I.a ilciir vfiit mourir où la fleur l'isl nt'O
Va i'i'-tais si l)icri sur tmi cm-iii-. Ma s»rur !
.M;iis il est un ù^c ou loiilcs les douleurs j);\ss(Mil lrL;(M('s ri fiinilivos, où l:i inrhiiicolie (lu soir srclu' ;im nialiii coiiiuk* la roséc; et Mai'io-Koso avait cot âge. Le Icndrniaid, clic dansait encore; les jours, les semaines s écoulèrent sans user cette gaieté pétulante; mais il n'en fut pas de même de ses petits souliers. Le dcMuicM- bond (Tune farandole en emporta les deinicMs land)eaux. Par malheur, la garderobe de ces dames était légère; elles allaient à Paris et avaient cru devoir, pour la remonter, attendre les conseils de la Mode dans son empire. Bientôt Marie-Uose fut réduite à s'asseoir immobile à côté de sa tante, cachant ses pieds nus sous sa robe, remuant la tête et le corps dans un besoin fébrile de mouve-
i32 PETITS CONTES A MA SOEUR.
ment, mais n'osant risquer un pas, semblable à cette Daphné des Tuileries dont le buste est vivant encore quand ses pieds ont déjà pris racine. La petite reine pleurait là, captive comme dans une tour enchantée, et attendant qu'un chevalier, passant, la délivrât.
Ce chevalier passa, et ce fut Pierre Hello. « Laisser nus de si jolis pieds, disait-il avec l'accent de l'indignation, il faudrait n'avoir pas pour deux liards de cœur! » Mais si le poète a dit : U indignation fait des vers, il n'a pas dit qu'elle pût faire des souliers. Pierre Hello réfléchit, se frappant le front, se grattant la tête et promenant d'une joue à l'autre, dans sa bouche, ce morceau de tabac que les marins ont l'habitude de mâcher..., enfin sa chique. C'est un vilain mot; mais pardon, il n'y en avait qu'un pour exprimer la chose, et cette chose est trop importante quand il s'agit de mœurs maritimes, pour qu'un narrateur consciencieux n'en parle pas. La chique est à la pensée du matelot ce que l'ai-
1,1 s l'i. I IIS SOI I, m: us. 133
^;iiilli' es! ;i I lioilo^t* : (|ii;iiiil l:i nciisr»' \;i, la «•|ii(|iM' loiiiiH*. C'est (|u aii^^si il sClail imnosi'î iiiic (jiK'^l 11)11 l>icii ardue |)(iiir un iii;i I liniialicit'ii iin\ ICC : l'rdtc fiii</(jur chose fn'cc lit'ti^ |)it >l)lciiic (|iic |)icii s<'iil a |)ii r('"N(»ii(l rc.
« LU moiccau de ciiii! ma pipe t't ma inédailli' jxnir un morceau ^\(' cnir! » disaif-il avec réncr«^io dcscspcréo (\v nicliard III. criaiil : « Unr cpcc! mon lONaiiinc pour une ôpcc! » Certes, tous les (ilets de I équipage se fussent déployés Mcmi vite à la mer s'il eût eonnu l'histoiie de Don (^)uichotte, et osé se flatter d'avoir la main aussi heureuse que Sancho Panca, (|ui, jetant ses hameçons aux truites, y voyait mordre des savates. Il chercha, fureta, remua: sa main passa partout où une souris pouvait passer. Enfin, il poussa un cri de joie, un cri semblable à celui d'Harpagon retrouvant sa cassette, ou de J.-J. Rousseau couvant des yeux sa pervenche. Ce n'était pas une fleur, ce n'était pas un trésor que Pierre Hello venait de découvrir, c'était quelque
chose de bien plus précieux, ma foi : c'était une botte ! la botte d'un soldat tué dans un aborge ; elle avait roulé dans un coin de la cale, Dieu sait comment ! Depuis elle était restée là, portant le deuil de sa sœur jumelle noyée dans la mer ou ensevelie dans le ventre d'un requin, et croyant bien, comme le rat de La Fontaine, que les choses d'icibas ne la regardaient plus. Mais Pierre Hello en décida autrement : se servant de son poignard en guise d'alêne et de tranchet, il perça, il tailla si bien qu'il fit en moins d'une heure..., je voudrais bien pouvoir dire qu'il fit une paire de souliers, mais, par respect pour la vérité, je n'ose.... Ce qu'il fit, ce n'était précisément ni des souliers, ni des
r.rs iTTirs soir.ii:ns.
l>l( kIcc |ii I IIS, ni (les IxillilM's. III (les (li.iimsiircs. m (les s(»((|iics, m des cdl lui incs. m <!(•'> Ii;i Im >iic licv, III (les nu Miissi lis ; r<'t;ill. dans I ait de la cliaiissii i«\ une <i'ii\r(' ori;^!nalc. laiilasl i(|ii('. loiiianl i(|ii(>. mu- ('li(is<' sans nom; mais (Miliii cclU' chose sans nom pouvait à la li^iuMii- s'intorposcr comme une anniiic (IcIciisinc ciiIic I cjjkIciiiic du |)icd litiiiiain cl le |)ar(|iicl. Le hiaxc llcllo coiinil aussilôl à la cahinc de .Manc-Kosc. ou. a|)ros a\<)ii\ à L;iaml peine el aux é( lats de rire de la jeune lllle, end)oiLé, lieidé ses pieds nus dans ectte bouf- .-Â ,TJ^
Ion ne chaussure, il se releva , croisa triomphalement les bras sur sa poitrine, et dit :
« Voilà!... )) et, une heure après, la bayadère
dansait encore, dansait avec un poids à chaque pied, aux applaudissemens de son parterre, conquis cette fois à double titre, car il y avait dans cette danse le mérite combiné de l'art et du tour de force : c'était Mlle Taglioni et Mme Saqui résumées d'avance en deux jambes.
Enfm, après une longue traversée, la vigie cria : Terre! Et ce fut, je vous assure, une scène vraiment touchante que celle du matelot et de la jeune créole. « Je penserai toujours à vous et je garderai vos souliers comme un souvenir, comme une relique, disait Marie-Rose pour consoler Pierre Hello, qui passait sur ses yeux humides le revers de sa main calleuse. — Oh ! répondait-il en secouant la tète, vous allez à Paris, où de nouveaux amis vous feront perdre le souvenir du pauvre Hello, qui ne vous occupera guère. — Toujours! » répéta-t-elle, entraînée par sa tante. Il la suivit longtemps des yeux : elle se retourna souvent, et il ne pouvait
i.r.s l'i/iiis SOI ur.ns. 137
(lrj;"i |»liis rciilciidic (nTclh' ir|)('l;iil riicorc cil Mi;i(Miil SOI) inoiiclioir : « 'roujoiirs. Ilcilu, loiijonis ! M
l'itMic llclln ii(> put savoir si la jeune (illc Liiil parolf, cai- il loiiclia hicn rarcint'iiL la t(M*rt\ ot fut tué dans la ^iiciic d'Ainéricjue. <^)iiaiil à Maiic-Rosc
Mais voici, au travers de mon histoire, le grand fleuve de la liévolution française qui passe; fleuve élian<^e et qu'on ne sait comment nommer : l^actole au sable d'or, Simoïs teint de sang, Eurotas aux lauriers-roses. Son 1)111 it et sa profondeur vous causeraient des vertiges. Donnez-moi la main, ma sœur, fermez les yeux et sautons par-dessus....
Bien! nous voici tombés au milieu de l'Empire, et nous sommes à la Malmaison, retraite de la noble et malheureuse Joséphine, veuve, par une séparation légale, de Napoléon vivant encore, mais toujours impératrice et toujours adorée des Français, qui l'avaient épousée,
eux aussi, dans le cœur, et qui n'avaient point souscrit au divorce.
Accoudée dans sa chambre sur la boîte d'un piano, elle écoutait en souriant une députation
de jeunes demoiselles attachées à sa personne, et qui, tremblantes, sollicitaient la permission de jouer des proverbes au château.
« Volontiers, mes enfans, répondit la bonne Joséphine ; je veux même me charger des costumes. Grâce à la générosité de l'empereur, ma garde-robe y peut abondamment fournir. Tenez, voici ce que Marchand vient encore de m'apporter tout à l'heure. »
Ils ni II s .SOIIJI'.MS il9
Va (Ile ic|)(»iiss;mI iir^li^iMiimcnl du |»i((| une l(»iiti lire rtciuliK' sur le liipis. (.elle |tiiiiiic cLiil si Itcllc, (juc .Mlle S.-|{., i:i j)lus |cniic (les ;irnl);iss;i(!ri<('s, ne put s'cm prclicr (le (lire, en ti-:i|>|):uil I une ((iiilrc I iiiilrc ses Mjnclics UKiius «Ml si^iic (r;Hlniii;il ion :
" Dieu! (|U(' N'olic .M;ij('st('' est liciircuse!
— Ilcuicusc ! niuiniura .losrpliinc, licurcuso!... H
J'^llc parut rèvcr un luuim'nl, cl ses cl()i<^t.s distraits, errant sur les touches de son piano, on liièiiMit (|ui'l(pu's notes de la romance que nous connaissons déjà :
La neuf veut mourir où la fleur
Est née, Et j'f'tais si bien sur ton cœur,
Ma sœur !
Puis, secouant les souvenirs qui l'oppressaient, elle se leva :
« Qui m'aime me suive, mesdemoiselles, venez voir et choisir vos costumes. »
Et, précédant le jeune et fol essaim, elle
i4o PETITS CONTES A MA SOEUR.
entra dans sa garde-robe. Toutes les jeunes filles ouvrirent alors des yeux émerveillés, comme le fils du bûcheron descendu pour la première fois dans la caverne d'Ali-Baba. Il y avait là des gazes si légères, qu'elles se fussent envolées comme les fils de la Vierge, sans le poids des pierreries qui les bordaient; il y avait là des mantilles espagnoles, des mezzaros italiens, des peignoirs d'odalisques, tout imprégnés encore des parfums du harem et de la poudre d'Aboukir, et enfin des robes de madones si belles, que la Vierge de Lorette elle-même ne les mettait autrefois que le jour de l'Assomption.
(( Prenez, enfans, dit la bonne impératrice, et amusez-vous bien. Je vous abandonne toutes ces belles choses qui vous font ouvrir de si grands yeux, toutes, hormis une seule, car celle-là m'est trop précieuse et trop sacrée pour qu'on y touche. »
Puis, voyant à ces mots la curiosité étincelante sous toutes les paupières : « Je puis
I,KS l' Kl IIS SDIJF.IKFIS. lO
<'c|)cii(limt \i»iis l;iii«' \()ir ce lli'sor, ». ;i|(Hil;il-cllc.
.le \()iis hiissc ;'i penser, ma s(riir. si Timn- ^iiialion, celle /oi/c du lo^is^ (|iii en cnL la maîtivsse à (|uin/e ans, j)ril ses ébats dans loiiles ees lèl{>s enfantines !
(^)ii'élail-ce donc <nie celle nier\('ille ([u'il élait (lélendu de lonclicr qnand on froissait à loisir tant de merveilles?
Une r()!)C conieur du temps, de la lune ou du soleil, comme dans Peau d'Ane"! Cet œuf d'oiseau qui, suivant les contes arabes, est un diamant et peut rendre invisible? Un éventail fait avec les ailes d'un génie de TAlhambra? Le voile d'une fée, ou bien quelque ouvrage plus précieux encore commandé par l'empereur à l'un de ses démons familiers, le petit homme rouge ou le petit homme vert ? Qu'était-ce donc?
Enfin, prenant pitié de la curiosité impatiente qu'elle venait d'irriter elle-même avec une innocente malice, Joséphine fouilla dans
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un coin de sa garde-robe impériale et en tira
Ce n'était, cette fois, ma sœur, ni un cadeau de Napoléon, ni Fœuvre d'un génie : c'était l'œuvre et le présent du marin breton, Pierre Hello, c'étaient les souliers de Marie-Rose.
Car, vous l'avez deviné déjà, l'impératrice Joséphine et la danseuse aux pieds nus ne sont qu'une même personne et un même cœur.
Quand l'épée de Bonaparte commençait à découper l'Europe comme un gâteau, Joséphine- Marie-Rose Tascher de la Pagerie, heureuse cette fois encore, eut la fève et régna. Elle régna longtemps; mais voilà qu'un jour il se fit tout à coup une grande tempête en Europe ; les neiges de la Russie se soulevèrent d'ellesmêmes pour retomber en blanc linceul sur nos soldats ; les quatre vents nous soufflèrent des avalanches d'ennemis, et il y eut alors en France, aux éclairs du sabre et du canon, et sous les lourds piétinemens de la bataille, des