‹ Petits contes à ma soeurChapitre 18 sur 21 · I.K M". Vi:i! Dr, !,A I lU! Il II. H F · texte numérisé non relu

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I^nlln, de grade en <»rade, il devint..., devinez. — Colonel.' — Il n'y avait plus de colonels. — Ecuyer du roi? — Il n'y avait plus de roi. — ^Vous ne devinez pas? Eh bien! Lazare, le fds du cuisinier, Lazare, le neveu de la fruitière, devint général; non plus

i6a PETITS CONTES A MA SOEUR.

général pour rire, et en casque de papier, mais général pour de bon, avec un chapeau empanaché et un habit brodé d'or; général en chef, général d'une grande armée française, rien que cela ; et si vous en doutez, ouvrez l'histoire moderne, et vous y lirez avec attendrissement les belles et grandes actions du général Hoche (Hoche était le nom de famille de Lazare). Hâtons-nous de dire à sa louange que ses victoires, bien sérieuses cette fois, le laissèrent aussi modeste et aussi bon que ses victoires enfantines à Alontreuil. Aussi , lorsqu'un jour de revue il passait au galop devant le front de son armée, il y avait encore, à une fenêtre près de là, une bonne vieille femme qui couvait des yeux le beau général, haletante de plaisir et de crainte, et répétant, comme vingt ans auparavant : « Mon Dieu, mon Dieu! il va tomber! » Quant au cuisinier e-rondeur de Versailles, il était là aussi, émerveillé d'avoir donné un héros à la patrie, répétant avec un certain air de suffisance à ceux

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THKRI'SE SUREAU

Je flânais un jour avec délice, bouche béante et le nez en l'air, sous les marronniers en fleurs du jardin des Plantes; car ce jour était un dimanche, et j'étais alors de mon métier compositeur d'imprimerie; or, par la littérature qui court, c'est un terrible métier, je

VOUS jure. Figurez-vous que j'avais pâli et bâillé toute la semaine sur le nouveau roman d'un auteur en vogue. — « Mais pourquoi donc, avais-je murmuré vingt fois, souffleter ainsi, brutalement et à tout propos, Vaugelas. Restant et Wailly, avec lesquels je gagerais que ce monsieur n'eut jamais rien à démêler!... » Aussi, dès le matin du jour libérateur, ma main, complice involontaire et noire encore de mille attentats à la langue, s'était cachée honteuse sous un gant. Le dimanche, comme vous savez, est pour le peuple un jour de métamorphoses; je m'avisai ce jour-là d'être galant.

Parmi les promeneurs groupés, toujours curieux et toujours les mêmes, devant l'enceinte close où se pavane l'éléphant, je venais d'apercevoir une jeune dame dont j'avais peine à m'expliquer la présence en pareil lieu, car, bien que sa mise fût d'une grande simplicité, sa figure, éclatante de pâleur sous un bandeau de cheveux noirs, ne manquait

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comme sa sœur. J'aurais fait suivre le même chemin à la dernière, si la main que j'étendais n'eût plongé dans le vide : la jolie promeneuse avait disparu.

Je m'éloignais, soucieux et marchant au hasard, lorsque, au détour d'un sentier solitaire, j'aperçus Tobjet de ma préoccupation. Assise sur un banc de pierre, la dame aux pommes de reinette en croquait à belles dents la dernière, sans la peler, et, tout en mangeant, parcourait des yeux et de la main les pages du livre déployé sur ses genoux. Je m'arrêtai à quelques pas, pétrifié de surprise et de confusion. Hélas! je le comprenais enfin, mais trop tard, ce n'était point à l'éléphant qu'était destiné ce plat de dessert, et, dans ma gauche courtoisie, j'avais volé à la dame de mes pensées les deux tiers de son déjeuner. Que faire? c'eût été ajouter à la sottise et à l'offense que de lui en offrir brutalement d'autres, et cependant je mourais d'envie d'acquitter ma dette.

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