin? La voix du Tout- Puissant daigna leur répondre : Marchez , et ne vous fiez plus en votre nombre , mais au Seigneur, qui donne et ôte le courage comme il lui plait ; demain, je livrerai Benjamin entre vos mains.

A l'instant ils sentent déjà dans leurs cœurs l'effet de celte promesse. Une valeur froide et sûre , succédant à leur brutale impétuosité, les éclaire et les conduit. Ils s'apprêtent posément au combat, et ne s'y présentent plus en forcenés, mais en hommes sages et braves , qui savent vaincre sans fureur et mourir sans désespoir. Ils cachent des troupes derrière le coteau de Gabaa, et se rangent en bataille avec le reste de leur armée ; ils attirent loin de la ville les Benjamites , qui , sur leurs premiers succès , pleins d'une confiance trompeuse, sortent plutôt pour les tuer que pour les combattre ; ils poursuivent avec impétuosité l'armée, qui cède et recule à dessein devant eux ; ils arrivent après elle jusqu'où se joignent les chemins de Béthel et de Gabaa, et crient, en s'animant au carnage : Ils tombent devant nous comme les premières fois. Aveugles qui, dans l'éblouissement d'un vaiu succès, ne voient pas l'ange de la vengeance qui vole déjà sur leurs rangs , armé du glaive exterminateur !

Cependant le corps de troupes caché derrière le coteau sort de son embuscade en bon ordre, au nombre de dix mille hommes, et s'étendant autour de la ville , l'attaque , la force , en passe tous les habitants au fil de Fépée; puis, élevant une grande fumée , il donne à l'armée le signal convenu, tandis que le Benjamite acharné s'excite à poursuivre sa victoire.

Mais les forts d'Israël, ayant aperçu le signal , firent face à l'ennemi en Baal-Thamar. Les Benjamites , surpris de voir les bataillons d'Israël se former, se développer, s'étendre , fondre sur eux , commencèrent à perdre courage; et, tournant le dos, ils virent avec effroi les tourbillons de fumée qui leur annonçaient le désastre de Gabaa. Alors , frappés de terreur à leur tour, ils connurent que le bras du Seigneur les avait atteints ; et , fuyant en déroute vers le désert , ils furent environnés, poursuivis, tués, foulés aux pieds ; tandis que divers détachements entrant dans les villes y mettaient à mort chacun dans son habitation.

LE LÉVITE d'ÉPHRAÏM.

En ce jour de colère et de meurtre , presque toute la tribu de Benjamin, au nombre de vingt-six mille hommes, périt sous répée d'Israël ; savoir, dix-huit mille hommes dans leur première retraite depuis Menuha jusqu'à l'est du coteau, cmq mille aans la déroute vers le désert , deux mille qu'on atteignit près de Guidhon , et le reste dans les places qui furent brûlées , et dont tous les habitants, hommes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, jusqu'aux bètes, furent mis à mort, sans qu'on fit grâce à aucun ; en sorte que ce beau pays, auparavant si vivant, si peuplé, si fertile, et maintenant moissonné par la flamme et par le fer, n'offrait plus qu'une affreuse solitude, couverte de cendres el d'ossements.

Six cents hommes seulement , dernier reste de celte malheureuse tribu, échappèrent au glaive d'Israël, et se réfugièrent au rocher de Rhimmon, où ils restèrent cachés quatre mois, pleurant trop tard le forfait de leurs frères et la misère où il les avait réduits.

Mais les tribus victorieuses, voyant le sang qu'elles avaient versé, sentirent la plaie qu'elles s'étaient faite. Le peuple vint, et , se rassemblant devant la maison du Dieu fort, éleva un autel sur lequel il lui rendit ses hommages , lui offrant des holocaustes et des actions de grâces ; puis , élevant sa voix , il pleura ; il [)leura sa victoire après avoir pleuré sa défaite. Dieu d'Abraham , s'écriaient-ils dans leur affliction, ah! où sont tes promesses? et comment ce mal est-il arrivé à ton peuple , qu'une tribu soit éteinte en Israël ? Malheureux humains , qui ne savez ce qui vous est bon, vous avez beau vouloir sanctifier vos passions, elles vous punissent toujours des excès qu'elles vous font commettre; et c'est en exauçant vos vœux injustes que le ciel vous les fait expier.

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