LA ROBE
Il se dessine une campagne, on n'ose dire un mouvement, contre le costume masculin. On lui trouve beaucoup d'inconvénients, dont le principal est d'être fait de pièces et de morceaux. Comptez-les. Il en faut davantage pour vêtir un homme que pour habiller une femme. Il n'est pas hygiénique, il préserve mal du chaud et du froid. Il engonce les articulations. De quels gestes un homme est-il capable, revêtu d'un gros pardessus d'hiver? Il est de tissus rugueux, lourdement feutrés. Supplice l'hiver, il n'est
La Robe
pas moins supplice Tété, car en aucune saison il n'ose évoluer vers l'ampleur et vers le flottant. Alors, quelques-uns pensent à la robe, qui permet à son gré de courir ou de découvrir le corps en dessous de la robe. Quelle joie ne nous serait pas l'été, même le plus torride, avec une ample et longue tunique de souple et légère étoffe qui laisserait libres les jambes, permettrait à l'air de circuler tout autour du corps ! On aurait vite la peau poussiéreuse. Oui, mais quelle excellente occasion pour se baigner ! En hiver, ce serait la robe de fourrure, comme encore au quatorzième siècle. Car il n'y a pas une éternité que l'homme s'emprisonne dans des vêtements ajustés ; il n'y a que quelques siècles. En de vieilles miniatures, l'homme et la femme se ressemblent singulièrement. La robe (le froc, mais en plus ample, donne assez bien l'idée de la robe qu'il faudrait) n'empêche nullement l'activité. Les soldats lydiens, d'autres aussi, combattaient en robe. La robe prive-t-elle la femme du tennis, du cheval ou de la bicyclette ? Mais
si elle était un obstacle à certains exercices t\ à certains métiers, elle s'accommoderait à merveille avec beaucoup d'autres. Pour moi, j'enj suis arrivé à presque trouver ridicule un homme qui ne revêt pas la robe pour rester chez soi.»] Je ne me conçois pas autrement vêtu quand je m'assieds pour écrire et même je ne m'astreins au costume masculin que quand je dois sortir ou recevoir des gens sans familiarité. Ce n'est pas une robe de chez Faquin. Non, c'est la robe du treizième siècle, souple, ample et drapée. Quand la mode me permettra-t-elle de sortir ainsi ? Je suis sans espérance.