LA CHASSE
Enfin, nous avons donc un président de la République qui n'aime pas la chasse et qui n'y va que pour faire plaisir à ses amis et honneur à sa situation, car la noblesse de la chasse est toujours incontestée, et tuer des faisans toujours le sport le plus digne d'envie. Il me semble qu'on devrait avoir des gens pour cela, comme on a des bouchers qui ont l'office de nous préparer gigots et aloyaux. C'est à peine si je comprends la chasse solitaire à la campagne, la vulgaire chasse au chien d'arrêt. Pourtant, là, elle est presque nécessaire, car le gibier n'est pas seule-
ment une bête qui se mange, c'est aussi une bête qui mange et le chasseur peut être considéré comme un défenseur des moissons. Ainsi chassait le père Grévy. Ainsi chassent les braves propriétaires campagnards, quand ils veulent goûter d'un lièvre. Mais élever des bêtes, les nourrir, les surveiller, pour avoir le plaisir de les tuer, l'automne venu, cela me semble une extraordinaire et barbare survivance des plus mauvais instincts de l'homme. Au dire même de tous les vrais chasseurs, c'est aussi un plaisir bien médiocre. Le rabatteur enlève à la chasse tout son imprévu, tout son caractère de lutte entre la ruse du gibier et la ruse du chasseur, qui n'est plus, dans ces conditions, qu'un tireur et qu'un tueur. Autant aller à la foire exercer son adresse sur des cibles mouvantes ou sur des coquilles d'œufs qui font la cabriole à cheval sur un jet d'eau. Au moins, il n'y a pas de sang répandu. Fi de la chasse où l'on tue à coup sûr ! Pour moi je suis toujours du parti du lièvre qui détale, de la perdrix qui s'envole avec un bruit d'ailes ironique.