‹ Petits crayonsChapitre 19 sur 64 · RETOURS · texte numérisé non relu

RETOURS

Un proverbe d'autrefois, oriental peut-être, disait que lorsqu'on rentre de voyage on doit s'attendre à tous les malheurs, à trouver sa femme partie, sa maison incendiée, sa fortune compromise. Mais il s'agissait de longs et lents voyages. Ce qui nous attend, nous autres qui ne faisons guère que des excursions, c'est de retrouver les choses dans l'état exact où nous les laissâmes et, si cela est plus agréable, c'est beaucoup moins flatteur pour notre amour-propre»

Retours

Nous nous apercevons que notre absence n'a eu aucune influence sur rien. La destinée a continué sa marche monotone comme pour nous prouver que les événements n'avaient pas besoin de nous pour s'endormir dans leur petite vie rythmique. Et cela nous fait penser aussi que si nous avions disparu au cours de cette absence, il n'en aurait été ni plus ni moins, ce qui est peut-être un mauvais raisonnement, car chacun de nous régit, sans toujours s'en douter, quantité de mouvements qui partent de lui, en reçoivent l'impulsion. Nous ne sommes qu'un des poteaux télégraphiques de la route, mais il sufiSt qu'un coup de vent l'ait renversé pour suspendre les communications entre les groupes qui ne connaissaient même pas notre existence. Sans doute, la fracture ne tarde pas à se consoUder, et il ne reste bientôt plus trace du désarroi momentané, car il ne faut pas que le mécanisme s'arrête, et il ne s'est jamais arrêté. C'est un orgueil que chacun peut avoir, et même le plus humble, qu'il a sa place dans l'ordre général. Mais cela n'empêche

pas que Ton ne soit pas un peu vexé à songer que la vie fonctionne sans même que nous la regardions et qu'absents ou présents, le mouvement continue avec indifférence.

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