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LIVRE III, CHAPITRE VI

rtim delecliis , cogitare quid aut nolueris suh alto principe, aut volueris *.

Une suite de ce défaut de cohérence est Tinconstance du gouvernement royal , qui , se réglant tantôt sur un plan et tantôt sur un autre, selon le caractère du prince qui règne ou des gens qui régnent pour lui , ne peut avoir longtemps un objet fixe ni une conduite conséquente : variation qui rend toujours l'État flottant de maxime en maxime , de projet en projet , et qui n'a pas lieu dans les autres gouvernements où le prince est toujours le même. Aussi voit-on qu'en général , s'il y a plus de ruse dans une cour, il y a plus de sagesse dans un sénat , et que les républiques vont à leurs fins par des vues plus constantes et mieux suivies; au lieu que chaque révolution dans le ministère en produit une dans l'État , la maxime commune à tous les ministres, et presque à tous les rois , étant de prendre en toute chose le contre-pied de leur prédécesseur.

De cette même incohérence se tire encore la solution d'un sophisme très-familier aux politiques royaux; c'est non-seulement de comparer le gouvernement civil au gouvernement domestique , et le prince au père de famille, erreur déjà réfutée, mais encore de donner libéralement à ce magistrat toutes les vertus dont il aurait besoin, et de supposer toujours que le prince est ce qu'il devrait être: supposition à l'aide de laquelle le gouvernement royal est évidemment préférable à tout autre , parce qu'il est incontestablement le plus fort , et que , pour être aussi le meilleur, il ne lui manque qu'une volonté de corps plus conforme à la volonté générale.

Mais si , selon Platon ** , le roi par nature est un personnage si rare, combien de fois la nature et la fortune concourront-elles à le couronner? Et si l'éducation royale corrompt nécessairement ceux qui la reçoivent, que doit-on espérer d'une suite d'hommes élevés pour régner.? C'est donc bien vouloir s'abuser que de confondre le gouvernement royal avec celui d'un bon roi. Pourvoir ce qu'est ce gouvernement en lui-même , il faut le considérer sous des princes bornés ou méchants; car ils arriveront tels au trône, ou le trône les rendra tels.

♦Tacite, HlsL, 1, 46.

*♦ Voyez le dialogue de Platon, cité dans la note du chap. vn du liv. II.

DU CONTRAT SOCIAL

Ces difficultés n'ont pas échappé à nos auteurs, mais ils n'en sont point embarrassés. Le remède est, disent-ils, d'obéir sans murmure ; Dieu donne les mauvais rois dans sa colère , et il faut les supporter comme des châtiments du ciel. Ce discours est édifiant , sans doute ; mais je ne sais s'il ne conviendrait pas mieux en chaire que dans un livre de politique. Qae dire d'un médecin qui promet des miracles , et dont tout l'art est d'exhorter son malade à la patience? On sait bien qu'il faut souffrir un mauvais gouvernement quand on l'a : la question serait d'en trouver un bon.

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